Déraciné – Un tirailleur en fuite
Album publié en 2025 aux Editions Familiar Eds.
Résumé éditeur

1916.
Comme des milliers d’autres Africains des colonies, Beckadou est enrôlé de force dans l’armée française.
À l’ombre de la dune du Pilat, dans le camp d’hivernage du Courneau, le déracinement et les horreurs de la guerre font vaciller les esprits des tirailleurs sénégalais.
Pour poursuivre ses rêves autant que fuir ses cauchemars, Beckadou s’évade.
DÉRACINÉ – Un tirailleur en fuite est la première œuvre de Thibault Rougès. Son dessin réaliste, magnifié par son traitement en Noir & Blanc, donne à son récit une puissance narrative immersive et bouleversante.
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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Déraciné – Un tirailleur en fuite »
1916 : Beckadou, tirailleur sénégalais enrôlé de force, s’évade du camp du Courneau, à l’ombre de la dune du Pilat. De cette cavale, Thibault Rougès tire son premier album, un récit presque entièrement muet où le silence devient la matière même du livre.
Beckadou est seul, et Thibault Rougès refuse de lui prêter des pensées : privé de mots, le lecteur doit habiter le fugitif, deviner sa peur et son épuisement à mesure qu’il traverse un pays hostile. L’absence de texte oblige le dessin à tout porter, et c’est là que l’album trouve sa force. Le noir et blanc ne relève pas seulement du choix d’époque : l’opposition des deux teintes rejoue en creux la ligne de partage raciale sur laquelle repose tout le récit.

Thibault Rougès travaille à l’encre de Chine, au pinceau, avec des contrastes tranchés qui font surgir la nuit, la fatigue, la menace. Le découpage épouse le corps du fuyard : lors d’une chute nocturne, la case elle-même bascule et entraîne les suivantes, comme si la page tombait avec lui. Par endroits, des images empruntées à la publicité du début du siècle s’invitent dans le récit et l’ancrent dans son époque.
On sent une histoire longuement mûrie, portée par un lien familial que l’auteur ne cache pas (son grand-père était officier dans un régiment de tirailleurs sénégalais). Le résultat donne un visage et un souffle à une mémoire encore mal connue, celle des tirailleurs passés par le bassin d’Arcachon.
En refusant les mots, Thibault Rougès laisse le noir et blanc porter seul la solitude de Beckadou, et c’est ce silence qui rend sa fuite si tenace en mémoire.




