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Bartleby le scribe

Album publié en 2021 aux éditions Dargaud.


Résumé éditeur

L’adaptation du célèbre roman d’Herman Melville publiée pour la première fois en novembre 1853.

couverture bd Bartleby le scribe

New York City, quartier de Wall Street.

Un jeune homme est engagé dans une étude de notaire. Il s’appelle Bartleby. Son rôle consiste à copier des actes juridiques.

Les premiers temps, Bartleby se montre irréprochable. Consciencieux, efficace, infatigable, il abat un travail colossal, le jour comme la nuit, sans jamais se plaindre. Son énergie est contagieuse. Elle pousse ses collègues, pourtant volontiers frondeurs, à donner le meilleur d’eux-mêmes.

Un jour, la belle machine se dérègle. Lorsque le patron de l’étude lui confie un travail, Bartleby refuse de s’exécuter. Poliment, mais fermement. I would prefer not, lui répond-il. Soit, en français : je préfèrerais ne pas.

Désormais, Bartleby cessera d’obéir aux ordres, en se murant dans ces quelques mots qu’il prononce comme un mantra. Je préfèrerais ne pas. Non seulement il cesse de travailler, mais il refuse de quitter les lieux…

José Luis Munuera s’empare de la nouvelle d’Herman Melville dans une adaptation magistrale et porte un regard original sur ce texte, réflexion stimulante sur l’obéissance et la résistance passive.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Bartleby le scribe »

L’adaptation en bande dessinée de « Bartleby, le scribe » par José-Luis Munuera est une œuvre remarquable qui parvient à capturer l’essence de la nouvelle d’Herman Melville tout en apportant une touche graphique distincte.

Munuera, connu pour son style dynamique, adopte ici un trait plus sobre et élégant, parfaitement adapté au ton mélancolique et introspectif du récit. Les décors de New York au XIXe siècle, avec leurs couleurs sombres et brumeuses, renforcent l’ambiance oppressante de Wall Street.

L’intrigue suit Bartleby, un copiste dont l’inertie et le refus poli mais catégorique de suivre les ordres (« Je ne préférerais pas ») désarçonnent son employeur et ses collègues.

Ce personnage énigmatique, interprété par Munuera avec une pureté mélancolique, soulève des questions profondes sur la liberté individuelle et la désobéissance passive. Le récit, bien que fidèle à l’original, prend parfois des libertés chronologiques, mais ces ajustements servent à intensifier l’atmosphère étouffante de l’époque.

Cette bande dessinée n’est pas seulement une adaptation réussie mais une invitation à la réflexion. Elle interroge la place de l’individu face à un système rigide et bureaucratique, offrant une résonance particulière à notre époque.

Une œuvre à lire absolument pour sa profondeur et sa beauté visuelle.

Un chant de Noël

Albums publiés en 2022 aux éditions Dargaud.


Résumé éditeur

L’adaptation du célèbre conte de Charles Dickens publiée en décembre 1843.

couverture bd Un chant de Noël

Londres, 1843.

Tous les habitants, les mieux lotis comme les plus démunis, s’apprêtent à fêter Noël.
Tous, à l’exception de Scrooge. Aux yeux de cette riche commerçante, insensible au malheur des autres comme à l’atmosphère de liesse qui baigne la cité, seuls le travail et l’argent ont de l’importance.

On la dit radine, égoïste et mesquine. Elle préfère considérer qu’elle a l’esprit pratique. Et tandis que les festivités illuminent la ville et le cœur de ses habitants, Scrooge rumine sa misanthropie…

Une nuit, des esprits viennent lui rendre visite. Ils l’emmènent avec eux, à la rencontre de la jeune fille qu’elle était, quelques années plus tôt, lorsque la cupidité n’avait pas encore rongé son cœur. Mais aussi à la découverte de celle qu’elle aurait pu devenir si elle avait choisi la voie de la bonté…

Après le Bartleby d’Herman Melville, José Luis Munuera adapte librement un autre classique de la littérature anglo-saxonne : Un chant de Noël, de Charles Dickens.

Munuera s’empare ainsi d’un des chefs-d’oeuvre de l’écrivain anglais, paru en 1843, et féminise le personnage de Scrooge. Une relecture délicieuse, à savourer pour les fêtes !


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Un chant de Noël »

José Luis Munuera réinvente avec audace « Un chant de Noël » de Charles Dickens, en transformant l’iconique Ebenezer Scrooge en Elizabeth Scrooge, une femme d’affaires froide et implacable. Ce choix narratif n’est pas anodin : il explore la dureté imposée aux femmes dans une société patriarcale, où réussir signifie souvent sacrifier sa compassion.

Les illustrations de Munuera captivent par leur dualité. Les décors victoriens sont rendus avec une précision minutieuse, offrant un contraste saisissant avec les scènes fantastiques où apparaissent les esprits. Ces derniers, par leur représentation éthérée et onirique, renforcent l’atmosphère fantomatique qui hante le récit. Munuera joue habilement avec les cadrages, plongeant le lecteur dans les profondeurs psychologiques d’Elizabeth à travers des angles de vue dynamiques et inattendus.

extrait bd Un chant de Noël

Le scénario se distingue par sa finesse : là où Dickens mettait en avant la rédemption de Scrooge, Munuera met en lumière une rébellion silencieuse. Elizabeth, loin de céder à une transformation totale, conserve une part de son amertume. Ce choix narratif offre une lecture plus nuancée du conte original, questionnant le lecteur sur ses propres convictions et son rapport au changement.

Cette bande dessinée est plus qu’une simple adaptation; elle est une réflexion contemporaine sur la condition féminine et les luttes internes que chacun mène face à ses propres démons. En fin de compte, Munuera livre une œuvre riche et profondément humaine, qui résonne avec le lecteur bien après la dernière page tournée

Les Clients d’Avrenos

Album publié en 2025 aux éditions Dargaud.


Résumé éditeur

D’après l’œuvre de George Simenon publiée en 1935.

couverture bd Les Clients d'Avrenos

Ankara, 1935. Au cabaret du Chat noir, Bernard de Jonsac boit un verre avec Nouchi, une entraîneuse. Sans le sou, celle-ci lui demande de l’emmener avec lui à Stamboul. Nouchi rêve d’autres horizons. Elle rêve surtout d’argent qui coulerait à flots, car « c’est trop bête d’être pauvre ».

À Stamboul, Jonsac l’introduit dans son cercle de connaissances. Nouchi fait sensation auprès de ses amis, amateurs de haschich et de poésie, accros aux palabres et à la vie de bohème.

Mais elle a « horreur des hommes », comme elle le dit elle-même. Sa relation avec Jonsac, qui lui propose de l’épouser pour lui éviter d’être expulsée, reste platonique, au grand désespoir de celui-ci. Nouchi continue cependant à faire tourner la tête de ceux qu’elle rencontre, mais un drame bouleversera bientôt cette vie d’insouciance et de plaisirs…

Après La neige était sale, Jean-Luc Fromental adapte un autre « roman dur » de Simenon. Les Clients d’Avrenos met en scène un couple improbable dans le cadre enchanteur de la Turquie de l’entre-deux-guerres, magnifiée par le trait sensible et les subtils jeux d’ombres de Laureline Mattiussi.

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Les Clients d’Avrenos »

Adaptée du roman éponyme de Georges SimenonLes Clients d’Avrenos par Jean-Luc Fromental et Laureline Mattiussi est une œuvre captivante qui plonge le lecteur dans l’Istanbul des années 1930, un univers à la fois sensuel et décadent.

Une narration captivante et psychologique

Le récit suit Bernard de Jonsac, un employé terne de l’ambassade française à Istanbul, et Nouchi, une jeune danseuse hongroise pleine de charme et d’ambiguïté.
Leur relation improbable oscille entre camaraderie forcée et désirs inassouvis, alors que Jonsac épouse Nouchi pour lui éviter l’expulsion.
Jean-Luc Fromental capte avec justesse les tensions sous-jacentes entre ces deux âmes errantes, tout en dépeignant un microcosme d’expatriés et de marginaux hantés par leurs propres failles. L’intrigue minimaliste cède la place à une étude psychologique où chaque interaction révèle un peu plus la complexité des personnages.

Un style graphique envoûtant
Laureline Mattiussi sublime le récit avec un trait expressif et des visages évoquant Modigliani. Ses jeux d’ombres et ses aplats de couleurs vives traduisent à merveille l’atmosphère capiteuse des nuits stambouliotes.
Les scènes regorgent de détails immersifs : cabarets enfumés, lumières tamisées du Bosphore, ou encore moments suspendus où le temps semble s’effacer. Ce style visuel amplifie les émotions du récit tout en rendant hommage à l’exotisme et à la noirceur du cadre historique.

Une œuvre incontournable
Les Clients d’Avrenos est bien plus qu’une adaptation : c’est une réinterprétation artistique qui magnifie le texte original tout en affirmant une identité graphique forte. Cette bande dessinée séduira les amateurs de récits psychologiques profonds et d’ambiances envoûtantes. Une réussite absolue pour les passionnés de Georges Simenon.

Moi, Cléopâtre, dernière reine d’Égypte

Bande dessinée publiée en 2025 aux éditions Dargaud.


couverture bd Moi, Cléopâtre, dernière reine d'Égypte

Kleopatra Philopator, septième du nom, fut la dernière reine d’Égypte. D’elle, nous avons retenu son nez aquilin, ses charmes vénéneux qui ont envoûté César et Marc Antoine, et ses manigances meurtrières.
Nul ne semble pourtant se souvenir qu’elle parlait dix langues et avait lu tous les philosophes. La vérité à son propos n’aurait-elle pas été tronquée par l’Histoire ?


Vingt siècles après son règne, la reine est sortie de son mausolée, et nous la retrouvons assise face à la baie d’Alexandrie, contemplant son royaume englouti. Elle n’a pas d’ombre face au soleil levant : c’est normal, elle n’est qu’un souvenir. Une version fantomatique d’elle-même, non dénuée d’humour, qui papote avec son singe fétiche embaumé.
C’est sous ainsi sous la forme loufoque d’une reine revenante qu’Isabelle Dethan, avec la précision d’une historienne et la créativité d’une artiste, offre à cette grande femme la possibilité de nous conter sa véritable histoire.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Moi, Cléopâtre, dernière reine d’Égypte »

Isabelle Dethan livre avec Moi, Cléopâtre, dernière reine d’Égypte un portrait saisissant de la dernière souveraine ptolémaïque, loin des clichés et des fantasmes véhiculés par l’histoire officielle et la culture populaire.
S’appuyant sur une documentation rigoureuse, l’autrice choisit la voix de Cléopâtre elle-même pour déconstruire la légende, offrant une biographie à la première personne qui embrasse la complexité d’une femme érudite, stratège et profondément humaine.

La bande dessinée se distingue par une approche narrative originale : Cléopâtre, revenue d’entre les morts, contemple le XXIe siècle et confronte l’image réductrice que l’on a retenue d’elle (son nez, ses amours), dialoguant avec humour avec son singe et la momie de Khéops, son confident.
Ce dispositif permet à Isabelle Dethan d’explorer les multiples facettes de la souveraine : héritière d’une dynastie grecque, femme de pouvoir dans un monde d’hommes, mère, amante, mais aussi victime et actrice des jeux politiques et familiaux. 
La narration, fluide et ponctuée de touches d’humour, alterne entre introspection, fresque historique et réflexion sur la mémoire et la transmission.

extrait bd Moi, Cléopâtre, dernière reine d'Égypte

Graphiquement, l’album impressionne par la finesse de son trait et la richesse de ses détails. Isabelle Dethan excelle à recréer l’atmosphère de l’Égypte antique, usant de couleurs directes à l’aquarelle : des teintes sépia pour le présent spectral de Cléopâtre, des couleurs vives pour les souvenirs. La mise en page, élégante, sert la narration sans jamais l’alourdir, et chaque planche révèle le plaisir de l’autrice à restituer décors, costumes et lumières de l’Antiquité.

Moi, Cléopâtre est une réussite majeure, tant par la justesse de son propos que par la beauté de la BD. Le récit, accessible et profond, séduira les amateurs d’histoire, d’égyptologie et de portraits de femmes. Isabelle Dethan redonne à Cléopâtre sa voix, sa complexité et son humanité : une relecture brillante et nécessaire d’un destin trop souvent travesti par la légende.

Les Couleurs de l’infamie

Bande dessinée publiée en 2003 aux éditions Dargaud.


D’après le roman de Albert Cossery publié le 12 octobre 1999.

couverture bd Les Couleurs de l'infamie

Le Caire, capitale jadis resplendissante, aujourd’hui délabrée. Une multitude désœuvrée déambule tranquillement dans un chaos de voitures qui semblent n’obéir à rien.
Attablé à une terrasse de café, Ossama, voleur de son état, pas un voleur légaliste comme n’importe quel banquier, mais un modeste voleur aux revenus aléatoires guette sa proie : un type arrogant qui s’agite dans l’espoir d’attirer l’attention de son chauffeur.
Trois minutes plus tard, le type est délesté de son portefeuille en croco, dans lequel Ossama trouve une lettre qui compromet à la fois le type au portefeuille (promoteur véreux mouillé dans un génocide immobilier, cinquante morts sous les décombres d’un de ses immeubles) et le ministère des Travaux publics.

Devenu  » par décret divin  » dépositaire d’un scandale de niveau ministériel, Ossama ne sait comment faire exploser cette bombe. Par l’intermédiaire de son maître Nimr qui lui a appris le métier, il rencontre le lettré Karamallah, un homme qui vit dans le cimetière avec les milliers de sans logis installés là sans rien demander à personne.
Et cet homme sage, très amusé par la lettre mais persuadé qu’elle n’a rien d’une bombe : le banditisme des hautes sphères étant une péripétie communément admise, trouve un moyen  » plaisant  » de l’utiliser.
Un moyen qui démasque, dans un grand rire salvateur, la face ignoble et grotesque du pouvoir et toutes les couleurs de l’infamie.

Amoureux du Caire, Golo rêvait de dessiner la ville à travers les romans du grand écrivain égyptien Albert Cossery, rêve réalisé en 1991 avec Mendiants et Orgueilleux, et aujourd’hui avec Les Couleurs de l’infamie.

Les Couleurs de l’infamie est une adaptation fidèle du roman éponyme, Golo ayant conservé au maximum les dialogues savoureux de l’auteur et l’élégance de son langage, joliment soutenus par la chaleur et la vivacité du dessin.
C’est aussi une belle rencontre, Cossery ayant fait confiance à Golo et l’ayant laissé entièrement libre, tout en répondant aimablement à la moindre de ses questions. Cet hommage de Golo à Cossery  » un homme libre  » est aussi une balade dans l’âme d’une ville, avec des personnages irrésistibles (y compris les rôles secondaires, comme le père d’Omassa) qui cultivent une philosophie artisanale tout à fait réjouissante cet humour très spécial, fait de dérision et de joie de vivre, qui tient lieu de résistance aux habitués de la débrouille.

Cet album est doublement réussi. En tant que bande dessinée, originale, drôle et tendre, et en tant que mise en appétit : il nous donne envie, si ce n’est déjà fait, de découvrir Albert Cossery, le  » vagabond céleste « .


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Les Couleurs de l’infamie »

« Les Couleurs de l’infamie » de Golo est une plongée saisissante dans les ruelles et les contrastes du Caire moderne.

En adaptant le roman d’Albert Cossery, Golo conserve l’humour caustique et la profondeur philosophique qui caractérisent l’œuvre originale. Nous suivons Ossama, un pickpocket attachant, dont le vol accidentel d’une lettre compromettante devient le déclencheur d’une satire audacieuse sur la corruption endémique de la société.

Graphiquement, Golo opte pour un trait naïf et des couleurs éclatantes, capturant la vitalité de la ville et de ses habitants. Ce style unique transporte le lecteur dans un univers où les ambiances prennent le pas sur les détails, conférant au Caire un caractère à la fois mystérieux et vibrant. Ce choix souligne avec brio le chaos ordonné de cette métropole.

extrait bd Les Couleurs de l'infamie

La fidélité de Golo aux dialogues d’Albert Cossery est remarquable. Les échanges entre les personnages, empreints de cynisme et de sagacité, révèlent des vérités universelles avec une légèreté désarmante. La BD devient alors une critique sociale incisive qui, tout en dénonçant les injustices, sait aussi célébrer la résilience et l’ingéniosité des opprimés.

« Les Couleurs de l’infamie » est une œuvre aussi divertissante que réfléchie. Golo réussit à offrir un regard critique, mais plein d’humanité, sur une société en quête d’équilibre entre modernité et tradition.

Erostrate

Album publié en 2024 aux Editions Dargaud.


couverture bd Erostrate

En 356 avant notre ère, un individu nommé Érostrate incendia volontairement le temple d’Artémis à Éphèse provoquant sa destruction.

Arrêté et interrogé sur les motifs de son acte, il répondit :

« Pour devenir célèbre ».

Les sages d’Ephèse qui viennent de voir l’une des sept merveilles du monde partir en fumée ne peuvent y croire mais, même sous la torture, Erostrate persiste : s’il a détruit le temple c’est uniquement pour passer à la postérité.

Une fable politique, drôle et grinçante, sur la fatuité des hommes.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Erostrate »

Dans « Érostrate« , Martin Veyron s’attaque brillamment à la question intemporelle du désir de notoriété à travers une relecture audacieuse d’un fait historique antique.

Évoquant le destin d’Érostrate, cet homme qui brûla le temple d’Artémis pour inscrire son nom dans l’histoire, Martin Veyron élabore une fable aux accents philosophiques et satiriques.

L’ouvrage se distingue par sa richesse narrative, où la plume de Martin Veyron nous emmène dans les méandres de la pensée grecque antique, convoquant des figures telles que Platon et Aristote pour enrichir le propos. Les dialogues sont habilement teintés d’ironie, et l’auteur y dépeint une société avide de reconnaissance, anticipant des réflexions modernes sur la quête de célébrité.

extrait bd Erostrate

Sur le plan graphique, Martin Veyron démontre une maîtrise de l’illustration, offrant des traits à la fois expressifs et précis qui plongent le lecteur dans une atmosphère antique vivante. L’univers visuel, empreint de détails historiques et mythologiques, ajoute une dimension visuelle immersive qui complète à merveille le texte.

Bien que la densité des références puisse surprendre les lecteurs moins familiers avec la culture grecque, cette complexité fait partie de la richesse de l’œuvre, invitant à une relecture attentive.

« Érostrate » est une bande dessinée à la fois savoureuse et intellectuelle, qui incite à réfléchir sur la vanité humaine avec un regard aussi acerbe que divertissant.

Aristote

Albums publiés en 2022 aux Editions Dargaud.


couverture bd Aristote

Athènes, 315 avant Jésus-Christ.

Théophraste dirige le Lycée, un établissement d’enseignement fondé par Aristote.

Quelques années plus tôt, il fut son ami et son disciple. Aujourd’hui, il transmet à ses élèves les préceptes de ce célèbre philosophe, selon lequel « la soif de connaissance et l’envie de découvrir la nature sont innées chez l’homme ».

Curieux de tout, Aristote n’a cessé d’explorer le monde dans lequel il vivait, se passionnant pour la philosophie comme pour l’astronomie, la métaphysique et la biologie.

Et surtout, il ne se doutait pas que ses théories seraient encore discutées plusieurs siècles après sa mort… Tassos Apostolidis et Alecos Papadatos racontent la vie d’Aristote, qui fut d’ailleurs le professeur d’Alexandre le Grand, et mettent en scène sa pensée.

S’ils apportent une réponse à des questions essentielles, comme « Qu’est-ce qui définit un comportement éthique ? » ou « Quelle est la meilleure forme de gouvernement ? », ils n’en oublient pas pour autant de faire preuve d’humour. Lequel est aussi une forme de sagesse que ne dédaignait sans doute pas Aristote


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Aristote »

Dans « Aristote« , Tassos Apostolidis et Alecos Papadatos réussissent à capturer l’ampleur intellectuelle du philosophe grec tout en rendant son parcours accessible et captivant. En choisissant de structurer le récit autour des enseignements de Théophraste, l’un de ses disciples, les auteurs offrent un regard intimiste et instructif sur les idées qui ont façonné la pensée occidentale. Ce procédé narratif ingénieux permet d’aborder des concepts abstraits, comme la politique ou l’éthique, de manière fluide et engageante.

extrait bd Aristote

Le travail graphique de Alecos Papadatos se révèle remarquable par sa capacité à restituer l’atmosphère sereine de la Grèce antique. Les illustrations, aux lignes épurées et aux teintes douces, apportent une clarté visuelle qui accompagne parfaitement le texte, tandis que l’humour subtil parsemé au fil des pages rend cette exploration philosophique aussi plaisante qu’enrichissante.

Certes, la bande dessinée peut sembler dense, tant les références à la pensée aristotélicienne et aux contextes historiques sont nombreuses. Cependant, cette complexité ajoute une profondeur à l’ouvrage, offrant une véritable immersion dans l’époque et les idées d’Aristote.

« Aristote » s’impose ainsi comme une œuvre ambitieuse, qui parvient non seulement à vulgariser la philosophie, mais aussi à célébrer l’influence du « maître des philosophes ».

Cette bande dessinée, intelligente et raffinée, plaira autant aux amateurs de philosophie qu’aux curieux désireux de découvrir le monde des idées.

HMS Beagle, Aux origines de Darwin

Bande dessinée publiée en 2018 aux éditions Dargaud.


couverture bd HMS Beagle, Aux origines de Darwin

Londres, 1831. Le jeune Charles Darwin, impatient d’embarquer pour le périple de sa vie, prend place sur le HMS Beagle.

Le voyage vers des contrées lointaines pleines de promesses sera aussi fait de multiples épreuves.

Tandis que ses découvertes sur la faune et la flore le comblent d’admiration et de confusion, la fréquentation d’esclavagistes va le pousser à questionner les principes humanistes de ses contemporains.

Un voyage formateur pour l’homme et révolutionnaire pour la science.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « HMS Beagle, Aux origines de Darwin »

La bande dessinée HMS Beagle, Aux origines de Darwin de Fabien Grolleau et Jérémie Royer propose une fresque historique captivante, retraçant les premières années du célèbre naturaliste Charles Darwin.

En s’appuyant sur son périple à bord du Beagle, les auteurs nous font découvrir non seulement la beauté du monde naturel, mais également les dilemmes moraux auxquels Darwin fut confronté, notamment face à l’exploitation coloniale. Ce mariage subtil entre récit d’aventure et réflexion philosophique donne une profondeur inattendue au personnage de Darwin.

Le dessin de Jérémie Royer , tout en délicatesse, transporte le lecteur à travers des paysages exotiques magnifiquement détaillés. Chaque planche témoigne d’un souci d’authenticité, rendant hommage aux découvertes scientifiques tout en offrant une véritable expérience visuelle. Ce choix artistique amplifie le contraste entre la grandeur de la nature et les interrogations plus intimes du jeune scientifique.

extrait bd HMS Beagle, Aux origines de Darwin

Fabien Grolleau, quant à lui, parvient à rendre accessibles des concepts scientifiques complexes, en les insérant naturellement dans la narration. Le lecteur suit Darwin dans ses moments d’émerveillement, mais aussi dans ses doutes, renforçant ainsi l’humanité du personnage.

HMS Beagle, Aux origines de Darwin se présente comme une œuvre hybride : à la fois didactique et émotive, elle plaira aux amateurs d’histoire et de science, tout en séduisant les lecteurs de bande dessinée par sa qualité graphique exceptionnelle et sa narration maîtrisée. Une lecture enrichissante.

Sa Majesté des mouches

Bande dessinée publiée en 2024 aux éditions Dargaud.


Adapté du roman de William Golding publié en 1954.

couverture bd Sa Majesté des mouches

Une bande de garçons issus de la haute société anglaise échouent sur une île déserte à la suite du crash de leur avion. Le pilote et les adultes qui les accompagnaient sont morts.

Livrés à eux-mêmes sur une île paradisiaque, les voilà bien décidés à jouir de cette toute nouvelle liberté. Une nouvelle vie sans adulte et sans règles : des vacances. Ils se nourrissent de fruits, jouent et se baignent.

Pour survivre, ils seront pourtant bien obligés de s’organiser et de reproduire les schémas sociaux inculqués. Le téméraire et gentil Ralph devient alors le chef de cette petite tribu.

Mais c’est compter sans Jack qui décide de former une autre tribu, plus sauvage et violente. Chaque garçon doit choisir son camp et la guerre fait rage entre eux.

Adapté pour la première fois en bande dessinée, le chef-d’oeuvre de William Golding est ici majestueusement mis en scène par le dessin d’Aimée de Jongh.

À l’occasion des 70 ans de l’œuvre originale, l’album connaîtra une sortie internationale et paraîtra dans une quinzaine de pays.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Sa Majesté des mouches »

Aimée de Jongh redonne vie au classique intemporel de William Golding à travers une adaptation graphique d’une grande profondeur, qui captive autant par sa narration que par ses dessins. Publiée chez Dargaud, cette bande dessinée de 350 pages propose une relecture intense et immersive d’une histoire qui explore les ténèbres de la nature humaine.

L’autrice et illustratrice plonge le lecteur dans le microcosme insulaire où des garçons livrés à eux-mêmes sombrent dans un chaos violent. Avec un style graphique à la fois délicat et expressif, elle transforme l’île en un personnage à part entière : un lieu tour à tour enchanteur et oppressant. Le contraste entre les premiers instants d’euphorie et l’escalade de la brutalité est magistralement retranscrit à travers un découpage cinématographique et des illustrations chargées de tension croissante.

Le choix de conserver des phrases originales de William Golding renforce la fidélité de l’adaptation, tandis que les dessins, loin d’atténuer la violence, permettent de la ressentir différemment, avec une montée en intensité implacable. Les émotions transparaissent dans chaque regard, chaque posture, rendant les conflits presque palpables.

Cette œuvre n’est une simple adaptation : elle réinvente avec finesse un récit universel, permettant à un nouveau public de découvrir la puissance du roman de William Golding. Aimée de Jongh signe ici une bande dessinée aussi accessible qu’inoubliable, mêlant réflexion, tension et beauté visuelle.

Une réalisation remarquable qui invite autant à lire cette adaptation qu’à (re)découvrir le roman original.

La princesse de Clèves

Album publié aux éditions Dargaud en 2019.


Adapté du roman écrit par madame de La Fayette publié en 1678.

couverture bd La princesse de Clèves

Écrit en 1678 par Madame de La Fayette, « La Princesse de Clèves » est un roman fondateur.

La jeune Mademoiselle de Chartres y fait ses premiers pas dans la cour du roi de France, Henri II.
Entre cabales, médisances et galanteries, elle rencontre l’amour dans un univers pétri de conventions.

En retournant à son avantage les idéaux féminins stéréotypés de l’époque (la solitude, le silence, le secret, la retenue, la décence et la discrétion), la princesse expose une forme de féminisme inédit, basé sur l’estime de soi où la raison triomphe de la passion.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La princesse de Clèves »

L’adaptation de La Princesse de Clèves par Claire Bouilhac et Catel Muller s’impose comme une œuvre remarquable qui transcende les attentes traditionnelles des adaptations littéraires.

Les deux artistes réussissent un pari ambitieux : réconcilier le respect du texte original avec une interprétation visuelle moderne, tout en conservant l’intensité des émotions et la complexité des relations humaines qui ont fait de ce roman un classique de la littérature française.

L’une des grandes forces de cette bande dessinée réside dans son approche graphique. Claire Bouilhac, avec son trait à la fois délicat et puissant, parvient à capturer l’atmosphère raffinée et parfois étouffante de la cour du XVIe siècle.

extrait bd La princesse de Clèves


Les vignettes alternent avec aisance entre des compositions détaillées des châteaux historiques et des scènes plus épurées, mettant en avant l’intimité des dialogues et la profondeur des sentiments. Cette dualité visuelle permet de souligner les tensions internes des personnages, en particulier celles de la Princesse, déchirée entre devoir et passion.

Le récit est également enrichi par la structure narrative, qui inclut un prologue et un épilogue dessinés par Catel Muller. Ces ajouts offrent une réflexion subtile sur les parallèles entre Madame de La Fayette et son héroïne, renforçant ainsi l’écho entre fiction et réalité​.

Cette adaptation est une réussite éclatante qui invite tant les néophytes que les connaisseurs à redécouvrir La Princesse de Clèves sous un jour nouveau, tout en respectant la profondeur et la subtilité du texte originel.