Théorème
Album publié en 1992 aux Editions Futuropolis.
Résumé éditeur
Adapté du roman Teorema de Pier Paolo Pasolini publié le 22 mars 1968.

Un jeune homme fait irruption chez de riches bourgeois milanais.
Il est la grâce, la beauté mêmes. Et sa visite est davantage une visitation, qui s’accomplit dans et par la possession physique.
La servante Émilie, puis Pierre, le fils de famille, puis la mère et Odette, la fille, enfin le père, tous connaîtront le visiteur, au sens biblique du terme.
Mais, après son brusque départ, rien ne restera du message laissé. Seule l’humble servante connaîtra le salut car, à la différence des bourgeois selon Pasolini, elle n’a pas substitué de conscience à son âme, ni de morale à son sens du sacré.
Conçu comme pièce en vers dont il reste des extraits, puis écrit parallèlement au film, séquence par séquence, Théorème est une parabole, d’un genre littéraire unique et inclassable.
Dans cette collection, Baudoin l’a traduit graphiquement en y ajoutant un nouveau personnage : Pasolini.
Omniprésent dans une suite d’images qui rappelle par moments la bande dessinée. Une histoire graphique à côté de l’histoire littéraire. Peut-être un portrait de Pasolini, une autre lecture de Théorème
La bd « Théorème » disponible ici
L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Théorème »
Adapter Pier Paolo Pasolini en bande dessinée relève presque du défi impossible, tant son Théorème tient de la parabole insaisissable. Edmond Baudoin s’y risque pourtant, seul au texte comme au dessin, traduisant en images la parabole que l’écrivain italien avait conçue en marge de son film. L’histoire est connue : un visiteur d’une beauté troublante s’installe dans une famille de la grande bourgeoisie milanaise, séduit tour à tour la servante, le fils, la mère, la fille et le père, puis repart, laissant chacun face à un vide que rien ne comblera.
La réussite de Edmond Baudoin tient à un geste inattendu : il fait entrer Pasolini lui-même dans le récit, comme un personnage qui traverse les pages et observe sa propre création. Ce déplacement transforme l’adaptation en dialogue entre deux artistes, et l’album devient autant un portrait du poète italien qu’une transposition de son texte. Edmond Baudoin ne cherche pas à illustrer platement, il répond à Pasolini, l’accompagne, parfois le contredit. Les corps et le désir, centraux chez l’écrivain, trouvent dans son trait une charge sensuelle qui ne verse jamais dans la complaisance.
Car c’est le dessin qui porte tout. Edmond Baudoin travaille au pinceau et à l’encre noire, dans un noir et blanc où la ligne semble jaillir d’un seul mouvement du poignet. Ses silhouettes naissent en quelques traits vibrants, ses noirs profonds cernent les visages et laissent le blanc respirer. Cette économie de moyens épouse le sujet : l’apparition, la grâce, puis le manque.
Au pinceau et à l’encre noire, Edmond Baudoin fait naître le visiteur et le manque qu’il laisse en quelques traits, épousant la grâce fugitive que racontait Pasolini. Réservé à un public adulte.




