Catégorie : Litterature en BD

Le procès

Bande dessinée publiée en 2009 aux éditions Actes Sud.


D’après le roman de Franz Kafka publié en 1925.

couverture bd Le procès

Adaptation du grand classique de Kafka par la grande dame de la BD Chantal Montellier.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le procès »

Chantal Montellier, figure emblématique de la bande dessinée militante, s’attaque à Le Procès de Kafka avec une adaptation qui frappe par son audace et sa noirceur. Cette bande dessinée, loin d’être une simple reproduction du texte original, se distingue par une relecture qui épouse la perspective singulière de Montellier, teintée de dystopie et de critique sociale.

Le trait anguleux et sombre de Montellier, couplé à une mise en scène visuelle oppressante, plonge le lecteur dans une atmosphère de claustrophobie psychologique. Chaque page est une immersion dans l’absurde kafkaïen, où l’individu est broyé par des mécanismes bureaucratiques inhumains. Cette approche visuelle confère une dimension encore plus inquiétante au récit, où la froideur des dessins renforce la déshumanisation du protagoniste, Josef K.

Si l’adaptation respecte le fond du roman, Montellier y injecte sa propre critique des structures de pouvoir modernes, élargissant ainsi le propos de Kafka pour en faire une réflexion sur notre époque. Toutefois, cette lecture n’est pas sans risque. On pourrait reprocher à Montellier une trop grande appropriation de l’œuvre originale, altérant ainsi son ambiguïté propre.

Le Procès version Montellier est une œuvre à part entière, qui témoigne d’une rencontre féconde entre deux univers, celui de Kafka et celui de Montellier, où la révolte contre l’injustice devient une toile de fond aussi oppressante que fascinante.


Le Roi des fauves – Tome 1 : Hadarfell

Bande dessinée publiée en 2025 aux éditions Delcourt.


D’après le roman d’ Aurélie Wellenstein publié le 21 mai 2015.

couverture bd Le Roi des fauves -  Tome 1 : Hadarfell

Ivar, Oswald et Kaya sont amis depuis toujours. Alors que leur village meurt de faim et que le père d’Ivar tombe malade, ils décident d’aller braconner sur les terres du jarl… Mais sont pris sur le fait par son fils, accompagné de son maître d’armes.

La rencontre tourne au drame et voilà notre trio devenu hors-la loi. Pour les trois amis, c’est le début d’un long voyage au bout d’eux-mêmes.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le Roi des fauves – Tome 1 : Hadarfell »

Dès les premières planches de Le Roi des fauves – Hadarfell, David Chauvel et Sylvain Guinebaud nous plongent dans un univers médiéval nordique d’une rare intensité, où la survie et la métamorphose se disputent. Adaptation du roman d’Aurélie Wellenstein, ce premier tome réussit le pari d’incarner la légende des berserkirs avec une originalité marquée, loin des clichés du genre.

Le récit s’ouvre sur la détresse d’un village frappé par la famine, où trois amis – Ivar, Kaya et Oswald – se retrouvent précipités dans une spirale tragique après avoir brisé un interdit. Leur condamnation à devenir des berserkirs, mi-humains mi-bêtes, amorce une réflexion sur la perte de l’humanité, la culpabilité et la lutte contre ses propres démons. David Chauvel excelle à nuancer la psychologie de ses personnages : Ivar, courageux mais tourmenté, Kaya, indépendante, et Oswald, intellectuel, révèlent rapidement des failles et des forces inattendues, rendant leur quête aussi haletante qu’émouvante

extrait bd Le Roi des fauves - Tome 1 : Hadarfell

Graphiquement, le trait puissant et précis de Sylvain Guinebaud donne un véritable charisme aux personnages, marqués par l’épreuve et la rudesse de leur monde. Les scènes d’action, nerveuses, alternent avec des moments de tension psychologique, renforcés par une mise en couleur sombre et contrastée signée Lou. Les flashbacks en noir et blanc apportent une dimension narrative supplémentaire, soulignant la frontière ténue entre l’innocence perdue et la violence subie.

Le Roi des fauves – Hadarfell s’impose ainsi comme une bande dessinée de dark fantasy ambitieuse, à la fois sombre et profondément humaine. Les amateurs de mythologie nordique, de récits initiatiques et de drames psychologiques y trouveront une BD captivante, servie par une esthétique immersive et un scénario exigeant. Un premier tome qui donne furieusement envie de découvrir la suite.


Nostromo

Album publié en 2025 aux éditions Soleil.


Résumé éditeur

Adapté de l’œuvre de Joseph Conrad publiée 14 octobre 1904.

Désireux d’établir un règne de justice et de paix au Costaguana, miné par les révolutions, Charles Gould consacre toute son énergie à la mine d’argent de San Tomé, première puissance économique du pays, dirigée de loin par des capitaux américains.
La paix semblait acquise sous le régime du président modéré, Ribiera. Mais un nouveau coup d’état, fomenté par le Général Montero, anéantit les espoirs.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Nostromo »

Nostromo transpose le roman exigeant de Joseph Conrad (1904) dans un récit à la chronologie désormais linéaire tout en conservant la densité psychologique des personnages. L’intrigue se déroule au XIXᵉ siècle dans la fictive république du Costaguana, où Charles Gould, héritier anglais devenu notable local, s’acharne à maintenir la paix grâce à la mine d’argent de San Tomé. Lorsque le général Montero fomente un coup d’État, seule la légende de Nostromo, « notre homme », capitaine des dockers, peut sauver le trésor de l’avidité générale.

Au niveau du scénario, Pierre Boisserie ajuste habilement la structure originelle en réduisant les flash-backs pour privilégier la tension politique et l’évolution intérieure de chacun : l’intrigant Martin Decoud, le pragmatique Gould et l’inébranlable Nostromo – dont la loyauté vacille, révélant l’emprise corruptrice de l’argent.

extrait bd Nostromo

Graphiquement, Cyrille Ternon utilise un trait réaliste et précis, rehaussé de couleurs en aplats et lavis sobres. Les cadrages épurés font ressentir la chaleur accablante du Costaguana et l’étau qui se resserre autour des personnages.

Cette adaptation offre une relecture à la fois accessible, immersive, visuellement cohérente, sans trahir la profondeur du roman de Conrad. À recommander aux lecteurs en quête d’un roman graphique à la fois intellectuel et passionnant.

Fan Man, L’homme au ventilo

Album publié en 2025 aux éditions Petit à Petit.


Résumé éditeur

D’après l’œuvre de William Kotzwinkle publiée en 1974.

couverture bd FAN MAN, L homme au ventilo

Une promenade enchantée au cœur d’un New York beatnik, cosmopolite et rugissant !
Ici Horse Badorties, mec, en direct du Lower East Side à New York. Voilà le plan, mec : le maestro Badorties t’attend ce soir à l’église St Nancy, baby, pour la répétition de la Chorale de l’Amour, où on chantera dans des ventilateurs à s’en faire frissonner les tympans. VENTILO, mec. Le doux murmure mélodique régulier qu’ils produisent est le seul moyen de nous tenir en parfaite harmonie, mec.


Horse Badorties squatte un appartement dans lequel il entasse des monceaux d’objets et d’ordures, au point de ne plus pouvoir différencier son évier d’un fauteuil.
Son esprit enfumé et ses capacités de concentration inexistantes le promènent de Greenwich Village à Chinatown, dans une réjouissante ode à la liberté et au plaisir de l’errance.

Le livre culte de William Kotzwinkle, Fan Man, enfin adapté en bd par Gaet’s et Julien Monier !

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Fan Man, L’homme au ventilo »

Adaptant le roman culte de William Kotzwinkle (1974), Fan Man, L’homme au ventilo propulse le lecteur dans le New York underground des années 1970, à la suite de Horse Badorties, hippie lunaire et collectionneur compulsif, obsédé par la création d’une improbable « Chorale de l’Amour ». Gaët’s et Julien Monier, déjà salués pour leur série RIP, relèvent ici le défi d’un texte réputé inadaptable, en restituant toute sa folie douce et son humour absurde.

La bande dessinée excelle à rendre la dérive existentielle de Horse, antihéros attachant par sa liberté radicale et sa marginalité. Son errance, ponctuée de rencontres fantasques et de quêtes absurdes (ventilateurs, « poulettes »), devient une ode à la contre-culture et à l’errance urbaine.
Le récit, fidèle à l’esprit du roman, oscille entre satire sociale et poésie du chaos, explorant la frontière ténue entre génie et folie. Les dialogues, truffés de tics de langage (« mec », « baby »), ancrent la narration dans une oralité débridée, parfois déroutante mais toujours authentique.

Julien Monier signe un travail remarquable : son trait expressif et précis, donne vie à un New York grouillant de détails, baigné de teintes chaudes qui évoquent à la fois la décadence et l’énergie du flower power
La mise en page inventive épouse le désordre mental et physique du protagoniste, tandis que les pleines pages rythment le récit et soulignent l’intensité émotionnelle de certaines séquences. 

Fan Man, L’homme au ventilo est une adaptation audacieuse, parfois exigeante, mais toujours habitée par une énergie folle. Si la narration peut dérouter par sa fidélité à l’oralité du roman, le voyage proposé séduira les amateurs de récits expérimentaux et de contre-culture. Un album à recommander aux lecteurs curieux, ouverts à l’absurde et à l’excentricité graphique, qui y trouveront un « very good trip » unique et inoubliable.

À fleur de peau

Bande dessinée publiée en 2022 aux éditions Leduc.


D’après le livre de Saverio Tomasella publié le 15 mai 2017.

Flora a tout pour être heureuse : une famille aimante, drôle et brillante, des amis sincères, un jardin qu’elle aime.

Pourtant, elle a l’impression que son extrême sensibilité perturbe sa confiance et la pousse parfois à se replier sur elle-même. Elle se sent différente des autres.

C’est alors qu’elle rencontre Marc, professeur de yoga et de méditation, qui l’aide à transcender son ultrasensibilité.

Flora apprend alors à la vivre comme une force pour s’épanouir.

Un récit touchant qui permettra à chacun d’avancer sur son chemin intérieur.

Saverio Tomasella est docteur en psychologie, chercheur et écrivain. Il est le fondateur d’un Observatoire sur l’ultrasensibilité. Ses travaux sur l’hypersensibilité font désormais référence. Cette BD est l’adaptation de son roman éponyme, véritable best-seller vendu à plus de 100 000 exemplaires (éditions Leduc, 2017 ; Pocket, 2018).


Ancienne parisienne, Maelline a opéré un retour à la terre en même temps qu’elle abandonne un travail de bureau pour se dévouer à l’écriture. Elle vit aujourd’hui à la campagne avec son conjoint, ses enfants et toute une ménagerie, et travaille sur plusieurs projets de bandes dessinées au coeur desquels transparaît l’importance du respect des autres, de son environnement… et de soi-même. 

Bela Pinheiro raconte ses histoires en images en alliant numérique et traditionnel – notamment l’aquarelle et le pastel gras. Illustratrice et chercheuse brésilienne, les univers de la lecture l’émerveillent chaque jour.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « À fleur de peau »

À fleur de peau, d’Isabelle Bauthian, est une bande dessinée d’une rare délicatesse, abordant un thème souvent sous-représenté dans la littérature : l’hypersensibilité.

Le scénario, inspiré du roman à succès de Saverio Tomasella, suit Flora, une jeune femme en quête d’équilibre dans un monde qui ne semble pas toujours compatible avec sa nature profondément sensible.

Bauthian, avec une grande justesse, dépeint les défis que rencontrent les personnes hypersensibles, tout en leur offrant un message d’espoir. Le personnage de Marc, le professeur de yoga, devient un guide pour Flora, lui apprenant à transformer ce qui pourrait être perçu comme une faiblesse en une véritable force intérieure.

extrait bd À fleur de peau

Ce parcours initiatique est rendu encore plus puissant par les illustrations d’Isabela Pinheiro, dont le style combine aquarelle et techniques numériques pour créer une atmosphère apaisante et introspective.

Loin des récits traditionnels, cette bande dessinée se distingue par sa profondeur et son invitation à l’introspection. Elle s’adresse tant aux lecteurs qui se reconnaîtront dans les traits de Flora qu’à ceux qui cherchent à mieux comprendre les dynamiques émotionnelles de leur entourage.

À fleur de peau est un hymne à l’acceptation de soi, un encouragement à embrasser pleinement ses particularités pour en tirer une force incommensurable.

Cette bande dessinée est une œuvre à la fois émotive et édifiante, qui saura toucher les cœurs.

Vous n’aurez pas les enfants

Bande dessinée publiée en 2025 aux éditions Glénat.


D’après le livre de Valérie Portheret publié le 6 mai 2020.

L’incroyable sauvetage des enfants juifs de Vénissieux.

couverture bd Vous n'aurez pas les enfants

Août 1942, région lyonnaise. Dans une France déchirée, le gouvernement de Vichy s’apprête à organiser une nouvelle rafle après le Vel’ d’Hiv’, en livrant à l’occupant nazi des juifs étrangers de la zone libre.
Parmi eux figurent des centaines d’enfants. Quand l’abbé Glasberg apprend ce qui se trame, il a peu de temps devant lui pour agir. Fondateur de L’Amitié chrétienne, l’homme d’Église a épluché méthodiquement les lois jusqu’à trouver une faille : ses espoirs reposent sur une liste d’exemptions !
Sous couvert d’aider à trier les internés qui affluent, l’Abbé entame un véritable combat administratif. Grâce à une chaine de solidarité d’une ampleur inédite formée par des citoyens, des résistants et des membres de l’œuvre chrétienne, il va réussir à exfiltrer un très grand nombre de personnes du camp de Vénissieux en fournissant notamment de faux documents.
Mais il sait que les convois vont bientôt emmener les femmes et les enfants qui restent. Il sait aussi qu’un ultime alinéa stipule l’impensable. Si les parents abandonnent leurs enfants, ces derniers ne peuvent être déportés. Le stratagème est déchirant. Dans la nuit du 28 au 29 août 1942, des mères et des pères vont faire un dernier acte d’amour pour éviter à leurs enfants la solution finale.

Le sauvetage de 108 enfants du camp de transit de Vénissieux restera à jamais dans les mémoires. Arnaud Le Gouëfflec et Olivier Balez livrent une adaptation fidèle du livre de l’historienne Valérie Portheret qui signe ici la préface, à travers un album bouleversant où se pose la question de la responsabilité de chacun.
Entre témoignage et travail de mémoire, le trait est sombre et le scénario concis. Il n’y a pas ici de grand héros, mais une solidarité qui rend compte du courage collectif face à l’inacceptable. Une œuvre édifiante à mettre entre toutes les mains.
Historienne, Valérie Portheret a reconstitué, au terme de vingt-cinq ans de recherches, ce sauvetage des enfants du camp de Vénissieux, recueillant partout dans le monde, la parole d’un très grand nombre d’entre eux.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Vous n’aurez pas les enfants »

Adaptant le travail monumental de l’historienne Valérie Portheret, Arnaud Le Gouëfflec (scénario) et Olivier Balez (dessin) livrent avec « Vous n’aurez pas les enfants » une bande dessinée bouleversante, fidèle à la mémoire du sauvetage de 108 enfants juifs du camp de Vénissieux en août 1942. L’album s’inscrit dans la droite ligne du livre éponyme de Valérie Portheret, fruit de plus de vingt-cinq ans de recherches et de témoignages collectés à travers le monde.

Le récit s’attache à restituer la complexité morale et la tension de cette opération de sauvetage, menée par un réseau composite de résistants, de membres de l’Amitié chrétienne, de l’OSE et de simples citoyens, sous la houlette de l’abbé Glasberg et du cardinal Gerlier
Ici, pas de héros isolés mais une chaîne de solidarité, où chaque personnage, même secondaire, incarne la résistance civile face à la barbarie. La narration, concise et précise, évite tout baragouin inutile pour mieux laisser émerger la profondeur psychologique des protagonistes, confrontés à des choix impossibles et à la « banalité du mal »

extrait bd Vous n'aurez pas les enfants

Le trait sombre d’Olivier Balez, rehaussé de couleurs froides et de mises en page originales, souligne la gravité du propos tout en rendant palpable l’atmosphère oppressante de l’époque. L’alternance de formats – grandes planches, vignettes resserrées, jeux de teintes rouges et bleues – rythme le récit et guide le lecteur à travers la confusion des rafles, la tension des gares et l’intimité des adieux déchirants.

« Vous n’aurez pas les enfants » s’impose comme un travail de mémoire essentiel, à la fois pédagogique et profondément humain.
Par sa rigueur historique, la sobriété de sa narration et la force de son parti pris graphique, l’album touche juste et interroge la responsabilité individuelle face à l’Histoire. À recommander sans réserve aux enseignants et aux passionnés d’histoire.

Suite Française – Tempête en juin

Bande dessinée publiée en 2015 aux éditions Denoël.


D’après le roman de Irène Némirovsky publié le avril 2004.

Une décennie après le triomphe mondial de Suite française, roman miraculeusement réchappé de l’oubli, prix Renaudot 2004, Emmanuel Moynot s’empare du premier volet du diptyque, Tempête en juin.

Sous sa plume acérée, le classique d’Irène Némirovsky trouve sa dimension visuelle. Comme dans un film de Renoir ou d’Altman, les personnages, les trajectoires, les destinées se heurtent et s’emmêlent sur les routes de l’Exode de juin 1940, traçant le portrait de ces heures noires où il a semblé que la donne sociale, morale, nationale se rebattait intégralement.

Les figures inoubliables qui peuplent les pages de Némirovsky prennent corps. On retrouve comme si on les avait toujours connus le banquier Corbin, le gentil couple Michaud, la tribu des Péricand, l’infortuné abbé Philippe, la frivole Arlette Corail, le sinistre Corte et sa maîtresse écervelée, tous les autres, les perdants, les affreux, les purs et les morts de cette débâcle française.

Et l’on découvre au passage que l’auteur de David Golder – dont on connait la passion pour la narration cinématographique – aurait fait une grande scénariste.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Suite Française – Tempête en juin »

Dans Suite Française : Tempête en juin, Emmanuel Moynot réalise une adaptation graphique du roman d’Irène Némirovsky qui transcende le simple exercice de style.

En s’emparant de ce texte poignant, Moynot parvient à offrir une lecture visuelle à la fois fidèle et inventive, capturant avec acuité la complexité des personnages et la noirceur de l’époque. Son trait, à la fois précis et évocateur, mêle habilement élégance et profondeur, donnant vie aux nuances émotionnelles qui traversent l’œuvre.

Le contraste entre la sobriété des lavis noir et blanc et l’intensité des scènes dépeintes renforce le sentiment d’une tragédie inévitable. On soulignera la justesse de l’adaptation, où chaque case semble résonner avec la même force que les mots d’origine. Moynot ne se contente pas de transposer une histoire; il l’habite, offrant aux lecteurs une expérience immersive qui rend hommage à l’œuvre originale tout en affirmant sa propre identité artistique.

Cet album s’impose ainsi comme une œuvre marquante, témoignant de la capacité de la bande dessinée à rivaliser avec la littérature pour raconter les drames les plus profonds de l’humanité. Un véritable tour de force, à la fois visuel et narratif.

L’Homme qui rit

Bande dessinée publiée en 2000 aux éditions Glénat.


D’après le roman de Victor Hugo publié en avril 1869.

couverture bd L'Homme qui rit

Tout le monde connaît Victor Hugo et sa capacité à créer des univers où le sordide côtoie le sublime. Mais tout le monde ne connaît pas encore Fernando De Felipe ; cela ne devrait plus tarder.


Après deux séries très remarquées par les lecteurs de BD (Museum et Black Deker), la publication de cette très libre adaptation de L’Homme qui rit devrait convaincre les derniers sceptiques de l’incommensurable talent de cet artiste.


Son trait vivant et fluide et ses couleurs audacieuses font de ce directeur artistique de l’université de Barcelone l’un des plus intéressants auteurs espagnols du moment.
Mélangeant les techniques et les styles avec l’originalité qui le caractérise, De Felipe pousse encore plus loin les limites de la BD dans cet album envoûtant et sombre.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « L’Homme qui rit »

Dans sa bande dessinée L’Homme qui rit, Fernando de Felipe revisite l’œuvre de Victor Hugo avec une vision résolument sombre et déstabilisante.

Cet album distille une atmosphère oppressante à travers des illustrations frappantes et un récit condensé. De Felipe se concentre sur l’aspect grotesque de l’histoire, accentuant la tragédie du personnage principal, Gwynplaine, dont le rire figé devient une métaphore poignante de la condition humaine et de l’injustice sociale.

Les choix artistiques de l’auteur, notamment son style graphique marqué par des contrastes intenses et des visages déformés, créent une tension constante. Ce parti pris peut cependant diviser. On peut y voir une adaptation fidèle à l’esprit du roman, ou alors regretter la simplification inévitable des thèmes profonds d’Hugo.

L’Homme qui rit de De Felipe se présente non seulement comme une interprétation graphique de qualité, mais aussi comme une réflexion moderne sur les inégalités et le destin, qui résonne encore aujourd’hui.

Cette bande dessinée est un tour de force qui mérite d’être découverte, tant pour son approche artistique que pour la réinvention du classique littéraire d’Hugo qu’elle propose.

Cadres noirs – Tome 3 : Après

Bande dessinée publiée en 2024 aux éditions Rue de Sèvres.


D’après le roman de Pierre Lemaitre publié le 3 février 2010.

couverture bd Cadres noirs - Tome 3 : Après

Après plusieurs mois de détention pour la prise d’otages qu’il a effectuée lors d’une session de recrutement, Alain Delambre est finalement libéré.
Le plan qu’il a déployé depuis sa cellule visant à faire payer la compagnie responsable de sa situation s’étant parfaitement déroulé, il compte aller au bout de celui-ci avec sa liberté fraîchement regagnée.
C’est sans compter le colosse auquel Alain et ses quelques alliés s’attaquent. Séquestration de sa famille et de ses amis, intimidation : Alain s’est lancé dans un jeu plus que dangereux dans lequel la chance peut très vite tourner. Il ne lui reste que trop peu de temps pour mener à bien son projet et sauver sa famille.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Cadres noirs – Tome 3 : Après »

« Cadres noirs – Tome 3 : Après« , de Pascal Bertho et Giuseppe Liotti concluent de façon magistrale l’adaptation de l’œuvre de Pierre Lemaitre. Ce dernier volet, porté par une narration haletante et une tension omniprésente, nous plonge dans les tourments d’Alain Delambre, un personnage déchiré entre vengeance personnelle et survie familiale.

La force du scénario réside dans son intensité dramatique, construite avec minutie. Les rebondissements, loin d’être gratuits, servent une intrigue solidement charpentée qui explore les limites morales et psychologiques de ses protagonistes. Alain Delambre, anti-héros par excellence, gagne en complexité dans ce dénouement où chaque décision paraît irrémédiable.

extrait bd "Cadres noirs - Tome 3 : Après"

Sur le plan visuel, Giuseppe Liotti livre un travail remarquable. Ses dessins, empreints de réalisme et de sobriété, accompagnent avec élégance le ton grave de l’histoire. Le dynamisme des scènes d’action contraste habilement avec la finesse des moments plus introspectifs, créant un équilibre visuel qui capte et retient l’attention du lecteur.

Ce dernier opus se concentre sur l’humain, ses failles et ses contradictions. Ce choix lui donne une dimension plus intime et universelle.

« Cadres noirs – Tome 3 : Après » est une conclusion forte et mémorable, un thriller captivant qui marquera les amateurs de bandes dessinées.


Cadres noirs – Tome 2 : Pendant

Bande dessinée publiée en 2023 aux éditions Rue de Sèvres.


D’après le roman de Pierre Lemaitre publié le 3 février 2010.

couverture bd Cadres noirs - Tome 2 : Pendant

Alain Delambre est un cadre de 57 ans anéanti par quatre années de chômage sans espoir. Quand l’opportunité d’un entretien d’embauche pour un grand groupe s’offre à lui, il n’hésite pas à s’impliquer corps et âme dans la méthode de recrutement quelque peu étrange : un jeu de rôles sous forme de prise d’otages, qui tourne mal et le fait se retrouver en prison.

Incarcéré dans l’attente de son jugement, il tente de justifier ses actes auprès de l’opinion publique, et de maintenir les liens avec sa famille dévastée par le drame. Ses méthodes interpellent cependant les industriels responsables de sa situation : et si Alain Delambre avait tout planifié dès le début… ?


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Cadres noirs – Tome 2 : Pendant »

Avec « Cadres noirs Tome 2 : Pendant« , Giuseppe Liotti et Pascal Bertho poursuivent brillamment l’adaptation du roman de Pierre Lemaitre, offrant une BD d’une rare intensité. Le récit plonge le lecteur dans les méandres d’un thriller social où les enjeux personnels et sociétaux se croisent dans une trame captivante.

Les auteurs mettent en lumière la chute vertigineuse d’Alain Delambre, un homme broyé par les rouages d’un système économique impitoyable. Ce deuxième opus excelle par son écriture qui, tout en restant fidèle au roman d’origine, insuffle une tension palpable et un regard critique acéré sur le monde du travail contemporain. La narration, habilement construite entre flashbacks et présent, offre un scénario, tout en maintenant un suspense haletant.

extrait bd Cadres noirs - Tome 2 : Pendant

Le travail graphique de Giuseppe Liotti mérite une mention particulière. Ses illustrations, d’une grande précision, parviennent à capturer l’intensité émotionnelle des personnages tout en restituant avec force l’atmosphère oppressante de l’univers décrit. Chaque planche est un véritable tableau, où la froideur des décors d’entreprise contraste avec les visages marqués par la détresse et la détermination.

« Cadres noirs Tome 2 : Pendant » est une réflexion incisive sur les dérives du capitalisme et sur l’impact du travail dans nos vies. Un thriller social poignant qui, par sa profondeur et sa réalisation soignée, s’impose comme une lecture incontournable.