Catégorie : Litterature en BD

Ce que le jour doit à la nuit

Album « Ce que le jour doit à la nuit » publié en 2023 aux éditions Philéas.


Résumé éditeur

Adaptation du roman de Yasmina Khadra publié en 2008.

couverture bd Ce que le jour doit à la nuit

Avec ses beaux yeux bleus et son physique avantageux, Younes, petit Algérien de dix ans, intègre une communauté de roumis, ces Français vivant en Algérie à la veille de l’insurrection.

Younes, un petit Algérien de dix ans, vit avec ses parents et sa sœur. Après l’incendie criminel de leur récolte, ils sont ruinés et doivent quitter leurs terres pour trouver du travail en ville à Oran.

Son père, ne pouvant subvenir à ses besoins, décide de confier son fils à son frère, pharmacien, marié à une Française.

Younes devient Jonas et intègre une communauté de roumis c’est-à-dire des Français vivant en Algérie, les futurs  » pieds-noirs « .

Avec ses beaux yeux bleus et son physique avantageux, Younes est vite accepté par sa nouvelle communauté aisée.

Au fil des années, il va découvrir son pays et apprendre à l’aimer, l’amitié entre quatre amis, de jeunes colons, et l’amour nommé Émilie. Mais il va aussi découvrir la misère des siens, la guerre et l’injustice.

À travers le destin de Younès, Yasmina Khadra retrace l’histoire de l’insurrection algérienne et les raisons du déracinement des français d’Algérie.

couverture bd Ivanhoé Tome 3

L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Ce que le jour doit à la nuit »

« Ce que le jour doit à la nuit« , œuvre de Stella Lory d’après le roman poignant de Yasmina Khadra, émerge comme une perle rare qui capture avec délicatesse les nuances d’un récit algérien complexe et profond. Le passage de la prose au panneau illustré est souvent semé d’embûches, mais Lory, avec la collaboration artistique de Marion Duclos, navigue habilement entre fidélité et innovation.

Leur version dessinée de l’histoire de Younès/Jonas est un voyage émotionnel qui transcende les pages, où chaque trait de pinceau et chaque palette de couleurs semblent imprégnés d’une sensibilité particulière à l’âme algérienne, capturant l’essence de l’identité et du conflit. Duclos, avec ses planches aux teintes à la fois lumineuses et terreuses, offre un écho visuel à la prose lyrique de Khadra, bien que son trait parfois flottant puisse laisser les puristes du détail historique sur leur faim.

La contrainte de condensation, souvent malédiction des adaptations, est ici maniée avec une grâce qui frôle l’alchimie. En moins de 150 pages, Lory et Duclos parviennent à distiller la quintessence de l’œuvre originale, même si le spectre de l’amitié, pivot central du roman, semble par moments se dissiper comme une ombre dans la chaleur d’Oran.

« Ce que le jour doit à la nuit » en format bande dessinée s’offre comme un récit intime et universel, un pont entre les cultures, et un hommage à la résilience humaine face aux tiraillements de l’histoire.

Lory et Duclos rendent un vibrant hommage au chef-d’œuvre de Khadra. Leur interprétation graphique est une invitation à redécouvrir l’histoire à travers un prisme différent, offrant une expérience à la fois familière et rafraîchissante, un rappel que l’art, sous toutes ses formes, reste un vecteur puissant de mémoire et d’émotion.

Don Quichotte de la Manche

Album « Don Quichotte » publiée en 2023 aux éditions Daniel Maghen.


Adapté de l’œuvre de Miguel de Cervantes parue en 1605.

Don Quichotte passe entre les mains de Paul et Gaëtan Brizzi pour une adaptation somptueuse de ce classique de la littérature espagnole.

Paul et Gaëtan Brizzi reprennent le crayon et, après L’Enfer de Dante, s’attaquent à un autre très grand classique de la littérature espagnole, Don Quichotte.

L’Hidalgo de Miguel de Cervantes va passer sous les traits uniques des frères Brizzi pour une nouvelle adaptation spectaculaire !

couverture bd Ivanhoé Tome 3

L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Don Quichotte de la Manche »

Dans un élan graphique où l’audace se mêle à l’irrévérence, Paul et Gaëtan Brizzi ont saisi l’épée de l’imaginaire pour donner vie à « Don Quichotte de la Manche » en une fresque où la couleur et le trait n’ont d’égal que l’ambition narrative.

La bande dessinée, ce médium si souvent cantonné à la légèreté, se trouve ici transcendée, portant les aspirations chevaleresques de l’Ingénieux Hidalgo à une hauteur rarement atteinte dans l’art séquentiel.

Le traitement de la quête chevaleresque, oscillant entre la noble folie et la satire sociale, s’épanouit sous la plume et le pinceau des frères Brizzi. Ils donnent corps à la dualité du rêve et de la raison, enveloppant le lecteur dans une épopée visuelle qui défie la linéarité du texte originel de Cervantes.

Loin de se contenter d’une simple adaptation, les Brizzi réinventent Don Quichotte. Ils ne se contentent pas de dépeindre la silhouette émaciée du chevalier errant, mais insufflent une vitalité nouvelle à l’iconographie de l’œuvre. Leurs dessins, qui tiennent autant de la caricature truculente que de la représentation fidèle, sont des fenêtres ouvertes sur un monde où la fantaisie n’a de cesse de contester la grisaille de la réalité.

C’est dans cet espace que se joue la tragi-comédie de l’existence, où l’amour, l’amitié et la loyauté sont autant de thématiques explorées avec une tendresse parfois mélancolique, parfois exubérante. Le format hors norme de cette bande dessinée n’est pas un simple choix esthétique, c’est une nécessité pour embrasser l’ampleur de la vision des Brizzi, où chaque page est un tableau, chaque séquence un poème.

« Don Quichotte de la Manche » par Paul et Gaëtan Brizzi n’est pas seulement une adaptation, c’est une réinterprétation, une célébration de l’esprit de Cervantes.

Les Brizzi, avec leur génie du dessin, ne nous offrent pas juste une bande dessinée ; ils nous invitent à chevaucher aux côtés de Don Quichotte, à la recherche de géants à terrasser, qui ne sont autres que nos propres illusions.

Don Quichotte dans la Manche

Album « Don Quichotte » publiée en 2004 aux éditions Vents d’Ouest (repris par Glénat).


Adapté de l’œuvre de Miguel de Cervantes parue en 1605.

couverture bd Don Quichotte dans la Manche

Dans un village de la Manche dont je ne veux me rappeler le nom, vivait un homme ayant choisi de quitter le monde du travail pour jouir du silence de sa demeure.

Un vieil héritage le lui avait permis. Malgré cela les trois quarts de ses revenus partaient dans son alimentation.

Le reste allait aux factures, au salaire de sa bonne et au fourrage de sa vieille carne. Il passait l’essentiel de son temps à la lecture…

Des lectures dites d’évasion, avec un goût prononcé pour les romans de chevalerie…

Il y consacra d’abord ses journées, puis ses nuits…

Dormir ne le concernait plus.

A force son cerveau s’étiolait. Les histoires d’enchantements, de tournois, de batailles, d’amours et de tourments finissaient par devenir réels…

Notre homme péta les plombs, si bien qu’un jour il eut une bien curieuse idée…

Il alla annoncer à sa vieille jument qu’il l’a rebaptisait Rossinante, qu’il se faisait chevalier errant, qu’il partait à l’aventure sauver des pucelles en détresse et affronter leurs geôliers. A lui les dangers, les victoires et la gloire éternelle ! Il venait de se choisir un nom : il s’appelle maintenant Don Quichotte.


Une savoureuse et hilarante relecture du texte de Cervantès à ne rater sous aucun prétexte.

couverture bd Ivanhoé Tome 3

L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Don Quichotte dans la Manche »

Dans la pléthore des réinventions de Don Quichotte, « Don Quichotte dans la Manche » de Denis Leroux et Stéphane Douay émerge comme une entreprise audacieuse, transplantant le chevalier errant dans le tissu de la modernité. Les auteurs y tissent avec un art jubilatoire un hommage qui se veut à la fois ludique et respectueux du texte cervantin.

En effet, la bande dessinée offre une relecture contemporaine, ancrant le mythe dans une réalité tangible et actuelle qui permet d’explorer avec délice les quiproquos entre un idéal chevaleresque anachronique et un monde prosaïque.

L’humour, pilier de cette œuvre, trouve sa voie dans le décalage entre l’archaïque et le moderne, une veine comique qui aurait toutefois pu être exploitée avec une verve plus tranchante. L’on aurait aimé que Douay et Leroux poussent le bouchon de la folie plus loin, flirtant avec l’absurde et l’irrévérence qui auraient pu conférer à leur création une dimension satirique plus marquée.

Graphiquement, le trait de Douay accompagne efficacement le scénario de Leroux, bien que l’on puisse parfois désirer une palette plus expressive pour capturer toute la fantaisie du récit.

« Don Quichotte dans la Manche » s’inscrit ainsi dans le canon des adaptations de l’œuvre de Cervantes, une addition respectueuse qui tout en amusant, nous rappelle la pérennité et la plasticité du rêve quichottesque.

Le Comte de Monte-Cristo – Tome 2

Album publié en 2024 aux Editions Delcourt


Adapté de l’œuvre d’Alexandre Dumas publié en 1844 pour la première fois.

couverture bd Le Comte de Monte-Cristo - Tome 2

Dans ce second et dernier tome de l’adaptation du célèbre roman de Dumas, le Comte de Monte-Cristo accomplit sa vengeance et dévoile les crimes des traîtres qui l’ont fait condamner. Le dénouement d’une œuvre culte.

Le Comte de Monte-Cristo est à Paris pour se venger de ceux qui l’ont accusé à tort et fait emprisonner.

Il multiplie les identités et élabore un plan complexe pour punir ceux qui l’ont trahi : il dévoile leurs crimes, les conduisant à l’humiliation, la folie, la ruine ou la mort. Mais sur le chemin de la vengeance, Edmond Dantès trouvera aussi celui de la rédemption.

couverture bd Ivanhoé Tome 3

L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le Comte de Monte-Cristo – Tome 2 »

En revisitant le classique indémodable d’Alexandre Dumas, Patrick Mallet et son équipe artistique s’emparent d’une tâche colossale : transposer la complexité narrative du « Comte de Monte-Cristo » dans l’économie visuelle de la bande dessinée.

Le défi n’est pas mince ; il s’agit de capturer l’esprit de la vengeance méthodique d’Edmond Dantès, tout en rendant hommage à la richesse des personnages et à la profondeur psychologique de l’œuvre originale.

Le second tome, tout en poursuivant la trajectoire implacable de la vengeance de Dantès, ne fait pas l’erreur de se précipiter vers sa conclusion. Plutôt, il prend le temps de s’imprégner des nuances de chaque revanche, donnant à la rédemption finale une résonance bien méritée. Les illustrations de Bruno Loth, avec les couleurs de Corentin Loth, ne sont pas qu’un simple accompagnement mais s’élèvent au rang de narrateurs, déployant devant nos yeux le Paris du XIXe siècle avec une authenticité qui confine à la magie du temps retrouvé.

Ce n’est pas seulement l’histoire qui est rendue avec brio, mais aussi l’essence même des personnages. Dantès, avec ses multiples visages, est un tourbillon de douleur et de calcul, mais aussi, inattendu, un vecteur de grâce. Les antagonistes ne sont pas de simples caricatures de méchants mais des figures tragiques, enfermées dans les conséquences de leurs actions passées.

Le « Comte de Monte-Cristo – Tome 2 » de Mallet est donc bien plus qu’une adaptation ; c’est une réinterprétation qui honore son prédécesseur tout en revendiquant sa propre place dans la bibliothèque graphique.

Ceux qui cherchent dans la bande dessinée un équivalent du plaisir de lire un roman dense et riche trouveront ici leur compte.


La Guerre du feu – Tome 3

Bande dessinée publiée en 2014 aux éditions Delcourt.


Adapté du roman J-H Rosny aîné publié en 1909.

Par le pays des eaux.

couverture bd La Guerre du feu - Tome 3

Naoh, Naw et Gaw ont réussi à garder le feu et se sont assuré l’alliance des mammouths, mais l’accalmie n’est que passagère.

Les vivres à disposition ne cessent de diminuer et de nouveaux ennemis se présentent à eux… les nains rouges !

Dernier tome de l’adaptation du chef-d’oeuvre de J.-H. Rosny aîné.

Un hymne à la préhistoire réalisé par un spécialiste, Emmanuel Roudier, l’auteur de Neandertal.

couverture bd Ivanhoé Tome 3

L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La Guerre du feu – Tome 3 »


Le troisième et dernier volet de « La Guerre du feu« , sous la plume et le pinceau d’Emmanuel Roudier, clôt avec panache cette odyssée préhistorique qui a su captiver son lectorat depuis le premier tome. Roudier, en véritable érudit de la préhistoire, nous offre une fresque saisissante où le moindre détail semble invoquer l’esprit des temps anciens avec une précision anthropologique.

Dans ce tome, nos protagonistes, Naoh, Naw et Gaw, continuent de défendre leur précieuse découverte — le feu. Ce n’est pas seulement une lutte pour la survie contre les éléments naturels, mais aussi une quête qui les confronte à l’émergence de nouveaux adversaires, les intrigants nains rouges, qui ajoutent une tension palpable à l’intrigue. Cette tension est le moteur d’une narration qui ne faiblit jamais, entretenant une cadence qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page.

La qualité de l’adaptation du roman de J.-H. Rosny aîné est incontestable, Roudier ayant su capturer l’essence du récit tout en y apposant sa marque visuelle distinctive. Le soin apporté aux illustrations renforce l’immersion, chaque coup de crayon servant à évoquer une époque révolue avec une fidélité qui frôle le cinématographique.

La dynamique entre les personnages est rendue avec une justesse qui transcende les âges, nous rappelant que les émotions et les liens sociaux sont intemporels.

C’est avec un sentiment de nostalgie que l’on referme ce dernier chapitre, conscient d’avoir été témoin d’une saga qui, bien qu’ancrée dans les méandres de la préhistoire, est empreinte d’une universalité émotionnelle et d’une résonance contemporaine.

« La Guerre du feu – tome 3 » est donc une réussite qui confirme Emmanuel Roudier comme un conteur d’exception et un artiste au sommet de son art.

La Guerre du feu – Tome 2

Bande dessinée publiée en 2013 aux éditions Delcourt.


Adapté du roman J-H Rosny aîné publié en 1909.

Sur les rives du grand fleuve.

couverture bd La Guerre du feu - Tome 2

Naoh, aidé de Nam et Gaw, a retrouvé la piste du feu : il est gardé par la terrifiante tribu des Kzamms, les dévoreurs d’homme.

Pour dérober le feu et échapper à la férocité de leurs ennemis, ils ne pourront se contenter de leur ruse ou de leur force.

Il leur faudra nouer une alliance extraordinaire, impensable : une alliance avec les mammouths, maîtres incontestés de la Terre en ces temps reculés.

couverture bd Ivanhoé Tome 3

L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La Guerre du feu – Tome 2 »

« La guerre du feu – tome 2 » d’Emmanuel Roudier se distingue comme une œuvre remarquable qui transcende la simple adaptation pour devenir un récit palpitant et visuellement captivant. Roudier, déjà reconnu pour son talent à évoquer la préhistoire avec une fidélité et une imagination saisissante, confirme son expertise dans ce deuxième opus.

Le dessinateur-scénariste parvient à injecter dans ses planches une vitalité qui fait écho à la grandeur épique du roman de J.-H. Rosny aîné, tout en y ajoutant sa propre empreinte artistique. Les illustrations, d’une richesse graphique éloquente, confèrent au récit une dimension immersive qui transporte le lecteur à l’époque des cavernes, parmi les tribus et les mastodontes de la Terre ancienne.

Le récit, loin de se cantonner à une lutte pour la survie, explore des thèmes universels tels que l’alliance, l’ingéniosité, et l’adaptation face à l’adversité. La quête du feu devient ainsi une métaphore de la quête de l’humanité pour la connaissance et la maîtrise de son environnement. L’album se dresse donc non seulement comme une aventure préhistorique mais aussi comme une réflexion sur les fondements même de notre civilisation.

Avec ce tome, Roudier ne se contente pas de dérouler un scénario captivant ; il invite également à une réflexion sur la complexité des relations entre les espèces et l’environnement, ici illustrée par l’alliance stratégique avec les mammouths. C’est un choix narratif audacieux qui enrichit la dynamique de l’intrigue et reflète la profondeur de la recherche de l’auteur sur le sujet.

« La guerre du feu – tome 2 » est une réussite qui confirme la position d’Emmanuel Roudier comme un maître conteur de l’histoire de l’humanité. Par son graphisme expressif et son scénario ingénieux, il apporte une contribution significative à la bande dessinée historique et offre une expérience de lecture à la fois éducative et divertissante.

La Guerre du feu – Tome 1

Bande dessinée publiée en 2012 aux éditions Delcourt.


Adapté du roman J-H Rosny aîné publié le 15 juillet 1909.

Dans la nuit des âges.

couverture bd La Guerre du feu - Tome 1

Fous de terreur et de désespoir, les Oulhamrs fuient dans les ténèbres de la nuit : le feu est mort, détruit par les ennemis de la horde.

Pour la survie de la tribu et l’amour de la belle Gammla, Naoh, le fils du Léopard, se voue à reconquérir le feu.

Une grande quête débute, au coeur d’un univers de titans, où les aurochs et les mammouths, les ours et les lions géants sont les maîtres de la Terre.

couverture bd Ivanhoé Tome 3

L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La Guerre du feu – Tome 1 »


Dans « La guerre du feu – tome 1« , Emmanuel Roudier convoque l’esprit de nos ancêtres dans une fresque préhistorique de toute beauté, où la lutte pour l’élément primordial – le feu – s’érige en épopée fondamentale. À travers ses planches, Roudier ne se contente pas de dessiner ; il sculpte un récit dans la roche même de notre mémoire collective.

Le tracé est sûr, les couleurs terriennes – on perçoit presque l’odeur de la suie et le crépitement des flammes sous les doigts de l’artiste. Les dessins, d’une précision remarquable, ne sont pas de simples illustrations, mais de véritables fenêtres ouvertes sur une ère révolue, donnant à voir et à ressentir la rudesse et la majesté d’un monde où la nature régnait en maître incontesté.

L’intrigue, loin de se limiter à une simple quête, brosse le portrait d’une humanité aux prises avec ses mythes fondateurs. Elle allie la grandeur d’une épopée à la proximité émotionnelle d’une histoire d’amour et de tendresse, qui vient tempérer la brutalité d’un monde sans pitié. Naoh, le fils du Léopard, n’est pas qu’un héros de légende ; c’est le reflet de notre humanité dans ses contradictions les plus profondes, entre sauvagerie et douceur, survie et sacrifice.

La perte du feu par la tribu des Oulhamr est une métaphore puissante de notre propre vulnérabilité. Le désespoir qui s’ensuit, la lutte pour la reconquête de la flamme, fait écho à nos peurs les plus primaires. Roudier, en véritable conteur, nous rappelle que la flamme de la civilisation est fragile et que la barbarie n’est jamais qu’à un souffle de nous.

« La guerre du feu » n’est pas qu’une bande dessinée ; c’est un poème visuel, une ode à la survie et à la complexité de l’âme humaine. Chaque case est un battement de cœur, chaque page un souffle de vie.

Emmanuel Roudier signe ici une œuvre qui, à n’en pas douter, marquera de son empreinte la bande dessinée historique.

Sansévérino est Papillon

Bande dessinée publiée en 2016 aux éditions La boite à Bulles.


Adapté du roman de Henri Charrière publiée en mai 1969.

Dans ce livre-disque, Sanseverino incarne le célèbre bagnard Henri Charrière et chante ses aventures au son de sa guitare, accompagné par le dessin fringant de Sylvain Dorange.

Henri Charrière a vingt-cinq ans et on l’appelle Papillon. Un surnom qui trouve son origine dans le tatouage qui orne sa poitrine.

Ce Don Juan du Montmartre des années 30 se retrouve accusé à tort d’un meurtre et prend «perpet’». Il troque alors son costume trois pièces contre celui des travaux forcés. Mais bien vite, Papillon enfile la tenue qui lui vaudra sa réputation : celle de l’évadé.

Un album à lire ET à écouter où musique et dessins dialoguent et se répondent pour nous faire découvrir la vie mouvementée d’Henri Charrière !

couverture bd Ivanhoé Tome 3

L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Sansévérino est Papillon »

Dans « Sansévérino est Papillon« , Sylvain Dorange orchestre une symphonie visuelle et sonore qui transcende le genre de la bande dessinée. La figure de Papillon, incarnée par le chanteur Sanseverino, est traitée avec une fidélité scrupuleuse et une inventivité qui honorent la mémoire d’Henri Charrière. Le récit, bien qu’ancré dans une réalité brutale de l’univers carcéral, est étonnamment empreint d’une joie de vivre, une célébration de la résilience humaine face à l’adversité.

L’illustration de Dorange est une véritable révélation, la palette de couleurs pastel adoucit les contours de la tragédie sans en diminuer l’impact. Chaque visage est capturé avec une intensité qui nous invite à plonger dans l’âme des personnages, tandis que les textes de chansons introduits par Sanseverino ajoutent une dimension poétique et narrative.

Ce livre-CD est un hommage non seulement à Papillon, mais aussi à l’art de la narration mixte. Dorange et Sanseverino forment un duo harmonieux, dont le produit final est une œuvre qui défie les conventions, une expérience immersive où l’image et le son se répondent pour créer une atmosphère à la fois nostalgique et vivifiante.

C’est une aventure qui se lit et s’écoute, se savoure comme un voyage à travers le temps et l’humanité.

L’Homme qui corrompit Hadleyburg

Bande dessinée publiée en 2022 aux éditions La boite à Bulles.


Adapté de l’œuvre de Mark Twain parue en décembre 1899.

La ville la plus honnête d’Amérique mise à l’épreuve de la tentation… Une adaptation réussie de la célèbre nouvelle de Mark Twain.

couverture bd L Homme qui corrompit Hadleyburg

Hadleyburg, ville dont la réputation est d’être la plus intègre d’Amérique, reçoit un jour la visite d’un homme mystérieux. Ce dernier est venu pour laver l’offense qui lui a, jadis, été faite par ses habitants : trop imbus d’eux-mêmes, ils en avaient oublié les règles de base de l’hospitalité.
Cet étranger a décidé de porter le fer là où cela leur ferait le plus mal : en faisant voler en éclat leur réputation de probité…

Prétendant venir récompenser la personne qui lui porta secours quand il était sans le sou, l’inconnu confie à un des plus honorables habitants une lettre ainsi qu’un sac contenant 40 000 dollars ainsi qu’une enveloppe à ne pas ouvrir.

La lettre précise que l’argent est à remettre à ce fameux bienfaiteur dont le nom n’est pas mentionné. Celui-ci se fera connaître en révélant la phrase qu’il avait dite à l’époque à l’indigent et consignée dans l’enveloppe scellée.

L’argent et l’enveloppe sont remis au révérend de la ville. Ce dernier est missionné pour découvrir l’identité du bienfaiteur et la garder secrète jusqu’à la cérémonie durant laquelle elle sera révélée.

Mais Hadleyburg est-elle aussi intègre qu’elle le prétend ? Petit à petit, parviennent au révérend des lettres de ses plus vénérables habitants assurant tous avoir aidé l’inconnu et prononcé la fameuse formule…

En proposant cette réécriture du mythe de la tentation, Mark Twain mettait en scène l’hypocrisie du christianisme américain, à travers les habitants d’une ville respectable qui, peu à peu, révèlent leur véritable nature…

couverture bd Ivanhoé Tome 3

L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « L’Homme qui corrompit Hadleyburg »

L’adaptation de l’œuvre de Mark Twain par Wander Antunes De Souza s’avère être une entreprise aussi audacieuse qu’habile, cristallisant avec une précision thématique la satire mordante de l’original.

L’histoire, qui explore les thèmes de l’orgueil et de la cupidité, est incarnée dans une fable morale où la tentation est le fil conducteur vers la révélation de la véritable nature humaine.

Le travail d’Antunes est loué pour sa capacité à retranscrire l’Amérique des années 1870-1880 avec des illustrations de qualité. Cette dichotomie entre le style et le contenu est symptomatique des défis inhérents à l’adaptation d’une prose aussi riche que celle de Twain en une forme visuelle.

Cependant, le dessinateur réussit à apporter sa propre interprétation tout en restant fidèle à l’esprit critique de l’auteur original, notamment dans sa dénonciation de l’hypocrisie sociale et religieuse.

En somme, Antunes ne se contente pas de traduire Twain en images ; il offre un miroir où se reflètent les vices intemporels de notre société. C’est une œuvre qui interpelle, autant qu’elle repousse, invitant à une introspection sur l’authenticité de nos vertus.

« L’Homme qui corrompit Hadleyburg » est donc une bande dessinée qui, tout en suscitant un débat sur la fidélité graphique, réussit brillamment à perpétuer la pertinence de l’introspection morale de Twain à travers les âges.

Codine

Bande dessinée « Codine » publiée en 2018 aux éditions La boite à Bulles.


Adapté de l’œuvre du « Gorki des Balkans » (Panaït Istrati), un hymne à l’amitié émouvant et superbement mis en images. Publié en 1926.

couverture bd Codine

Au début du 20e siècle, le petit Adrien Zograffi, huit ans, vient vivre avec sa mère, blanchisseuse, dans le quartier le plus déshérité de Braïla, sur les bords du Danube, en Roumanie.

Il fait la connaissance de son voisin Codine, un géant révolté, ancien bagnard, emprisonné dix ans pour avoir tué son meilleur ami. Devenus amis, ils iront jusqu’à échanger leur sang et se promettre de se protéger l’un l’autre.

Une magnifique fable sociale, adaptée du roman de Panait Istrati, écrivain roumain francophone, voyageur humaniste, défenseur de la liberté.

Un véritable hymne à l’amitié émouvant et touchant.

couverture bd Ivanhoé Tome 3

L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Codine »


« Codine » de Jacques Baujard est une œuvre qui mérite une attention particulière, non seulement pour sa fidélité à l’esprit du roman original de Panaït Istrati mais aussi pour sa capacité à transcender le médium de la bande dessinée pour toucher à l’universel.

D’une main de maître, Baujard, appuyé par les pinceaux expressifs de Simon Géliot, nous convie à un voyage rétrograde dans une Roumanie du début du XXe siècle, où les strates sociales se dessinent avec une acuité poignante. La relation entre Adrien, enfant à la santé ébranlée, et Codine, colosse échappé des chaînes de la justice, devient le prisme à travers lequel se révèlent les contradictions et les complexités de l’âme humaine.

Le scénario de Baujard est une merveille de construction. Il n’est pas seulement question d’une amitié, mais d’une communion d’esprits que tout oppose en apparence. L’innocence se heurte à la brutalité, la fragilité à la force, et pourtant, c’est une mélodie harmonieuse qui se dégage de leurs interactions. C’est un récit qui célèbre la résilience de l’esprit humain et la rédemption qui se trouve souvent dans les liens improbables.

Les illustrations de Géliot sont, à cet égard, d’une importance capitale. Son trait capte l’essence des personnages, leur humanité et leur environnement avec une précision qui frôle le cinématographique. Chaque planche est un tableau qui raconte sa propre histoire, un fragment d’une époque révolue qui continue de résonner avec notre présent.

extrait bd Codine

« Codine » est une œuvre qui refuse de se laisser enfermer dans une catégorie. C’est une bande dessinée, certes, mais c’est aussi un morceau d’histoire, une réflexion philosophique sur l’amitié, et un hommage à la capacité de l’art de dépeindre la complexité du cœur humain.

Baujard et Géliot nous offrent un miroir du passé qui reflète notre propre image, invitent à une introspection aussi douloureuse que nécessaire, et, par-dessus tout, rappellent la puissance de la littérature et de l’art graphique quand ils s’unissent pour raconter une histoire.