Mois : janvier 2026

James Joyce, l’homme de Dublin

Album publié en 2013 aux Editions Futuropolis.


couverture bd James Joyce, l'homme de Dublin

James Joyce est considéré comme l’un des écrivains les plus marquants du XXe siècle.
Son œuvre majeure, Ulysse a marqué des générations de lecteurs.
Alfonso Zapico, dans ce long récit très documenté, nous propose de découvrir l’homme qui se cache derrière ce monument de la littérature mondiale…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « James Joyce, l’homme de Dublin »

Avec James Joyce, l’homme de Dublin, Alfonso Zapico ne se contente pas de retracer une vie, il signe un carnet de voyage intime au cœur de la modernité littéraire. Publié chez Futuropolis et couronné par le Prix National de la Bande Dessinée en Espagne, ce « pavé » de 240 pages nous entraîne dans le sillage d’un génie erratique, de ses racines irlandaises aux cafés de Trieste, Zurich et Paris.

L’intelligence du récit réside dans son refus du portrait figé. Alfonso Zapico nous donne à voir un Joyce profondément humain, souvent démuni, luttant contre une cécité menaçante et des fins de mois précaires, mais porté par une Nora Barnacle (sa femme) aussi solide que solaire. On suit avec fascination la genèse d’Ulysse, non comme une abstraction, mais comme le fruit d’une existence faite de rencontres de comptoir et de débats passionnés dans une Europe en pleine ébullition.

extrait bd James Joyce, l'homme de Dublin

Visuellement, le parti pris d’un noir et blanc nuancé est très bien choisi. Le trait de Alfonso Zapico, souple et expressif, flirte avec la caricature de press. Les planches fourmillent de détails d’époque, créant une atmosphère immersive qui soutient la densité des propos. L’expressivité des visages traduit une mélancolie et une ténacité poignantes.

En humanisant la légende, Alfonso Zapico rend justice à l’homme derrière le texte. Un incontournable pour les passionnés de lettres et les amateurs de romans graphiques.

Kongo

Album publié en 2013 aux Editions Futuropolis.


Le ténébreux voyage de Józef Teodor Konrad Korzeniowski / Joseph Conrad.

coiverture bd Kongo - Le ténébreux voyage de Józef Teodor Konrad Korzeniowski

Publiée en 1899, Au cœur des ténèbres est certainement la nouvelle de Joseph Conrad la plus célèbre et la plus souvent adaptée. Que ce soit au cinéma (Coppola et Herzog, pour ne citer que les plus connus), à la télévision, et même en jeu vidéo!
C’est au sein même de son expérience personnelle au Congo que l’écrivain avait été cherché l’essence de son récit. Et c’est sur ce voyage que Christian Perrissin et Tom Tirabosco ont axé leur biographie de Conrad , romancier de la mer, et plus généralement du voyage et de l’aventure.

Mai 1890. Le capitaine au long cours de la marine britannique, Josef Konrad Korzeniowski quitte Bruxelles, puis Bordeaux pour le Congo, en dépit d’un sentiment d’appréhension inhabituel chez lui…
Il part pour trois ans, mais qu’est-ce pour lui, après six années passées en Orient, ou son séjour en Australie. Il a été embauché par une compagnie belge, pour prendre le commandement d’un steamer, afin de remonter le fleuve jusqu’au Haut-Congo, une région de ténèbres…
Car là est officiellement leur mission à tous ces messagers de lumière. Au nom du roi Léopold, « tout ce qui se réalise au Congo à pour but premier le développement du territoire et l’émancipation des populations » qu’il faut sauver de leurs mœurs effroyables.
La réalité est bien sûr tout autre, il s’agit avant tout de pourvoir aux intérêts commerciaux de la compagnie via le trafic d’ivoire, et de prendre de vitesse les autres pays européens et arabes dans leur course à la colonisation, afin d’être les premiers à arracher les richesses des entrailles de ce pays…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Kongo – Le ténébreux voyage de Józef Teodor Konrad Korzeniowski »

Avant de devenir Joseph Conrad, il y avait Józef Teodor Konrad Korzeniowski. En 1890, ce marin polonais s’enfonce dans les entrailles de l’Afrique pour y commander un vapeur. Avec Kongo, Christian Perrissin et Tom Tirabosco nous livrent une exploration de ce voyage fondateur, véritable matrice du futur chef-d’œuvre Au cœur des ténèbres.

Loin du récit d’aventure exotique, l’album dissèque avec précision la décomposition des illusions. Face à la cupidité déchaînée de l’État indépendant du Congo sous Léopold II, Korzeniowski se heurte à la brutalité coloniale et à l’absurdité humaine. Le scénario de Christian Perrissin privilégie l’intime, captant avec justesse le basculement d’un homme qui, dévoré par la malaria, perd son innocence mais forge son génie littéraire.

extrait bd Kongo - Le ténébreux voyage de Józef Teodor Konrad Korzeniowski

Visuellement, l’esthétique de Tom Tirabosco est ici souveraine. Son trait au monotype, charbonneux et vibrant, sature les planches d’une moiteur presque physique. On sent la boue, l’humidité et l’ombre dévorante de la jungle qui semble s’insinuer dans chaque case. Ces contrastes de noirs profonds et de gris vaporeux ne se contentent pas d’illustrer le fleuve ; ils incarnent le tourment psychologique et l’obscurité morale de l’époque.

Cette BD est une œuvre d’une beauté sombre, idéale pour les lecteurs en quête de récits où l’histoire et la littérature se rejoignent dans un souffle puissant.

Amato (inspiré d’Ollala)

Album publié en 2009 aux Editions Futuropolis.


Librement adapté du roman de Robert Louis Stevenson Ollala publié en décembre 1885. Un récit de Denis Lapière. Peintures d’Aude Samama.

couverture bd Amato

En 1924, Hélène, qui souffre d’une maladie chronique, est envoyée par son père à Oasta pour se faire soigner. Elle reste plus d’un mois en soins et doit alors partir en convalescence dans un sanatorium. Mais la jeune femme choisit une résidence tenue par une femme et ses deux fils. Noble mais désargentée, la famille loue des chambres de sa vaste demeure…
Sensualité et mystère semblent être les maîtres mots de ce récit. Les hôtes d’Hélène forment une bien curieuse famille. La mère, autoritaire et fuyante, Mauro, le fils un peu attardé et si attentionné, Amato, le beau jeune homme, mystérieux et fantomatique, sosie parfait de son lointain ancêtre, tous semblent lui cacher un terrible secret…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Amato »

Avec Amato, Denis Lapière au scénario et Aude Samama au dessin livrent un roman graphique publié chez Futuropolis en 2009, aussi élégant que dérangeant. L’album est très librement inspiré de la nouvelle Olalla de Robert Louis Stevenson : l’équipe en conserve l’essentiel, l’angoisse et la fascination, mais inverse les rôles et pousse plus loin l’affrontement des désirs pour donner au récit une résonance plus actuelle.

Côté narration, on suit Hélène, envoyée se refaire une santé après une maladie pulmonaire, dans les Alpes italiennes, au sein d’une famille noble mais désargentée. Le décor est vite posé : un château, des non-dits, et des meurtres qui frappent la région, comme si la menace rôdait déjà dans les couloirs. Denis Lapière privilégie une montée progressive de la tension : la peur naît moins des révélations que de l’ambiance, de la sensualité trouble et de cette impression que la folie peut se loger derrière les apparences les plus séduisantes.

extrait bd Amato

Le dessin d’Aude Samama fait beaucoup pour cette sensation d’envoûtement. Couleurs presque fauves, clairs-obscurs à la bougie, gros plans qui captent l’attirance et l’angoisse : l’image serre les personnages au plus près, quitte à effacer le décor, et transforme le château en piège mental. Ce choix visuel, à la fois somptueux et oppressant, épouse parfaitement un rythme volontairement lent, tout en laissant affleurer une violence contenue.

Là où Robert Louis Stevenson, dans Olalla, raconte un amour naissant dans une maison isolée, minée par la décadence et par un héritage familial inquiétant, Amato reprend ce même point de départ pour le faire glisser vers autre chose. La BD garde l’isolement, la fascination et la menace qui s’installe, mais elle met davantage l’accent sur la tension du désir et sur l’ambiguïté des personnages. Autrement dit, Olalla est la source “gothique”, et Amato en propose une variation moderne, plus sensuelle et plus oppressante

Le Théorème Funeste

Album publié en 2019 aux Editions Tanibis.


couverture bd Le théorème funeste

Un beau jour du XVIIe siècle, le facétieux mathématicien Pierre de Fermat écrivit dans les marges d’un livre : « xn + yn = zn impossible si n > 2. J’ai trouvé une solution merveilleuse, mais la place me manque ici pour la développer. »

Un énoncé fort simple pour un théorème qui sera démontré… plus de trois siècles plus tard par le mathématicien anglais Andrew Wiles. Alexandre Kha délaisse le temps d’un court album le genre fantastique pour une approche plus documentaire, s’apparentant à son travail pour la revue Topo.

En retraçant l’histoire de ce théorème mythique, c’est une histoire des mathématiques en accéléré que nous délivre Alexandre Kha, mais c’est aussi pour lui l’occasion de relater une série de destins romanesques, une galerie de portraits de personnages en quête d’absolu, allant de l’anarchiste matheux Évariste Galois à Sophie Germain en passant par Paul Wolfskehl, que le théorème sauva du suicide.

Adoptant un trait plus épuré qu’à l’accoutumée, Alexandre Kha s’essaie à des mises en page élaborées et propose des métaphores graphiques percutantes aux concepts présentés, tout en restant parfaitement lisible.

À noter que ce récit figurera dans l’exposition permanente de la maison natale de Pierre de Fermat à Beaumont-de-Lomagne.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le théorème funeste »

Le Théorème funeste d’Alexandre Kha est une belle surprise : une bande dessinée consacrée au dernier théorème de Fermat, cette énigme mathématique qui a hanté trois siècles d’esprits brillants. Plutôt que de raconter la démonstration en elle-même, Alexandre Kha s’intéresse aux scientifiques qui l’ont poursuivie : Sophie Germain, Évariste Galois, Paul Wolfskehl. Des figures disparates unies par la même obsession.

Ce qui frappe d’abord, c’est le choix graphique radical. Alexandre Kha abandonne les styles plus classiques pour proposer un noir et blanc très épuré, presque dépouillé. Les compositions jouent sur des perspectives géométriques qui renforcent le sentiment de vertige intellectuel. Ce n’est pas de la décoration : le trait économe crée une distance affective qui correspond à la nature même du sujet.

extrait bd Le théorème funeste

Sur le plan narratif, Alexandre Kha évite le piège du résumé. Il ne nous explique pas les mathématiques. C’est sombre, parfois austère, mais d’une cohérence remarquable.

L’album ne plaira pas à tout le monde. Il demande du lecteur une certaine patience, une acceptation de ne pas avoir de résolution spectaculaire.

Le chien de Dieu (Louis-Ferdinand Céline)

Album publié en 2017 aux Editions Futuropolis.


couverture bd Le chien de Dieu

Jean Dufaux revient à ses premières amours, la littérature, avec ce récit singulier sur le destin d’un homme hors du commun, Louis-Ferdinand Céline.
À travers les moments marquants de son existence, Jean Dufaux brosse le portrait d’un homme complexe, écrivain de génie, médecin des pauvres, pamphlétaire antisémite…
Le dessin réaliste et juste de Jacques Terpant nous fait revivre un Céline humain, terriblement humain.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le chien de Dieu »

Jean Dufaux et Jacques Terpant signent avec Le Chien de Dieu une immersion crépusculaire dans l’intimité de Louis-Ferdinand Céline. Loin d’une biographie académique, cet album saisit l’écrivain en 1960, reclus dans sa villa de Meudon alors qu’il achève son ultime manuscrit, Rigodon.

L’intelligence de Jean Dufaux réside dans ce portrait en clair-obscur qui n’élude aucune contradiction. L’œuvre explore la psyché d’un homme hanté par ses démons, naviguant entre un quotidien domestique précaire auprès de Lucette et les visions d’apocalypse de son passé à Sigmaringen. Le thème de l’exil, à la fois géographique et moral, innerve chaque page, offrant une profondeur psychologique au « paria » de la littérature française.

extrait bd Le chien de Dieu

Visuellement, le travail de Jacques Terpant est exemplaire. Son trait réaliste et précis capture l’atmosphère confinée et poussiéreuse du pavillon avec une justesse quasi documentaire. La force graphique réside dans sa capacité à faire surgir l’horreur de la guerre et les hallucinations de l’écrivain au cœur du réel, grâce à une mise en couleur subtile qui accompagne magnifiquement les glissements temporels.

Cette bande dessinée donne un corps et une voix à Céline sans jamais chercher à l’excuser. Biographie de l’instant, véritable “état des lieux”, elle permet de croiser le regard de l’homme au crépuscule de sa vie.

Worm – De Fidel Castro à Donald Trump , Une odyssée contre l’autoritarisme

Album publié en 2025 aux Editions Bayard.


couverture bd Worm - De Fidel Castro à Donald Trump , Une odyssée contre l'autoritarisme


Worm désigne le vers ou la vermine. C’était le surnom que Fidel Castro utilisait pour décrire les Cubains qui cherchaient à fuir après la révolution de 1959.
Edel Rodriguez en a fait partie. Il raconte sa jeunesse sur l’île, dans les champs de canne à sucre ou à la périphérie des villes, où ses parents partent discuter pour échapper aux oreilles indiscrètes.

En images saisissantes, il nous fait vivre la privation de liberté, nous montre la fuite depuis le port de Mariel en 1980 sur des bateaux de fortune. Et tisse le parallèle entre le dictateur cubain et l’ex-président américain, Donald Trump.
Un livre majeur sur la soif de liberté et les menaces qui planent sur elle.

Une édition collector, avec en poster l’illustration du Melting Donald Trump réalisé par Edel Rodriguez pour Time.

« Ce livre est tellement bon qu’il sera probablement interdit en Floride » Chip Kidd, auteur lauréat de quatre prix Eisner

« Exaltant, immensément puissant, magnifique, Worm ouvre vraiment l’imagination et vous emporte ». Philippe Sands, avocat et auteur de Retour à Lemberg


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Worm – De Fidel Castro à Donald Trump , Une odyssée contre l’autoritarisme »

Pas encore d’avis.

Trump et l’enquête russe – Un président déchaîné

Album publié en 2020 aux Editions Goutte d’or.


Le lecteur se change en une petite souris vivant dans le bureau ovale.

couverture bd Trump et l enquête russe - Un président déchaîné

Le Washington Post a réalisé cette BD rythmée comme une saison de la série House of Cards. 
Le lecteur s’immerge au cœur de la Maison-Blanche et découvre un président des États-Unis prêt à tout pour empêcher l’investigation sur l’ingérence de la Russie dans son élection de 2016 : limoger le patron du FBI, renier son avocat personnel ou encore manipuler des faits.

Cette BD s’appuie sur une investigation hors norme. Durant deux ans, le procureur Robert S. Mueller (épaulé par 19 procureurs et 40 agents du FBI) a enquêté sur l’ingérence de la Russie dans la campagne présidentielle américaine de 2016.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Trump et l’enquête russe – Un président déchaîné »

Pas encore d’avis.

extrait bd Trump et l enquête russe - Un président déchaîné

Long Kesh : Bobby Sands et l’enfer irlandais

Album publié en 2019 aux Editions du Long Bec.


couverture bd Long Kesh : Bobby Sands et l'enfer irlandais

Avril 1981.
Depuis deux mois, Booby Sands fait la grève de la faim. Et onze autres prisonniers ont progressivement suivi son exemple.
Pourtant, il vient d’être élu député à la Chambre des communes. Accompagné de l’émissaire du pape, le cardinal O’Fiaich rend visite au jeune homme afin de le dissuader de poursuivre une action que l’Eglise juge suicidaire.
Mais Bobby campe sur ses positions et choisit de raconter à son visiteur ses cinq années dans l’enfer des H-Blocks.

En septembre 1977, en Irlande du Nord, Bobby Sands, un militant de l’IRA, est condamné à 14 ans de prison pour port d’arme illégal. Il va être incarcéré dans la prison du Maze, plus connue sous le nom de Long Kesh.
Commence alors une lutte pour les droits et la dignité qui va le mener à la mort en le 5 mai 1981, suite à une grève de la faim de 66 jours…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Long Kesh : Bobby Sands et l’enfer irlandais »

Sous le trait acéré de Stéphane HeurteauLong Kesh : Bobby Sands et l’enfer irlandais s’impose comme une œuvre de mémoire indispensable. La bande dessinée est un véritable outil documentaire sur les « Troubles ».

L’ouvrage dissèque avec une précision l’impasse politique de 1981, opposant la détermination des prisonniers de l’IRA à l’inflexibilité de Margaret Thatcher. Au-delà du destin tragique de Bobby Sands, le récit explore les enjeux de la reconnaissance du statut de prisonnier politique à travers le « Blanket protest » et la grève de la faim. Cette dimension géopolitique, étayée par une documentation solide, permet de saisir la complexité d’un conflit où le corps devient l’ultime rempart contre la déshumanisation carcérale.

Graphiquement, Stéphane Heurteau opte pour un noir et blanc nerveux d’une efficacité redoutable. Son travail sur le clair-obscur accentue la sensation de claustrophobie des H-Blocks. Les planches capturent l’épuisement des corps avec une pudeur poignante.

En mêlant séquences de fiction et dossiers documentaires, cette BD constitue une ressource précieuse pour les étudiants et passionnés d’histoire contemporaine. Une BD pour comprendre les racines et les cicatrices de la question irlandaise.

Croke Park, dimanche sanglant à Dublin

Album publié en 2020 aux Editions Delcourt.


Le 21/11/1920 à Croke Park, stade dublinois dédié aux sports gaéliques, eut lieu le premier Bloody Sunday, en représailles d’une opération au cours de laquelle le gang des apôtres de l’IRA avait exécuté 14 espions anglais du Cairo Club.
En 2007, dans ce lieu historique, les rugbymen irlandais battent les Anglais 43-13.
Le XV du Trèfle salue d’une haie d’honneur les vaincus avant que ces derniers ne leur rendent la pareille, scellant la réconciliation grâce au sport…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Croke Park, dimanche sanglant à Dublin »

Croke Park, dimanche sanglant à Dublin, écrit par Sylvain Gâche et dessiné par Richard Guérineau, paru chez Delcourt, revisite le Bloody Sunday du 21 novembre 1920 tout en le faisant résonner avec le match Irlande–Angleterre de 2007 disputé dans le même stade. En une centaine de pages, l’album parvient à conjuguer rigueur historique et tension dramatique sans jamais verser dans le didactisme pesant.

Le scénario alterne entre le massacre perpétré par les forces britanniques au cœur d’un match de football gaélique et le rendez-vous sportif de 2007, où l’enjeu symbolique dépasse largement le terrain. Sylvain Gâche montre comment un lieu de traumatisme national peut devenir, des décennies plus tard, l’espace d’une forme de réconciliation, en soulignant l’ambivalence des mémoires irlandaises face à la couronne britannique. Les personnages, souvent inspirés de témoins et de victimes réels, restent esquissés avec pudeur.

Graphiquement, Richard Guérineau adopte un trait expressif, lisible et nerveux, qui sert aussi bien la confusion de la fusillade que l’intensité émotionnelle des tribunes modernes. La palette, volontairement contenue, joue sur les contrastes entre la froideur de la violence de 1920 et la lumière des scènes de 2007. Le découpage, très maîtrisé, guide l’œil du lecteur et rend particulièrement saisissants les instants de bascule où la fête populaire se mue en massacre.

Cette bande dessinée est intéressante pour saisir les nuances de la « question irlandaise ». Elle démontre comment le souvenir du « bloody Sunday » peut nourrir une conscience nationale sans pour autant interdire l’espoir d’une fraternité future. 

Coupures irlandaises

Album publié en 2008 aux Editions Futuropolis.


couverture bd Coupures irlandaises

Pendant quelques semaines, Kris, alors jeune adolescent, a partagé la vie d’une famille catholique irlandaise, au coeur du quartier du Market, encerclé par les militaires britanniques.
Comme il le dit lui-même « prendre le Belfast des années 80 en pleine figure et à 14 ans, ça vous vaccine définitivement contre le je-m’en-foutisme, l’égoïsme, l’inconscience politique et la bêtise humaine tout simplement. »
Selon Kris, Coupures Irlandaises est l’exact contraire d’Un homme est mort. Le premier s’attache à démontrer comment une heureuse aventure peut tourner au drame alors que le second racontait comment un drame avait pu accoucher d’une formidable aventure humaine. Mais les deux récits se ressemblent dans cette même volonté de témoigner des souffrances et des injustices que des hommes infligent à d’autres hommes…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Coupures irlandaises »

Belfast, 1987. Sous le pinceau de Vincent Bailly et la plume de Kris, le traditionnel séjour linguistique vire au choc frontal avec l’Histoire. Publié chez Futuropolis, Coupures irlandaises offre une plongée viscérale dans les « Troubles » (autre nom donné au conflit) de l’Irlande du Nord.

S’appuyant sur ses propres souvenirs, Kris dépeint l’errance de deux adolescents brestois au cœur d’une ville balafrée par les murs de séparation. L’intelligence du scénario réside dans ce décalage permanent : l’insouciance de la jeunesse se heurte aux check-points et à la haine ancestrale entre communautés catholiques et protestantes. Cette focale intime permet de saisir l’absurdité d’un conflit où le politique s’insinue dans chaque recoin du quotidien.

extrait bd Coupures irlandaises

Graphiquement, Vincent Bailly livre une prestation magistrale. Son trait et ses couleurs directes à l’aquarelle restituent l’atmosphère moite et électrique de l’Ulster. Les planches, baignées de gris et de teintes délavées, ne sont pas de simples décors, elles incarnent la mélancolie d’une terre en état de siège. Ce style impressionniste soutient la tension narrative, rendant palpable l’imminence du drame.

L’œuvre s’achève sur un riche dossier documentaire final, qui replace les enjeux géopolitiques dans leur contexte historique rigoureux. Ce cahier additionnel complète la dramaturgie du récit en offrant une analyse précise des forces en présence et de l’apartheid social de l’époque. Cette dimension pédagogique fait de cet album un outil de mémoire indispensable pour appréhender la complexité d’une fracture qui marque encore aujourd’hui le paysage européen.