L’ère de l’égoïsme : Comment le néolibéralisme l’a emporté

Album publié en 2014 aux Editions ça et là.


couverture bd L'ère de l'égoïsme : Comment le néolibéralisme l'a emporté

Après la science (« Fables Scientifiques ») et la maladie mentale (« Fables Psychiatriques »), Darryl Cunningham se penche sur les relations entre la politique et l’économie, et plus précisément sur l’évolution des doctrines libérales et leur rôle dans le déclenchement de la crise de 2008, puis de la montée des extrêmes droites en Europe.
Dans un premier temps, Cunningham brosse le portrait d’Ayn Rand, auteure américaine, – notamment de « La Grève » – relativement peu connue en France mais qui a été extraordinairement influente aux États-Unis. Ayn Rand est à l’origine de la doctrine de l’objectivisme et a influencé de très nombreux hommes politiques américains, dont les libertariens, mais aussi des personnes clés de l’administration qui jouèrent un rôle prédominant au moment de la crise de 2008.

Cunningham décrit également dans le détail les mécanismes en cause dans cette crise et les ravages qu’elle a causés, parallèlement à un nouvel essor des politiques libérales et à la montée de l’individualisme dans nos sociétés.
Son engagement est sans équivoque et il annonce clairement la couleur dans sa préface : « Dans des États démocratiques, où le droit de vote existe, nous sommes responsables d’avoir donné le pouvoir à ceux qui estiment vertueux de privilégier l’amoncellement d’argent au lieu de l’égalité de tous. »


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « L’ère de l’égoïsme : Comment le néolibéralisme l’a emporté »

Avec L’Ère de l’égoïsme, Darryl Cunningham signe une BD de vulgarisation économique d’une lucidité redoutable. Cet essai graphique remonte aux sources de la crise financière de 2008 pour exposer comment une philosophie marginale a fini par dominer le monde.

L’album se construit comme une enquête implacable. Darryl Cunningham tisse habilement le portrait psychologique d’Ayn Rand, figure de proue de l’objectivisme, pour éclairer l’influence de sa pensée sur son disciple, Alan Greenspan. Le récit excelle à rendre limpides des mécanismes complexes (dérégulation, produits dérivés) en les ancrant dans une histoire humaine : celle d’une idéologie née du traumatisme communiste de Rand. La démonstration est brillante : l’auteur prouve que l’économie n’est pas une science froide, mais le résultat direct de nos choix moraux.

extrait bd L'ère de l'égoïsme : Comment le néolibéralisme l'a emporté

Graphiquement, Darryl Cunningham prend le parti d’un minimalisme radical, presque enfantin, qui tranche avec la gravité du propos. Ce choix est loin d’être une faiblesse : son trait épuré et l’usage d’aplats de couleurs sobres permettent de digérer la densité des informations sans saturation. L’auteur use de métaphores visuelles percutantes pour matérialiser les flux financiers, transformant l’abstrait en concret avec efficacité.

Documenté, intelligent et accessible, L’Ère de l’égoïsme est une belle découverte. Darryl Cunningham réussit le pari de nous armer intellectuellement contre des discours économiques opaques. Indispensable pour comprendre notre époque.

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