L’Odyssée de Mongou
Album publié en 2014 aux Editions Harmattan.
Résumé éditeur
Adapté du roman de Pierre Sammy Mackfoy publié en 1977.

Chef d’un petit village de brousse perdu quelque part au centre de l’Afrique, Mongou assiste aux premières loges à l’arrivée des Bawés – les Européens – dans son pays.
Il ignore encore à quel point son destin sera extraordinaire, qui fera de lui un témoin privilégié et un acteur inattendu du choc des civilisations en ce début de XXe siècle.
L’adaptation graphique de Didier Kassaï du chef d’œuvre de Pierre Sammy Mackfoy : où le talent d’un dessinateur se hisse à la hauteur de celui d’un écrivain à la langue délicieusement enjouée.
La bd « L’Odyssée de Mongou » disponible ici
L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « L’Odyssée de Mongou »
Voir arriver les colons par les yeux du colonisé : c’est le déplacement de regard qu’opère cette bande dessinée. Didier Kassaï, auteur centrafricain qui en signe le dessin, la couleur et l’adaptation menée avec Vincent Carrière, porte à l’image un classique de la littérature de son pays, le roman de Pierre Sammy-Mackfoy. Le récit suit Mongou, chef bandia d’un village de brousse, témoin des premiers contacts avec les Européens, ces Bawés dont l’irruption bouleverse un monde, avant que son destin ne le mène jusqu’en France, dans le sillage des tirailleurs de la Grande Guerre.
L’intérêt du livre tient d’abord à ce point de vue rarement offert. Didier Kassaï déroule la rencontre coloniale sans manichéisme, du premier échange presque pacifique aux violences du recrutement, du choc des croyances à l’engagement de Mongou lui-même dans les troupes coloniales. Le personnage n’est ni victime passive ni héros de propagande : c’est un homme curieux de la modernité, pris dans un mouvement qui le dépasse, et cette ambivalence donne au récit son épaisseur. La condensation d’un roman dense en une cinquantaine de planches impose parfois des ellipses rapides, mais l’essentiel passe.

Le dessin de Didier Kassaï colore chaque planche d’une lumière chaude qui restitue la végétation, les cases du village et les uniformes avec un même soin documentaire. Son trait rend les visages expressifs et les scènes de foule lisibles, jusqu’aux tranchées européennes vues par un regard venu d’ailleurs.
En faisant de Mongou le témoin curieux plutôt que la victime de la colonisation, Didier Kassaï offre une page d’histoire vue par ceux qui l’ont subie de l’intérieur.




