Coupures irlandaises
Album publié en 2008 aux Editions Futuropolis.
Résumé éditeur

Pendant quelques semaines, Kris, alors jeune adolescent, a partagé la vie d’une famille catholique irlandaise, au coeur du quartier du Market, encerclé par les militaires britanniques.
Comme il le dit lui-même « prendre le Belfast des années 80 en pleine figure et à 14 ans, ça vous vaccine définitivement contre le je-m’en-foutisme, l’égoïsme, l’inconscience politique et la bêtise humaine tout simplement. »
Selon Kris, Coupures Irlandaises est l’exact contraire d’Un homme est mort. Le premier s’attache à démontrer comment une heureuse aventure peut tourner au drame alors que le second racontait comment un drame avait pu accoucher d’une formidable aventure humaine. Mais les deux récits se ressemblent dans cette même volonté de témoigner des souffrances et des injustices que des hommes infligent à d’autres hommes…
La bd « Coupures irlandaises » disponible ici
L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Coupures irlandaises »
Belfast, 1987. Sous le pinceau de Vincent Bailly et la plume de Kris, le traditionnel séjour linguistique vire au choc frontal avec l’Histoire. Publié chez Futuropolis, Coupures irlandaises offre une plongée viscérale dans les « Troubles » (autre nom donné au conflit) de l’Irlande du Nord.
S’appuyant sur ses propres souvenirs, Kris dépeint l’errance de deux adolescents brestois au cœur d’une ville balafrée par les murs de séparation. L’intelligence du scénario réside dans ce décalage permanent : l’insouciance de la jeunesse se heurte aux check-points et à la haine ancestrale entre communautés catholiques et protestantes. Cette focale intime permet de saisir l’absurdité d’un conflit où le politique s’insinue dans chaque recoin du quotidien.

Graphiquement, Vincent Bailly livre une prestation magistrale. Son trait et ses couleurs directes à l’aquarelle restituent l’atmosphère moite et électrique de l’Ulster. Les planches, baignées de gris et de teintes délavées, ne sont pas de simples décors, elles incarnent la mélancolie d’une terre en état de siège. Ce style impressionniste soutient la tension narrative, rendant palpable l’imminence du drame.
L’œuvre s’achève sur un riche dossier documentaire final, qui replace les enjeux géopolitiques dans leur contexte historique rigoureux. Ce cahier additionnel complète la dramaturgie du récit en offrant une analyse précise des forces en présence et de l’apartheid social de l’époque. Cette dimension pédagogique fait de cet album un outil de mémoire indispensable pour appréhender la complexité d’une fracture qui marque encore aujourd’hui le paysage européen.




