Catégorie : Litterature en BD

Le Livre des Merveilles

Album publié en 2021 aux Editions Soleil.


Librement adapté des récits de Marco Polo rédigé en 1298.

Entre dépaysement et exotisme, Le Livre des merveilles » conte l’incroyable voyage qui mena un jeune vagabond sur les pas de Marco Polo. »

Scénarisé par Étienne Le Roux et dessiné par Vincent Froissard, Le Livre des merveilles » raconte la rencontre fortuite entre un jeune vagabond et un vieil homme qui se révèle être Marco Polo. À travers les confidences de l’explorateur, le jeune homme va s’immerger dans le récit de son incroyable épopée en Chine, et comprendre ce qui a motivé son voyage… »


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le Livre des Merveilles »

Scénarisé par Étienne Le Roux et magnifiquement dessiné par Vincent FroissardLe Livre des Merveilles  réinvente avec subtilité la légende de Marco Polo. Loin de la simple adaptation, cet album pose une question dérangeante : qu’en est-il de la véracité des grands récits de voyage ?

L’histoire met en scène un jeune vagabond qui croise un vieillard énigmatique, et qui se révèle être Marco Polo. Sur la route vers Rimini, le Vénitien lui confie ses vingt-quatre années d’aventures en Chine sous le règne du Grand Khan. Mais entre souvenirs et rêveries, entre réalité et fantasmagories, le lecteur s’interroge : le vieillard nous raconte-t-il vraiment ses voyages ou sombre-t-il dans les dédales de sa mémoire défaillante ? Cette ambiguïté délibérée est le cœur du scénario. Étienne Le Roux crée un flottement savoureux où le mensonge, le rêve et l’histoire deviennent indissociables.

extrait bd Le Livre des Merveilles

Vincent Froissard livre ici une démonstration graphique. Ses planches baignent dans une atmosphère brumeuse où l’estompe et le brouillard dominent. La palette reste volontairement sobre, terres de Sienne, sables, touches d’émeraude mais c’est justement cette retenue qui crée la magie. Les enluminures qui ornent l’album rappellent les traditions asiatiques et renforcent l’immersion orientale. On notera profondeur des plans et la variété des décors, montagnes enneigées, déserts, palais.

Le dénouement est inattendu. C’est un album captivant, à mettre entre toutes les mains.

Petit Pays

Album publié en 2026 aux éditions Gallimard.


Résumé éditeur

D’après le roman de Gaël Faye publié le 24 août 2016.

couverture bd Petit Pays

Exilés au Burundi, Gaby et Ana, enfants métis franco-rwandais, voient leur quotidien joyeux bousculé par la guerre civile.
Alors que leur famille se déchire, le génocide des Tutsi au Rwanda voisin vient mettre un terme à leur innocence.
D’ailleurs, déjà à l’école, Gaby assiste à une bagarre entre un Tutsi et un Hutu, que rien ne semble pourtant séparer si ce n’est – d’après son père – la forme de leur nez…

Mené par Marzena Sowa et Sylvain Savoia, l’adaptation du best-seller à résonance autobiographique de Gaël Faye – prix Goncourt des lycéens 2016 – qui a lui-même choisi les auteurs de Marzi parmi les nombreux projets présentés. Aussi magnifique que poignant.

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Petit Pays »

Adapter « Petit Pays » n’allait pas de soi. Le roman de Gaël Faye, couronné du prix Goncourt des lycéens, tire sa force d’une prose sensorielle et d’une voix intime, celle d’un narrateur qui se souvient. C’est ce défi que relèvent la scénariste Marzena Sowa et le dessinateur Sylvain Savoia, choisi par Gaël Faye lui-même pour porter en images son enfance burundaise.

Le récit suit Gabriel et sa sœur Ana, enfants métis franco-rwandais dont le quotidien insouciant à Bujumbura vole en éclats sous l’effet conjugué de la séparation des parents, de la guerre civile et, bientôt, du génocide des Tutsi au Rwanda voisin. Marzena Sowa fait des choix assumés : elle resserre les épanchements lyriques du texte et donne plus d’ampleur au destin de la mère, rendant explicite l’horreur que le roman ne faisait que pressentir. Le regard reste à hauteur d’enfant, ce qui rend la bascule vers la violence d’autant plus déchirante.

extrait bd Petit Pays

Le trait semi-réaliste de Sylvain Savoia épouse cette tension. Son découpage soigné accorde une place décisive aux regards, et la couleur, loin d’être décorative, apporte au récit une profondeur qui accompagne le passage du bonheur au chaos. La fameuse scène de la bagarre scolaire, où un Tutsi et un Hutu ne se distinguent, selon le père, que par « la forme du nez », dit en une image toute l’absurdité meurtrière du conflit.

Si le roman de Gaël Faye disait l’enfance comme un paradis condamné, Marzena Sowa et Sylvain Savoia la font passer par le regard, et ce sont ces yeux d’enfants, plus encore que les mots, qui rendent le drame burundais bouleversant.

La Guerre éternelle – Tome 3 – Major Mandella 2203/3177

Album publié en 1989 aux Editions Dupuis.


Adapté du roman « The Forever War« de Joe Haldeman publié pour la première fois en décembre 1974.

couverture bd Tome 3 Major Mandella 2203/3177

Promu major et à la tête de sa propre compagnie, William Mandella retrouve Marygay Potter qui vient de donner naissance à un fils, un enfant conçu dans un lointain passé qui nait au 32ème siècle.
Ensemble, ils sont affectés sur une planète reculée des confins de l’humanité, Middle Finger, un avant-poste stratégique que l’armée terrienne doit absolument défendre contre l’ennemi Tauran.

Mandella, maintenant âgé de 412 ans mais ayant l’apparence d’un homme dans la quarantaine, n’a pratiquement jamais vu les Taurans qu’il combat depuis un millénaire. Les technologies qu’il maîtrisait ne signifient plus rien, le fossé entre sa formation de physicien et le présent s’étend sur des millénaires, comme celui qui sépare Galilée d’Einstein. Le conflit spatial qui dure depuis 1143 ans s’est transformé en une guerre d’usure sans fin, une succession de batailles sanglantes dénuées de sens.

Dans ce dernier tome, Joe Haldeman et Marvano concentrent leurs efforts sur les véritables batailles spatiales, longues, meurtrières, et sans gloire aucune. La vision graphique reste aussi sombre et désolée. Mandella et Marygay sont désormais les seuls survivants de leur unité initiale. Leur amour, leur seul point d’ancrage, devient leur plus grande fragilité…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La Guerre éternelle – Tome 3 – Major Mandella »

Le dernier tome de cette trilogie Marvano/Joe Haldeman est une conclusion impitoyable. Mandella, maintenant major et commandant une compagnie entière, a 412 ans mais en paraît 40. ​

Ce qui frappe d’abord, c’est que Joe Haldeman concentre enfin l’action sur de véritables batailles spatiales. Pas de suspense héroïque : des massacres sanglants, répétitifs, dénués de sens. Les combattants tombent pour des planètes dont personne ne comprend l’utilité stratégique. Chaque victoire rapproche simplement les soldats de la victoire suivante, dans une boucle infinie. Mandella, seul survivant de sa première unité avec Marygay, découvre que l’amour, sa dernière ancre humaine, peut être transformé en arme contre lui par une dernière mutation du conflit.

extrait bd Tome 3 Major Mandella 2203/3177

Graphiquement, Marvano maintient son parti pris d’austérité visuelle. Les vaisseaux de guerre sont gris, les explosions sans éclat, les morts sans dignité. Ce refus de spectaculaire renforce l’horreur quotidienne du conflit. Tout cela fonctionne pour montrer comment la guerre broie les individus en poussière.

La véritable force du tome réside dans son dénouement : une révélation cynique et brillante sur l’absurdité absolue du conflit. C’est une fin qui refuse le réconfort du lecteur. La Guerre éternelle s’achève non pas en apothéose, mais en constat d’échec collectif.

Une trilogie majeure de science-fiction en BD, sans compromis.

La Guerre éternelle – Tome 2 – Lieutenant Mandella 2020/2203

Album publié en 1989 aux Editions Dupuis.


Adapté du roman « The Forever War » de Joe Haldeman publié pour la première fois en décembre 1974.

couverture bd La Guerre éternelle - Tome 2 - Lieutenant Mandella

Après l’expérience du feu et un premier combat ayant mis en déroute l’ennemi, les survivants du groupe reviennent sur Terre près de 25 ans après leur départ. Bien que seuls huit mois se soient écoulés pour Mandella et ses camarades en raison du décalage temporel relativiste, une décennie a passé sur Terre.

À travers ce récit, Haldeman expose de façon très ingénieuse le retour à la vie quotidienne des soldats après la guerre et leur dure adaptation dans une société qui a radicalement changé. La Terre n’est plus celle qu’ils ont quittée : c’est un monde devenu dystonique, régimenté, où le gouvernement contrôle l’emploi, la nourriture et la médecine.
Mandella et son compagnon Marygay Potter, incapables de s’adapter à ce nouvel univers hostile, décident de se réengager dans l’UNEF (United Nations Exploratory Force).

Promu lieutenant, Mandella commande désormais des soldats et affronte de nouveaux défis militaires et personnels. Le paradoxe temporel continue de les séparer inexorablement de l’humanité qu’ils cherchent à protéger, amplifiant la sensation d’isolement et d’absurdité existentielle au cœur du récit.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La Guerre éternelle – Tome 2 – Lieutenant Mandella »

Le deuxième tome de Marvano et Joe Haldeman va droit au cœur du sujet : le vrai drame, ce n’est pas la bataille spatiale, c’est le retour. Mandella revient sur Terre après huit mois de voyage à la vitesse lumière. Problème : dix ans se sont écoulés sur la planète.

Sa mère a vieilli d’une décennie. Son frère est devenu un vieillard. Les villes ne ressemblent plus à rien. Pire encore, la société s’est transformée en cauchemar bureaucratique : le gouvernement contrôle tout : l’emploi, la nourriture, les relations. Mandella découvre qu’il ne peut pas s’adapter. Sa solde est tellement taxée qu’il ne peut rien faire d’autre que de se réengager. L’armée l’a piégé : c’est l’unique issue.

Là réside la vraie force du scénario. Joe Haldeman ne cherche pas à nous étonner avec des explosions spatiales. Il décortique l’aliénation psychologique d’un soldat qui n’a plus sa place nulle part. Mandella et Marygay Potter tentent de trouver refuge dans leur amour, mais même ça devient compliqué dans un système qui remodèle constamment la réalité.

extrait bd La Guerre éternelle - Tome 2 - Lieutenant Mandella

Visuellement, Marvano maintient sa ligne : des teintes gris-bleu, un trait économe, peu de fantaisie. Une scène de repas en famille devient aussi angoissante qu’un combat. Rien de gratuit, tout au service de l’histoire.

Ce tome confirme que la série ne raconte pas une guerre spatiale classique. C’est une réflexion sombre sur le prix humain du militarisme et sur la façon dont le temps s’écoule différemment selon qui tu es. Belle BD de science-fiction.

La Guerre éternelle – Tome 1 – Lieutenant Mandella 2010/2020

Album publié en 1988 aux Editions Dupuis.


Adapté du roman « The Forever War« de Joe Haldeman publié pour la première fois en décembre 1974.

couverture bd La Guerre éternelle - Tome 1 - Lieutenant Mandella 2010/2020

Un commando militaire débarque sur une planète pour détruire une base opérationnelle ennemie dont il ignore tout.
Tenaillé par la peur, placé en état de « postsuggestion hypnotique » afin d’activer ses réflexes de haine, les soldats se livreront au massacre absurde d’un peuple pacifique.
Le récit poignant d’une guerre sale, qui transpose dans le cadre de la science-fiction le conflit vietnamien.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La Guerre éternelle – Tome 1 – Lieutenant Mandella »

Marvano et Joe Haldeman signent une adaptation graphique remarquable du roman fondateur de Haldeman. Adapté par celui qui a connu la guerre du Viêt-Nam, ce récit transpose avec force l’absurdité du conflit en univers futuriste.

Le premier tome suit William Mandella, scientifique enrôlé de force dans l’armée terrienne pour combattre les Taurans, une race extraterrestre mystérieuse. L’intrigue repose sur un paradoxe fascinant : les soldats voyagent à vitesse lumière et ne vieillissent que de quelques mois, tandis que des années s’écoulent sur Terre. Mandella devient progressivement un étranger dans son propre temps. Ce décalage temporel n’est pas qu’un artifice : c’est le cœur du roman, bien plus que les combats spatiaux.

extrait bd La Guerre éternelle - Tome 1 - Lieutenant Mandella 2010/2020

Graphiquement, Marvano privilégie un trait réaliste et épuré. Une austérité qui renforce la froideur du monde militaire. Les scènes de combat frappent par leur crudité notamment le massacre des Taurans au premier contact. Le découpage affirme une maîtrise technique certaine. Les machines de guerre, minutieusement dessinées, côtoient des paysages minéraux.​

Le scénario s’attaque aussi à des thèmes qui résonnent encore : la propagande d’État, la censure de l’information, et surtout l’absurdité d’une armée hyper-technisée où les soldats combattent à l’épée. C’est une critique en règle de la machine militaire et de son indifférence aux individus.

Cette bande dessinée reste une référence incontournable en science-fiction. Une très belle adaptation en BD d’un roman qui mérite d’être redécouvert.

Nouvelles extraordinaires d’Edgar Allan Poe

Album publié en 2019 aux Editions Nobi Nobi.


Adapté des nouvelles dEdgar Allan Poe publiées en France le 8 mars 1857.

couverture bd Nouvelles extraordinaires d'Edgar Allan Po

Une culpabilité obsédante…
Une sombre histoire de vengeance…
Un amoureux qui tombe dans la folie…
Les horreurs de la peste…
Une étrange maison aux lourds secrets… Autant de récits mystérieux, palpitants et inquiétants, parmi les meilleurs d’Edgar Allan Poe, l’un des plus grands précurseurs de la littérature fantastique.
Un recueil de nouvelles à lire le soir, dans une pièce faiblement éclairée, les rideaux tirés, pour frissonner de plaisir !

Inclus dans ce manga :
Le Cœur révélateur (issu de Nouvelles histoires extraordinaires)
La Barrique d’amontillado (issu de Nouvelles histoires extraordinaires)
Le Corbeau (poème)
Le Masque de la mort rouge (issu de Nouvelles histoires extraordinaires)
La Chute de la maison Usher (issu de Nouvelles histoires extraordinaires)


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Nouvelles extraordinaires d’Edgar Allan Poe »

Avec Nouvelles extraordinaires d’Edgar Allan Poe, la collection « Les Classiques en Manga » (nobi nobi!) signe une adaptation audacieuse qui dépoussière le gothique pour une nouvelle génération. Parue en 2019, cette anthologie compile cinq récits majeurs dont Le Cœur révélateur et La Chute de la maison Usher  en transposant avec brio l’angoisse victorienne vers une esthétique contemporaine.

Sur le plan narratif, l’ouvrage relève le défi de matérialiser l’intériorité tourmentée de Edgar Allan Poe. Loin de simplifier le propos, le scénario préserve la densité psychologique des textes originaux (traduits par Baudelaire). Dans Le Masque de la mort rouge, la fatalité devient palpable grâce à un découpage oppressant, tandis que La Barrique d’amontillado glace par sa mise en scène clinique de la vengeance. L’adaptation réussit l’équilibre délicat entre fidélité littéraire et dynamique visuelle.

extrait bd Nouvelles extraordinaires d'Edgar Allan Po

Graphiquement, le collectif d’artistes (dont Virginia-Nitouhei et Pikomaro) déploie un trait réaliste. L’usage magistral des trames et du clair-obscur épouse parfaitement la noirceur romantique de l’auteur. Les visages, souvent déformés par la démence, communiquent une terreur muette qui dépasse les mots, offrant une immersion totale dans la folie des protagonistes.

Ce manga de 324 pages constitue une porte d’entrée idéale pour les néophytes et une redécouverte savoureuse pour les puristes. Une lecture qui prouve que l’horreur classique n’a rien perdu de son mordant. À mettre entre toutes les mains curieuses de frissonner avec intelligence.

Alex Rider – Stormbreaker

Album publié en 2014 aux Editions Jungle.


Adapté du roman d’Anthony Horowitz publiée le 4 septembre 2000.

couverture bd Alex Rider - Stormbreaker

Recruté de force par le MI6 après la mort mystérieuse de son oncle, Alex Rider, 14 ans, est envoyé en mission d’infiltration dans le repaire du sinistre multi-milliardaire Darrius Sayle.
En quelques jours à peine, le collégien est devenu un super-espion.
Mais cette première mission sera-t-elle la dernière ?…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Alex Rider – Stormbreaker »

Pas encore lu.

Whale Star – Tome 1

Album publié en 2026 aux Editions Kotoon.


Librement adapté du conte d’Hans Christian Andersen publié le 7 avril 1837.

1926 : la Corée est sous occupation japonaise. Sua, une jeune servante, voit sa vie basculer lorsqu’elle sauve un militant indépendantiste blessé sur la plage.
Très vite, son cœur se met à battre pour cet homme que le destin a mis sur sa route. Mais le danger guette, et Uihyeon doit disparaître sans laisser de trace.
Prête à risquer sa vie pour retrouver son amour, Sua se lance alors dans une quête périlleuse.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Whale Star »

Premier volume d’une série coréenne en six tomes, Whale Star fait passer au format imprimé un webtoon signé Na Yoonhee, déjà remarqué lors de sa parution en ligne. L’autrice y transpose le conte de La Petite Sirène de Hans Christian Andersen dans la Corée de 1926, alors sous occupation japonaise. Sua, jeune servante vendue par son père pour éponger ses dettes, recueille sur la plage Uihyeon, militant indépendantiste blessé, et voit son destin basculer.

L’intelligence de Na Yoonhee tient à la manière dont elle noue le conte et l’Histoire. La perte de la voix, motif central chez Hans Christian Andersen, devient ici le symbole d’un peuple réduit au silence et d’une femme sommée de se taire. Autour de Sua gravitent des figures qui incarnent les fractures de l’époque, de Yunhwa, fille d’un notable collaborateur, aux résistants clandestins. L’autrice évite le manichéisme et montre comment l’occupation broie les corps féminins, marchandés quelle que soit leur classe.

Graphiquement, Na Yoonhee déploie un trait élégant et une colorisation qui privilégie les teintes sourdes, brunes et bleutées, pour installer une atmosphère de crépuscule permanent. Les scènes maritimes, héritées du conte, tranchent avec la moiteur oppressante de la ville, et la mise en page verticale du webtoon d’origine se recompose en planches où le vide et l’ombre pèsent autant que les personnages.

Whale Star s’adresse aux lecteurs sensibles aux récits historiques et à celles et ceux que rebutent d’ordinaire les codes du webtoon romantique, tant l’ancrage documentaire et la gravité du propos élèvent le titre. Une relecture d’Hans Christian Andersen qui donne chair à une page douloureuse de l’histoire coréenne, portée par une héroïne dont le mutisme devient une forme de résistance.

Gigi

Album publié en 2026 aux Editions Dargaud.


Adapté de la nouvelle de Collette publiée le 15 juin 1944.

Pas simple pour Gigi de suivre tous les préceptes de la bienséance qu’essaie de lui transmettre sa grand-mère quand on a : 15 ans, envie de rire, danser, et s’amuser, sans penser au lendemain !
La fraîcheur de cette adolescente émeut Tonton, un jeune homme célèbre et bien né, qui, progressivement, va regarder cette femme éclore et s’en émerveiller.
Est-ce le début d’une vie d’émancipation pour Gigi ?


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Gigi »

Nouvelle adaptation littéraire du duo formé par Claire Bouilhac et Catel Muller, après La Princesse de Clèves et Indiana, Gigi porte à l’image l’une des dernières nouvelles de Colette, écrite en 1944. Le récit se déroule dans le Paris de la Belle Époque et suit Gilberte, quinze ans, que sa grand-mère et sa tante Alicia s’emploient à transformer en courtisane accomplie, femme élégante destinée à devenir l’entretenue d’un homme fortuné.

La grande idée de Claire Bouilhac et Catel Muller consiste à encadrer le texte de Colette par un prologue et un épilogue consacrés à l’autrice elle-même, saisie adolescente en 1891 puis vieillissante en 1951. Ce jeu de miroirs éclaire la nouvelle d’une lumière biographique, rapprochant l’émancipation de Gigi de celle que Colette dut conquérir face à Willy, l’époux qui exploitait son talent. Le cœur du récit conserve toute la finesse mordante de Colette, notamment dans les leçons de savoir-vivre où la tante Alicia inspecte l’adolescente avec la froideur d’un maquignon. Gigi, elle, refuse le destin qu’on lui assigne et impose ses propres règles.

extrait bd Gigi

Au dessin, Claire Bouilhac adopte un trait semi-réaliste et expressif qui laisse toute leur place aux dialogues et fait éclore le personnage sous nos yeux, tandis que le trait de Catel Muller, plus posé, structure les parties biographiques. Les deux styles se distinguent sans se contrarier, et le soin apporté aux toilettes, aux meubles et aux façades restitue l’atmosphère feutrée du Paris mondain.

L’album s’adresse aux amateurs de Colette, de reconstitutions Belle Époque. Claire Bouilhac et Catel Muller signent une adaptation élégante, qui rend ce classique plus vivant et plus moderne qu’il n’y paraît.

L’Homme qui a séduit le soleil

Album publié en 2020 aux Editions Jungle.


Adapté du roman de Jean-Cômes Noguès publié le 14 aout 2008.

couverture bd L'Homme qui a séduit le soleil

L’adaptation du roman de Jean-Cômes Noguès !

Chaque matin, Gabriel quitte le misérable réduit qu’il occupe sur les bords de la Seine et retrouve l’effervescence du Pont-Neuf.
Là, parmi les bonimenteurs et les vendeuses de fleurs, il improvise quelques scènes de commedia dell’arte pour gagner de quoi se nourrir.
A l’écart, Molière l’observe… Et décide de l’engager dans sa compagnie.
Désormais, le rêve le plus fou de Gabriel semble possible : jouer avec Molière devant le Roi-Soleil.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « L’Homme qui a séduit le soleil »

L’adaptation en bande dessinée de Jean-Cômes Noguès par Maxe L’Hermenier et Éric Liberge est une réussite dans la transposition d’un récit jeunesse aux codes du neuvième art. Cette œuvre de 56 pages capture l’essence d’une époque charnière du XVIIe siècle français.

Le scénario de Maxe L’Hermenier préserve la structure dramatique du roman, articulée autour d’une année pivot : 1661. Gabriel, jeune garçon sans famille survivant sur le Pont-Neuf par ses improvisations de commedia dell’arte, incarne la mobilité sociale de l’Ancien Régime. Son intégration dans la troupe de Molière ouvre des perspectives nouvelles, fondées non sur l’hérédité mais sur le talent. L’intrigue se complexifie avec l’arrestation de Fouquet en septembre 1661, moment de basculement politique majeur qui impacte directement le destin du protagoniste.

extrait bd L'Homme qui a séduit le soleil

Les illustrations d’Éric Liberge en couleur directe déploient une palette évoquant la richesse théâtrale du siècle. Les teintes chaudes du Pont-Neuf contrastent magistralement avec les ors et pourpres de la Cour. Cette esthétique épouse la tonalité du scénario : joyeuse et colorée lors des scènes au Pont-Neuf, plus austère lors de la chute de Fouquet.

Les lecteurs découvrent l’atmosphère de Paris sous Louis XIV, le fonctionnement de la troupe de Molière et la complexité des jeux de pouvoir à la Cour.

Cette adaptation s’inscrit dans la collection Pépites de Jungle, destinée aux jeunes lecteurs en quête de récits historiques exigeants. Un ouvrage rend hommage à sa source littéraire tout en exploitant pleinement les ressources du medium graphique.