L’île au trésor

Album publié en 2012 aux Editions Futuropolis.


Librement adapté de l’œuvre de Robert Louis Stevenson(publiée pour la première fois le 14 novembre 1883).

Un énorme chantier, entouré de palissades, griffe le quartier. On dirait une île. Des bandes de malfaiteurs y recherchent des mallettes pleines de billets : de l’argent pour les partis politiques.
Parmi eux, une petite fille aux grands yeux ouverts sur le monde…
Et un homme à la jambe de bois, qui assure oeuvrer pour un idéal d’ordre et de progrès. Décapante relecture du chef-d’oeuvre de Robert Louis Stevenson, L’île au trésor de Stassen et Venayre garde à la fois la légèreté du récit d’aventures et son vif questionnement sur le bien et le mal.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « L’Île au trésor »

Avec L’Île au trésor, Sylvain Venayre et Jean-Philippe Stassen signent davantage qu’une adaptation de Robert Louis Stevenson : c’est une transposition contemporaine, située dans un quartier populaire en chantier, où le mythe de l’aventure se frotte au béton et à la précarité. Publié chez Futuropolis, l’album interroge ce que devient le désir de partir lorsque l’horizon se limite à une friche promise à la spéculation.

Historien des imaginaires, Sylvain Venayre réactive la noirceur du roman originel en l’ancrant dans un réel social âpre. Jim Hawkins devient Jacquot, adolescente noire dont le parcours se construit au contact d’adultes ambigus, attirants et dangereux à la fois.
La figure de Long John Silver, réinventée en Petit Jean Dargent, conserve cette oscillation fascinante entre complicité protectrice et menace, faisant de la trahison une expérience fondatrice plutôt qu’un simple ressort de suspense.

Le dessin de Jean-Philippe Stassen porte cette tension à son paroxysme. Son trait épais, nerveux, associé à des couleurs denses et presque fiévreuses, donne aux corps une présence physique immédiate.
Les visages, travaillés par les regards et les silences, traduisent la peur, le désir de s’échapper, la violence latente des rapports de force. La mise en scène privilégie les cadrages serrés et les ruptures de rythme, plongeant le lecteur dans une agitation permanente qui fait écho à l’instabilité des personnages.

Là où le roman de 1883 explorait les dernières terres inconnues du monde colonial, cette bande dessinée scrute les friches oubliées de nos métropoles modernes. Hier comme aujourd’hui, l’île demeure la métaphore universelle d’un espace clos où la soif de profit révèle la part la plus sombre de l’âme humaine.

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