Étiquette : 2025

Enfermé – Mathurin Reto, pupille à Belle-Île

Album publié en 2025 aux éditions Dargaud.


Résumé éditeur

couverture bd Enfermé

À la mort de sa mère, Mathurin Réto embarque clandestinement à 13 ans sur un navire en partance pour Terre-Neuve.
Il y connaît les brimades qui accompagnent la vie de mousse, mais se fait également un ami, Ernest. Les deux gamins vont faire les quatre cents coups… jusqu’à sombrer dans la petite délinquance, ce qui va les mener à la colonie pénitentiaire de Belle-Île-en-Mer. Nous sommes en 1907, Mathurin a 14 ans, il doit être détenu jusqu’à ses 21 ans.

Une autre vie commence, faite de coups et de discipline militaire. Mais Mathurin est une forte tête et refuse d’être brisé. Il tente de s’évader à plusieurs reprises… ce qui le conduit au cachot plus souvent qu’à son tour.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Enfermé »

Publié chez Dargaud en avril 2025, « Enfermé » réunit le scénario documenté de Julien Hillion, docteur en histoire contemporaine et spécialiste de la colonie pénitentiaire de Belle-Île-en-Mer, et le trait de Renan Coquin pour retracer le destin tragique de Mathurin Réto, adolescent malouin mort en détention en janvier 1911. Cette bande dessinée de 128 pages constitue un témoignage saisissant sur l’univers des « bagnes d’enfants » du début du XXe siècle.

L’album s’articule autour du parcours de Mathurin, orphelin de 13 ans qui embarque clandestinement pour Terre-Neuve où il se lie d’amitié avec Ernest. Leur complicité les mène à la petite délinquance, puis à la colonie pénitentiaire de Belle-Île en 1907. 
Julien Hillion adopte une approche documentaire sobre, laissant les faits parler d’eux-mêmes sans commentaire éditorial superflu. La narration, ponctuée d’ellipses efficaces, révèle progressivement la brutalité institutionnelle et la tension permanente entre discipline martiale et désir de liberté. Cette retenue renforce l’impact émotionnel du récit, notamment lors des séquences de cachot qui culminent avec la mort du protagoniste.

Au-delà du témoignage historique, la BD excelle dans la caractérisation psychologique de ses protagonistes. Mathurin incarne la figure de la « forte tête » éprise d’aventure qui refuse d’être brisée par le système. Son ami Ernest, plus réservé et pragmatique, représente la résilience passive face à l’oppression. Cette dualité enrichit la dimension humaine du récit, transformant un fait divers historique en véritable drame d’amitié.

extrait bd Enfermé

Renan Coquin, dessinateur et aquarelliste autodidacte, déploie un style graphique d’une remarquable efficacité dramatique. Son trait anguleux et nerveux, évoquant parfois l’approche de Gipi, traduit avec justesse la rudesse des hommes et la violence des rapports humains dans cet environnement carcéral.
La technique de l’aquarelle, privilégiant une palette désaturée de beiges et bleus sombres, accentue l’atmosphère oppressante du bagne tout en préservant la beauté naturelle de Belle-Île. Les cadrages – plongées et contre-plongées – soulignent visuellement l’enfermement et l’isolement des pupilles. 

L’album, enrichi d’un dossier documentaire comprenant des articles de presse d’époque, rappelle que cette colonie pénitentiaire n’a fermé qu’en 1977. 

« Enfermé » est une BD majeure de la bande dessinée historique contemporaine. Cet album tour à tour brutal et profondément humain constitue une lecture recommandée pour les amateurs d’histoire Bretonne.


Lieux visités par la bd en Bretagne

Belle-Ile-En-MerErdevenRennesSaint-Malo

Le Seigneur des rats

Album publié en 2025 aux éditions Alifbata.


Résumé éditeur

Adapté de la nouvelle de Gilbert Naccache écrite en 1976.

Un vieux carnet manuscrit est retrouvé sur une plage. Son auteur, professeur d’histoire, y raconte comment il assiste, impuissant, à l’invasion de son appartement par des rats, tandis que son fidèle compagnon, le chat Nénuphar, laisse faire, impassible.
Ce crescendo de tension plonge le lecteur dans les obsessions de l’antihéros qui découvre bientôt que toute sa ville, pire même, la Terre entière, sont submergées par les rongeurs. La panique se généralise, les gouvernements déclarent l’état d’urgence, les armées sont déployées, les médias réquisitionnés, des quartiers entiers rasés.

En vain : les rats semblent avoir pris le contrôle. Mais dans un magistral retournement de situation, présent en filigrane dès les premières pages, les rôles se brouillent. Qui sont les victimes ? Qui sont les coupables ? Et qui sont les véritables bourreaux ?


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le Seigneur des rats »

Adaptée de la nouvelle écrite en 1975 par Gilbert Naccache durant sa détention sous le régime de Bourguiba, Le Seigneur des rats renaît en 2025 sous la forme d’un roman graphique puissant, mis en images par le dessinateur et cyberactiviste tunisien Z (auteur du blog debatunisie.com). Cette œuvre, née dans les geôles tunisiennes, s’impose aujourd’hui comme une allégorie saisissante des dérives autoritaires et des luttes pour la liberté, plus actuelle que jamais.

La narration, structurée autour du carnet d’un professeur d’histoire, nous plonge dans une montée en tension : l’invasion inexorable de rats, d’abord confinée à un appartement, finit par submerger la ville, puis le monde entier. À travers ce récit d’anticipation, Gilbert Naccache interroge la nature du pouvoir, la servitude volontaire et la peur collective, brouillant sans cesse les frontières entre victimes et bourreaux. L’antihéros, épaulé par son chat Nénuphar, incarne la perplexité et l’impuissance de l’individu face à la déferlante totalitaire.

extrait bd Le Seigneur des rats

Le style graphique de Z, incisif et expressif, amplifie la force du propos. Son trait acéré, hérité de la satire politique, insuffle à chaque planche une tension palpable, rendant l’allégorie d’autant plus percutante. Les ambiances sombres et les compositions resserrées traduisent l’enfermement psychologique du narrateur, tandis que la figure du rat, omniprésente, devient le symbole d’une société sous emprise.

Un ouvrage essentiel, à la fois hommage aux prisonniers d’opinion et miroir des inquiétudes contemporaines. A lire.

Le Serpent majuscule

Album publié en 2025 aux éditions Rue de Sèvres.


Résumé éditeur

Adapté du roman de Pierre Lemaitre publié le 12 mai 2021.

couverture bd Le Serpent majuscule

Mathilde est une tueuse à gages septuagénaire. Henri, son ancien camarade dans la Résistance pour qui elle exécute les missions, tente de la protéger. Mais, imprévisible, les accès de violences de Mathilde et son manque de discrétion inquiètent ses véritables commanditaires qui décident de l’éliminer avant qu’elle ne devienne incontrôlable.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le Serpent majuscule »

Le Serpent majuscule de Dominique Monféry, adaptation en bande dessinée du premier roman de Pierre Lemaitre, s’impose comme un polar graphique d’une rare originalité. Plongée dans la France des années 1980, l’œuvre met en scène Mathilde, septuagénaire à l’apparence inoffensive, mais tueuse à gages redoutable, dont les accès de violence et la discrétion déclinante inquiètent ses commanditaires, anciens camarades de la Résistance.

La narration, portée par l’humour noir et le ton pince-sans-rire de Pierre Lemaitre, oscille entre jubilation macabre et émotion sourde. Mathilde, loin des archétypes du genre, séduit par sa complexité : femme vieillissante, oscillant entre lucidité et premiers signes de déclin, elle navigue dans une spirale sanglante où l’humanité affleure derrière la brutalité. Le récit, dense et fluide, multiplie les rebondissements et dresse une galerie de personnages secondaires attachants.

extrait bd Le Serpent majuscule

Graphiquement, Dominique Monféry sublime le scénario par un style pastel et aquarelle, rehaussé de tons sépia qui évoquent magnifiquement l’atmosphère rétro des années 80. Les visages expressifs, le découpage classique dynamisé lors des scènes d’action, et la colorisation subtile confèrent à l’ensemble une dimension cinématographique. Chaque planche, loin de l’exercice de style, sert la tension et l’ironie du récit.

Le Serpent majuscule s’adresse aux amateurs de polar noir, de récits atypiques et de personnages hors normes. Un album à la fois jubilatoire et implacable, qui renouvelle le genre avec une audace réjouissante et un sens du détail graphique remarquable. À découvrir sans hésitation !

Après la rafle

Album publié en 2025 aux Editions Les Arènes.


Jo Weismann, un destin :
L’un des derniers rescapés de la rafle du Vél’d’Hiv’
.
Le 16 juillet 1942, les autorités de Vichy procédèrent à une rafle de familles juives parisiennes. Joseph et les siens furent conduits au Vélodrome d’Hiver, puis en wagons à bestiaux jusque dans le camp de transit de Beaune-la-Rolande.
Transit… Vers où ? Un matin, on arracha à Jo ses parents et ses deux sœurs, qui furent déportés à Auschwitz. À Beaune-la-Rolande, une autre guerre commença : celle d’un enfant de 11 ans perdu dans un camp d’orphelins.

La folle évasion d’un enfant innocent.
Joseph est jeune, mais il sent, comprend. Il monte un plan d’évasion avec un autre enfant : Joseph Kogan. Ensemble, ils se glissent sous 15 mètres de barbelés qu’ils  » détricotent  » à mains nues durant six heures d’affilée.
Une fois extirpés des barbelés, ils courent vers leur liberté, dans un monde devenu cauchemar. Ils se retrouveront des années après leur évasion, pour tenter de mettre du baume sur leurs souvenirs…
Depuis, Joseph Weismann, 93 ans aujourd’hui, participe à des conférences, des colloques, des débats, des films. Et il raconte.
Sa guerre à lui ne s’est jamais vraiment achevée. Mais nous sommes tous les héritiers de sa douleur et de ses espérances.
Un livre-témoignage bouleversant.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Après la rafle »

Après la rafle d’Arnaud Delalande (scénario) et Laurent Bidot (dessin), d’après le témoignage de Joseph Weismann, s’impose comme un ouvrage majeur du devoir de mémoire. Adaptant le récit autobiographique de l’un des derniers rescapés de la rafle du Vél’ d’Hiv’, cette bande dessinée restitue avec une justesse remarquable l’itinéraire d’un enfant juif confronté à la brutalité de l’Histoire, de l’arrestation à Paris en juillet 1942 jusqu’à l’évasion du camp de Beaune-la-Rolande, puis la difficile reconstruction.

Le scénario, structuré en flashbacks, explore la montée de l’antisémitisme, la violence de la collaboration d’État, mais aussi la force de l’amitié et de la résilience. On suit le regard d’un enfant qui pressent le drame sans jamais sombrer dans le manichéisme, ce qui confère à l’œuvre une dimension universelle.

extrait bd Après la rafle

Graphiquement, Laurent Bidot opte pour une ligne claire, expressive et sobre, qui sert l’émotion sans tomber dans le sensationnalisme. Les planches consacrées à l’évasion ou à l’attente dans le Vel’ d’Hiv’ frappent par leur intensité : la composition, les jeux d’ombres, les couleurs sourdes traduisent la tension, la peur, mais aussi l’espoir ténu qui subsiste.

Après la rafle est une œuvre essentielle, à la fois bouleversante et pédagogique, qui s’adresse autant aux adolescents qu’aux adultes. Elle transmet la nécessité de ne pas oublier, et offre un support précieux pour comprendre la Shoah à hauteur d’homme, ou plutôt d’enfant. Un album capital, à recommander dans tous les CDI, médiathèques et foyers soucieux de mémoire et d’humanité.


Lieu visité par la bd pendant la Seconde Guerre Mondiale

Camp de Beaune-la-Rolande

Le Roi des fauves – Tome 1 : Hadarfell

Bande dessinée publiée en 2025 aux éditions Delcourt.


D’après le roman d’ Aurélie Wellenstein publié le 21 mai 2015.

couverture bd Le Roi des fauves -  Tome 1 : Hadarfell

Ivar, Oswald et Kaya sont amis depuis toujours. Alors que leur village meurt de faim et que le père d’Ivar tombe malade, ils décident d’aller braconner sur les terres du jarl… Mais sont pris sur le fait par son fils, accompagné de son maître d’armes.

La rencontre tourne au drame et voilà notre trio devenu hors-la loi. Pour les trois amis, c’est le début d’un long voyage au bout d’eux-mêmes.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le Roi des fauves – Tome 1 : Hadarfell »

Dès les premières planches de Le Roi des fauves – Hadarfell, David Chauvel et Sylvain Guinebaud nous plongent dans un univers médiéval nordique d’une rare intensité, où la survie et la métamorphose se disputent. Adaptation du roman d’Aurélie Wellenstein, ce premier tome réussit le pari d’incarner la légende des berserkirs avec une originalité marquée, loin des clichés du genre.

Le récit s’ouvre sur la détresse d’un village frappé par la famine, où trois amis – Ivar, Kaya et Oswald – se retrouvent précipités dans une spirale tragique après avoir brisé un interdit. Leur condamnation à devenir des berserkirs, mi-humains mi-bêtes, amorce une réflexion sur la perte de l’humanité, la culpabilité et la lutte contre ses propres démons. David Chauvel excelle à nuancer la psychologie de ses personnages : Ivar, courageux mais tourmenté, Kaya, indépendante, et Oswald, intellectuel, révèlent rapidement des failles et des forces inattendues, rendant leur quête aussi haletante qu’émouvante

extrait bd Le Roi des fauves - Tome 1 : Hadarfell

Graphiquement, le trait puissant et précis de Sylvain Guinebaud donne un véritable charisme aux personnages, marqués par l’épreuve et la rudesse de leur monde. Les scènes d’action, nerveuses, alternent avec des moments de tension psychologique, renforcés par une mise en couleur sombre et contrastée signée Lou. Les flashbacks en noir et blanc apportent une dimension narrative supplémentaire, soulignant la frontière ténue entre l’innocence perdue et la violence subie.

Le Roi des fauves – Hadarfell s’impose ainsi comme une bande dessinée de dark fantasy ambitieuse, à la fois sombre et profondément humaine. Les amateurs de mythologie nordique, de récits initiatiques et de drames psychologiques y trouveront une BD captivante, servie par une esthétique immersive et un scénario exigeant. Un premier tome qui donne furieusement envie de découvrir la suite.


Les Maîtres de guerre – Patton

Album publié en 2025 aux Editions Delcourt.


couverture bd Les Maîtres de guerre - Patton

« On ne gagne pas une guerre en mourant pour sa patrie ; on gagne une guerre en faisant ce qu’il faut pour que ce soit le fils de pute d’en face qui meure pour sa patrie ! » George Patton.

George S. Patton doté d’un sens inné du commandement et d’une incroyable habileté tactique. Patton combattra sans relâche depuis la Tunisie jusqu’en Allemagne, en passant par la Sicile, la Normandie, la Lorraine et les Ardennes.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Les Maîtres de guerre – Patton »

Dans « Les Maîtres de guerre – Patton », premier tome d’une nouvelle série conceptuelle des éditions Delcourt, Jean-Pierre Pécau et les dessinateurs italiens Fabrizio Faina et Mauro Salvatori nous plongent au cœur de la Seconde Guerre mondiale à travers la figure emblématique du général américain George S. Patton

Le récit s’ouvre sur la bataille des Ardennes en décembre 1944, moment crucial où Patton démontre son génie tactique en brisant l’encerclement de Bastogne. Le scénario, remarquablement documenté, met en lumière l’audace stratégique et le leadership charismatique de ce général controversé, doté d’un sens inné du commandement. Jean-Pierre Pécau excelle particulièrement dans la restitution des célèbres citations de Patton, dont la crudité et la franchise caractérisent parfaitement ce personnage hors norme.

extrait bd Les Maîtres de guerre - Patton

Graphiquement, l’œuvre impressionne par son réalisme saisissant. Le trait précis de Fabrizio Faina et Mauro Salvatori, enrichi par les couleurs de Valeria Romanazzi, restitue avec minutie les paysages hivernaux des Ardennes et l’intensité des combats. Les scènes d’action, particulièrement dynamiques, alternent avec des moments plus intimes qui révèlent la complexité psychologique de Patton, à la fois philosophe, croyant et stratège impitoyable.

Ce qui distingue cette BD, c’est sa capacité à dépasser le simple récit biographique pour offrir une réflexion sur le leadership en temps de guerre. Sans glorifier ni condamner Patton, il présente les multiples facettes d’un homme dont l’héritage militaire reste considérable.

« Les Maîtres de guerre – Patton » séduira tant les passionnés d’histoire militaire que les amateurs de bandes dessinées historiques. Un dossier historique complète cette immersion dans l’univers d’un des plus célèbres généraux américains de la Seconde Guerre mondiale.


Lieu visité par la bd pendant la Seconde Guerre Mondiale

Bastogne

Nostromo

Album publié en 2025 aux éditions Soleil.


Résumé éditeur

Adapté de l’œuvre de Joseph Conrad publiée 14 octobre 1904.

Désireux d’établir un règne de justice et de paix au Costaguana, miné par les révolutions, Charles Gould consacre toute son énergie à la mine d’argent de San Tomé, première puissance économique du pays, dirigée de loin par des capitaux américains.
La paix semblait acquise sous le régime du président modéré, Ribiera. Mais un nouveau coup d’état, fomenté par le Général Montero, anéantit les espoirs.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Nostromo »

Nostromo transpose le roman exigeant de Joseph Conrad (1904) dans un récit à la chronologie désormais linéaire tout en conservant la densité psychologique des personnages. L’intrigue se déroule au XIXᵉ siècle dans la fictive république du Costaguana, où Charles Gould, héritier anglais devenu notable local, s’acharne à maintenir la paix grâce à la mine d’argent de San Tomé. Lorsque le général Montero fomente un coup d’État, seule la légende de Nostromo, « notre homme », capitaine des dockers, peut sauver le trésor de l’avidité générale.

Au niveau du scénario, Pierre Boisserie ajuste habilement la structure originelle en réduisant les flash-backs pour privilégier la tension politique et l’évolution intérieure de chacun : l’intrigant Martin Decoud, le pragmatique Gould et l’inébranlable Nostromo – dont la loyauté vacille, révélant l’emprise corruptrice de l’argent.

extrait bd Nostromo

Graphiquement, Cyrille Ternon utilise un trait réaliste et précis, rehaussé de couleurs en aplats et lavis sobres. Les cadrages épurés font ressentir la chaleur accablante du Costaguana et l’étau qui se resserre autour des personnages.

Cette adaptation offre une relecture à la fois accessible, immersive, visuellement cohérente, sans trahir la profondeur du roman de Conrad. À recommander aux lecteurs en quête d’un roman graphique à la fois intellectuel et passionnant.

Pierre de Porcaro – Prêtre clandestin volontaire

Album publié en 2025 aux Editions Plein Vent.


De 1938 à 1945, 2720 prêtres, religieux et séminaristes sont déportés dans le camp de concentration de Dachau. 1034 d’entre eux y laisseront la vie.

Pendant la 2e guerre mondiale, Pierre de Porcaro, prêtre du diocèse de Versailles est envoyé clandestinement en Allemagne pour assister les Français envoyés de force pour y travailler.
Dénoncé, il est déporté à Dachau où il meurt en mars 1945 à l’âge de 41 ans.

Dans les Yvelines où il a vécu, il laisse le souvenir d’une âme lumineuse, zélée et toute donnée à son rôle de prêtre. Son procès en béatification est engagé.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Pierre de Porcaro – Prêtre clandestin volontaire »

Cette adaptation graphique du destin tragique de Pierre de Porcaro, prêtre du diocèse de Versailles mort à Dachau en 1945, nous fait découvrir une facette oubliée de la seconde Guerre Mondiale. Pierre Amar et l’illustrateur Venzac livrent un récit poignant sur l’une des pages les plus méconnues de la résistance spirituelle française.

La BD retrace avec précision le parcours de ce jeune prêtre breton, depuis son enfance dans une famille militaire marquée par la Grande Guerre jusqu’à sa mort au typhus dans la « baraque des prêtres » de Dachau. Le scénario dépeint un homme de chair et de sang, animé par une foi authentique mais confronté aux dilemmes moraux de son époque. La progression dramatique – captivité, retour, départ volontaire vers l’Allemagne puis déportation – structure efficacement le scénario.

extrait bd Pierre de Porcaro - Prêtre clandestin volontaire

Les illustrations de Venzac, réalisées à l’aquarelle, apportent une dimension visuelle « douce et colorée » qui contraste délibérément avec la dureté du propos. Cette approche graphique classique permet une lecture accessible tout en préservant la gravité du témoignage historique.

L’ouvrage s’enrichit d’un dossier documentaire de Guillaume Zeller « Dachau, Golgotha contemporain », qui replace le destin individuel de Porcaro dans le contexte plus large des 2 720 prêtres déportés dans ce camp. Cette contextualisation historique souligne l’exemplarité du parcours du protagoniste au sein de la Mission Saint Paul, ces vingt-six prêtres français partis clandestinement soutenir les travailleurs du STO.

Cette bande dessinée, qui fait découvrir un pan méconnu de la Seconde Guerre mondiale, est un témoignage nécessaire sur ces « martyrs de l’apostolat » dont la cause de béatification demeure ouverte.


Lieux visités par la bd pendant la Seconde Guerre Mondiale

Camp de DachauCamp Stalag IX B

Fan Man, L’homme au ventilo

Album publié en 2025 aux éditions Petit à Petit.


Résumé éditeur

D’après l’œuvre de William Kotzwinkle publiée en 1974.

couverture bd FAN MAN, L homme au ventilo

Une promenade enchantée au cœur d’un New York beatnik, cosmopolite et rugissant !
Ici Horse Badorties, mec, en direct du Lower East Side à New York. Voilà le plan, mec : le maestro Badorties t’attend ce soir à l’église St Nancy, baby, pour la répétition de la Chorale de l’Amour, où on chantera dans des ventilateurs à s’en faire frissonner les tympans. VENTILO, mec. Le doux murmure mélodique régulier qu’ils produisent est le seul moyen de nous tenir en parfaite harmonie, mec.


Horse Badorties squatte un appartement dans lequel il entasse des monceaux d’objets et d’ordures, au point de ne plus pouvoir différencier son évier d’un fauteuil.
Son esprit enfumé et ses capacités de concentration inexistantes le promènent de Greenwich Village à Chinatown, dans une réjouissante ode à la liberté et au plaisir de l’errance.

Le livre culte de William Kotzwinkle, Fan Man, enfin adapté en bd par Gaet’s et Julien Monier !

logo fnac

L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Fan Man, L’homme au ventilo »

Adaptant le roman culte de William Kotzwinkle (1974), Fan Man, L’homme au ventilo propulse le lecteur dans le New York underground des années 1970, à la suite de Horse Badorties, hippie lunaire et collectionneur compulsif, obsédé par la création d’une improbable « Chorale de l’Amour ». Gaët’s et Julien Monier, déjà salués pour leur série RIP, relèvent ici le défi d’un texte réputé inadaptable, en restituant toute sa folie douce et son humour absurde.

La bande dessinée excelle à rendre la dérive existentielle de Horse, antihéros attachant par sa liberté radicale et sa marginalité. Son errance, ponctuée de rencontres fantasques et de quêtes absurdes (ventilateurs, « poulettes »), devient une ode à la contre-culture et à l’errance urbaine.
Le récit, fidèle à l’esprit du roman, oscille entre satire sociale et poésie du chaos, explorant la frontière ténue entre génie et folie. Les dialogues, truffés de tics de langage (« mec », « baby »), ancrent la narration dans une oralité débridée, parfois déroutante mais toujours authentique.

Julien Monier signe un travail remarquable : son trait expressif et précis, donne vie à un New York grouillant de détails, baigné de teintes chaudes qui évoquent à la fois la décadence et l’énergie du flower power
La mise en page inventive épouse le désordre mental et physique du protagoniste, tandis que les pleines pages rythment le récit et soulignent l’intensité émotionnelle de certaines séquences. 

Fan Man, L’homme au ventilo est une adaptation audacieuse, parfois exigeante, mais toujours habitée par une énergie folle. Si la narration peut dérouter par sa fidélité à l’oralité du roman, le voyage proposé séduira les amateurs de récits expérimentaux et de contre-culture. Un album à recommander aux lecteurs curieux, ouverts à l’absurde et à l’excentricité graphique, qui y trouveront un « very good trip » unique et inoubliable.

Vous n’aurez pas les enfants

Bande dessinée publiée en 2025 aux éditions Glénat.


D’après le livre de Valérie Portheret publié le 6 mai 2020.

L’incroyable sauvetage des enfants juifs de Vénissieux.

couverture bd Vous n'aurez pas les enfants

Août 1942, région lyonnaise. Dans une France déchirée, le gouvernement de Vichy s’apprête à organiser une nouvelle rafle après le Vel’ d’Hiv’, en livrant à l’occupant nazi des juifs étrangers de la zone libre.
Parmi eux figurent des centaines d’enfants. Quand l’abbé Glasberg apprend ce qui se trame, il a peu de temps devant lui pour agir. Fondateur de L’Amitié chrétienne, l’homme d’Église a épluché méthodiquement les lois jusqu’à trouver une faille : ses espoirs reposent sur une liste d’exemptions !
Sous couvert d’aider à trier les internés qui affluent, l’Abbé entame un véritable combat administratif. Grâce à une chaine de solidarité d’une ampleur inédite formée par des citoyens, des résistants et des membres de l’œuvre chrétienne, il va réussir à exfiltrer un très grand nombre de personnes du camp de Vénissieux en fournissant notamment de faux documents.
Mais il sait que les convois vont bientôt emmener les femmes et les enfants qui restent. Il sait aussi qu’un ultime alinéa stipule l’impensable. Si les parents abandonnent leurs enfants, ces derniers ne peuvent être déportés. Le stratagème est déchirant. Dans la nuit du 28 au 29 août 1942, des mères et des pères vont faire un dernier acte d’amour pour éviter à leurs enfants la solution finale.

Le sauvetage de 108 enfants du camp de transit de Vénissieux restera à jamais dans les mémoires. Arnaud Le Gouëfflec et Olivier Balez livrent une adaptation fidèle du livre de l’historienne Valérie Portheret qui signe ici la préface, à travers un album bouleversant où se pose la question de la responsabilité de chacun.
Entre témoignage et travail de mémoire, le trait est sombre et le scénario concis. Il n’y a pas ici de grand héros, mais une solidarité qui rend compte du courage collectif face à l’inacceptable. Une œuvre édifiante à mettre entre toutes les mains.
Historienne, Valérie Portheret a reconstitué, au terme de vingt-cinq ans de recherches, ce sauvetage des enfants du camp de Vénissieux, recueillant partout dans le monde, la parole d’un très grand nombre d’entre eux.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Vous n’aurez pas les enfants »

Adaptant le travail monumental de l’historienne Valérie Portheret, Arnaud Le Gouëfflec (scénario) et Olivier Balez (dessin) livrent avec « Vous n’aurez pas les enfants » une bande dessinée bouleversante, fidèle à la mémoire du sauvetage de 108 enfants juifs du camp de Vénissieux en août 1942. L’album s’inscrit dans la droite ligne du livre éponyme de Valérie Portheret, fruit de plus de vingt-cinq ans de recherches et de témoignages collectés à travers le monde.

Le récit s’attache à restituer la complexité morale et la tension de cette opération de sauvetage, menée par un réseau composite de résistants, de membres de l’Amitié chrétienne, de l’OSE et de simples citoyens, sous la houlette de l’abbé Glasberg et du cardinal Gerlier
Ici, pas de héros isolés mais une chaîne de solidarité, où chaque personnage, même secondaire, incarne la résistance civile face à la barbarie. La narration, concise et précise, évite tout baragouin inutile pour mieux laisser émerger la profondeur psychologique des protagonistes, confrontés à des choix impossibles et à la « banalité du mal »

extrait bd Vous n'aurez pas les enfants

Le trait sombre d’Olivier Balez, rehaussé de couleurs froides et de mises en page originales, souligne la gravité du propos tout en rendant palpable l’atmosphère oppressante de l’époque. L’alternance de formats – grandes planches, vignettes resserrées, jeux de teintes rouges et bleues – rythme le récit et guide le lecteur à travers la confusion des rafles, la tension des gares et l’intimité des adieux déchirants.

« Vous n’aurez pas les enfants » s’impose comme un travail de mémoire essentiel, à la fois pédagogique et profondément humain.
Par sa rigueur historique, la sobriété de sa narration et la force de son parti pris graphique, l’album touche juste et interroge la responsabilité individuelle face à l’Histoire. À recommander sans réserve aux enseignants et aux passionnés d’histoire.