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Civilisations – Égypte

Album publié aux éditions Delcourt en 2025.


couverture bd Civilisations - Égypte

Quand l’astrologie fait trembler l’Histoire. Civilisations, une série en trois volumes qui nous emmènera en Crète, en Égypte et à Rome.

4600 avant J.-C. Kem-Et. La terre noire, aujourd’hui appelée Égypte, abrite une civilisation sur le point de connaître un bouleversement majeur : une dynastie de pharaons prend fin pour laisser place à une autre.
Im-Hotep, « celui qui vient en paix », grand réformateur et scientifique, aidera le prince Djoser à s’installer comme nouveau souverain dans cette période instable.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Civilisations – Égypte »

Civilisations – Égypte, second volet de la série éponyme publiée chez Delcourt dans la collection Histoire & Histoires, nous transporte en 4600 avant J.-C. dans la vallée du Nil. France Richemond au scénario et Giulia Pellegrini au dessin signent une œuvre qui explore les prémices de la IIIe dynastie égyptienne à travers le personnage emblématique d’Im-Hotep, « celui qui vient en paix ».

La BD excelle dans sa capacité à entrelacer récit historique et dimension mystique. France Richemond, historienne de formation diplômée de la Sorbonne et conférencière au Louvre, choisit Im-Hotep comme guide narratif pour révéler cette période méconnue du grand public. 
Le scénario déploie avec précision les enjeux politiques et spirituels de l’époque : tensions entre Haute et Basse-Égypte, querelles dynastiques, et surtout la naissance du panthéon polythéiste égyptien sous sa forme renouvelée. 

extrait bd Civilisations - Égypte

Giulia Pellegrini, dessinatrice italienne formée à l’école des Beaux-Arts de Carrare, livre un travail graphique remarquable d’authenticité historique. Son trait énergique et sa mise en page dynamique évitent l’écueil de l’illustration scolaire. L’artiste excelle particulièrement dans l’interpénétration du réel et du fantastique : les créatures célestes prenant corps lors des batailles, les représentations allégoriques où un faucon combat un chien sauvage sur les rives du Nil. Cette approche hybride, soutenue par une mise en couleurs signée Axel Gonzalbo, transforme chaque planche en une double lecture : esquisse archéologique et représentation mythologique.

Civilisations – Égypte est une réussite de la bande dessinée historique contemporaine. Dense et érudit sans être hermétique, l’album bénéficie d’un dossier documentaire éclairant les choix scénaristiques. Cette fresque s’adresse aux amateurs d’histoire antique désireux de découvrir les racines méconnues de la civilisation égyptienne.

Des oiseaux dans le ciel d’un théâtre

Bande dessinée publiée en 2025 aux éditions Impressions Nouvelles.


D’après l’œuvre « Bubbelee » de Pascal Quignard publié en 2018.

Bubbelee, des oiseaux dans le ciel d’un théâtre est une œuvre singulière, née d’une rencontre marquante entre l’artiste graphique Cécile Wagner et l’auteur Pascal Quignard en janvier 2021. Fruit de trois années de création, ce livre transcende les frontières entre la littérature, le roman graphique et le spectacle vivant, pour offrir une expérience artistique unique.

Le récit ne se contente pas d’adapter le texte de Pascal Quignard, paru en 2018 aux éditions Galilée. Il en prolonge l’essence, en explorant des thématiques universelles et intemporelles : l’intrusion du sauvage dans l’espace clos du théâtre, la rencontre entre l’écriture et l’image, et l’harmonie entre l’art graphique et les récits littéraires.

S’inspirant des réflexions de Pascal Quignard sur le théâtre et les oiseaux, l’auteur du roman graphique mêle également sa propre passion pour la danse butô japonaise, née dans les années 1950, et pour Hijikata Tatsumi, figure majeure de cette avant-garde. Ce dernier avait d’ailleurs fait l’objet d’un précédent ouvrage primé, Frapper le sol.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Des oiseaux dans le ciel d’un théâtre »

Avec Des oiseaux dans le ciel d’un théâtre, Céline Wagner livre une œuvre singulière qui transcende les frontières entre bande dessinée, poésie et art visuel. Ce roman graphique, inspiré par la danse butô et l’avant-garde japonaise, explore la collision entre nature et scène, sauvage et domestiqué, dans une narration profondément introspective.

L’œuvre interroge les interactions entre l’humain et le vivant, tout en plongeant dans des réflexions sur la théâtralité de l’existence. Wagner mêle habilement des éléments littéraires à une narration graphique fluide, créant un récit immersif où chaque page devient une scène à part entière.

Visuellement, Wagner s’impose comme une artiste complète. Son usage du pinceau donne à chaque case l’apparence d’une toile vivante. Les dessins automatiques et les textures évoquent l’esprit du graffiti ou des estampes japonaises, renforçant l’atmosphère onirique de l’œuvre.

Des oiseaux dans le ciel d’un théâtre est plus qu’une bande dessinée : c’est une expérience sensorielle et intellectuelle. Les amateurs d’art graphique, de poésie visuelle  trouveront dans cet ouvrage un véritable bijou. 

Ce que nous avons perdu dans le feu

Bande dessinée publiée en 2025 aux éditions du Sous-Sol.


D’après les nouvelles de Maria Enriquez publié le 12 janvier 2017.

Mariana Enriquez, originaire d’Argentine, est pour moi l’écrivaine la plus intéressante actuellement : fantastique, gothique, étrange, incroyable.” Virginie Despentes

C’est la nuit, une voiture est à l’arrêt, un bidon d’essence gît non loin. Soudain, le véhicule prend feu, mais la femme au volant reste imperturbable. Sur le siège passager, un livre : Ce que nous avons perdu dans le feu.

Ainsi commence la superbe adaptation graphique de quatre nouvelles de Mariana Enriquez par le très talentueux Lucas Nine. Le réalisme envoûtant du dessinateur nous plonge dans une Buenos Aires inquiétante et mystérieuse, hantée de silhouettes fantasmagoriques, où les légendes urbaines se mêlent aux croyances populaires.
Les junkies errent dans les quartiers malfamés, des corps d’enfants mutilés surgissent dans les patios, il est question d’un serial killer, d’une femme qui souffre et qu’on prend pour folle, des eaux noires d’un fleuve où la mort semble tapie…

D’une histoire à l’autre, comme un fil rouge sang, ces flammes qui dévorent une voiture et sa conductrice. Ou serait-ce le Mal qui ronge la ville condamnée à l’horreur et la violence ?


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Ce que nous avons perdu dans le feu »

Avec Ce que nous avons perdu dans le feu, Lucas Nine livre une adaptation graphique magistrale des nouvelles de Mariana Enriquez, transposant avec brio l’univers sombre et fascinant de l’autrice argentine. Ce roman graphique, publié en 2025, explore les méandres d’une Buenos Aires à la fois réaliste et fantasmée, où le quotidien se mêle à l’effroi et au surnaturel.

extrait bd Ce que nous avons perdu dans le feu

Le trait de Lucas Nine, à la fois précis et évocateur, sublime les récits de Mariana Enriquez. Son utilisation subtile des couleurs, oscillant entre tons ternes et éclats saisissants, amplifie l’atmosphère oppressante et mélancolique des histoires. Chaque planche semble vibrer d’une tension palpable, où les silhouettes fantomatiques surgissent des ombres pour hanter le lecteur. Les thèmes abordés – la violence, la marginalité, les traumatismes collectifs – trouvent un écho visuel puissant dans ce travail graphique qui ne craint ni l’ambiguïté ni la noirceur.

L’adaptation se concentre sur quatre nouvelles emblématiques du recueil original, tissant un fil rouge autour de la destruction et de la résilience. Les flammes, omniprésentes, deviennent un symbole à la fois littéral et métaphorique : elles consument les corps et les âmes tout en révélant une vérité brutale sur une société marquée par ses blessures historiques.

En mêlant réalisme social et fantastique avec une telle maîtrise, Lucas Nine confirme son talent unique. Ce que nous avons perdu dans le feu est une œuvre à la croisée des genres, où l’horreur côtoie la poésie visuelle. Une lecture incontournable.

Le chœur des sardinières

Album publié en 2025 aux éditions Steinkis.


Résumé éditeur

Pemp real a vo !

1924, Mona est ouvrière dans l’une des usines de sardines de Douarnenez.

Elle vit au rythme de la cloche et de l’arrivée des bateaux de pêche. Face à un quotidien de plus en plus difficile, son mari pense qu’il est temps que leur fille rejoigne aussi l’usine.

Mais en novembre, une poignée de sardinières se soulève contre les conditions de travail et déclare la grève.

Mona commence à rêver d’un autre avenir et rejoint les rangs des manifestantes, contre l’avis de sa famille.

Dans la rue, toutes s’élancent : les cantiques bretons qui rythmaient le travail sont remplacés par le chant des Penn-Sardin en lutte.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le chœur des sardinières »

Léah Touitou et Max Lewko livrent avec Le Chœur des sardinières un récit graphique retraçant la grève historique des ouvrières de Douarnenez en novembre 1924. Cette bande dessinée documentaire nous plonge au cœur d’un épisode fondateur des luttes sociales féminines, transformant un événement historique majeur en une BD accessible et profondément humaine.

L’album s’ancre solidement dans la réalité de l’époque, restituant avec minutie l’univers des conserveries douarnenistes  où travaillaient plus de 2 000 ouvrières, surnommées les « Penn Sardin » – littéralement « têtes de sardines » en breton.
Léah Touitou et Max Lewko n’épargnent aucun détail : les cadences infernales, les journées de 15 heures, les salaires dérisoires de 0,80 franc de l’heure quand le kilo de beurre coûtait 15 francs. Cette documentation rigoureuse révèle un véritable travail journalistique, où chaque élément narratif s’appuie sur des sources historiques vérifiées.

L’authenticité du récit se manifeste particulièrement dans l’usage des expressions bretonnes, notamment le célèbre cri de ralliement « Pemp real a vo ! » (Cinq réaux ce sera !), qui rythmait les manifestations.

Le choix narratif de suivre trois générations de femmes – Mona, sa mère Mamm-Gozh et sa fille Soazig – permet d’incarner magistralement les transformations sociales de l’époque. Cette approche transgénérationnelle révèle l’évolution des mentalités et des prises de conscience, depuis la résignation des anciennes jusqu’à l’éveil révolutionnaire des plus jeunes.

Mona, personnage central, incarne parfaitement cette tension entre tradition et émancipation. Sa lutte intérieure face aux attentes patriarcales et son aspiration à un avenir différent pour sa fille traduisent avec finesse la complexité psychologique de ces femmes prises entre soumission sociale et désir de liberté.

Le chœur des sardinières

Max Lewko déploie une approche visuelle particulièrement appropriée, alternant entre trait rond et reconstitution soignée. Son style conjugue expressivité des visages marqués par l’épuisement et représentation authentique des foules en mouvement. Les dessins au trait et à l’aquarelle, aux couleurs froides, traduisent parfaitement l’atmosphère de la petite ville bretonne et la dureté des conditions de travail.

Au-delà de son aspect documentaire, Le Chœur des sardinières résonne puissamment avec les enjeux contemporains. La victoire finale des grévistes, qui obtiennent leur augmentation salariale et la reconnaissance de leurs droits, offre une note d’espoir particulièrement bienvenue dans le contexte actuel des luttes sociales.

Le Chœur des sardinières s’impose comme une BD conjuguant rigueur historique et puissance du scénario pour offrir un hommage vibrant à ces pionnières de l’émancipation féminine.
Un roman graphique indispensable qui rappelle que les conquêtes sociales ne s’obtiennent jamais sans lutte, mais que la solidarité peut faire tomber les murs les plus épais.


Reportage de France 2


Lieu visité par la bd en Bretagne

Douarnenez

Les Clients d’Avrenos

Album publié en 2025 aux éditions Dargaud.


Résumé éditeur

D’après l’œuvre de George Simenon publiée en 1935.

couverture bd Les Clients d'Avrenos

Ankara, 1935. Au cabaret du Chat noir, Bernard de Jonsac boit un verre avec Nouchi, une entraîneuse. Sans le sou, celle-ci lui demande de l’emmener avec lui à Stamboul. Nouchi rêve d’autres horizons. Elle rêve surtout d’argent qui coulerait à flots, car « c’est trop bête d’être pauvre ».

À Stamboul, Jonsac l’introduit dans son cercle de connaissances. Nouchi fait sensation auprès de ses amis, amateurs de haschich et de poésie, accros aux palabres et à la vie de bohème.

Mais elle a « horreur des hommes », comme elle le dit elle-même. Sa relation avec Jonsac, qui lui propose de l’épouser pour lui éviter d’être expulsée, reste platonique, au grand désespoir de celui-ci. Nouchi continue cependant à faire tourner la tête de ceux qu’elle rencontre, mais un drame bouleversera bientôt cette vie d’insouciance et de plaisirs…

Après La neige était sale, Jean-Luc Fromental adapte un autre « roman dur » de Simenon. Les Clients d’Avrenos met en scène un couple improbable dans le cadre enchanteur de la Turquie de l’entre-deux-guerres, magnifiée par le trait sensible et les subtils jeux d’ombres de Laureline Mattiussi.

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Les Clients d’Avrenos »

Adaptée du roman éponyme de Georges SimenonLes Clients d’Avrenos par Jean-Luc Fromental et Laureline Mattiussi est une œuvre captivante qui plonge le lecteur dans l’Istanbul des années 1930, un univers à la fois sensuel et décadent.

Une narration captivante et psychologique

Le récit suit Bernard de Jonsac, un employé terne de l’ambassade française à Istanbul, et Nouchi, une jeune danseuse hongroise pleine de charme et d’ambiguïté.
Leur relation improbable oscille entre camaraderie forcée et désirs inassouvis, alors que Jonsac épouse Nouchi pour lui éviter l’expulsion.
Jean-Luc Fromental capte avec justesse les tensions sous-jacentes entre ces deux âmes errantes, tout en dépeignant un microcosme d’expatriés et de marginaux hantés par leurs propres failles. L’intrigue minimaliste cède la place à une étude psychologique où chaque interaction révèle un peu plus la complexité des personnages.

Un style graphique envoûtant
Laureline Mattiussi sublime le récit avec un trait expressif et des visages évoquant Modigliani. Ses jeux d’ombres et ses aplats de couleurs vives traduisent à merveille l’atmosphère capiteuse des nuits stambouliotes.
Les scènes regorgent de détails immersifs : cabarets enfumés, lumières tamisées du Bosphore, ou encore moments suspendus où le temps semble s’effacer. Ce style visuel amplifie les émotions du récit tout en rendant hommage à l’exotisme et à la noirceur du cadre historique.

Une œuvre incontournable
Les Clients d’Avrenos est bien plus qu’une adaptation : c’est une réinterprétation artistique qui magnifie le texte original tout en affirmant une identité graphique forte. Cette bande dessinée séduira les amateurs de récits psychologiques profonds et d’ambiances envoûtantes. Une réussite absolue pour les passionnés de Georges Simenon.

La veuve – Le roman de Gil Adamson en BD

Album publié en 2025 aux éditions Glénat.


Résumé éditeur

Adapté de l’œuvre de Gil Adamson publiée le 2 avril 2009.

couverture bd La veuve

Le bonheur est dans la fuite

1903. Affamée, à bout de force, une jeune femme fuit à travers les Rocheuses canadiennes, sans regarder derrière elle. Que fuit-elle, ou plutôt qui ? À ses trousses, deux brutes déterminées à venger la mort de leur frère la traquent telle une bête sauvage.
À 19 ans, Mary est déjà veuve et meurtrière. Aussi seule que démunie, elle réussit pourtant à semer ses poursuivants au cours d’une cavale oppressante dans les montagnes, la nature suppléant les lois des hommes…
Déterminée, Mary, qui porte le secret d’une vie brisée, fait des rencontres fortuites, de celles qui changent une vie. Autant de confrontations étonnantes, révélatrices d’un passé mouvementé que l’on appréhende par petites touches…
Des personnages avides ou généreux, des débrouillards ou des ermites lui permettent de tenir la distance…
Malgré la peur au ventre, chevauchant à travers les sombres forêts escarpées, une furieuse envie de vivre permet à Mary de choisir son propre destin : celui d’une femme libre.

Glen Chapron révèle son style plein d’émotion et sa maîtrise du N&B à travers ce western littéraire au féminin. Tension, vengeance mais aussi poésie et émancipation rythment cette adaptation du beau roman de Gil Adamson que Glen fait reposer pour l’essentiel sur l’atmosphère et les relations humaines. Les rencontres de Mary avec des personnages forts et attachants nous rappellent le droit universel à la recherche du bonheur. Une fresque épique et sociale pour un roman graphique captivant et libérateur.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La veuve »

Avec La Veuve, Glen Chapron adapte avec brio le roman The Outlander de Gil Adamson, offrant une œuvre graphique d’une puissance narrative et visuelle remarquable.
Ce western littéraire, entièrement réalisé en noir et blanc, suit la fuite haletante de Mary Boulton, jeune veuve et meurtrière, à travers les Rocheuses canadiennes au début du XXe siècle. Poursuivie par les frères de son défunt mari, elle lutte pour sa survie dans un monde hostile, où la nature sauvage se fait tour à tour refuge et menace.

extrait bd La veuve

L’esthétique monochrome de l’album est un choix audacieux et parfaitement maîtrisé. Par ses contrastes puissants et ses lavis subtils, Glen Chapron magnifie les paysages grandioses tout en reflétant l’état émotionnel de son héroïne. Les traits expressifs et énergiques insufflent une tension constante aux scènes de fuite, tandis que les moments plus calmes révèlent une poésie poignante. Ce jeu d’ombres et de lumières sublime l’atmosphère mélancolique et oppressante du récit.

Sur le plan narratif, La Veuve mêle action haletante et introspection. Mary est un personnage profondément humain : fragile mais déterminée, elle incarne une quête d’émancipation dans un univers masculin et brutal. Les rencontres qu’elle fait au fil de son périple enrichissent le récit, apportant des touches d’humanité et d’espoir.

En mêlant thriller psychologique, drame féministe et ode à la nature sauvage, Glen Chapron signe une œuvre captivante et émouvante. La Veuve est une bande dessinée marquante qui résonne bien au-delà de ses 176 pages.

Enfant de salaud

Album publié aux éditions Futuropolis en 2025.


Adapté du roman de Sorj Chalandon publié le 18 aout 2021.

couverture bd Enfant de salaud

Le narrateur, Sorj Chalandon lui-même, est journaliste. En mai 1987, il est envoyé par son journal à Lyon pour suivre le procès du nazi Klaus Barbie, accusé de crimes contre l’humanité.
Peu de temps avant que ne débute le procès, il se rend à Izieu : le 6 avril 1944, quarante-quatre enfants et sept adultes, tous Juifs, furent arrachés de leur maison par Klaus Barbie et ses chiens.
Ils furent conduits dans le camp d’internement de Drancy, puis déportés à Auschwitz-Birkenau.

Le narrateur aurait voulu que son père soit avec lui à Izieu, pour l’aider à comprendre. À comprendre ce qui avait poussé son père, en novembre 1942, à rejoindre les Allemands plutôt que les combattre. À comprendre pourquoi il était devenu un traître… À comprendre pourquoi lui, son fils, était un « enfant de salaud »…

Parallèlement au procès Barbie, le narrateur cherche intensément la vérité sur son père. Il récupère le dossier pénal de celui-ci, et se met à l’éplucher. Dès lors, ce n’est pas un procès qui s’ouvre, mais deux. L’un intime, l’autre universel…
« Enfant de salaud n’est pas la suite de Profession du père, mais son prolongement. C’est en quelque sorte le dénouement de toute une vie : celle de l’enfant devenu journaliste pour comprendre, pour chercher la vérité. Pour qu’on arrête de me mentir. »
Le sens de la narration graphique de Sébastien Gnaedig s’allie aux couleurs magnifiques d’Isabelle Merlet. Un récit poignant qui croise la grande et la petite histoire.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Enfant de salaud »

Adaptée du roman de Sorj Chalandon, la bande dessinée Enfant de salaud réalisée par Sébastien Gnaedig, avec les couleurs d’Isabelle Merlet, offre une lecture à la fois puissante et troublante. Cet ouvrage réussit de 176 pages explore la quête d’identité d’un fils face à un père au passé trouble, sur fond du procès historique de Klaus Barbie.

Sébastien Gnaedig fait preuve d’une remarquable maîtrise du scénario. Le récit, mêlant dialogues percutants et silences chargés d’émotion, capte sans détour les questionnements complexes d’un homme confronté à la part obscure de son héritage.

extrait bd Enfant de salaud

Le dessin, d’une précision émotive, rend chaque regard, chaque posture, profondément évocateur, amplifiant l’intensité dramatique de l’histoire.

La mise en couleurs par Isabelle Merlet transcende le récit. Par des teintes parfois douces, parfois oppressantes, elle insuffle une dimension visuelle qui ancre le lecteur dans l’atmosphère tourmentée des années d’après-guerre. Les couleurs évoquent une atmosphère mélancolique et chargée d’émotions, qui convient parfaitement à la gravité du sujet abordé.

Enfant de salaud est une réflexion sur la transmission, les mensonges et la rédemption. Une œuvre mémorable qui confirme que les récits de Sorj Chalandon trouvent dans le neuvième art un écrin à leur hauteur (déjà 6 romans adaptés en BD).

Puzzle

Bande dessinée publiée en 2025 aux éditions Ankama.


D’après le roman de Franck Thilliez publié le 3 octobre 2013.

couverture bd Puzzle - D après le roman de Franck Thilliez

Ilan et Chloé, spécialistes des chasses au trésor, ont longtemps rêvé de participer à LA partie ultime : ce jeu mystérieux appelé Paranoïa.

Le jour venu, ils reçoivent enfin la règle N°1 : Quoi qu’il arrive, rien de ce que vous allez vivre n’est la réalité. Il s’agit d’un jeu. 
Suivie de la règle N° 2 : L’un d’entre vous va mourir. 
Quand les joueurs trouvent un premier cadavre, la distinction entre jeu et réalité devient de plus en plus difficile à établir. Paranoïa peut alors commencer…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Puzzle »

Adaptant avec brio le roman de Franck Thilliez, la bande dessinée « Puzzle », illustrée par Mig (Laurent David), se présente comme un tour de force visuel et narratif. (NB : Edition Originale publiée en décembre 2016)
Immergé dans l’univers troublant de « Paranoïa« , un jeu aux frontières du réel, le lecteur est dans une aventure où chaque page dévoile une nouvelle pièce d’un casse-tête psychologique angoissant.

Le récit, porté par le duo Ilan et Chloé, explore habilement les zones d’ombre de l’esprit humain. La tension ne faiblit jamais, alors que l’intrigue se déploie dans un asile abandonné, lieu propice à un crescendo d’inquiétudes. Si certains pourront deviner certains ressorts du dénouement, l’habileté avec laquelle l’auteur manipule les attentes du lecteur maintient l’intérêt jusqu’au bout.

extrait bd Puzzle - D après le roman de Franck Thilliez

Graphiquement, Mig excelle à insuffler une atmosphère oppressante grâce à une palette monochrome froide et subtile, dominée par des nuances bleutées. Ce choix de couleurs amplifie le malaise ambiant tout en sublimant l’étrangeté des décors.

« Puzzle » est une démonstration éloquente de l’alchimie entre littérature et bande dessinée. Offrant une plongée vertigineuse dans un univers captivant, cette adaptation saura séduire les amateurs de thrillers psychologiques et les esthètes en quête d’une œuvre à la fois intrigante et magistralement réalisée.

Moi, Cléopâtre, dernière reine d’Égypte

Bande dessinée publiée en 2025 aux éditions Dargaud.


couverture bd Moi, Cléopâtre, dernière reine d'Égypte

Kleopatra Philopator, septième du nom, fut la dernière reine d’Égypte. D’elle, nous avons retenu son nez aquilin, ses charmes vénéneux qui ont envoûté César et Marc Antoine, et ses manigances meurtrières.
Nul ne semble pourtant se souvenir qu’elle parlait dix langues et avait lu tous les philosophes. La vérité à son propos n’aurait-elle pas été tronquée par l’Histoire ?


Vingt siècles après son règne, la reine est sortie de son mausolée, et nous la retrouvons assise face à la baie d’Alexandrie, contemplant son royaume englouti. Elle n’a pas d’ombre face au soleil levant : c’est normal, elle n’est qu’un souvenir. Une version fantomatique d’elle-même, non dénuée d’humour, qui papote avec son singe fétiche embaumé.
C’est sous ainsi sous la forme loufoque d’une reine revenante qu’Isabelle Dethan, avec la précision d’une historienne et la créativité d’une artiste, offre à cette grande femme la possibilité de nous conter sa véritable histoire.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Moi, Cléopâtre, dernière reine d’Égypte »

Isabelle Dethan livre avec Moi, Cléopâtre, dernière reine d’Égypte un portrait saisissant de la dernière souveraine ptolémaïque, loin des clichés et des fantasmes véhiculés par l’histoire officielle et la culture populaire.
S’appuyant sur une documentation rigoureuse, l’autrice choisit la voix de Cléopâtre elle-même pour déconstruire la légende, offrant une biographie à la première personne qui embrasse la complexité d’une femme érudite, stratège et profondément humaine.

La bande dessinée se distingue par une approche narrative originale : Cléopâtre, revenue d’entre les morts, contemple le XXIe siècle et confronte l’image réductrice que l’on a retenue d’elle (son nez, ses amours), dialoguant avec humour avec son singe et la momie de Khéops, son confident.
Ce dispositif permet à Isabelle Dethan d’explorer les multiples facettes de la souveraine : héritière d’une dynastie grecque, femme de pouvoir dans un monde d’hommes, mère, amante, mais aussi victime et actrice des jeux politiques et familiaux. 
La narration, fluide et ponctuée de touches d’humour, alterne entre introspection, fresque historique et réflexion sur la mémoire et la transmission.

extrait bd Moi, Cléopâtre, dernière reine d'Égypte

Graphiquement, l’album impressionne par la finesse de son trait et la richesse de ses détails. Isabelle Dethan excelle à recréer l’atmosphère de l’Égypte antique, usant de couleurs directes à l’aquarelle : des teintes sépia pour le présent spectral de Cléopâtre, des couleurs vives pour les souvenirs. La mise en page, élégante, sert la narration sans jamais l’alourdir, et chaque planche révèle le plaisir de l’autrice à restituer décors, costumes et lumières de l’Antiquité.

Moi, Cléopâtre est une réussite majeure, tant par la justesse de son propos que par la beauté de la BD. Le récit, accessible et profond, séduira les amateurs d’histoire, d’égyptologie et de portraits de femmes. Isabelle Dethan redonne à Cléopâtre sa voix, sa complexité et son humanité : une relecture brillante et nécessaire d’un destin trop souvent travesti par la légende.

Les chefs-d’œuvre de Lovecraft – Les Chats d’Ulthar

Album publié en 2025 aux éditions Ki-oon.


Résumé éditeur

Adapté de la nouvelle de Howard Phillips Lovecraft publiée en novembre 1920.

couverture bd Les Chats d'Ulthar

Les meilleurs récits de Lovecraft en manga et au format roman graphique !

Face aux puissances qui le dépassent, l’homme doit rester à sa place…
À Ulthar, les chats sont omniprésents. Ils envahissent ses rues et observent ses habitants… Personne n’a le droit de s’en prendre à eux depuis qu’un terrible événement a prouvé leur esprit de vengeance…

Barzai, savant respecté de la ville, est à l’origine de cette règle hors du commun. Mais nul n’est à l’abri de l’orgueil, pas même le plus sage des hommes. Obsédé par la connaissance, il brise tous les tabous, quitte à s’attirer la colère des dieux…
Kuranès, lui, est possédé par le rêve de la fabuleuse cité imaginaire de Céléphaïs. Pour l’atteindre, il est prêt à tout, même à risquer le sommeil éternel…

Après le mythe de Cthulhu, découvrez trois nouvelles du cycle du rêve par le maître de l’occulte, H. P. Lovecraft !
Ici, les hommes sont les artisans de leur propre malheur… Noirceur d’âme, hubris ou illusion, peu importe la raison : la défaite est inéluctable face aux esprits qui régissent le monde !


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Les Chats d’Ulthar »

Gou Tanabe, déjà salué pour ses adaptations de L’Appel de Cthulhu ou de La Couleur tombée du ciel, se consacre ici à trois récits méconnus du cycle du rêve de H. P. Lovecraft dans le treizième volume de la collection « Les chefs-d’œuvre de Lovecraft », publié le 23 janvier 2025 par Ki-oon. Centré sur la nouvelle Les Chats d’Ulthar, ce recueil explore les interstices entre onirisme et horreur cosmique, où la vengeance silencieuse des félins se fait le reflet d’une justice surnaturelle.

Le scénarion de Gou Tanabe met en scène l’obsession et la transgression : Barzai le Sage, savant impie, et Kuranès, voyeur des songes, incarnent la quête effrénée du savoir et le prix à payer pour s’aventurer hors des limites humaines. L’auteur illustre la fragilité des protagonistes par de longs silences visuels, conférant à chaque case une tension presque cinématographique.

extrait bd Les chefs-d'œuvre de Lovecraft - Les Chats d'Ulthar

Graphiquement, le noir et blanc de Gou Tanabe se déploie avec une finesse et une justesse remarquables. Le trait réaliste, délicatement épuré, appuie l’atmosphère sombre par des contrastes puissants et des gros plans sur des regards en transe, participant à l’étrangeté hypnotique des récits. La mise en page, rythmée par des cases variées, amplifie la montée de la terreur.

Les Chats d’Ulthar confirme le talent de Gou Tanabe pour traduire l’univers d’H. P. Lovecraft avec une fidélité scrupuleuse et une sensibilité graphique unique. Destiné aux amateurs d’horreur littéraire, cette BD offre une expérience immersive où l’onirisme et l’effroi se conjuguent en une allégorie visuelle saisissante.