Mademoiselle Else

Album publié en 2023 aux Editions Futuropolis.


Adapté du roman de Arthur Schnitzler publié en octobre 1924.

couverture bd Mademoiselle Else

Jeune Viennoise, issue de la bourgeoisie, en villégiature avec sa tante et son cousin Paul dans un palace en Italie, Mademoiselle Else apprend par courrier que son père est menacé de prison pour dette.
Pour le sauver du déshonneur, sa mère lui demande dans cette lettre de solliciter Dorsday, un riche marchand d’art, afin de récupérer la somme demandée.
L’étrange Dorsday propose un marché à la jeune fille : il accepte de prêter la somme nécessaire, mais à la seule condition que la jeune fille se dévête devant lui.

La transposition en images de l’univers psychologique complexe et tourmenté d’Arthur Schnitzler devient pour Manuele Fior un défi relevé avec maestria, démontrant ainsi non seulement qu’une telle transposition est possible, mais qu’elle peut également être parfaitement réussie lorsque l’adaptateur se montre aussi inventif que l’œuvre qu’il transpose.
Inspiré par l’Art nouveau, Mucha, Klimt et Schiele, Manuele Fior fait revivre le texte de l’écrivain autrichien paru en 1924 et son époque.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Mademoiselle Else »

Dans Mademoiselle Else, Manuele Fior adapte la nouvelle d’Arthur Schnitzler en misant moins sur le récit que sur une immersion dans une conscience en crise. L’intrigue tient à une situation d’apparence simple : une jeune femme en villégiature, sommée de “sauver” sa famille mais l’album met surtout à nu un système social où l’argent dicte les règles et où le corps féminin devient enjeu de négociation.

La réussite de la BD vient de la façon dont Manuele Fior transpose le monologue intérieur : il fait sentir l’emballement des pensées, les contradictions, les auto-justifications, puis la bascule. Sans tout raconter, disons que chaque scène publique (salons, regards, conversations) fonctionne comme une petite chambre d’écho : ce qui se dit poliment à voix haute est contredit, déformé ou amplifié par ce qui se joue à l’intérieur. Mademoiselle Else n’est jamais réduite à un symbole ; elle reste une personne, traversée par la honte, l’orgueil, le désir de rester “pure” et la tentation de reprendre la main, coûte que coûte.

extrait bd Mademoiselle Else

Graphiquement, l’album s’appuie sur une palette et des textures qui évoquent une élégance fin-de-siècle, vite fissurée par des déformations expressives. Le trait sait être sensuel puis tranchant, et la composition resserre progressivement l’espace autour du personnage, jusqu’à rendre l’air presque irrespirable.

Une adaptation exigeante, d’une grande intelligence, cet album offre une relecture poignante de l’œuvre de Schnitzler, où le trait vibrant capture ce que les mots peinent parfois à dire.

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