Étiquette : 2019

Fils de sorcières

Album publié en 2019 aux Editions Jungle.


Adapté du roman de Pierre Bottero publié le 7 juin 2006.

couverture bd Fils de sorcières

La famille de Jean est un peu particulière : sa mère, sa petite soeur, sa grand-mère et ses six tantes sont des sorcières !
Mais Jean n’a aucun pouvoir, car la magie se transmet de mère en fille.
Un jour, un affreux buveur de magie s’en prend à sa famille et les transforme les unes après les autres en poupées de chiffons. Désormais, Jean est le seul à pouvoir les sauver !
Aidé de sa petite sœur Lisa, qui a pu échapper au monstre, il va retrouver son père qu’il n’a jamais connu et tout tenter pour sauver les siens.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Fils de sorcières »

Avec Fils de sorcières, le scénariste Maxe L’Hermenier relève le défi d’adapter l’univers du regretté Pierre Bottero. L’album nous plonge dans le quotidien de Jean, garçon ordinaire né au sein d’une illustre lignée de sorcières, qui doit prouver sa valeur lorsqu’un terrifiant « buveur de magie » change sa famille en poupées de chiffon.

Au niveau du scénario, l’adaptation brille par son équilibre. Maxe L’Hermenier parvient à condenser la mélancolie et l’humour du roman originel sans en trahir l’esprit. Plus qu’une simple quête fantastique, le récit explore avec finesse la psychologie de la différence et la légitimité. Jean, héros « sans don », incarne une résilience touchante, transformant son handicap magique en force stratégique pour protéger sa sœur Lisa.

extrait bd Fils de sorcières

Graphiquement, le travail de Stedho est une excellente surprise. Son trait vif et anguleux, presque caricatural par moments, insuffle une énergie moderne. Il privilégie l’expressivité : la terreur du buveur de magie contraste habilement avec la chaleur des tons ocre et orangés des scènes familiales.

Fils de sorcières est une réussite qui ravira autant les nostalgiques de Pierre Bottero que les jeunes lecteurs (dès 8-10 ans) en quête d’aventures intelligentes. Une fable visuelle énergique sur la quête de soi.

Nouvelles extraordinaires d’Edgar Allan Poe

Album publié en 2019 aux Editions Nobi Nobi.


Adapté des nouvelles dEdgar Allan Poe publiées en France le 8 mars 1857.

couverture bd Nouvelles extraordinaires d'Edgar Allan Po

Une culpabilité obsédante…
Une sombre histoire de vengeance…
Un amoureux qui tombe dans la folie…
Les horreurs de la peste…
Une étrange maison aux lourds secrets… Autant de récits mystérieux, palpitants et inquiétants, parmi les meilleurs d’Edgar Allan Poe, l’un des plus grands précurseurs de la littérature fantastique.
Un recueil de nouvelles à lire le soir, dans une pièce faiblement éclairée, les rideaux tirés, pour frissonner de plaisir !

Inclus dans ce manga :
Le Cœur révélateur (issu de Nouvelles histoires extraordinaires)
La Barrique d’amontillado (issu de Nouvelles histoires extraordinaires)
Le Corbeau (poème)
Le Masque de la mort rouge (issu de Nouvelles histoires extraordinaires)
La Chute de la maison Usher (issu de Nouvelles histoires extraordinaires)


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Nouvelles extraordinaires d’Edgar Allan Poe »

Avec Nouvelles extraordinaires d’Edgar Allan Poe, la collection « Les Classiques en Manga » (nobi nobi!) signe une adaptation audacieuse qui dépoussière le gothique pour une nouvelle génération. Parue en 2019, cette anthologie compile cinq récits majeurs dont Le Cœur révélateur et La Chute de la maison Usher  en transposant avec brio l’angoisse victorienne vers une esthétique contemporaine.

Sur le plan narratif, l’ouvrage relève le défi de matérialiser l’intériorité tourmentée de Edgar Allan Poe. Loin de simplifier le propos, le scénario préserve la densité psychologique des textes originaux (traduits par Baudelaire). Dans Le Masque de la mort rouge, la fatalité devient palpable grâce à un découpage oppressant, tandis que La Barrique d’amontillado glace par sa mise en scène clinique de la vengeance. L’adaptation réussit l’équilibre délicat entre fidélité littéraire et dynamique visuelle.

extrait bd Nouvelles extraordinaires d'Edgar Allan Po

Graphiquement, le collectif d’artistes (dont Virginia-Nitouhei et Pikomaro) déploie un trait réaliste. L’usage magistral des trames et du clair-obscur épouse parfaitement la noirceur romantique de l’auteur. Les visages, souvent déformés par la démence, communiquent une terreur muette qui dépasse les mots, offrant une immersion totale dans la folie des protagonistes.

Ce manga de 324 pages constitue une porte d’entrée idéale pour les néophytes et une redécouverte savoureuse pour les puristes. Une lecture qui prouve que l’horreur classique n’a rien perdu de son mordant. À mettre entre toutes les mains curieuses de frissonner avec intelligence.

Snow, Glass, Apples

Album publié en 2019 aux Editions Headline.


Adapté de la nouvelle de Neil Gaiman publiée en 1994.

couverture bd Snow, Glass, Apples

Une relecture fantastique et glaçante du conte de Blanche-Neige par les créateurs à succès Neil Gaiman et Colleen Doran.

Une reine pas si maléfique que ça est terrorisée par sa monstrueuse belle-fille et déterminée à repousser cette créature afin de sauver son royaume d’un monde où les fins heureuses ne le sont plus vraiment.

Prix Eisner 2020 Best Adaptation from Another Medium

BD uniquement en Anglais.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Snow, Glass, Apples »

Neil Gaiman a écrit Snow, Glass, Apples en 1994 comme une subversion sombre du conte des frères Grimm. En 2019, Dark Horse Comics a publié l’adaptation graphique illustrée par Colleen Doran, remportant le Bram Stoker Award 2019 et l’Eisner Award 2020 pour la meilleure adaptation.

L’astuce de Neil Gaiman ? Laisser la reine nous raconter son histoire. Blanche-Neige n’est pas la jeune fille innocente du conte. C’est une créature vampire, belle et dangereuse, qui terrorise son royaume. La pomme devient un acte de survie, pas de malveillance. Tous les éléments du conte original restent là : le miroir, le baiser du prince, la forêt mais leur sens s’inverse complètement. C’est subtil, glaçant, intelligent.

extrait bd Snow, Glass, Apples

Colleen Doran abandonne le format traditionnel de bande dessinée pour adopter une approche rappelant un conte illustré. Son art s’inspire profondément de Harry Clarke, artiste irlandais des Arts & Crafts du début du XXe siècle.
Résultat : des pages écrasées de détails, de motifs floraux étouffants, de dorures qui contrastent violemment avec l’horreur du récit. Cette dichotomie, beauté étouffante d’un côté, noirceur de l’autre c’est le cœur du travail de Colleen Doran.

Ni la reine ni Blanche-Neige ne sont sympathiques ou méprisables. Cette ambiguïté, c’est ce qui rend l’histoire mémorable. 

Snow, Glass, Apples fascine par sa dualité : beauté formelle vs noirceur thématique. Cette œuvre captive les lecteurs adultes en quête de contes revisités. Colleen Doran transforme chaque page en tableau vivant où forme et contenu dialoguent magistralement.

Le Théorème Funeste

Album publié en 2019 aux Editions Tanibis.


couverture bd Le théorème funeste

Un beau jour du XVIIe siècle, le facétieux mathématicien Pierre de Fermat écrivit dans les marges d’un livre : « xn + yn = zn impossible si n > 2. J’ai trouvé une solution merveilleuse, mais la place me manque ici pour la développer. »

Un énoncé fort simple pour un théorème qui sera démontré… plus de trois siècles plus tard par le mathématicien anglais Andrew Wiles. Alexandre Kha délaisse le temps d’un court album le genre fantastique pour une approche plus documentaire, s’apparentant à son travail pour la revue Topo.

En retraçant l’histoire de ce théorème mythique, c’est une histoire des mathématiques en accéléré que nous délivre Alexandre Kha, mais c’est aussi pour lui l’occasion de relater une série de destins romanesques, une galerie de portraits de personnages en quête d’absolu, allant de l’anarchiste matheux Évariste Galois à Sophie Germain en passant par Paul Wolfskehl, que le théorème sauva du suicide.

Adoptant un trait plus épuré qu’à l’accoutumée, Alexandre Kha s’essaie à des mises en page élaborées et propose des métaphores graphiques percutantes aux concepts présentés, tout en restant parfaitement lisible.

À noter que ce récit figurera dans l’exposition permanente de la maison natale de Pierre de Fermat à Beaumont-de-Lomagne.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le théorème funeste »

Le Théorème funeste d’Alexandre Kha est une belle surprise : une bande dessinée consacrée au dernier théorème de Fermat, cette énigme mathématique qui a hanté trois siècles d’esprits brillants. Plutôt que de raconter la démonstration en elle-même, Alexandre Kha s’intéresse aux scientifiques qui l’ont poursuivie : Sophie Germain, Évariste Galois, Paul Wolfskehl. Des figures disparates unies par la même obsession.

Ce qui frappe d’abord, c’est le choix graphique radical. Alexandre Kha abandonne les styles plus classiques pour proposer un noir et blanc très épuré, presque dépouillé. Les compositions jouent sur des perspectives géométriques qui renforcent le sentiment de vertige intellectuel. Ce n’est pas de la décoration : le trait économe crée une distance affective qui correspond à la nature même du sujet.

extrait bd Le théorème funeste

Sur le plan narratif, Alexandre Kha évite le piège du résumé. Il ne nous explique pas les mathématiques. C’est sombre, parfois austère, mais d’une cohérence remarquable.

L’album ne plaira pas à tout le monde. Il demande du lecteur une certaine patience, une acceptation de ne pas avoir de résolution spectaculaire.

Long Kesh : Bobby Sands et l’enfer irlandais

Album publié en 2019 aux Editions du Long Bec.


couverture bd Long Kesh : Bobby Sands et l'enfer irlandais

Avril 1981.
Depuis deux mois, Booby Sands fait la grève de la faim. Et onze autres prisonniers ont progressivement suivi son exemple.
Pourtant, il vient d’être élu député à la Chambre des communes. Accompagné de l’émissaire du pape, le cardinal O’Fiaich rend visite au jeune homme afin de le dissuader de poursuivre une action que l’Eglise juge suicidaire.
Mais Bobby campe sur ses positions et choisit de raconter à son visiteur ses cinq années dans l’enfer des H-Blocks.

En septembre 1977, en Irlande du Nord, Bobby Sands, un militant de l’IRA, est condamné à 14 ans de prison pour port d’arme illégal. Il va être incarcéré dans la prison du Maze, plus connue sous le nom de Long Kesh.
Commence alors une lutte pour les droits et la dignité qui va le mener à la mort en le 5 mai 1981, suite à une grève de la faim de 66 jours…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Long Kesh : Bobby Sands et l’enfer irlandais »

Sous le trait acéré de Stéphane HeurteauLong Kesh : Bobby Sands et l’enfer irlandais s’impose comme une œuvre de mémoire indispensable. La bande dessinée est un véritable outil documentaire sur les « Troubles ».

L’ouvrage dissèque avec une précision l’impasse politique de 1981, opposant la détermination des prisonniers de l’IRA à l’inflexibilité de Margaret Thatcher. Au-delà du destin tragique de Bobby Sands, le récit explore les enjeux de la reconnaissance du statut de prisonnier politique à travers le « Blanket protest » et la grève de la faim. Cette dimension géopolitique, étayée par une documentation solide, permet de saisir la complexité d’un conflit où le corps devient l’ultime rempart contre la déshumanisation carcérale.

Graphiquement, Stéphane Heurteau opte pour un noir et blanc nerveux d’une efficacité redoutable. Son travail sur le clair-obscur accentue la sensation de claustrophobie des H-Blocks. Les planches capturent l’épuisement des corps avec une pudeur poignante.

En mêlant séquences de fiction et dossiers documentaires, cette BD constitue une ressource précieuse pour les étudiants et passionnés d’histoire contemporaine. Une BD pour comprendre les racines et les cicatrices de la question irlandaise.

Rosa – Tome 02 – Les hommes

Album publié en 2015 aux Editions Glénat.


Adapté du roman Histoire de Rosa qui tint le monde dans sa main de Bernard Ollivier publié le 3 janvier 2013.

couverture bd Rosa - Tome 02 - Les hommes

Femme libérée. 
Rosa est dans la tourmente. Suite au pari qu’elle a conclu avec les « hommes », le curé lui a interdit l’accès à la messe. Pour sauver son âme, va-t-elle être obligé d’annuler le concours ?
Mais comment va faire son pauvre Mathieu, sans l’argent pour payer le sanatorium ?
Après enquête, Rosa découvre que cela fait en réalité suite aux manigances de Séna, piqué dans son orgueil.
Bien décidée à ne pas se laisser faire, Rosa peut compter sur les bonnes âmes du village pour lui venir en aide. Elle est surtout prête à se montrer aussi impitoyable que Séna.

À la fois chronique rurale truculente et portrait d’une femme émancipée au début du XXe siècle, Rosa est un chef-d’œuvre intimiste nous présentant une galerie de personnages criants de vérité et forts en gueule.
Jusqu’ici habitué aux récits historiques, François Dermaut y signe, avec la conclusion de ce diptyque, un véritable aboutissement artistique.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Rosa – Tome 02 – Les hommes »

Rosa – Tome 02 – Les hommes, adaptation graphique du roman de Bernard Ollivier par François Dermaut, constitue l’aboutissement magistral d’un diptyque consacré à l’émancipation féminine en Normandie au début du XXe siècle. Le tome explore les conséquences du pari originel avec une finesse narrative remarquable.

Confrontée à l’excommunication provoquée par les machinations du riche Sena, Rosa découvre les rouages du pouvoir et l’hypocrisie institutionnelle. François Dermaut peint une chronique villageoise truculente où chaque personnage possède une épaisseur psychologique distincte. Le récit montre comment Rosa s’affranchit progressivement des conventions sociales, conquérant son indépendance et son pouvoir d’agir face aux hommes qui tentent de la contrôler.

extrait bd Rosa - Tome 02 - Les hommes

Graphiquement, le diptyque représente peut être l’apothéose artistique de François Dermaut. Son aquarelle rehaussée de crayons confère une chaleur lumineuse aux paysages normands. Son trait réaliste capture avec élégance l’intériorité des personnages.

Cette œuvre adresse un hommage poignant à la résilience féminine, offrant aux lectrices un portrait d’émancipation progressive, authentique et dépourvu de sensationnalisme. Une œuvre majeure de la BD.

Dans la forêt

Album publié en 2019 aux Editions Sarbacane.


Adapté du roman « Into the Forest » de Jean Hegland publié le 6 aout 1996.

couverture bd Dans la forêt

Rien n’est plus comme avant. Le monde tel qu’on le connaît semble avoir basculé : plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus.
Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au coeur de la forêt.
Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, les deux soeurs demeurent seules, bien décidées à survivre.
Il leur reste, toujours vivantes, leur passion de la danse et de la lecture.
Mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Dans la forêt »

Adaptation du best-seller de Jean Hegland paru en 2019, Dans la forêt transpose avec sensibilité l’univers post-apocalyptique du roman américain aux écosystèmes luxuriants de Californie du Nord. Lomig transforme ce huis-clos psychologique en exploration graphique subtile où la forêt devient véritable protagoniste, bien davantage que simple décor.

Le récit suit Nell et Eva, deux sœurs orphelines confrontées à l’effondrement civilisationnel, apprenant à survivre en autarcie tout en préservant leurs passions : la danse et l’écriture. Loin du catastrophisme usuel, Lomig privilégie l’introspection aux grandes démonstrations visuelles. Les personnages incarnent une fragilité authentique face à l’isolement.

Graphiquement, le dessin en noir et blanc au trait précis captive par son approche épurée. Chaque planche renforce l’impression de résilience, la végétation dense insuffle une atmosphère méditative.

Cette adaptation de ce roman finalement assez peu connu est une belle découverte. A recommander.

Les chefs d’œuvre de Lovecraft – Les Montagnes hallucinées – Tome 2

Album publié en 2019 aux éditions Ki-oon.


Résumé éditeur

Adapté de la nouvelle de Howard Phillips Lovecraft publiée en février 1936.

couverture bd Les chefs d œuvre de Lovecraft - Les Montagnes hallucinées - Tome 2

Les meilleurs récits de Lovecraft en manga et au format roman graphique !

En 1931, une expédition de sauvetage découvre le campement en ruines du Pr Lake, parti explorer l’Antarctique quelques mois plus tôt. Son équipe de scientifiques avait envoyé un message annonçant une découverte extraordinaire avant de sombrer dans le silence…

Sur place, des squelettes humains dépouillés de leur chair laissent imaginer les scènes d’horreur qui ont pu se dérouler. Plus perturbantes encore : les immenses montagnes noires aux pics acérés au pied desquelles le Pr Lake et ses compagnons ont rendu l’âme… Ces terres désolées semblent cacher de terribles secrets. Gare aux imprudents qui oseraient s’y aventurer !

Avec un trait sombre et réaliste, Gou Tanabe met en images les pires cauchemars imaginés par H. P. Lovecraft, le maître du fantastique et de l’horreur. Aux confins des terres inexplorées, la joie de la découverte laisse place à une lutte sans espoir contre la terreur et la folie !


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Les Montagnes hallucinées – Tome 2 »

Les Montagnes hallucinées – Tome 2 de Gou Tanabe représente l’aboutissement maîtrisé d’une adaptation audacieuse. Ce deuxième volet déploie l’univers cosmique de H. P. Lovecraft avec une puissance graphique , transformant le récit littéraire de 1936 en expérience viscérale. Gou Tanabe réussit le pari de visualiser l’indicible : tandis que le premier tome privilégiait l’atmosphère suggestive, ce tome s’épanouit dans la représentation des architectures cyclopéennes des Anciens et des créatures abyssales dont Lovecraft ne livrait que des fragments descriptifs.

Le mangaka fait durer l’angoisse par des planches muettes d’une subtilité remarquable, où contraste et surcharge de détails structurent une tension croissante. Les fresques et bas-reliefs dépeignant l’histoire des civilisations extraterrestres rivalisent de complexité visuelle, tandis que les paysages antarctiques s’imposent en doubles pages vertigineuses. Ce rendu accentue l’impossibilité même de comprendre ce qu’on observe, stratégie graphique fidèle à l’esprit lovecraftien d’horreur cosmique.

L’exploration scientifique devient voyage vers la démence, thème universel élevé au rang d’exploration existentielle. Récipient de cuir luxueux, 336 pages en noir et blanc, finaliste des prix Asie de la Critique ACBD, ce tome constitue un accomplissement éditorial autant qu’artistique. Pour lecteurs en quête d’horreur d’époque et amateurs de Lovecraft, cette adaptation ne constitue plus une simple illustration : elle redéfinit l’œuvre pour le XXIe siècle.

Deux ans de vacances – Tome 3

Album publié en 2018 aux éditions Vent d’Ouest.


Résumé éditeur

Adapté du roman de Jules Verne publié le 19 novembre 1888.

couverture bd Deux ans de vacances - Tome 3

Loin de la civilisation, la barbarie reprend ses droits…

Après moult péripéties, les enfants ont découvert qu’ils n’étaient plus seuls sur l’île. L’arrivée de Kate, une nouvelle naufragée, a rapidement mis à mal la routine dans laquelle ils s’étaient installés.
Puisqu’une bande de pirates à ses trousses a débarqué à son tour !
Même s’ils sont organisés, nos rescapés ne restent que des enfants, face à la cruauté des adultes.
Arriveront-ils à les mettre en déroute ?
Après deux années passées sur une île au bout du monde, trouveront-ils le moyen de rentrer chez eux ?
Découvrez-le dans ce volume, suite et fin de l’adaptation de Jules Verne en BD !

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Deux ans de vacances – Tome 3 »

Deux ans de vacances – Tome 3, signé Frédéric Brrémaud et Philippe Chanoinat d’après Jules Verne, conclut brillamment cette trilogie jeunesse parue le 20 février 2019 aux éditions Vents d’Ouest.
Après deux années d’isolement, l’arrivée de Kate et celle d’une bande de pirates font basculer le camp des enfants dans un affrontement aussi physique que moral. Les scénaristes explorent la tension entre solidarité et rivalité, tandis que chaque protagoniste révèle ses fragilités et son courage sous la pression de l’urgence.

extrait bd Deux ans de vacances - Tome 3

Sur le plan graphique, Hamo affirme une ligne claire épurée et un sens du détail bluffant : les décors insulaires gagnent en relief, les visages traduisent subtilement l’angoisse et l’émerveillement, et les couleurs pastel contrebalancent la violence latente de l’intrigue. Les enchaînements de plans serrés et panoramiques rythment le récit.

Ce troisième volet confirme la force d’une adaptation fidèle et vivante du roman de Jules Verne, à recommander tant aux adolescents qu’aux amateurs de BD d’aventure.

Les Mohamed

Album publié en 2019 aux éditions Sarbacane.


Résumé éditeur

Adapté du livre Mémoires d’immigrés : L’héritage maghrébin de Yamina Benguigui publié le 6 mai 1997.

couverture bd Les Mohamed

Jérôme Ruillier nous fait (re)découvrir l’histoire de l’immigration maghrébine à travers des témoignages poignants (en trois parties : les pères, les mères, les enfants), qui rendent compte de la quête d’identité et des effets au quotidien du racisme.
Un roman graphique « coup de poing », essentiel, alors que se discute depuis des mois le mauvais feuilleton de « l’identité nationale » qui, en virant au défouloir raciste, n’a été rien d’autre qu’une machination à désigner l’Autre comme l’ennemi de l’intérieur.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Les Mohamed »

Paru en 2019 aux éditions Sarbacane, Les Mohamed de Jérôme Ruillier transpose avec une justesse les témoignages recueillis par Yamina Benguigui dans Mémoires d’immigrés (1997). Cette adaptation graphique donne corps à l’histoire méconnue de l’immigration maghrébine en France depuis l’après-guerre.

Structuré en trois volets, les pères, les mères, les enfants, l’ouvrage révèle avec pudeur et authenticité les parcours de sacrifice, de déracinement et de quête identitaire. Jérôme Ruillier s’implique personnellement dans le récit, confrontant ses propres interrogations aux témoignages, créant une résonance contemporaine saisissante.

Le style graphique minimaliste et animalier, personnages aux traits de félins aux oreilles arrondies, gomme volontairement les différences physiques pour privilégier l’universalité des expériences humaines. Cette esthétique épurée amplifie l’émotion en laissant toute sa place aux mots des témoins.

Lauréat du prix dBD Awards 2012 en catégorie « Meilleure BD reportage », cette œuvre constitue un témoignage sur un pan occulté de l’histoire française, offrant aux nouvelles générations les clés de compréhension des enjeux migratoires actuels.