La carte et le territoire

Album publié en 2022 aux Editions Flammarion.


Adapté du roman de Michel Houellebecq publié le 3 septembre 2010.

couverture bd La carte et le territoire

« Je vais écrire le catalogue de votre exposition » poursuivit Houellebecq.
« Mais êtes-vous sûr que ce soit une bonne idée pour vous ? »
« Ainsi, Jed se lança dans une carrière artistique sans autre projet que celui – dont il n’appréhendait que rarement le caractère illusoire – de donner une description objective du monde. »


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La carte et le territoire »

Après la consécration du Prix Goncourt en 2010 et plus de 883 000 exemplaires vendus, La Carte et le territoire franchit une nouvelle frontière en passant du roman au roman graphique. Michel Houellebecq s’implique directement dans l’adaptation, travaillant main dans la main avec Louis Paillard, architecte-urbaniste diplômé de l’École Boulle qui signe ici sa première bande dessinée. Ce n’est pas un hasard : la formation d’architecte de Louis Paillard fait de lui un lecteur naturellement sensible aux questions d’espace, de représentation et de rapport entre la carte et le territoire réel qui constituent le cœur thématique du roman.

Jed Martin, artiste solitaire et obsessionnel, trouve son expression dans la photographie des cartes Michelin avant de se tourner vers la peinture, avec sa série des Métiers. Son rapport ambigu au monde, ni vraiment adhésion ni vraiment refus, traverse l’album avec la mélancolie distante que Houellebecq a imposée comme signature littéraire. La rencontre entre Jed et Houellebecq lui-même, personnage du roman, est l’une des séquences les plus réussies de l’adaptation, portant dans les cases cette ironie douce-amère caractéristique.

extrait bd La carte et le territoire

L’objet-livre lui-même est un ovni éditorial : format à l’italienne avec reliure en partie supérieure, dimensions inhabituelles (24,7 x 34,7 cm), alternance de pages en noir et blanc et en couleur. La variété de découpage, collant au propos et à la narration, ainsi que le trait mutant de Louis Paillard surprennent de page en page. Ce choix audacieux n’est pas un caprice esthétique : il traduit la nature hybride d’un roman graphique qui se situe délibérément à la frontière entre l’illustration de texte et la bande dessinée pure.

Destiné aux lecteurs du roman comme à ceux qui découvriront Houellebecq par ce biais, cet album est l’une des expériences graphiques les plus singulières de la bande dessinée française contemporaine.

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