Catégorie : Géographie

Né en Iran

Album publié en 2024 aux éditions Gallimard.


Résumé éditeur

couverture bd Né en Iran

Une autobiographie onirique dans l’Iran des années 1990, vu à travers les yeux d’un enfant.

Le dessinateur Majid Bita se replonge dans l’Iran de son enfance. Celui des années 1990, au lendemain de la guerre contre l’Irak.
Il accumule des souvenirs qui dessinent les contours de son identité : les gâteaux sucrés de sa grand-mère qu’il chapardait, la chaleur réconfortante des couvertures brodées, l’odeur de l’opium que fument les hommes ou le grésillement discontinu de la radio…
Mais les spectres de la guerre et les interdits du régime de l’Ayatollah Khomeini planent sur le quotidien et l’imaginaire du petit garçon. Ses angoisses se matérialisent dans des volutes de fumée noire, hantées par des djinns persans au regard halluciné.
Majid Bita trace le portrait d’une identité morcelée, entre héritages culturels, intimité familiale et contexte sociopolitique.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Né en Iran »

Né en Iran en 1985 et installé en Italie depuis une dizaine d’années, Majid Bita signe avec ce volume de plus de trois cent cinquante pages sa première bande dessinée, écrite et dessinée seul. Il y revient sur son enfance dans l’Iran des années 1990, au lendemain de la longue guerre contre l’Irak, dans une famille cultivée et soudée.

Le récit avance par flashes plutôt que par chronologie. Majid Bita juxtapose des sensations minuscules, les gâteaux sucrés dérobés à sa grand-mère, la chaleur des couvertures brodées, l’odeur de l’opium que fument les hommes, le grésillement d’une radio, et laisse affleurer entre elles ce que l’enfant ne comprend pas encore, les séquelles du conflit et le poids des interdits. Cette construction éclatée sert le propos, celui d’une identité morcelée qui se recompose depuis l’exil. L’auteur se décrit lui-même comme à moitié exilé, le cœur resté attaché à un pays qu’il ne reconnaissait plus à chaque retour.

extrait bd Né en Iran

Le dessin porte l’essentiel de cette intensité. Le trait de Majid Bita est dense, hachuré, taché d’encre, laissant des blancs griffés qui donnent aux planches une âpreté physique. Les angoisses du garçon se matérialisent en volutes de fumée noire peuplées de djinns persans au regard halluciné, greffant le fonds mythologique iranien sur la mémoire intime.

Une œuvre âpre, prolongée par une postface où Majid Bita explicite sa démarche.

Iran – Révolution

Album publié en 2019 aux éditions Les Arènes.


Résumé éditeur

couverture bd Iran - Révolution

Février 1978
Le shah Reza Pahlavi semble indétrônable.

Février 1979
L’ayatollah Khomeyni rentre en Iran pour instaurer la première république islamique.
Michel Setboun, alors âgé de 26 ans, est l’un des rares photojournalistes à avoir couvert, de 1978 à 1981, la totalité de cet événement majeur de notre histoire contemporaine.
Des premières manifestations à Téhéran jusqu’à la prise d’otages à l’ambassade des États-Unis, Iran, révolution est un témoignage inédit sur ces quelques mois qui ont changé la face du monde.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Iran – Révolution »

Cet ouvrage n’est pas une bande dessinée dessinée au sens strict, mais un objet hybride entre le roman-photo et le récit graphique, construit à partir de photographies retravaillées numériquement.
Photographe de presse, Michel Setboun avait vingt-six ans lorsqu’il se rendit en Iran en 1978, pressentant que le pays allait basculer. Il y resta plus d’un an et fut l’un des rares reporters occidentaux présents tout au long des événements, jusqu’à photographier l’ayatollah Khomeyni en France avant son retour triomphal. Quarante ans plus tard, il tire de cette expérience un récit qui couvre les années 1978 à 1981, de la contestation du chah Mohammad Reza Pahlavi à l’installation de la République islamique.

Le parti pris le plus remarquable de Michel Setboun tient au traitement de ses images. Il puise dans un fonds de plus de six cents photographies, dont une large part demeurait inédite, et les retravaille par un procédé numérique qui les rapproche du dessin, entre trace crayonnée et matière presque impressionniste. L’auteur revendique dans sa note d’intention le désir de renouer le lien entre photographie et graphie, et le résultat produit des planches d’une force singulière, où le document conserve son autorité tout en gagnant une dimension picturale.

extrait bd Iran - Révolution

Sur le fond, l’ouvrage tient la position du reporter. Michel Setboun ne prend pas parti pour l’un ou l’autre camp et laisse au lecteur le soin d’interpréter une séquence historique complexe, nourrie d’aspirations démocratiques, de rejet du modèle occidental et de ferveur religieuse. Les textes qui accompagnent les images replacent le contexte, prolongés par une préface d’historien et une carte du pays.

L’ouvrage s’adresse aux lecteurs de récits documentaires et à ceux qui souhaitent comprendre les origines du régime iranien actuel.

Love Story à L’Iranienne

Album publié en 2016 aux éditions Delcourt.


Résumé éditeur

couverture bd Love Story à L'Iranienne

Les jeunes Iraniens rêvent-ils encore d’en finir avec le régime ?
Comment se rencontrer dans cette société qui ne le permet jamais ?
Comment flirter ?
Comment choisir sa femme ou son mari ? Malgré la tradition, malgré le régime.
Des journalistes ont interviewé clandestinement de jeunes Iraniens pour donner un éclairage politique et social. Comment échapper à la police pour vivre sa love story ?


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Love Story à L’Iranienne »

Depuis la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad en 2009 et la répression du mouvement de protestation qui l’a suivie, la plupart des journalistes étrangers ont dû quitter l’Iran. C’est dans ce vide que travaille Jane Deuxard, pseudonyme d’un couple de reporters qui s’y rend clandestinement pour recueillir des témoignages. Deloupy met en images en donnant la parole à des Iraniens de vingt à trente ans qui racontent une chose apparemment simple, aimer.

Le choix du sujet fait la force du livre. En prenant l’intime comme angle, Jane Deuxard rend palpable ce qu’un exposé politique laisserait abstrait, puisque l’interdiction des relations hors mariage et le contrôle social transforment le moindre rendez-vous en prise de risque. Les témoignages recueillis évitent la simplification, certains jeunes gens trouvant à la transgression un piquant qui les amuse, d’autres exprimant leur angoisse, une jeune femme se déclarant même satisfaite de sa condition. Le récit montre aussi que vivre une histoire d’amour ne suppose pas les mêmes contraintes selon que l’on habite les quartiers aisés ou populaires de Téhéran. Cette pluralité de voix, sans commentaire, constitue le vrai parti pris de l’ouvrage.

extrait bd Love Story à L'Iranienne

Le dessin de Deloupy assume un rôle de témoin plus que d’illustrateur. Les visages, très expressifs, portent l’essentiel de l’émotion, tandis que sa mise en couleurs sobre maintient le récit à distance du pittoresque.

L’album s’adresse aux lecteurs de bande dessinée de reportage, aux enseignants et à tous ceux qui souhaitent comprendre la société iranienne autrement que par la géopolitique.

Iranienne – Rebelle et fière au pays des Mollahs

Album publié en 2024 aux éditions Marabulles.


Résumé éditeur

couverture bd Iranienne - Rebelle et fière au pays des Mollahs

À Téhéran, Raya a tout pour finir en prison, voire pire. Cette Iranienne de 19 ans cumule en effet tout ce que déteste le régime des mollahs : elle est lesbienne, révoltée, et amoureuse de la fête et du rock.
Un terrible choix s’impose à elle : rester en Iran, rentrer dans le rang et se trahir, ou fuir à l’étranger et abandonner sa terre natale à cette dictature.
Que va-t-elle décider ?
L’histoire vraie de Raya, une femme bien décidée à se battre contre un système impitoyable. Et faire entendre au monde entier les cris de révolte de toute sa génération.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Iranienne – Rebelle et fière au pays des Mollahs »

Publiée dans une collection tournée vers le documentaire et le témoignage, cette bande dessinée porte à l’image le parcours de Raya, une jeune Téhéranaise de dix-neuf ans. Le scénario d’Éric Darbré s’appuie sur le récit d’Aran de Shahdad pour raconter une histoire vraie, celle d’une femme qui cumule tout ce que le régime des mollahs réprouve, puisqu’elle est lesbienne, éprise de rock et de liberté, et incapable de se taire.

Le récit tire sa force de son ancrage dans le quotidien plutôt que dans le manifeste. Éric Darbré montre l’oppression par le détail concret, l’interdiction du vernis, des sourcils épilés ou d’une coupe jugée indécente, ces contraintes minuscules qui disent un contrôle total des corps féminins. Le dilemme de Raya, rester et se renier ou fuir et abandonner sa terre, structure le récit. La relation avec sa mère, partagée entre inquiétude et soutien, ajoute une nuance intime à ce portrait d’une génération qui a fait sien le mot d’ordre Femmes, vie, liberté.

extrait bd Iranienne - Rebelle et fière au pays des Mollahs

Au dessin, Zainab Fasiki met sa pratique d’illustratrice féministe au service du propos. Son trait clair et ses couleurs franches refusent le misérabilisme, affirmant au contraire la vitalité et la fierté de son héroïne. Les scènes de fête clandestine, saturées de teintes vives, contrastent avec la grisaille de l’espace public surveillé, traduisant visuellement l’écart entre la vie rêvée et la vie permise.

L’album s’adresse aux lecteurs sensibles à l’actualité iranienne, comme à un public adolescent et adulte en quête de témoignages engagés. Éric Darbré, Aran de Shahdad et Zainab Fasiki signent un portrait solidaire, qui donne un visage à une révolte collective.

Gaza 1956 – En marge de l’Histoire

couverture bd Gaza 1956 - En marge de l'Histoire

Album publié en 2010 aux éditions Futuropolis.


Résumé éditeur

couverture bd Gaza 1956 - En marge de l'Histoire

Quinze ans après la publication de son premier livre, Palestine une nation occupée, Joe Sacco retourne dans la bande de Gaza pour enquêter sur un massacre de la population palestinienne par l’armée israélienne en 1956.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Gaza 1956 – En marge de l’Histoire »

Joe Sacco livre avec Gaza 1956 – En marge de l’Histoire  un roman graphique de reportage d’une rigueur impressionnante, né d’une mention dans un rapport de l’ONU qui ouvre sur une enquête au long cours. L’auteur s’attache à reconstituer, à partir de témoignages, les massacres de Khan Younis et de Rafah à l’automne 1956, dans le contexte de la crise de Suez, et à interroger l’oubli qui entoure ces événements.

La force de cette BD tient d’abord à sa manière de raconter l’enquête. Joe Sacco fait sans cesse l’aller-retour entre le temps où il interroge les gens à Gaza (2002-2003) et l’année 1956, quand les faits se sont produits. Il montre très concrètement les difficultés du travail : souvenirs abîmés par le temps, versions qui ne coïncident pas, détails flous ou disputés. Plutôt que d’imposer une conclusion “toute faite”, il recoupe les récits et met en évidence ce qui est sûr, ce qui reste incertain, et pourquoi. C’est ce sérieux dans la méthode qui donne aux témoins une vraie présence : ils ne sont pas des silhouettes, mais des personnes, avec leur parole, leurs hésitations et parfois leurs silences.

extrait bd Gaza 1956 - En marge de l'Histoire

Le noir et blanc, dense et minutieux, renforce cette ambition documentaire : visages très expressifs, arrière-plans fouillés, sensation de promiscuité qui pèse sur le lecteur autant que sur le récit.

Exigeant par ses 424 pages, Gaza 1956 s’adresse aux lecteurs de BD de reportage et à ceux qui cherchent une approche historique du conflit Israélo-Palestinien.

Les tournesols d’Ukraine

Album publié en 2023 aux éditions Steinkis.


Résumé éditeur

couverture bd Les tournesols d'Ukraine

Pietro est italien, Lisa, ukrainienne. Ils se rencontrent en 2016 et vivent dès lors entre les deux pays, partageant et découvrant ainsi la culture de l’autre.
En septembre 2021, J-180, Lisa s’inquiète des mouvements russes à la frontière, ses proches la rassurent.
L’avenir donnera malheureusement raison à Lisa.
Le 19 février 2022, J-4, Lisa et Pietro arrivent en Italie. La famille de Lisa n’a pas voulu quitté le pays.
Le 25 février, J+2, la ville de Mykolaiv, où vit la famille de Lisa, est bombardée.
Ses proches se décident à la rejoindre en Italie, à l’exception de son père.
Dès lors, le quotidien est rythmé par les infos et l’inquiétude de savoir son père si exposé mais aussi les détails prosaïques de la cohabitation avec les proches, les souvenirs qui refont surface et la nécessité de sensibiliser l’opinion.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Les tournesols d’Ukraine »

Avec Les tournesols d’Ukraine : Échapper à l’invasion, Pietro B. Zemelo livre un récit à la fois sobre et bouleversant, ancré dans la réalité de février 2022, lorsque la guerre contraint Lisa et sa famille à reconsidérer chaque certitude. Le livre choisit l’échelle du quotidien : les décisions prises dans l’urgence, les proches qu’on laisse derrière soi, l’angoisse qui s’installe durablement.

Le scénario se distingue par une construction en fragments, faite d’allers-retours entre avant et après l’irruption de la guerre. Ce montage montre comment un événement historique recompose la mémoire, transforme les gestes ordinaires et fracture les trajectoires. La tension dramatique naît moins des scènes de violence que de ce qu’elles imposent aux relations familiales, en particulier quand l’exil devient la seule option pour certains, tandis que d’autres s’obstinent à rester.

extrait bd Les tournesols d'Ukraine

Pietro B. Zemelo assume aussi sa place dans le récit : celle d’un proche qui accompagne, écoute, et mesure ses limites face à une expérience qu’il ne vit pas dans sa chair. Cette position, délicate, renforce l’impression d’honnêteté. Le dessin, clair et expressif, privilégie la lisibilité et l’émotion juste. Les visages, les silences, les intérieurs deviennent des repères ; le tournesol, motif récurrent, apporte une respiration symbolique sans jamais forcer l’effet.

On ressort de cette lecture avec la sensation d’avoir compris, de l’intérieur, ce que “tenir” veut dire. Un roman graphique recommandé à celles et ceux qui cherchent un témoignage humain sur le conflit russo-ukrainien. Les tournesols d’Ukraine capte l’intime au cœur de l’Histoire.

Worm – De Fidel Castro à Donald Trump , Une odyssée contre l’autoritarisme

Album publié en 2025 aux Editions Bayard.


couverture bd Worm - De Fidel Castro à Donald Trump , Une odyssée contre l'autoritarisme


Worm désigne le vers ou la vermine. C’était le surnom que Fidel Castro utilisait pour décrire les Cubains qui cherchaient à fuir après la révolution de 1959.
Edel Rodriguez en a fait partie. Il raconte sa jeunesse sur l’île, dans les champs de canne à sucre ou à la périphérie des villes, où ses parents partent discuter pour échapper aux oreilles indiscrètes.

En images saisissantes, il nous fait vivre la privation de liberté, nous montre la fuite depuis le port de Mariel en 1980 sur des bateaux de fortune. Et tisse le parallèle entre le dictateur cubain et l’ex-président américain, Donald Trump.
Un livre majeur sur la soif de liberté et les menaces qui planent sur elle.

Une édition collector, avec en poster l’illustration du Melting Donald Trump réalisé par Edel Rodriguez pour Time.

« Ce livre est tellement bon qu’il sera probablement interdit en Floride » Chip Kidd, auteur lauréat de quatre prix Eisner

« Exaltant, immensément puissant, magnifique, Worm ouvre vraiment l’imagination et vous emporte ». Philippe Sands, avocat et auteur de Retour à Lemberg


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Worm – De Fidel Castro à Donald Trump , Une odyssée contre l’autoritarisme »

Illustrateur parmi les plus reconnus aux États-Unis, devenu directeur artistique d’un grand magazine américain à vingt-trois ans et célèbre pour ses couvertures consacrées à Donald Trump, Edel Rodriguez raconte ici sa propre histoire pour la première fois. Le titre reprend le terme dont Fidel Castro qualifiait les Cubains désireux de quitter l’île après la révolution de 1959, ces vers de terre dont l’auteur revendique aujourd’hui l’appartenance.

Le récit s’ouvre sur El Gabriel, bourgade rurale au sud de La Havane où sa famille vivait depuis des générations. Edel Rodriguez y restitue une enfance de pénurie et de surveillance, celle d’un grand-père conservant chaque bout de ficelle et d’une grand-mère avertissant que les murs ont des oreilles, jusqu’au départ de 1980 par le port de Mariel, quand cent vingt-cinq mille personnes furent autorisées à embarquer sur des bateaux de fortune.
La seconde partie du livre déploie la thèse annoncée par le sous-titre, l’auteur estimant reconnaître dans certaines évolutions récentes de la vie politique américaine des signaux qu’il avait appris à identifier enfant. Ce rapprochement, assumé et discutable, constitue le cœur polémique de l’ouvrage, et le lecteur français y trouvera surtout un témoignage sur la mécanique du soupçon en régime autoritaire.

extrait bd Worm - De Fidel Castro à Donald Trump , Une odyssée contre l'autoritarisme

Le dessin prolonge la manière du dessinateur de presse, avec une facture proche de la gravure et une palette volontairement réduite, dominée par le rouge, le vert et le noir.

Trump et l’enquête russe – Un président déchaîné

Album publié en 2020 aux Editions Goutte d’or.


Le lecteur se change en une petite souris vivant dans le bureau ovale.

couverture bd Trump et l enquête russe - Un président déchaîné

Le Washington Post a réalisé cette BD rythmée comme une saison de la série House of Cards. 
Le lecteur s’immerge au cœur de la Maison-Blanche et découvre un président des États-Unis prêt à tout pour empêcher l’investigation sur l’ingérence de la Russie dans son élection de 2016 : limoger le patron du FBI, renier son avocat personnel ou encore manipuler des faits.

Cette BD s’appuie sur une investigation hors norme. Durant deux ans, le procureur Robert S. Mueller (épaulé par 19 procureurs et 40 agents du FBI) a enquêté sur l’ingérence de la Russie dans la campagne présidentielle américaine de 2016.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Trump et l’enquête russe – Un président déchaîné »

Réalisée par des journalistes du Washington Post, cette bande dessinée d’investigation porte à l’image l’un des dossiers politiques les plus commentés de la dernière décennie. Rosalind S. Helderman, membre de l’équipe distinguée par le prix Pulitzer en 2018 pour sa couverture de l’ingérence russe, en signe le texte, et Jan Feindt le dessin. L’ouvrage retrace les deux années d’enquête menées par le procureur Robert Mueller, épaulé par dix-neuf procureurs et quarante agents du Bureau fédéral, sur l’ingérence de la Russie dans la campagne présidentielle américaine de 2016.

La force de l’album tient à sa méthode. Découpé en six chapitres, il s’appuie sur des pièces vérifiables, messages échangés, conversations privées, notes confidentielles, et restitue les épisodes qui ont scandé l’enquête, du limogeage du directeur du Bureau fédéral aux revirements de l’avocat personnel du président. Le lecteur se trouve placé en observateur du Bureau ovale, dans une progression qui emprunte aux codes de la série télévisée sans sacrifier la rigueur documentaire. La densité du texte reste importante et la part proprement graphique demeure au service de l’information, ce qui pourra frustrer les lecteurs venus chercher une véritable écriture de bande dessinée.

extrait bd Trump et l enquête russe - Un président déchaîné

Le trait de Jan Feindt, sobre et réaliste, privilégie la lisibilité des visages et des lieux, condition nécessaire pour suivre une distribution nombreuse. Sa palette froide installe une atmosphère de huis clos administratif.

L’album s’adresse aux lecteurs curieux de politique américaine et de journalisme d’investigation.

Long Kesh : Bobby Sands et l’enfer irlandais

Album publié en 2019 aux Editions du Long Bec.


couverture bd Long Kesh : Bobby Sands et l'enfer irlandais

Avril 1981.
Depuis deux mois, Booby Sands fait la grève de la faim. Et onze autres prisonniers ont progressivement suivi son exemple.
Pourtant, il vient d’être élu député à la Chambre des communes. Accompagné de l’émissaire du pape, le cardinal O’Fiaich rend visite au jeune homme afin de le dissuader de poursuivre une action que l’Eglise juge suicidaire.
Mais Bobby campe sur ses positions et choisit de raconter à son visiteur ses cinq années dans l’enfer des H-Blocks.

En septembre 1977, en Irlande du Nord, Bobby Sands, un militant de l’IRA, est condamné à 14 ans de prison pour port d’arme illégal. Il va être incarcéré dans la prison du Maze, plus connue sous le nom de Long Kesh.
Commence alors une lutte pour les droits et la dignité qui va le mener à la mort en le 5 mai 1981, suite à une grève de la faim de 66 jours…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Long Kesh : Bobby Sands et l’enfer irlandais »

Sous le trait acéré de Stéphane Heurteau, Long Kesh : Bobby Sands et l’enfer irlandais s’impose comme une œuvre de mémoire indispensable. La bande dessinée est un véritable outil documentaire sur les « Troubles ».

L’ouvrage dissèque avec une précision l’impasse politique de 1981, opposant la détermination des prisonniers de l’IRA à l’inflexibilité de Margaret Thatcher. Au-delà du destin tragique de Bobby Sands, le récit explore les enjeux de la reconnaissance du statut de prisonnier politique à travers le « Blanket protest » et la grève de la faim. Cette dimension géopolitique, étayée par une documentation solide, permet de saisir la complexité d’un conflit où le corps devient l’ultime rempart contre la déshumanisation carcérale.

Graphiquement, Stéphane Heurteau opte pour un noir et blanc nerveux d’une efficacité redoutable. Son travail sur le clair-obscur accentue la sensation de claustrophobie des H-Blocks. Les planches capturent l’épuisement des corps avec une pudeur poignante.

En mêlant séquences de fiction et dossiers documentaires, cette BD constitue une ressource précieuse pour les étudiants et passionnés d’histoire contemporaine. Une BD pour comprendre les racines et les cicatrices de la question irlandaise.

Croke Park, dimanche sanglant à Dublin

couverture bd Croke Park, dimanche sanglant à Dublin

Album publié en 2020 aux Editions Delcourt.


couverture bd Croke Park, dimanche sanglant à Dublin

Le 21/11/1920 à Croke Park, stade dublinois dédié aux sports gaéliques, eut lieu le premier Bloody Sunday, en représailles d’une opération au cours de laquelle le gang des apôtres de l’IRA avait exécuté 14 espions anglais du Cairo Club.
En 2007, dans ce lieu historique, les rugbymen irlandais battent les Anglais 43-13.
Le XV du Trèfle salue d’une haie d’honneur les vaincus avant que ces derniers ne leur rendent la pareille, scellant la réconciliation grâce au sport…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Croke Park, dimanche sanglant à Dublin »

Croke Park, dimanche sanglant à Dublin, écrit par Sylvain Gâche et dessiné par Richard Guérineau, paru chez Delcourt, revisite le Bloody Sunday du 21 novembre 1920 tout en le faisant résonner avec le match Irlande–Angleterre de 2007 disputé dans le même stade. En une centaine de pages, l’album parvient à conjuguer rigueur historique et tension dramatique sans jamais verser dans le didactisme pesant.

Le scénario alterne entre le massacre perpétré par les forces britanniques au cœur d’un match de football gaélique et le rendez-vous sportif de 2007, où l’enjeu symbolique dépasse largement le terrain. Sylvain Gâche montre comment un lieu de traumatisme national peut devenir, des décennies plus tard, l’espace d’une forme de réconciliation, en soulignant l’ambivalence des mémoires irlandaises face à la couronne britannique. Les personnages, souvent inspirés de témoins et de victimes réels, restent esquissés avec pudeur.

Graphiquement, Richard Guérineau adopte un trait expressif, lisible et nerveux, qui sert aussi bien la confusion de la fusillade que l’intensité émotionnelle des tribunes modernes. La palette, volontairement contenue, joue sur les contrastes entre la froideur de la violence de 1920 et la lumière des scènes de 2007. Le découpage, très maîtrisé, guide l’œil du lecteur et rend particulièrement saisissants les instants de bascule où la fête populaire se mue en massacre.

Cette bande dessinée est intéressante pour saisir les nuances de la « question irlandaise ». Elle démontre comment le souvenir du « bloody Sunday » peut nourrir une conscience nationale sans pour autant interdire l’espoir d’une fraternité future.