Catégorie : Classique Du 20ème Siècle

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler

Album publié en 2021 aux éditions Caurette.


Résumé éditeur

Adapté du roman de Luis Sepúlveda publié le 19 septembre 1996.

couverture bd Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler

Une hymne à l’amitié et à la différence.
Zorbas, le gros chat noir, était bien tranquille jusqu’à ce que la mouette Kengah vienne s’échouer sur son balcon !
Mourante, elle lui arrache la promesse de veiller sur son oeuf, d’élever son poussin et de lui apprendre à voler…
C’est le point de départ d’une formidable aventure pour cette famille pas comme les autres. Malgré toutes les difficultés que Zorbas et sa protégée vont rencontrer, et avec l’aide des chats du port, ils surmonteront tous les obstacles jusqu’à ce que la jeune mouette prenne son envol.
Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler est un hymne à l’amitié et à la différence, marqué par l’engagement de son auteur lors de ses années passées à Hambourg. C’est également un best-seller qui continue à se vendre en roman à 25000 ex. par an depuis sa sortie en 1996.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler »

Zorbas est grand, noir et gros. Kengah, mouette argentée engluée dans une nappe de pétrole, s’écrase sur son balcon de Hambourg et lui arrache trois promesses : ne pas manger l’œuf qu’elle va pondre, veiller sur le poussin, lui apprendre à voler. Cever adapte ici le roman que Luis Sepúlveda avait publié en 1996, après lui avoir soumis ses premiers croquis et obtenu son accord.

Le récit tient parce qu’il n’adoucit rien. La mort de Kengah est montrée sans détour, le dégazage sauvage aussi, et l’on comprend vite que la promesse coûtera cher. Cever garde la mécanique du conte, avec ses chats du port qui délibèrent comme un conseil, Colonello sentencieux, Jesaitout perdu dans son encyclopédie. Mais il laisse au silence une place que le texte d’origine ne pouvait pas lui donner. Plusieurs planches se passent de dialogue : le chat qui couve, l’œuf qui bouge, le poussin qui trébuche. La question de l’adoption y gagne, parce qu’elle passe par des gestes plutôt que par des phrases.

extrait bd Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler

Le noir et blanc fait beaucoup. Cever a été biologiste avant de dessiner, et cela se voit au rendu des plumes, des pattes, du basculement d’un corps d’oiseau qui rate son atterrissage. Les décors portuaires, grues, quais, toits mouillés, ancrent la fable dans une ville qui existe. Les contrastes sont tranchés, jamais criards, et les regards, très travaillés, portent presque tout le jeu d’acteur.

Une fable où l’on gagne parce qu’on est plusieurs, et où le noir et blanc suffit à faire entendre la mer sale. À conseiller aux lecteurs dès neuf ans, et aux adultes qui ont aimé Luis Sepúlveda : ils retrouveront son goût des causes perdues.


La servante écarlate

Album publié en 2021 aux éditions Robert Laffont.


Résumé éditeur

Adapté du roman de Margaret Atwood publié le 17 avril 1985.

couverture bd La servante écarlate

Dans la république de Galaad, les femmes n’ont plus aucun droit.
Vêtue de rouge, Defred est une « Servante écarlate » à qui l’on a ôté jusqu’à son nom.
Réduite au rang d’esclave sexuelle, elle a été affectée à la famille du Commandant et de son épouse et, conformément aux normes de l’ordre social nouveau, met son corps à leur service.
Car à une époque où les naissances diminuent, Defred et les autres Servantes n’ont de valeur que si elles sont fertiles. Sinon…
Dans une description d’une force peu commune, Defred se remémore le monde d’avant, quand elle était une femme indépendante, jouissant d’un emploi, d’une famille et d’un nom à elle.
Aujourd’hui, ses souvenirs et sa volonté de survivre sont de véritables actes de rébellion.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La servante écarlate »

L’artiste canadienne Renée Nault signe seule l’adaptation et le dessin de ce classique de Margaret Atwood, dans une traduction de Michèle Albaret-Maatsch.

Renée Nault a tranché : ne pas tout transposer. Elle prélève des scènes, laisse des pages presque muettes et conserve la voix de Defred telle que Margaret Atwood l’avait écrite, cette confidence à voix basse qui raconte l’insoutenable sur le ton de l’excuse. On suit une femme dépossédée de son nom, affectée chez un Commandant, jaugée sur sa seule fertilité. Le récit avance par retours en arrière, et c’est la couleur qui prend en charge la bascule : Galaad baigne dans des gris et des bruns éteints, tandis que les souvenirs d’avant retrouvent une gamme complète. On perçoit la rupture avant de la comprendre.

extrait bd La servante écarlate

L’aquarelle et l’encre de Renée Nault installent une douceur qui met mal à l’aise. Les silhouettes gardent quelque chose de flottant, et le rouge des Servantes découpe des taches franches dans des décors noyés. Son travail sur le costume mérite qu’on s’y arrête : à la place du bonnet retenu par la série télévisée, elle a dessiné une capuche ajustée qui efface la chevelure, sous les ailes blanches qui interdisent de voir et d’être vue. Les femmes deviennent une masse sans traits distinctifs, et les rares pages où les cheveux de Defred se libèrent n’en sont que plus fort.

Ce qui reste après la dernière page, ce n’est pas une scène mais une couleur : ce rouge qui découpe les Servantes dans le gris de Galaad et qui, une fois vu, colle à la rétine. L’album s’adresse aux lecteurs du roman qui voudront en éprouver la charge autrement, et à ceux que la prose de Margaret Atwood avait tenus à distance.


The Lion, the Witch and the Wardrobe

Album publié en 1999 en langue anglaise aux éditions HarperCollins.


Résumé éditeur

D’après le roman The Lion, the Witch and the Wardrobe ou en francais Le Lion, la Sorcière blanche et l’Armoire magique (premier tome de la série Le Monde de Narnia) de Clive Staples Lewis publié le 16 octobre 1950.

Le plus célèbre livre pour enfants de C.S. Lewis, adapté en roman graphique.

D’abord Lucy, puis Edmund, Susan et Peter découvrent qu’au fond d’une vieille armoire s’ouvre le passage vers le pays enchanté de Narnia : une terre d’Animaux Parlants, de Nains et de Faunes, tenue sous la coupe de la Sorcière Blanche, où règne un hiver sans fin et où Noël n’arrive jamais.

Une fois sur place, les enfants trouvent en Monsieur Castor un protecteur, qui les conduit jusqu’à Aslan, le Grand Lion. Et Aslan a des projets pour eux, comme pour Narnia.

Réédition de ce classique en version roman graphique, portée par de somptueuses illustrations en couleurs.

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « The Lion, the Witch and the Wardrobe »

La BD est disponible en langue anglaise uniquement. Elle n’a pas encore été lue.

A Game of Thrones – Le Trône de fer – Volume 3

Album publié en 2013 aux éditions Dargaud.


Résumé éditeur

Adapté du roman de George R. R. Martin publié le 1 août 1996.

Avec ce 3e tome, George R.R. Martin et Tommy Patterson poursuivent leur adaptation en BD de A Game of Thrones (Le Trône de fer), le plus grand succès de la fantasy depuis ces quinze dernières années, un monde fait de magie et de monstres légendaires.
A Game of Thrones, dont voici le troisième épisode, se déroule sur le continent de Westeros, dans un monde médiéval où la magie et les créatures légendaires auraient disparu.
Trois familles, les Baratheon, les Stark et les Targaryen s’engagent dans une lutte sans merci pour le trône
. Pendant ce temps, dans la province du Nord, des signes annoncent l’arrivée de l’hiver tant redouté.
Pire, il semble que des monstres oubliés ressurgissent…
3e volet de A Game of Thrones, une série de medieval fantasy qui fait la part belle à la magie.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « A Game of Thrones – Le Trône de fer – Volume 3 »

Troisième volume, et le récit change de nature. Daniel Abraham n’a plus à présenter Westeros, il peut resserrer sur ce qui, dans le roman de George R.R. Martin, déclenche tout : une poignée de décisions prises trop vite.

Les festivités données à Port-Réal en l’honneur de la nouvelle Main du roi occupent le devant de la scène, et l’album joue sur le double regard. La fille aînée d’Eddard Stark s’y amuse pendant que son père mesure le nombre de gens qui lui veulent du mal. Ailleurs, Catelyn Stark reconnaît dans une auberge l’homme qu’elle soupçonne d’avoir voulu faire tuer son fils, et le fait saisir sur un coup de sang. Daniel Abraham ne commente pas ce geste, il le laisse produire ses effets, et la route mène jusqu’à Lysa Arryn, dont le portrait est l’un des plus justes de l’album. De l’autre côté du monde, Daenerys Targaryen tient enfin tête à son frère, et le rapport de force entre eux s’inverse en quelques cases.

extrait bd A Game of Thrones - Le Trône de fer - Volume 3

Cette fidélité au texte a un prix : la narration avance lentement, chaque fil réclamant sa part de planches. Les passages d’un lieu à l’autre restent pourtant lisibles, ce qui n’allait pas de soi avec autant d’intrigues parallèles. Tommy Patterson trouve dans le tournoi une occasion de mouvement après deux volumes de conversations.

Il aura suffi d’une auberge et d’un accès de colère de Catelyn Stark pour que la paix du royaume cesse d’être une hypothèse sérieuse. À conseiller aux lecteurs patients, déjà familiers de la saga, qui aiment voir une guerre se préparer petit à petit.


A Game of Thrones – Le Trône de Fer – Volume 2

Album publié en 2013 aux éditions Dargaud.


Résumé éditeur

Adapté du roman de George R. R. Martin publié le 1 août 1996.

couverture bd A game of thrones - le trône de fer - Volume 2

Avec ce 2ème tome, Le Trône de fer, George R. R. Martin poursuit son adaptation en BD de A Game of Thrones, le plus grand succès de la fantasy depuis ces quinze dernières années !
A Game of Thrones se déroule sur le continent de Westeros, dans un monde médiéval où la magie et les créatures légendaires auraient disparu.
Trois familles, les Baratheon, les Stark et les Targaryen s’engagent dans une lutte sans merci pour le trône.
Pendant ce temps, dans la province du Nord, des signes annoncent l’arrivée de l’hiver tant redouté. Pire, il semble que des monstres oubliés ressurgissent…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « A game of thrones : le trône de fer. Volume 2 »

Le premier volume avait la charge d’installer un monde et une trentaine de personnages. Celui-ci peut enfin les faire agir, et le récit y gagne aussitôt. Daniel Abraham poursuit son adaptation du roman de George R. R. Martin avec la même règle, suivre le texte de près, sans réécrire ce qui fonctionne.

Deux mouvements se répondent. Au nord, Jon Snow apprend ce que vaut un bâtard parmi des hommes que la Garde de Nuit est allée chercher dans les prisons du royaume. Au sud, Eddard Stark découvre que gouverner à Port-Réal consiste surtout à choisir à qui mentir. Un échange avec Petyr Baelish le dit sans détour : se méfier de lui est la chose la plus intelligente que le nouveau Main du roi ait faite depuis son arrivée. Daniel Abraham tient ce ton, celui d’une cour où l’ironie remplace la franchise, et il le fait passer par les dialogues. L’adaptation devient alors plus ambitieuse qu’il n’y paraît : le roman raconte des pensées, l’album doit montrer des visages qui mentent.

extrait bd A game of thrones - le trône de fer - Volume 2

Tommy Patterson change de registre en même temps que le récit. Après la neige et les grands espaces du premier volume, il lui faut tenir des scènes d’intérieur, des couloirs, des salles de conseil, où tout se joue sur les regards et les postures. Son trait précis, un peu appliqué, s’y prête, et la couleur maintient une séparation nette entre le Mur et la capitale.

Débarrassé du travail de présentation, ce deuxième volume avance enfin au rythme du roman, et la cour de Port-Réal y gagne une méchanceté très lisible. À conseiller aux lecteurs que le premier volume avait laissés sur leur faim : celui-ci arrête de présenter son monde et commence à le faire fonctionner.


A Game of Thrones – Le Trône de Fer – volume 1

Album publié en 2012 aux éditions Dargaud.


Résumé éditeur

Adapté du roman de George R. R. Martin publié le 1 août 1996.

Avec ce 1er tome, « Le Trône de fer« , George R.R. Martin et Daniel Abraham nous proposent l’adaptation en BD de « A Game of Thrones », le plus grand succès de la fantasy depuis ces quinze dernières années !
Sur le continent de Westeros, dans un monde médiéval où la magie et les créatures légendaires auraient disparu, les familles Baratheon, Stark et Targaryen s’engagent dans une lutte sans merci pour le trône.
Dans la province du Nord, des signes annoncent l’arrivée de l’hiver tant redouté, et, pire, il semble que des monstres légendaires se réveillent…
« Le Trône de fer » est le 1er volet de l’adaptation en bande dessinée de « A Game of Thrones« , un roman et une série télé de medieval fantasy au succès mondial !


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « A Game of Thrones – Le Trône de Fer – volume I »

Adapter en bande dessinée le premier volume du cycle de George R.R. Martin relevait du pari : des dizaines de personnages, deux continents, et un roman qui repose presque entièrement sur les pensées de ses narrateurs. Daniel Abraham, romancier de fantasy déjà rompu à l’exercice sur d’autres textes de George R.R. Martin, choisit la fidélité, à peu près une planche pour une page de roman. Tommy Patterson dessine, Ivan Nunes met en couleurs, Anaïs Parouty traduit.
Ce volume d’ouverture prend le temps d’installer. Le prologue au-delà du Mur donne le ton, froid et brutal. Suivent la visite royale à Winterfell, le titre de Main du roi qui tombe sur Eddard Stark comme une condamnation polie, et le mariage de Daenerys Targaryen avec Khal Drogo. Daniel Abraham conserve l’alternance des points de vue du roman, et c’est là que se joue l’intérêt : privé du monologue intérieur, chaque personnage doit exister par ce qu’il montre. Catelyn Stark et Daenerys Targaryen y gagnent une présence physique que le texte diffusait dans ses phrases.

Tommy Patterson ne cherche pas à calquer la série télévisée. Son trait, détaillé, parfois un peu lisse sur les visages, se réveille dans les décors, la neige de Winterfell, la lumière d’Essos, et Ivan Nunes creuse l’écart entre ces deux mondes par la couleur. La préface de George R.R. Martin,, consacrée à son parcours de lecteur de comics, éclaire ce choix : l’album vient du roman, pas de l’écran.

Le temps que tous ces visages deviennent familiers, Eddard Stark a déjà quitté le Nord : ce premier volume mise sur la patience, et il a raison. À conseiller aux lecteurs qui connaissent déjà la saga et veulent la retraverser autrement, et aux amateurs de fantasy adulte prêts à retenir beaucoup de noms d’un coup.


Sueur aux tripes

Album publié en 2006 aux éditions Casterman.


Résumé éditeur

Adapté du roman de Léo Malet (le dernier volet de sa célèbre Trilogie noire) publié le 15 mars 1950.

couverture bd Sueur aux tripes

Elle était seulement de dos et d’abord je l’ai haïe.
Même de dos, elle me semblait interdite. Des femmes comme celles-là, c’est pas pour ceux qui manquent de courage.
J’étais envahi par une sorte de rage.
Pourquoi je ne pourrais pas avoir une telle fille ?

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Sueur aux tripes »

L’album Sueur aux tripes, qui constitue le troisième et dernier tome de l’adaptation graphique de La Trilogie noire de Léo Malet est orchestré par Philippe Bonifay au scénario et Youssef Daoudi au dessin. Cet opus transpose la noirceur du roman originel de 1969 dans un récit haletant qui clôt définitivement ce cycle de la désillusion.

L’intrigue se resserre ici sur un affrontement brut et une mécanique criminelle inexorable. L’écriture de Philippe Bonifay excelle à retranscrire la paranoïa et l’instinct de survie animal du protagoniste central, traqué et poussé dans ses derniers retranchements.

extrait bd Sueur aux tripes

Visuellement, Youssef Daoudi livre une partition d’une redoutable intensité. Son trait nerveux, presque écorché, traduit à la perfection la tension et l’urgence du récit. L’encrage profond et l’utilisation dramatique des aplats noirs écrasent les figures, renforçant la sensation de huis clos psychologique, même lors des scènes d’extérieur. La colorisation, volontairement austère et poisseuse, agit comme un filtre émotionnel qui souligne l’asphyxie du récit. Le découpage très cinématographique rythme vertigineusement cette chute.

Sueur aux tripes parachève avec brio l’une des meilleures transpositions du roman noir français en bande dessinée. Ce thriller sombre, dense et sans concession, est une lecture de choix, un incontournable pour les amateurs de polar.


Le soleil n’est pas pour nous

Album publié en 2006 aux éditions Casterman.


Résumé éditeur

Adapté du roman de Léo Malet (le second volet de sa célèbre Trilogie noire) publié le 14 septembre 1949.

couverture bd Le soleil n'est pas pour nous

Paris, la Petite Roquette… Dédé sort de taule. Ce n’est encore qu’un gamin, mais il n’espère déjà plus rien de la vie.
Et puis, un soir, il la voit descendre un escalier. Elle, c’est Gina !
Ils se reconnaissent et s’enlacent pour toujours.
Ils savent pourtant ce que Dédé résume tristement :  » quand t’as couché dehors, le ventre vide, le soleil luit pas du même éclat que pour les autres… « 

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le soleil n’est pas pour nous »

Dans la continuité du premier volume, Le soleil n’est pas pour nous, deuxième tome de l’adaptation en bande dessinée de La Trilogie noire de Léo Malet, confirme le brio du duo Philippe Bonifay (scénario) et Youssef Daoudi (dessin). Ce volet poursuit l’exploration âpre de la pègre et des marges de la société française, transposant ce chef-d’œuvre de la littérature avec une redoutable efficacité.

Ce second opus délaisse la genèse de la révolte pour plonger le lecteur au cœur d’une clandestinité morbide. Le récit dissèque la cavale de Jean Fraiger, désormais englué dans une spirale de violence irrémédiable. Le thème central glisse vers la fatalité et la paranoïa. L’écriture de Philippe Bonifay excelle à retranscrire l’étouffement psychologique : Jean Fraiger, acculé de toutes parts, perd ses ultimes illusions face à un destin implacable. L’intrigue met en lumière la mécanique broyeuse d’un système social fracturé qui ne laisse aucune échappatoire ni aucune rédemption à ses marginaux.

extrait bd Le soleil n'est pas pour nous

Le trait de Youssef Daoudi gagne ici en intensité et en lourdeur dramatique. Son encrage hachuré, presque viscéral, épouse la tension nerveuse omniprésente des fugitifs. L’utilisation des aplats noirs et des cadrages oppressants, souvent très serrés sur des visages rongés par l’angoisse, renforce ce sentiment de huis clos urbain. La colorisation terne, étouffant volontairement les sources de lumière, prive visuellement l’environnement de tout éclat, donnant ainsi tout son sens, tragique et littéral, au titre de l’œuvre.

Le soleil n’est pas pour nous est une démonstration de narration noire. Viscérale et sans concession, cette suite graphique dépasse la simple illustration littéraire.


La vie est dégueulasse

Album publié en 2005 aux éditions Casterman.


Résumé éditeur

Adapté du roman de Léo Malet (le premier volet de sa célèbre Trilogie noire) publié le 29 juillet 1948.

couverture bd La vie est dégueulasse

Aller à confesse n’est pas mon genre. Pas vraiment…
Et pourtant voilà que j’y cours, avec plume et papier, pour raconter ma vie.
Ma dégueulasse de vie !
J’vous passe les années d’enfance, l’apprentissage et tout le reste.
Rien à redire.
Une silhouette parmi tant d’autres. Par contre, un beau jour, comme on dit dans les livres, tout a basculé.
C’est là, peut-être, que ma vie a commencé. En tout cas, c’est là qu’elle a commencé à s’arrêter…

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La vie est dégueulasse »

L’œuvre fondatrice du roman noir français, La Trilogie noire de Léo Malet, trouve une réincarnation magistrale avec l’adaptation en bande dessinée de son premier tome, La vie est dégueulasse. Scénarisée par Philippe Bonifay et illustrée par Youssef Daoudi, l’œuvre ressuscite avec justesse le cynisme et le désespoir de l’immédiat après-guerre.

Fidèle à la noirceur viscérale du roman d’origine paru en 1948, le récit décortique la descente aux enfers de Jean Fraiger. À la suite d’une violente grève ouvrière, le protagoniste bascule dans la criminalité, motivé non par l’appât du gain, mais par une révolte existentielle pure. L’album explore avec la désillusion prolétarienne et l’hypocrisie d’une société fracturée. La psychologie est restituée sans fard : Fraiger se révèle être un anti-héros tragique, mû par un instinct de survie autodestructeur qui confronte constamment le lecteur à une moralité complexe.

extrait bd La vie est dégueulasse

L’impact du récit repose sur le travail visuel de Youssef Daoudi. Ses choix esthétiques, un encrage dense et charbonneux, couplé à une colorisation aux teintes désaturées et sépias traduisent à merveille l’atmosphère poisseuse des années 1940. Son trait nerveux, volontairement écorché et rugueux, agit comme un miroir direct de la psyché tourmentée du protagoniste. De plus, l’utilisation dramatique des clairs-obscurs enferme visuellement les personnages dans leurs décors urbains, rendant le poids de la fatalité inéluctable.

Loin de la simple transposition littéraire, La vie est dégueulasse est une BD d’une grande maturité graphique. C’est une lecturevivement recommandée aux amateurs de polars historiques qui y trouveront une exploration fascinante et cruelle des bas-fonds de l’âme humaine.


Scarface

Album publié en 2011 aux éditions Casterman.


Résumé éditeur

Adapté du roman d’Armitage Trail publié le 3 juin 1930.

couverture bd Scarface

Après l’avoir perfectionné dans toutes tes branches du bel art du meurtre, le gouvernement relâchait Tony Guarino avec sa bénédiction, sous la forme d’un diplôme de bon soldat.
Tony rentrait avec un nouveau visage et un tas d’idées qui s’exerceraient inévitablement lors de leur mise en pratique, au détriment de la communauté.
Cette atroce nuit de bataille dans les bois qui lui avait rapporté ses médailles lui avait laissé aussi une longue cicatrice livide sur le côté gauche du visage.
Désormais, on le surnommerait Scarface.
Ecrit à la fin des années vingt, Scarface est un grand roman noir, précurseur de l’âge d’or du genre.
Il a servi de base au Scarface de Howard Hawks (avec Paul Muni et George Raft), le chef-d’oeuvre incontestable du film de gangsters.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Scarface »

Christian De Metter signe seul le scénario, le dessin et les couleurs de cette adaptation du roman d’Armitage Trail, et il prend une décision qui change tout : revenir au livre plutôt qu’aux films qui l’ont rendu célèbre.

Chicago, Prohibition. Dans une famille d’émigrés italiens, deux frères prennent des routes opposées, Ben du côté de la police, Tony du côté des voyous. Tony Guarino abat un chef de bande, part à la guerre, en revient avec une longue cicatrice au visage et un savoir-faire appris au front. Il entreprend alors de monter dans le milieu.

Le retour au texte d’Armitage Trail donne à l’album ce qu’aucune version filmée ne propose : cette symétrie entre les deux frères, et l’idée que la violence du personnage lui a d’abord été enseignée par l’armée. Christian De Metter ne moralise pas et n’admire pas davantage. Il montre une ascension méthodique, des alliances qui durent le temps d’un profit, une ville où la police et les juges font partie du système. On peut lui reprocher d’aller vite, parfois trop : certaines ellipses avalent des années en une case, et le passage par le front tient en quelques planches.

extrait bd Scarface

Le dessin installe un Chicago brumeux, avec des décors urbains soignés, des voitures, des arrière-salles, des visages taillés à la serpe pour les hommes de main. Les couleurs, plus franches que dans les précédents travaux de Christian De Metter, éclairent une histoire qui aurait pu se contenter du gris.

Christian De Metter préfère le roman de 1930 aux deux films qui l’ont éclipsé, et l’on redécouvre un Tony qui ne s’appelle ni Camonte ni Montana. À conseiller aux amateurs de récits de gangsters, aux curieux du roman d’origine.