Adios Muchachos

Album publié en 2011 aux Editions Casterman.


Adapté du roman de Daniel Chavarría publié le 2 mai 1997 en France.

couverture bd Adios Muchachos

Alicia est une jolie étudiante en dessin de La Havane, très indépendante et très libre de moeurs, qui se laisse parfois séduire par des hommes rencontrés en ville au hasard de ses déplacements en vélo.
Comme elle est très pauvre, elle se sent libre d’accepter des cadeaux, mais refuse catégoriquement qu’on la paie, de peur d’être confondue avec une prostituée.


Evidemment, cette façade comme il faut est totalement factice. Alicia est en réalité une jinetera (une « cavalière »), l’une de ces nombreuses Cubaines qui se prostituent plus ou moins occasionnellement auprès des touristes occidentaux dans l’espoir d’être entretenue, voire épousée.
Avec l’entière complicité de sa mère Margarita, elle s’efforce ainsi de conjurer la pauvreté chronique qui sévit à Cuba.

Lorsque cette histoire commence, la jeune femme vient de séduire le beau Juanito, un Canadien en mission de longue durée pour une grosse compagnie hollandaise du secteur touristique.
Grosse maison, gros moyens et fascination éperdue pour les arguments très… palpables d’Alicia : la jinetera et sa mère sentent d’emblée qu’elles ont ferré le gros poisson. Elles n’imaginent pas un instant que le pedigree de Juanito est lui aussi très différent de ce qu’il donne à voir…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Adios Muchachos »

Dans la moiteur d’une Cuba asphyxiée par la chute du bloc soviétique, Adiós Muchachos (Casterman/Rivages Noir) nous offre une plongée en apnée au cœur de la « Période Spéciale ». Matz s’empare du roman culte de Daniel Chavarría pour en livrer une partition cynique et jubilatoire, où la survie est élevée au rang de beaux-arts.

Loin du polar classique, l’album dresse le portrait fascinant d’Alicia, une jinetera à bicyclette qui ne vend pas son corps, mais le loue à des fins logistiques. Ici, point de victimes, seulement des prédateurs : Alicia et sa mère orchestrent des pièges lubriques avec une ingéniosité redoutable, ciblant les étrangers naïfs. La force du récit réside dans cette immoralité joyeuse, cette « lutte » quotidienne (la fameuse lucha) où l’arnaque devient une forme de résistance. Les dialogues, ciselés, évitent tout misérabilisme pour privilégier un humour noir décapant, fidèle à la verve de de Daniel Chavarría.

Visuellement, le choix de Paolo Bacilieri est audacieux. Son trait hachuré, dense, presque underground, sature l’espace comme la chaleur sature l’air havanais. Il ne cherche pas le « beau » lisse, mais le « vrai » : il magnifie les façades lépreuses, les corps en sueur et le chaos architectural de la ville.

Cette adaptation est une réussite totale. Elle capture l’essence picaresque du roman : une farce tragique où l’on rit pour ne pas pleurer. Un album pour toucher du doigt l’âme cubaine, sensuelle, brutale et indomptable.

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