Catégorie : Classique Du 20ème Siècle

Kafka, les mécanismes du pouvoir

Album publié en 2026 aux Editions L’Iconoclaste.


Très librement adapté des œuvres de Franz Kafka (dont la Métamorphose publiée pour la première fois en octobre 1915).

couverture bd Kafka, les mécanismes du pouvoir

Pourquoi sommes-nous fascinés par le pouvoir et incapables de nous révolter quand il nous opprime ?

Tiphaine Rivière s’empare avec humour et intelligence de La Métamorphose de Kafka. À travers la vie des membres d’une famille, à la maison, au lycée et au travail, elle met en scène les mécanismes de domination que Kafka n’a cessé d’explorer : un fils face à son père autoritaire, une mère face à son entreprise, et tous les personnages, en tant que citoyens, face à l’État.
Famille, travail, politique : une BD qui nous invite à réfléchir à nos propres mécanismes d’oppression et à nous demander pourquoi il est si difficile de désobéir.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Kafka, les mécanismes du pouvoir »

Après avoir croqué le monde universitaire dans Carnets de thèse puis relu Bourdieu, Tiphaine Rivière consacre ce copieux roman graphique à Franz Kafka, ou plutôt à ce que son œuvre révèle de nos servitudes ordinaires. Le titre l’annonce sans ambiguïté, il ne s’agit pas d’adapter La Métamorphose, mais de s’en servir comme d’un outil d’analyse. L’autrice pose d’emblée la question qui traverse le livre, pourquoi sommes-nous fascinés par le pouvoir et si souvent incapables de nous révolter quand il nous opprime.

Le dispositif imaginé par Tiphaine Rivière fait toute l’originalité de l’ouvrage. Lorsqu’un père autoritaire contraint le professeur de littérature de son fils à donner des cours particuliers gratuits, l’enseignante entame l’étude de La Métamorphose, et le texte de Franz Kafka se met à résonner avec le quotidien de la famille. Les thèmes du récit, l’homme transformé en insecte, la honte, la soumission, éclairent alors les rapports de force à l’œuvre dans le foyer, l’entreprise et la société tout entière. Cette circulation entre l’analyse littéraire et la fiction contemporaine évite l’écueil du cours magistral, chaque situation vécue venant illustrer une intuition kafkaïenne. L’humour, constant, allège une réflexion pourtant exigeante sur l’obéissance et la difficulté de désobéir.

extrait bd Kafka, les mécanismes du pouvoir

Le dessin de Tiphaine Rivière, rond, expressif et coloré, hérité de sa veine humoristique, sert cette accessibilité. Sa mise en scène des visages et des postures traduit avec justesse les micro-humiliations du quotidien.

L’album s’adresse aux lecteurs curieux de littérature et de sciences sociales, aux enseignants et aux amateurs de bande dessinée engagée.

Le Temple

Album publié en 2008 aux Editions Emmanuel Proust.


Adapté des nouvelles de H.P. Lovecraft dont Le Temple publié en septembre 1925.

Au travers de ce répugnant cimetière de l’univers, j’entendis un roulement étouffé, provenant de chambres obscures et inconcevables situées bien au-delà du temps. Là où dansent lentement, avec maladresse, les derniers dieux, gigantesques et ténébreux. Gothiques et terrifiantes, cinq nouvelles du maître de l’épouvante Howard Phillips Lovecraft, adaptées en bande dessinée par l’argentin Hernan Rodriguez.



L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le temple »

Publié en 2008 aux éditions Emmanuel Proust dans la collection Atmosphères, Le Temple révèle tout le talent de l’artiste argentin Hernán Rodríguez dans l’adaptation de cinq nouvelles iconiques d’H.P. Lovecraft. Cette œuvre de 72 pages plonge le lecteur dans l’univers onirique et terrifiant du maître de l’épouvante.​

L’album rassemble cinq récits majeurs : L’ÉtrangerLa Musique d’Erich ZannNyarlathotepLa Cité sans nom et Le Temple. Cette nouvelle éponyme, écrite par Lovecraft en 1920 et située durant la Première Guerre mondiale, narre la descente aux enfers d’un équipage de sous-marin allemand confronté à une malédiction surnaturelle après avoir récupéré une mystérieuse statuette d’ivoire. Hernán Rodríguez réussit à transposer la folie progressive qui saisit les personnages d’H.P. Lovecraft, capturant cette atmosphère oppressante et désespérée caractéristique de l’auteur.​

Le style graphique d’Hernán Rodríguez constitue la force de cette adaptation. Son trait détaillé, ses compositions complexes où plusieurs scènes coexistent sur différents plans narratifs, et sa palette chromatique sombre créent une ambiance gothique parfaitement adaptée à l’univers d’H.P. Lovecraft. Ses planches fourmillent de détails qui maintiennent le lecteur dans un état de fascination inquiète, entre émerveillement graphique et malaise palpable.​

Cette BD s’impose comme une adaptation remarquable qui honore l’œuvre originale. Cette bande dessinée constitue une porte d’entrée idéale pour découvrir H.P. Lovecraft sous un angle nouveau.

La Boîte Noire

Album publié en 2013 aux Editions Futuropolis.


Adapté de la nouvelle de Tonino Benacquista publié en novembre 1993 dans le recueil de nouvelles intitulé La Machine à broyer les petites filles.

Publié initialement en 2000, La Boîte Noire est à nouveau disponible dans une nouvelle édition.
Une adaptation virtuose de la nouvelle de Tonino Benacquista par Jacques Ferrandez, qui ravira les amateurs de l’auteur de Malavita comme ceux des Carnets d’Orient.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La Boîte Noire »

Transposer la plume acérée de Tonino Benacquista n’est jamais aisé, tant son écriture repose sur l’implicite. Pourtant, en s’emparant de La Boîte noire en 2000, Jacques Ferrandez a réussi à transformer une nouvelle psychologique en une BD d’une densité rare.

L’intrigue nous plonge dans le sillage d’Arthur Seligman, rescapé d’un accident de la route qui s’éveille dans le coton d’une chambre d’hôpital. Son seul lien avec le monde ? Une « boîte noire » : le carnet où une infirmière a consigné ses délires de comateux. On retrouve ici le thème fétiche de Tonino Benacquista « la quête identitaire » traité non pas comme une enquête policière classique, mais comme un huis clos mental étouffant. La force du récit réside dans ce basculement permanent entre la reconstruction de soi et la paranoïa qui s’installe.

extrait bd La Boîte Noire

Graphiquement, Jacques Ferrandez délaisse le soleil de ses fresques historiques pour une palette plus sourde, presque clinique. Son usage de la couleur directe et du lavis apporte une dimension organique aux silences du récit. Le trait se fait plus nerveux pour illustrer les zones d’ombre de Seligman, capturant avec brio la fragilité d’un homme qui ne sait plus s’il doit croire en sa propre vérité.

Loin de trahir le texte original, Jacques Ferrandez en sublime l’amertume et l’angoisse. Une pépite du roman noir à la française.

Dortmunder – Bank Shot

Album publié en 2026 aux éditions Dupuis.


Résumé éditeur

D’après le roman « Bank Shot » (deuxième volet des aventures de John Dortmunder) de Donald E. Westlake publié en avril 1972.

Une bande de braqueurs tente de s’emparer d’un mobile home bourré d’argent dans cette réjouissante aventure imaginée par « l’homme le plus drôle du monde », selon le célèbre Washington Post.

John Dortmunder, l’alter ego malchanceux de Parker, prépare son prochain gros coup : le vol d’une banque de Main Street qui a temporairement déménagé dans un mobile home.

Pour s’emparer du magot, Dortmunder n’a qu’à neutraliser les agents de sécurité, à mettre sur roues la « banque » mobile et à s’enfuir. Tout ça serait simple si notre héros n’avait pas la poisse…

Tout le charme des années 1970 et l’humour de Westlake restitués par un graphisme rétro et des couleurs pop. Un classique du polar intemporel créé par Donald Westlake, alias Richard Stark, et adapté avec brio par Jesús Iglesias et Doug Headline.

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Dortmunder – Bank Shot »

Il y a de la logistique dans le crime, et c’est de la logistique que naît le rire. Adapté du roman de Donald Westlake par Doug Headline au scénario et Jesús Alonso Iglesias au dessin, avec les couleurs d’Isabelle Merlet, ce premier album de la série suit John Dortmunder, cambrioleur méthodique et poissard, lancé sur un coup présenté comme imparable : une banque en travaux a transféré ses fonds dans un mobil-home. Il suffirait donc de voler le bâtiment lui-même, roues comprises.

L’idée de départ tient de l’absurde, et Doug Headline en tire un mécanisme comique implacable. Le récit repose sur l’écart entre la précision maniaque des préparatifs et la fatalité qui s’acharne sur Dortmunder. Chaque étape du plan est pensée, chiffrée, répétée, et chaque étape trouve le moyen de dérailler. Ce personnage de perdant appliqué, second couteau sans ambition démesurée, échappe à la caricature du gangster : il travaille, il calcule, il subit. Autour de lui, la petite bande (Kelp, le neveu Victor ex-agent du FBI) fournit une galerie de silhouettes savoureuses sans jamais voler la vedette au héros.

extrait bd Dortmunder - Bank Shot

Le dessin de Jesús Alonso Iglesias fait beaucoup pour l’atmosphère. Son trait au pinceau, épais et souple, sculpte les visages et les carrosseries avec une rondeur héritée de l’illustration américaine des années 1970. Isabelle Merlet accompagne ce décor d’une palette d’ocres, d’oranges et de mauves qui installe une lumière de fin d’après-midi, celle des polars de cette époque. On croit sentir la chaleur du bitume et l’ennui des banlieues new-yorkaises.

Voilà un polar qui préfère le sourire à la gâchette, où le suspense tient moins au butin qu’à la question de savoir par où tout va s’effondrer. Le pinceau rond de Jesús Alonso Iglesias donne à ce braquage des allures de série B ensoleillée, où l’on attend moins le butin que le grain de sable.

Le vieux qui lisait des romans d’amour

Album publié en 2026 aux éditions Caurette.


Résumé éditeur

D’après le roman de Luis Sepulveda publié en juin 1989.

couverture bd Le vieux qui lisait des romans d'amour

Le roman emblématique de Luis Sepulveda, brillamment adapté en roman graphique par Cever !

Dans le village reculé d’El Idilio, aux confins de l’Amazonie équatorienne, la mort violente d’un homme blanc ravive les tensions entre colons et Indiens Shuars, injustement accusés du meurtre.
Seul Antonio José Bolívar, vieil homme taciturne qui connaît la forêt mieux que personne, pressent une autre vérité. Déroulant le fil de ses souvenirs, il se remémore son arrivée sur cette terre hostile et l’amour perdu de son épouse, dont la disparition a laissé en lui une blessure ouverte.
Tour à tour accueilli puis rejeté par les Shuars, il a trouvé refuge dans la lecture de romans d’amour, fragiles remparts contre la solitude et la folie. Mais aujourd’hui, le destin va l’obliger à sortir de sa réserve et à reprendre le chemin de la forêt…
Magnifié par le dessin de Cever, le chef-d’œuvre de Luis Sepúlveda (plus d’un million d’exemplaires vendus !) mêle brillamment récit d’aventure, fable écologique et roman humaniste.

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le vieux qui lisait des romans d’amour »

La BD sortira en septembre 2026.

Liens de sang

Album publié en 2019 aux éditions Presque Lune.


Résumé éditeur

D’après l’œuvre d’Octavia E. Butler publiée en juin 1979 sous le titre Kindred.

couverture bd Liens de sang

Dana, jeune femme noire vivant dans les années 1970, est soudainement et inexplicablement transportée de sa maison en Californie vers le Sud d’avant la guerre civile (1861-1865).
Alors qu’elle voyage dans le temps en plusieurs allers et retours entre sa réalité contemporaine où elle est une femme libre et l’époque de la guerre de Sécession, elle se retrouve à devoir survivre dans une plantation sudiste, confrontée à Rufus, son ancêtre blanc et esclavagiste.
Adapté du célèbre roman d’Octavia E. Butler, Liens de sang (Kindred) a reçu l’Eisner Awards 2018 de la meilleure adaptation d’une oeuvre littéraire.
Dans son roman, Octavia E. Butler explore en profondeur la violence et la perte d’humanité causées par l’esclavage aux Etats-Unis, et souligne son impact complexe et durable sur le monde actuel.

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Liens de sang »

Quarante ans après sa parution, « Kindred », récit culte d’Octavia E. Butler, l’une des grandes autrices de la science-fiction américaine, connaît une seconde vie en bande dessinée sous le titre « Liens de sang », dessiné et mis en couleur par John Jennings et adapté par Damian Duffy, dont le travail a été distingué par un prix Eisner de la meilleure adaptation littéraire.

Le récit suit Dana, jeune femme noire de la Californie des années 1970, brutalement projetée dans le Sud esclavagiste d’avant la guerre de Sécession. Ces allers-retours dans le temps, jamais expliqués, la placent dans la plantation de Rufus, un aïeul blanc qui la traite en esclave. Damian Duffy et John Jennings conservent la puissance dérangeante du roman : la survie de Dana passe par des compromis insoutenables, et le lien de sang qui l’attache à son bourreau interdit toute distance confortable. L’œuvre interroge la persistance du passé, la mémoire de l’esclavage et l’illusion d’une liberté acquise une fois pour toutes.

extrait bd Liens de sang

Graphiquement, John Jennings refuse le réalisme policé. Son trait expressif épouse la violence du sujet, tandis que ses couleurs, dominées par des ambres brûlés et des violets profonds, rythment la tension jusqu’au malaise. Cette palette électrique, loin d’esthétiser l’horreur, en restitue la charge physique et fait de chaque retour dans le passé une épreuve pour le lecteur autant que pour Dana.

Là où un manuel d’histoire tient l’esclavage à distance, Damian Duffy et John Jennings le rendent physique, page après page, et rappellent que certaines vérités ne se comprennent vraiment que lorsqu’on les ressent dans sa chair.

La Loterie

Album publié en 2026 aux Editions Casterman.


Adapté de la nouvelle de Shirley Jackson publiée le 26 juin 1948 dans les pages du magazine The New Yorker.

couverture bd La Loterie

Dans un village de la Nouvelle-Angleterre, chaque année, au mois de juin, on organise La Loterie, un rituel immuable, où il est moins question de gagner que de perdre, à jamais… Immense classique de la littérature américaine, La Loterie, inquiétante dystopie sur les inégalités de classe, a été écrit par Shirley Jackson en 1948.
Figure matricielle du genre fantastique et de l’épouvante, la romancière du Vermont est une des influences majeures de Stephen King et de Joyce Carol Oates.
Aujourd’hui, son petit-fils dessinateur Miles Hyman en livre une adaptation graphique à la beauté glaciale.
Cette nouvelle édition se distingue par des couleurs retravaillées par l’auteur, une illustration de couverture inédite, et un avant-propos de Joyce Carol Oates.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La Loterie »

Adapter la nouvelle de Shirley Jackson tenait de la gageure, et de l’affaire intime : c’est son propre petit-fils, l’illustrateur Miles Hyman, qui met en images « La Loterie », classique glaçant de la littérature américaine paru dans le magazine The New Yorker en 1948. Dans un village de Nouvelle-Angleterre, chaque mois de juin, les habitants se rassemblent pour un tirage au sort immuable, où il est moins question de gagner que de perdre à jamais.

Miles Hyman ne cherche pas à expliquer l’horreur, il la laisse affleurer. Fidèle à l’art de Shirley Jackson, il distille le malaise dans les gestes les plus ordinaires : une place de village ensoleillée, des enfants qui ramassent des cailloux, des sourires polis. La tension naît de ce décalage entre la banalité américaine et le rituel qui se prépare, jusqu’à une bascule que la sobriété du texte rend d’autant plus implacable. Le récit interroge le conformisme, la violence collective et la force aveugle de la tradition.

extrait bd la loterie

Le travail graphique porte l’ensemble. Miles Hyman compose ses planches comme des tableaux, dans une lumière réaliste où les chauds coloris posés sur le clair-obscur évoquent Edward Hopper et Grant Wood. L’économie de dialogues laisse parler les visages et les cadrages, très cinématographiques, qui installent une inquiétude sourde. Cette « beauté glaciale » est le cœur du livre : plus l’image est douce, plus la menace est nette. Cette édition, aux couleurs retravaillées et précédée d’un avant-propos de Joyce Carol Oates, en accentue encore l’éclat trouble.

En redonnant vie, crayon en main, au cauchemar imaginé par sa grand-mère, Miles Hyman signe moins une adaptation qu’une transmission, et prouve que les histoires les plus glaçantes sont celles qui se racontent en famille…

Ô Dingos, ô Chateaux !

Album publié en 2011 aux Editions Futuropolis.


Adapté du roman de Jean-Patrick Manchette publié le 11 avril 1972.

couverture bd Ô Dingos, ô Chateaux !

Après Le Petit bleu de la côte ouest et La Position du tireur couché, Jacques Tardi revient avec une troisième adaptation d’un roman de Jean-Patrick ManchetteÔ dingos, Ô châteaux! 
Jean-Patrick Manchette change ici de registre avec ce road movie sanglant et déjanté, mené tambour battant. Le livre a obtenu le Grand Prix de la littérature policière. Avec près de 100 pages ce récit est aussi l’une des adaptations les plus ambitieuses de Tardi.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Ô Dingos, ô Chateaux ! »

L’alchimie entre le scalpel de Jean-Patrick Manchette et la mine de Jacques Tardi atteint, dans Ô dingos, ô châteaux !, une forme de perfection noire. En s’emparant de ce manifeste du polar de 1972, Jacques Tardi dépasse la simple illustration pour signer une véritable autopsie graphique de la France des « Trente Glorieuses » finissantes.

Le récit nous précipite dans une dérive sanglante où Julie, jeune babysitter vulnérable sortant de psychiatrie, devient la proie d’une machination bourgeoise d’une violence inouïe. Fidèle à l’écriture « blanche » et comportementaliste de Jean-Patrick Manchette, l’album fustige le cynisme d’une société où la vie humaine se négocie comme une simple marchandise. Le titre lui-même, détournement grinçant du vers de Rimbaud, donne le ton : c’est la chronique d’une folie ordinaire au cœur d’un monde qui se prétend rationnel.

extrait bd Ô Dingos, ô Chateaux !

Visuellement, le noir et blanc charbonneux de Jacques Tardi est d’une efficacité redoutable. Son trait capture l’âpreté des zones industrielles et la froideur des demeures de province avec une précision presque sociologique. L’expressivité des personnages, oscillant entre détresse et grotesque, soutient une narration haletante où chaque case semble imprégnée d’une tension sourde. Le découpage, d’une fluidité magistrale, souligne l’inéluctabilité de cette tragédie moderne.

La BD résonne comme un écho vénéneux au vers célèbre d’Arthur Rimbaud. Là où le poète invoquait la quête de l’innocence et de l’âme dans ses « Saisons », Jean-Patrick Manchette et Jacques Tardi leur substituent la fureur des « Dingos »

La position du tireur couché

Album publié en 2010 aux Editions Futuropolis.


Adapté du roman de Jean-Patrick Manchette publié en aout 1981.

couverture bd La position du tireur couché

À dix-huit ans, Terrier est amoureux d’une jeune fille d’un milieu plus aisé qui lui promet de l’attendre dix ans le temps qu’il fasse fortune.
Terrier s’engage dans l’armée, devient mercenaire puis tueur à gages. Son but est simple : gagner suffisamment d’argent pour aller chercher sa bien aimée.
À trente ans, Terrier décide de se retirer pour retrouver sa promise comme promis. Mais rien ne se passe comme prévu…
Ce roman est certainement l’un des plus célèbres du prince de la Série Noire. Avec près de 100 pages en noir et blanc, il est aussi l’une des adaptations les plus ambitieuses de Tardi.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La position du tireur couché »

Il y a des rencontres qui relèvent de l’évidence. En adaptant La position du tireur couché, Jacques Tardi ne s’est pas contenté d’illustrer Jean-Patrick Manchette : il a gravé dans le métal froid le testament du néo-polar français.

On y suit Martin Terrier, tueur à gages dont la volonté de « décrocher » se heurte à une machine sociale implacable. Ici, point de romantisme. Fidèle au style de l’œuvre originale de 1981, le récit refuse toute psychologie de comptoir. Martin Terrier est un rouage, une pièce d’usine qui saigne, piégée dans une fable politique où le capitalisme a le visage d’une organisation sans âme. C’est sec, nerveux, et d’une lucidité désespérante.

extrait bd La position du tireur couché

Graphiquement, c’est une gifle de grisaille. Tardi déploie un noir et blanc poisseux qui capture à merveille la France des zones industrielles et des chambres d’hôtels anonymes. Ses « tronches » habituelles, marquées par une lassitude existentielle, donnent une chair incroyable au texte. Les scènes d’action, d’une violence clinique et sans fioritures, soutiennent un rythme qui ne laisse jamais respirer le lecteur.

Cet album est une relecture habitée, une œuvre de « sale gosse » qui cogne là où ça fait mal. Jacques Tardi et Jean-Patrick Manchette signent ici le portrait d’un monde qui finit de s’effondrer.

Les Amis de Pancho Villa

Album publié en 2012 aux Editions Casterman.


Adapté du roman de James Carlos Blake publié en aout 1996.

couvertrue bd Les Amis de Pancho Villa

Quoi de mieux pour narrer l’épopée de la révolution mexicaine que de se mettre dans la peau de Rodolfo Fierro, le plus fidèle et irréductible compagnon de Pancho Villa ?
À travers son récit, c’est l’histoire chaotique du Mexique au début du XXe siècle qui défile.
L’odyssée grandiose et pitoyable de ces révolutionnaires à la fois idéalistes et cruels.
Entre faits et fiction, une vision très noire, d’où émergent des moments d’authentique grandeur, le dévouement et le courage d’hommes sans mesure, qui embrassent ta vie et la mort avec la même fougue.
Une réflexion sur le sens de l’action révolutionnaire.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Les Amis de Pancho Villa »

Adapter le monument littéraire de James Carlos Blake tenait de la gageure, tant son texte suinte la poudre et le sang. Pourtant, avec Les Amis de Pancho Villa, Léonard Chemineau ne se contente pas d’illustrer la Révolution mexicaine : il en restitue toute la fureur.​

Loin de l’image d’Épinal du bandit au grand cœur, l’album nous plonge dans la brutalité nue des Dorados, l’élite de Pancho Villa. À travers le regard glaçant de Rodolfo Fierro, le « boucher », le récit dissèque une fraternité toxique où l’idéal révolutionnaire se noie progressivement dans une violence aveugle. La narration ne juge pas, elle expose, avec une fidélité redoutable au texte original, la mécanique implacable de la loyauté en temps de guerre.

extrait bd Les Amis de Pancho Villa

Le trait de Léonard Chemineau est à la hauteur de cette noirceur. Le dessin est nerveux, gratté, comme érodé par le vent des sierras. Il n’y a pas de place ici pour la ligne claire : les ombres sont tranchantes et les « gueules » des protagonistes portent les stigmates de l’histoire. Les scènes de cavalerie, d’un dynamisme étourdissant, rappellent que la guerre est avant tout un chaos cinétique.​

C’est une œuvre âpre, une fresque crépusculaire pour qui veut comprendre l’envers du décor de la légende mexicaine. Une réussite totale.