Catégorie : Géographie

Au Pays des Mollahs

Album publié en 2011 aux éditions Meme Pas Mal.


Résumé éditeur

Ce projet BD, a pour but de raconter certains événements méconnus en France (et même en Iran) de l’histoire du pays, après la révolution de 1979, et de disséquer le fonctionnement de ce régime islamiste.
Haji un extrémiste islamiste et Soheil, un intellectuel iranien, se retrouvent coincés sur une île isolée, et se racontent des événements auxquels ils ont été mêlés.
Le ton, noir et ironique, se situe entre fable graphique et bande dessinée historique, romanesque et didactique.
Le graphisme, brut, violent, sert des histoires qui pourraient paraitre surréalistes si elles n’étaient pas calquées à la réalité.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Au Pays des Mollahs »

Contraint de quitter l’Iran en 2006 après la publication de plusieurs de ses ouvrages, Hamid-Reza Vassaf entreprend ici de raconter des épisodes de l’histoire de son pays demeurés méconnus en France comme en Iran, et d’examiner le fonctionnement du régime né de la révolution de 1979. Il choisit pour cela une situation de fable, celle de deux hommes que tout oppose, coincés sur une île isolée, contraints de se parler.

Haji, l’extrémiste embrigadé par le système, et Soheil, l’intellectuel à la pensée mesurée, reviennent tour à tour sur des événements auxquels ils furent mêlés, chacun avec sa grille de lecture. La confrontation permet à Hamid-Reza Vassaf d’aborder sans détour les sujets réputés sensibles, l’éducation, le mariage, la condition des femmes, la culture, et surtout l’imbrication de la religion et du pouvoir. Le ton, noir et ironique, tient le récit à égale distance du pamphlet et du manuel, et l’auteur puise dans des faits réels, comme l’incident naval survenu dans le détroit d’Ormuz en janvier 2008, des situations dont l’absurdité apparente ne doit rien à l’invention.

Le dessin, brut et volontiers violent, joue d’un noir et blanc contrasté. Sa rudesse, qui peut d’abord surprendre, se révèle parfaitement accordée à la matière traitée, en refusant tout adoucissement.

L’album s’adresse aux lecteurs adultes curieux de l’histoire iranienne récente et aux amateurs de bande dessinée politique.

Femme Vie Liberté

Album publié en 2025 aux éditions de l’Iconoclaste.


Résumé éditeur

couverture bd Femme Vie Liberté

Le 16 septembre 2022, en Iran, Mahsa Amini
succombe aux coups de la police des mœurs
parce qu’elle n’avait pas  » bien  » porté son voile.
Son décès soulève une vague de protestations
dans l’ensemble du pays, qui se transforme
en un mouvement féministe sans précédent.

Marjane Satrapi a réuni trois spécialistes :
Farid Vahid, politologue, Jean-Pierre Perrin,
grand reporter, Abbas Milani, historien,
et dix-sept des plus grands talents
de la bande dessinée pour raconter cet
événement majeur pour l’Iran,
et pour nous toutes et nous tous.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Femme Vie Liberté »

Le projet est né de l’initiative de l’éditrice Sophie de Sivry, disparue avant l’achèvement du livre, qui sollicita son amie Marjane Satrapi face à l’ampleur de la répression en Iran. L’autrice de Persepolis a réuni dix-sept dessinateurs et trois spécialistes autour d’un slogan d’origine kurde devenu le mot d’ordre d’un mouvement de contestation sans précédent, déclenché par la mort de Mahsa Jina Amini après son arrestation par la police des mœurs.

L’intelligence de la BD tient à l’alternance entre les registres. Les récits dessinés de Joann Sfar, Catel, Paco Roca, Lewis Trondheim, Coco ou Mana Neyestani côtoient les analyses de Farid Vahid, de Jean-Pierre Perrin et d’Abbas Milani, qui replacent la révolte dans une histoire longue. La présence d’auteurs iraniens, parmi lesquels Shabnam Adiban, Bahareh Akrami et Touka Neyestani, apporte une connaissance intime que le regard extérieur ne pouvait fournir. Le livre documente les tortures, les emprisonnements et les violences sexuelles, mais il constitue surtout un portrait de la jeunesse iranienne, dans son inventivité comme dans son obstination. Il rappelle aussi la singularité de ce soulèvement, porté par des femmes et largement soutenu par des hommes.

extrait bd Femme Vie Liberté

Graphiquement, la diversité des styles, de la ligne claire au dessin de presse en passant par la photographie, aurait pu nuire à la cohérence. Elle produit l’inverse, chaque écriture éclairant une facette du réel. Les images demeurent sobres, ce qui rend les témoignages plus tranchants encore.

L’ouvrage s’adresse aux lecteurs soucieux des droits humains et de l’actualité iranienne. Une version persane a été diffusée, prolongement essentiel de la démarche.

Le fil de l’Histoire raconté par Ariane & Nino – Le conflit israélo-palestinien

Bande dessinée publiée en 2024 aux éditions Dupuis.


couverture bd Le fil de l'Histoire raconté par Ariane & Nino - Le conflit israélo-palestinien

Le conflit entre Israël et la Palestine fait malheureusement partie du paysage de l’actualité internationale depuis de nombreuses générations…
À tel point que nous oublions souvent ses origines, au profit de ses soubresauts les plus récents.
Mais Ariane et Nino, eux, peuvent voyager dans le passé… Et ainsi expliquer à toutes et à tous le conflit israélo-palestinien en toute indépendance, en toute humanité, pour un exercice de vulgarisation historique salutaire, nécessaire et tous publics.

Menée par Fabrice Erre et Sylvain Savoia, devenus deux références de la transmission du savoir, cette exploration à la fois précise et ludique du passé permet comme jamais de mieux comprendre notre présent. Et d’initier les enfants à toute la subtilité, la complexité, de l’Histoire en marche.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le fil de l’Histoire raconté par Ariane & Nino – Le conflit israélo-palestinien »

S’attaquer au conflit israélo-palestinien dans une collection destinée à la jeunesse relève de la gageure. Pourtant, avec ce volume du Fil de l’Histoire, le scénariste Fabrice Erre et le dessinateur Sylvain Savoia signent un modèle de BD de vulgarisation intelligente et nuancée chez Dupuis.

L’intelligence du récit repose sur l’interaction entre Ariane, la grande sœur pédagogue, et Nino, le petit frère curieux. Fabrice Erre, historien de formation, utilise ce duo pour déconstruire les complexités géopolitiques sans jamais tomber dans le manichéisme. L’ouvrage remonte aux racines du sionisme et de l’effondrement de l’Empire ottoman, traverse les dates clés (1948, 1967, les accords d’Oslo) et explique les enjeux territoriaux avec une rigueur irréprochable. L’analyse ne se contente pas de lister des dates ; elle expose la psychologie des peuples et le poids des mémoires traumatiques.

extrait bd Le fil de l'Histoire raconté par Ariane & Nino - Le conflit israélo-palestinien

Le trait de Sylvain Savoia est le complément indispensable de cette rigueur. Son style « ligne claire » moderne permet d’humaniser les figures historiques (Herzl, Arafat, Rabin) tout en rendant les cartes et les schémas géographiques parfaitement digestes. Le choix d’une colorisation permet au lecteur de se concentrer sur l’essentiel : la compréhension d’un engrenage tragique.

Cette BD offre les clés de lecture nécessaires pour appréhender l’actualité. Une œuvre recommandable dès 9 ans, mais dont la pertinence et la clarté séduiront tout autant les adultes souhaitant consolider leurs connaissances sur ce sujet complexe.

Bons baisers d’Iran

Album publié en 2015 aux éditions Vraoum !


Résumé éditeur

couverture bd Bons baisers d'Iran

2014, Lénaïc et sa compagne partent en voyage dans un pays qui vient juste d’ouvrir ses portes au tourisme : l’Iran.
De Téhéran à Chiraz en passant par Ispahan, Lénaïc nous emporte dans un récit plein d’humour et de rencontres, en tordant le cou à de nombreux clichés.
On découvre la civilisation perse, ses ruines et son passé, mais aussi la culture contemporaine d’une population partagée entre conservatisme et ouverture. Et on rit. Beaucoup.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Bons baisers d’Iran »

Auteur remarqué deux ans plus tôt pour un album tiré de son expérience de veilleur de nuit, Lénaïc Vilain raconte ici le voyage effectué en 2014 avec sa compagne dans un pays qui venait tout juste de rouvrir ses portes au tourisme. Munis d’un simple guide et de quelques idées reçues, ils traversent l’Iran en bus et en voiture, de la capitale aux ruines perses du Sud.

La force du récit tient à la posture adoptée par Lénaïc Vilain, celle du faux naïf qui observe, s’étonne et se moque d’abord de lui-même. L’auteur relève ainsi que le gouvernement s’exprime sur des réseaux sociaux qu’il interdit, et que les Iraniens savent tous contourner une censure numérique dont seuls les touristes pâtissent réellement. La popularité de la chirurgie esthétique, les stratégies des jeunes pour s’amuser, les silhouettes féminines composant avec le voile, autant de détails concrets qui dessinent une société partagée entre conservatisme et ouverture. L’auteur ne cache pas les aspects qui le heurtent, notamment la propagande d’État. Le livre reste toutefois un carnet de voyage, le couple s’aventurant rarement hors des circuits touristiques, ce qui limite la portée de l’enquête.

extrait bd Bons baisers d'Iran

Le dessin rond et volontairement simple, servi par une palette réduite, épouse ce ton décontracté. Cette légèreté graphique n’est pas une facilité, elle rend le propos accessible et désamorce toute solennité.

L’album s’adresse aux amateurs de carnets de voyage sur l’Iran et aux lecteurs curieux de récits qui bousculent les clichés.

Né en Iran

Album publié en 2024 aux éditions Gallimard.


Résumé éditeur

couverture bd Né en Iran

Une autobiographie onirique dans l’Iran des années 1990, vu à travers les yeux d’un enfant.

Le dessinateur Majid Bita se replonge dans l’Iran de son enfance. Celui des années 1990, au lendemain de la guerre contre l’Irak.
Il accumule des souvenirs qui dessinent les contours de son identité : les gâteaux sucrés de sa grand-mère qu’il chapardait, la chaleur réconfortante des couvertures brodées, l’odeur de l’opium que fument les hommes ou le grésillement discontinu de la radio…
Mais les spectres de la guerre et les interdits du régime de l’Ayatollah Khomeini planent sur le quotidien et l’imaginaire du petit garçon. Ses angoisses se matérialisent dans des volutes de fumée noire, hantées par des djinns persans au regard halluciné.
Majid Bita trace le portrait d’une identité morcelée, entre héritages culturels, intimité familiale et contexte sociopolitique.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Né en Iran »

Né en Iran en 1985 et installé en Italie depuis une dizaine d’années, Majid Bita signe avec ce volume de plus de trois cent cinquante pages sa première bande dessinée, écrite et dessinée seul. Il y revient sur son enfance dans l’Iran des années 1990, au lendemain de la longue guerre contre l’Irak, dans une famille cultivée et soudée.

Le récit avance par flashes plutôt que par chronologie. Majid Bita juxtapose des sensations minuscules, les gâteaux sucrés dérobés à sa grand-mère, la chaleur des couvertures brodées, l’odeur de l’opium que fument les hommes, le grésillement d’une radio, et laisse affleurer entre elles ce que l’enfant ne comprend pas encore, les séquelles du conflit et le poids des interdits. Cette construction éclatée sert le propos, celui d’une identité morcelée qui se recompose depuis l’exil. L’auteur se décrit lui-même comme à moitié exilé, le cœur resté attaché à un pays qu’il ne reconnaissait plus à chaque retour.

extrait bd Né en Iran

Le dessin porte l’essentiel de cette intensité. Le trait de Majid Bita est dense, hachuré, taché d’encre, laissant des blancs griffés qui donnent aux planches une âpreté physique. Les angoisses du garçon se matérialisent en volutes de fumée noire peuplées de djinns persans au regard halluciné, greffant le fonds mythologique iranien sur la mémoire intime.

Une œuvre âpre, prolongée par une postface où Majid Bita explicite sa démarche.

Iran – Révolution

Album publié en 2019 aux éditions Les Arènes.


Résumé éditeur

couverture bd Iran - Révolution

Février 1978
Le shah Reza Pahlavi semble indétrônable.

Février 1979
L’ayatollah Khomeyni rentre en Iran pour instaurer la première république islamique.
Michel Setboun, alors âgé de 26 ans, est l’un des rares photojournalistes à avoir couvert, de 1978 à 1981, la totalité de cet événement majeur de notre histoire contemporaine.
Des premières manifestations à Téhéran jusqu’à la prise d’otages à l’ambassade des États-Unis, Iran, révolution est un témoignage inédit sur ces quelques mois qui ont changé la face du monde.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Iran – Révolution »

Cet ouvrage n’est pas une bande dessinée dessinée au sens strict, mais un objet hybride entre le roman-photo et le récit graphique, construit à partir de photographies retravaillées numériquement.
Photographe de presse, Michel Setboun avait vingt-six ans lorsqu’il se rendit en Iran en 1978, pressentant que le pays allait basculer. Il y resta plus d’un an et fut l’un des rares reporters occidentaux présents tout au long des événements, jusqu’à photographier l’ayatollah Khomeyni en France avant son retour triomphal. Quarante ans plus tard, il tire de cette expérience un récit qui couvre les années 1978 à 1981, de la contestation du chah Mohammad Reza Pahlavi à l’installation de la République islamique.

Le parti pris le plus remarquable de Michel Setboun tient au traitement de ses images. Il puise dans un fonds de plus de six cents photographies, dont une large part demeurait inédite, et les retravaille par un procédé numérique qui les rapproche du dessin, entre trace crayonnée et matière presque impressionniste. L’auteur revendique dans sa note d’intention le désir de renouer le lien entre photographie et graphie, et le résultat produit des planches d’une force singulière, où le document conserve son autorité tout en gagnant une dimension picturale.

extrait bd Iran - Révolution

Sur le fond, l’ouvrage tient la position du reporter. Michel Setboun ne prend pas parti pour l’un ou l’autre camp et laisse au lecteur le soin d’interpréter une séquence historique complexe, nourrie d’aspirations démocratiques, de rejet du modèle occidental et de ferveur religieuse. Les textes qui accompagnent les images replacent le contexte, prolongés par une préface d’historien et une carte du pays.

L’ouvrage s’adresse aux lecteurs de récits documentaires et à ceux qui souhaitent comprendre les origines du régime iranien actuel.

Love Story à L’Iranienne

Album publié en 2016 aux éditions Delcourt.


Résumé éditeur

couverture bd Love Story à L'Iranienne

Les jeunes Iraniens rêvent-ils encore d’en finir avec le régime ?
Comment se rencontrer dans cette société qui ne le permet jamais ?
Comment flirter ?
Comment choisir sa femme ou son mari ? Malgré la tradition, malgré le régime.
Des journalistes ont interviewé clandestinement de jeunes Iraniens pour donner un éclairage politique et social. Comment échapper à la police pour vivre sa love story ?


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Love Story à L’Iranienne »

Depuis la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad en 2009 et la répression du mouvement de protestation qui l’a suivie, la plupart des journalistes étrangers ont dû quitter l’Iran. C’est dans ce vide que travaille Jane Deuxard, pseudonyme d’un couple de reporters qui s’y rend clandestinement pour recueillir des témoignages. Deloupy met en images en donnant la parole à des Iraniens de vingt à trente ans qui racontent une chose apparemment simple, aimer.

Le choix du sujet fait la force du livre. En prenant l’intime comme angle, Jane Deuxard rend palpable ce qu’un exposé politique laisserait abstrait, puisque l’interdiction des relations hors mariage et le contrôle social transforment le moindre rendez-vous en prise de risque. Les témoignages recueillis évitent la simplification, certains jeunes gens trouvant à la transgression un piquant qui les amuse, d’autres exprimant leur angoisse, une jeune femme se déclarant même satisfaite de sa condition. Le récit montre aussi que vivre une histoire d’amour ne suppose pas les mêmes contraintes selon que l’on habite les quartiers aisés ou populaires de Téhéran. Cette pluralité de voix, sans commentaire, constitue le vrai parti pris de l’ouvrage.

extrait bd Love Story à L'Iranienne

Le dessin de Deloupy assume un rôle de témoin plus que d’illustrateur. Les visages, très expressifs, portent l’essentiel de l’émotion, tandis que sa mise en couleurs sobre maintient le récit à distance du pittoresque.

L’album s’adresse aux lecteurs de bande dessinée de reportage, aux enseignants et à tous ceux qui souhaitent comprendre la société iranienne autrement que par la géopolitique.

Iranienne – Rebelle et fière au pays des Mollahs

Album publié en 2024 aux éditions Marabulles.


Résumé éditeur

couverture bd Iranienne - Rebelle et fière au pays des Mollahs

À Téhéran, Raya a tout pour finir en prison, voire pire. Cette Iranienne de 19 ans cumule en effet tout ce que déteste le régime des mollahs : elle est lesbienne, révoltée, et amoureuse de la fête et du rock.
Un terrible choix s’impose à elle : rester en Iran, rentrer dans le rang et se trahir, ou fuir à l’étranger et abandonner sa terre natale à cette dictature.
Que va-t-elle décider ?
L’histoire vraie de Raya, une femme bien décidée à se battre contre un système impitoyable. Et faire entendre au monde entier les cris de révolte de toute sa génération.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Iranienne – Rebelle et fière au pays des Mollahs »

Publiée dans une collection tournée vers le documentaire et le témoignage, cette bande dessinée porte à l’image le parcours de Raya, une jeune Téhéranaise de dix-neuf ans. Le scénario d’Éric Darbré s’appuie sur le récit d’Aran de Shahdad pour raconter une histoire vraie, celle d’une femme qui cumule tout ce que le régime des mollahs réprouve, puisqu’elle est lesbienne, éprise de rock et de liberté, et incapable de se taire.

Le récit tire sa force de son ancrage dans le quotidien plutôt que dans le manifeste. Éric Darbré montre l’oppression par le détail concret, l’interdiction du vernis, des sourcils épilés ou d’une coupe jugée indécente, ces contraintes minuscules qui disent un contrôle total des corps féminins. Le dilemme de Raya, rester et se renier ou fuir et abandonner sa terre, structure le récit. La relation avec sa mère, partagée entre inquiétude et soutien, ajoute une nuance intime à ce portrait d’une génération qui a fait sien le mot d’ordre Femmes, vie, liberté.

extrait bd Iranienne - Rebelle et fière au pays des Mollahs

Au dessin, Zainab Fasiki met sa pratique d’illustratrice féministe au service du propos. Son trait clair et ses couleurs franches refusent le misérabilisme, affirmant au contraire la vitalité et la fierté de son héroïne. Les scènes de fête clandestine, saturées de teintes vives, contrastent avec la grisaille de l’espace public surveillé, traduisant visuellement l’écart entre la vie rêvée et la vie permise.

L’album s’adresse aux lecteurs sensibles à l’actualité iranienne, comme à un public adolescent et adulte en quête de témoignages engagés. Éric Darbré, Aran de Shahdad et Zainab Fasiki signent un portrait solidaire, qui donne un visage à une révolte collective.

Gaza 1956 – En marge de l’Histoire

Album publié en 2010 aux éditions Futuropolis.


Résumé éditeur

Quinze ans après la publication de son premier livre, Palestine une nation occupée, Joe Sacco retourne dans la bande de Gaza pour enquêter sur un massacre de la population palestinienne par l’armée israélienne en 1956.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Gaza 1956 – En marge de l’Histoire »

Joe Sacco livre avec Gaza 1956 – En marge de l’Histoire  un roman graphique de reportage d’une rigueur impressionnante, né d’une mention dans un rapport de l’ONU qui ouvre sur une enquête au long cours. L’auteur s’attache à reconstituer, à partir de témoignages, les massacres de Khan Younis et de Rafah à l’automne 1956, dans le contexte de la crise de Suez, et à interroger l’oubli qui entoure ces événements.

La force de cette BD tient d’abord à sa manière de raconter l’enquête. Joe Sacco fait sans cesse l’aller-retour entre le temps où il interroge les gens à Gaza (2002-2003) et l’année 1956, quand les faits se sont produits. Il montre très concrètement les difficultés du travail : souvenirs abîmés par le temps, versions qui ne coïncident pas, détails flous ou disputés. Plutôt que d’imposer une conclusion “toute faite”, il recoupe les récits et met en évidence ce qui est sûr, ce qui reste incertain, et pourquoi. C’est ce sérieux dans la méthode qui donne aux témoins une vraie présence : ils ne sont pas des silhouettes, mais des personnes, avec leur parole, leurs hésitations et parfois leurs silences.

extrait bd Gaza 1956 - En marge de l'Histoire

Le noir et blanc, dense et minutieux, renforce cette ambition documentaire : visages très expressifs, arrière-plans fouillés, sensation de promiscuité qui pèse sur le lecteur autant que sur le récit.

Exigeant par ses 424 pages, Gaza 1956 s’adresse aux lecteurs de BD de reportage et à ceux qui cherchent une approche historique du conflit Israélo-Palestinien.

Les tournesols d’Ukraine

Album publié en 2023 aux éditions Steinkis.


Résumé éditeur

couverture bd Les tournesols d'Ukraine

Pietro est italien, Lisa, ukrainienne. Ils se rencontrent en 2016 et vivent dès lors entre les deux pays, partageant et découvrant ainsi la culture de l’autre.
En septembre 2021, J-180, Lisa s’inquiète des mouvements russes à la frontière, ses proches la rassurent.
L’avenir donnera malheureusement raison à Lisa.
Le 19 février 2022, J-4, Lisa et Pietro arrivent en Italie. La famille de Lisa n’a pas voulu quitté le pays.
Le 25 février, J+2, la ville de Mykolaiv, où vit la famille de Lisa, est bombardée.
Ses proches se décident à la rejoindre en Italie, à l’exception de son père.
Dès lors, le quotidien est rythmé par les infos et l’inquiétude de savoir son père si exposé mais aussi les détails prosaïques de la cohabitation avec les proches, les souvenirs qui refont surface et la nécessité de sensibiliser l’opinion.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Les tournesols d’Ukraine »

Avec Les tournesols d’Ukraine : Échapper à l’invasion, Pietro B. Zemelo livre un récit à la fois sobre et bouleversant, ancré dans la réalité de février 2022, lorsque la guerre contraint Lisa et sa famille à reconsidérer chaque certitude. Le livre choisit l’échelle du quotidien : les décisions prises dans l’urgence, les proches qu’on laisse derrière soi, l’angoisse qui s’installe durablement.

Le scénario se distingue par une construction en fragments, faite d’allers-retours entre avant et après l’irruption de la guerre. Ce montage montre comment un événement historique recompose la mémoire, transforme les gestes ordinaires et fracture les trajectoires. La tension dramatique naît moins des scènes de violence que de ce qu’elles imposent aux relations familiales, en particulier quand l’exil devient la seule option pour certains, tandis que d’autres s’obstinent à rester.

extrait bd Les tournesols d'Ukraine

Pietro B. Zemelo assume aussi sa place dans le récit : celle d’un proche qui accompagne, écoute, et mesure ses limites face à une expérience qu’il ne vit pas dans sa chair. Cette position, délicate, renforce l’impression d’honnêteté. Le dessin, clair et expressif, privilégie la lisibilité et l’émotion juste. Les visages, les silences, les intérieurs deviennent des repères ; le tournesol, motif récurrent, apporte une respiration symbolique sans jamais forcer l’effet.

On ressort de cette lecture avec la sensation d’avoir compris, de l’intérieur, ce que “tenir” veut dire. Un roman graphique recommandé à celles et ceux qui cherchent un témoignage humain sur le conflit russo-ukrainien. Les tournesols d’Ukraine capte l’intime au cœur de l’Histoire.