Auteur/autrice : Sébastien D

Le joueur d’échecs

Album publié en 2017 aux Editions Casterman.


Adapté du roman de Stefan Zweig (publié pour la première fois le 7 décembre 1942).

Les premiers pas furent un fiasco, je n’arrêtais pas de m’embrouiller, cinq, dix, vingt fois, je dus reprendre le début de la partie. Mais j’avais tout mon temps…
Moi, l’esclave du néant…


1941. Dans les salons feutrés d’un paquebot en route pour l’Argentine, le champion du monde d’échecs affronte lors d’une ultime partie un aristocrate viennois, dont l’incroyable maîtrise du jeu est née dans l’antre de la tyrannie.
Cette dénonciation poignante et désespérée de la barbarie nazie est le dernier texte écrit par Stefan Zweig avant son suicide.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le joueur d’échecs »

Publié chez Casterman en octobre 2017, Le Joueur d’échecs de David Sala constitue une adaptation de la dernière nouvelle de Stefan Zweig, écrite en 1942 juste avant le suicide de l’auteur autrichien. Cette œuvre transpose avec l’ultime cri d’alarme de Stefan Zweig contre la barbarie nazie dans l’univers de la bande dessinée contemporaine.

L’adaptation de David Sala respecte fidèlement la structure narrative complexe de Stefan Zweig, articulant la confrontation entre Czentovic, champion du monde d’échecs brutal et ignorant, et Monsieur B., aristocrate viennois dont la maîtrise exceptionnelle du jeu naît de son emprisonnement par la Gestapo. 
David Sala parvient à retranscrire la dimension psychanalytique du récit original, explorant avec finesse les mécanismes de résistance intellectuelle face à l’isolement et à la torture psychologique. La folie progressive de Monsieur B. trouve une traduction visuelle particulièrement saisissante dans les séquences où les pièces d’échecs envahissent littéralement l’espace graphique.

David Sala, formé à l’École Émile Cohl, déploie dans cette adaptation une technique d’aquarelle inspirée des maîtres viennois Gustav Klimt et Egon Schiele. Ses grands aplats de couleurs évoquent l’univers des post-impressionnistes Nabis, tandis que ses détails géométriques et floraux rappellent l’esthétique de la Sécession viennoise
Cette approche stylistique n’est pas fortuite : elle constitue un hommage délibéré à ce que les nazis qualifiaient d’« art dégénéré », transformant chaque planche en acte de résistance culturelle. La mise en page joue magistralement avec la temporalité, alternant entre de petites cases répétitives pour figurer l’obsession et de grandes compositions contemplatives.

Cette adaptation dépasse le simple exercice d’illustration pour proposer une véritable réappropriation artistique du chef-d’œuvre de de Stefan ZweigDavid Sala réussit le tour de force de traduire visuellement l’angoisse existentielle et la résistance psychologique sans trahir la subtilité du texte original. Une belle bande dessinée pour les amateurs d’adaptations littéraires et fan de Stefan Zweig.


Frankenstein

Album publié en 2021 aux Editions Glénat.


Adapté du roman de Mary Shelley (publié pour la première fois le 1 janvier 1818).

couverture bd Frankenstein

Le cauchemar d’un monstre. La folie d’un homme.

Dans ce XIXe siècle d’innovations techniques et de révolution industrielle, la littérature anglaise a produit des figures fantastiques iconiques qui sont toujours vivantes aujourd’hui.
C’est le cas du Frankenstein de Mary Shelley et de son héros au destin tragique. Un proscrit rejeté de tous et en premier lieu par celui qui le façonna. De son délire narcissique est né un être colossal et effrayant qui témoigne de sa capacité à aimer, de son besoin de se relier et qui est condamné à la solitude, à la souffrance, à l’incompréhension et au rejet.
Car cette « chose » innommable, cette monstruosité, à qui la postérité donnera le nom de son créateur, est un agglomérat de cadavres auquel Victor Frankenstein a donné la vie.

Dans la lignée de son magistral Dracula, Georges Bess signe une adaptation somptueuse du Frankenstein de Mary Shelley. On y retrouve la magie de son noir et blanc profond et élégant qui sublime la dramaturgie du récit. Une œuvre grandiose, où le trait acéré et l’encrage puissant de l’auteur expriment dans chaque case le souffle romantique de cette histoire. Celle du cauchemar d’un monstre et de la folie d’un homme. Une pépite graphique incontournable. 


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Frankenstein »

Après son adaptation remarquée de « Dracula » en 2019, Georges Bess revisite un autre monument de la littérature gothique avec « Frankenstein » de Mary Shelley. Cette œuvre de 208 pages publiée chez Glénat en 2021 est bien plus qu’une simple transposition graphique du roman original.

Fidèle à l’essence du texte de 1818, Georges Bess abandonne simplement sa forme épistolaire pour mieux servir la narration graphique. Le dessinateur excelle à retranscrire la profondeur philosophique d’une histoire qui interroge la responsabilité du créateur face à sa création et explore les frontières entre humanité et monstruosité. La solitude poignante de la créature, ses désirs d’amour et d’acceptation prennent une dimension particulièrement touchante sous le trait de l’artiste.

extrait bd Frankenstein

Graphiquement, l’album est saisissant. Son noir et blanc, son encrage dense et son trait minutieux confèrent à chaque planche une dramaturgie intense. Georges Bess compose ses pages avec un sens aigu du détail, qu’il s’agisse des paysages glacés de l’Arctique ou de l’expressivité tourmentée des personnages. Son style, à la croisée des traditions des comics américains et du réalisme européen, donne à ce récit romantique une dimension à la fois classique et intemporelle.

Cette adaptation somptueuse séduira tant les amateurs du roman original que les néophytes avides de découvrir un chef-d’œuvre gothique magnifié par un dessinateur au sommet de son art. Une pépite graphique qui redonne vie, avec respect et génie, au cauchemar d’un monstre et à la folie d’un homme.

Un travail comme un autre

Bande dessinée publiée en 2020 aux éditions Sarbacane.


D’après le roman de Virginia Reeves  publié le 24 aout 2016.

couverture bd Un travail comme un autre

Le retour d’Alex W. Inker pour un roman graphique époustouflant dans l’Amérique de Steinbeck !

Alabama, 1920, Roscoe T Martin est fasciné par cette force plus vaste que tout qui se propage avec le nouveau siècle : l’électricité.
Il s’y consacre, en fait son métier. Un travail auquel il doit pourtant renoncer lorsque Marie, sa femme, hérite de l’exploitation familiale.
Année après année, la terre les trahit.
Pour éviter la faillite, Roscoe a soudain l’idée de détourner une ligne électrique de l’Alabama Power. L’escroquerie fonctionne à merveille, jusqu’au jour où son branchement sauvage coûte la vie à un employé de la compagnie…
La cellule d’un pénitencier, la décomposition d’un mariage, la terre impitoyable…
Une fable humaniste en résonance avec les questions économiques et sociaux actuels.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Un travail comme un autre »

Adaptant le roman de Virginia Reeves, Alex W. Inker transpose l’action dans l’Alabama des années 1930 pour amplifier la portée dramatique de cette fable humaniste. L’auteur dépeint la chute tragique de Roscoe T. Martin, électricien contraint de devenir fermier, dont l’ingénieux détournement d’une ligne électrique se transforme en cauchemar judiciaire.

Alex W. Inker maîtrise parfaitement l’art de l’ellipse narrative, structurant son récit autour de dialogues minimalistes mais d’une authenticité saisissante. Le personnage de Roscoe, loin du héros traditionnel, révèle toute sa complexité humaine face aux épreuves : un anti-héros attachant broyé par un système impitoyable.

extrait bd Un travail comme un autre

L’auteur abandonne le sépia convenu des années 1930 pour une palette quasi orange fluo et bleu, inspirée des illustrés européens d’époque comme « Zig & Puce ». Cette bichromie surprenante, renforcée par un style semi-réaliste aux accents burlesques, crée une esthétique rétro singulière qui évoque subtilement l’uniforme carcéral américain.

Les cadrages variés et l’utilisation magistrale de pages muettes confèrent une dimension quasi cinématographique au récit. Cette adaptation constitue un roman graphique abouti, critique sociale percutante autant que BD visuellement remarquable.

Rémi Sans Famille

Bande dessinée publiée en 2018 aux éditions Glénat.


D’après le roman « Sans Famille » de Hector Malot publié le 19 avril 1878.

couverture bd Rémi Sans Famille

Rémi, orphelin recueilli par la douce Madame Barberin, est arraché à sa mère adoptive pour être confié au Signor Vitalis, un mystérieux musicien ambulant. À ses côtés, il va apprendre la rude vie de saltimbanque et à chanter pour gagner son pain.
Accompagné du fidèle chien Capi et du petit singe Joli-Cœur, le long voyage de Rémi à travers la France, fait de rencontres, d’amitiés et d’entraide, le mènera au secret de ses origines…

Au moyen d’une mise en scène et une esthétique riche proche d’Hugo Cabret, le réalisateur Antoine Blossier offre dans ce film une vision raffraichissante du classique d’Hector Malot.
Ce grand film familial de fin d’année avec Daniel Auteuil, Virginie Ledoyen, Jacques Perrin et Ludivine Sagnier sortira en salles le 12 décembre. Afin de prolonger l’expérience, retrouvez l’adaptation du film en BD signée Cédric Simon et Éric Stalner.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Rémi Sans Famille »

Rémi Sans Famille : quand le trait sublime l’émotion

Adaptation graphique du film éponyme (2018) inspiré du classique d’Hector Malot, « Rémi Sans Famille » signé Cédric Simon et Éric Stalner offre une relecture visuelle saisissante de cette quête identitaire intemporelle. En 56 pages denses et richement illustrées, les auteurs parviennent à capturer l’essence du récit originel.

La narration suit fidèlement l’histoire de Rémi, orphelin arraché à sa mère adoptive et confié au mystérieux Signor Vitalis, musicien ambulant qui l’initie à la vie de saltimbanque. Accompagné du fidèle chien Capi et du singe Joli-Cœur, son périple à travers la France du XIXe siècle dévoile progressivement le secret de ses origines.

extrait bd Rémi Sans Famille

L’album brille particulièrement par la maîtrise graphique d’Éric Stalner, dont le trait classique confère une remarquable profondeur aux personnages. Chaque visage incarne un caractère remarquablement défini. Les physionomies, reprenant les traits des acteurs du film, sont sublimées par les couleurs chaudes de Florence Fantini qui créent une atmosphère immersive proche de l’esthétique d' »Hugo Cabret ».

Le rythme soutenu bouscule parfois le lecteur d’une émotion à l’autre, cette contrainte n’altère en rien la densité émotionnelle de l’œuvre. La dimension universelle de ce destin dramatique et touchant reste intacte.

Une œuvre puissante qui séduira tant les amateurs du roman original que les néophytes, offrant une fenêtre esthétique somptueuse sur un classique de la littérature jeunesse française.

Pereira prétend

Album publié en 2016 aux éditions Sarbacane.


Résumé éditeur

D’après le roman d’ Antonio Tabucchi (Sostiene Pereira en italien) publiée en janvier 1994.

couverture bd Pereira prétend

Après Les Nuits de Saturne, Pierre-Henry Gomont nous emmène dans le Portugal de Salazar.

Lisbonne, Portugal, en pleine dictature salazariste, fin juillet 1938.
Dans une ville enveloppée d’un « suaire de chaleur », un journaliste vieillissant, le doutor Pereira, veuf, obèse, cardiaque et tourmenté, rédige chaque jour depuis plus de trente ans la page culturelle du quotidien très conservateur, le Lisboa.
Dans cette vie endormie, déboule un certain Francesco Monteiro Rossi… et, de façon tout à fait inattendue, Pereira l’engage. Mais le jeune pigiste, au lieu d’écrire les sages nécrologies que Pereira lui a commandées, lui remet des éloges aussi sulfureux qu’impubliables de Lorca et autres Maïakovski, ennemis avérés du régime fasciste.

Et là encore, au lieu de congédier ce dangereux collaborateur, le doutor Pereira le garde, se prend peu à peu d’amitié pour lui, puis pour sa mystérieuse et belle compagne, qui se révèle être une fervente combattante révolutionnaire, au service des républicains espagnols.

Devenue une œuvre emblématique de la résistance au totalitarisme et à la censure, Pereira prétend raconte la prise de conscience d’un homme confronté à la dictature. Ou quand un homme décide de se battre la plume au poing !

logo fnac

L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Pereira prétend »

Pierre-Henry Gomont signe avec Pereira prétend  une adaptation du roman éponyme d’Antonio Tabucchi publié en 1994. Cette bande dessinée transpose avec fidélité l’atmosphère oppressante du Portugal de Salazar de juillet 1938, où le doutor Pereira, journaliste veuf et obèse responsable de la page culturelle du quotidien conservateur Lisboa, voit sa vie bouleversée par sa rencontre avec le jeune Francesco Monteiro Rossi.

La BD excelle dans sa exploration de la prise de conscience politique progressive. Pierre-Henry Gomont matérialise les tourments intérieurs de Pereira en donnant vie à ses différentes « âmes » sous forme de petits personnages qui l’accompagnent, incarnation visuelle de la théorie de la « Confédération des âmes » évoquée dans le récit. Cette trouvaille graphique traduit avec le combat entre conformisme et résistance qui déchire le protagoniste face aux exactions du régime.

extrait bd Pereira prétend

Le trait de Pierre-Henry Gomont , vif et expressif, s’apparente aux peintures d’André Derain par sa spontanéité. Ses couleurs fortes et tranchées évoquent la chaleur lisboète avec leurs ciels azuréens et façades ocre ». La technique du halo blanc entourant chaque silhouette insuffle une énergie particulière. Cette esthétique transcrit parfaitement l’évolution du personnage, les décors se faisant plus flous dans la seconde partie pour accompagner ses transformations mentales.

Pereira prétend constitue un exemple parfait d’adaptation réussie, préservant la dimension anti-totalitaire du roman original tout en exploitant pleinement les ressources expressives du neuvième art. 

Les Voleurs de beauté

Bande dessinée publiée en 2018 aux éditions Glénat.


D’après le roman de Pascal Bruckner publié le 27 aout 1997.

couverture bd Les Voleurs de beauté

Leur jeunesse est un crime. Leur beauté, une malédiction.

Un soir d’hiver, Benjamin et sa fiancée Hélène sont pris dans une tempête de neige et trouvent refuge dans un chalet où un avocat aux allures de vieux beau vit avec sa femme et un petit homme repoussant qui leur sert d’homme-à tout-faire.
Ils sont bien accueillis, mais peu à peu, un poison se mêle au charme. Fasciné et épouvanté à la fois, Benjamin va découvrir par mégarde le secret des lieux : un boyau humide et souterrain où leur Barbe-Bleu d’hôte et ses complices enferment des êtres coupables d’un seul crime : la beauté.
Horrifié, hésitant entre l’incrédulité et la panique, Benjamin se retrouve alors pris au piège du trio monstrueux…

Philippe Thirault et le dessinateur espagnol Manuel Garcia adaptent le roman suave et cruel de Pascal Bruckner qui lui valut le prix Renaudot en 1997. Cette violente allégorie sur la jeunesse, la beauté et le sexe n’a rien perdu de son actualité à une époque obnubilée par le culte de l’apparence…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Les Voleurs de beauté »

Une Sombre Allégorie sur le Culte de la Beauté

Philippe Thirault et Manuel Garcia nous offrent avec « Les Voleurs de beauté » une adaptation saisissante du roman de Pascal Bruckner, prix Renaudot 1997. Cette œuvre graphique explore avec finesse une intrigue aussi macabre que fascinante : un jeune couple pris dans une tempête de neige trouve refuge dans un chalet isolé. Leurs hôtes cachent un terrible secret – ils emprisonnent des êtres dont le seul crime est la beauté…

La narration, construite en alternant habilement présent et flash-backs, nous plonge dans une réflexion sur notre rapport obsessionnel à l’apparence. La structure en huis-clos accentue progressivement le sentiment d’oppression, tandis que la relation entre Benjamin, personnage principal, et Mathilde, l’infirmière à qui il confie son histoire, ajoute une dimension psychologique captivante. Philippe Thirault parvient à extraire l’essence du roman pour en faire un polar fantastique qui questionne nos peurs contemporaines face au vieillissement.

extrait bd Les Voleurs de beauté

Le style graphique de Manuel Garcia, à la croisée du franco-belge classique et des pulps américains d’horreur, sert admirablement cette fable cruelle. Ses contrastes marqués et ses expressions faciales d’un réalisme saisissant créent une atmosphère pesante qui colle parfaitement aux thématiques abordées. Chaque planche transpire l’angoisse, rendant palpable la terreur des protagonistes.

Véritable allégorie sur la tyrannie de la beauté dans notre société, cette bande dessinée saura séduire les amateurs de récits psychologiques teintés d’horreur, ainsi que ceux qui apprécient les adaptations littéraires aux résonances contemporaines.

Arsène Lupin contre Sherlock Holmes – 2ème Partie

Albums publiés en 2023 aux éditions Bamboo.


Résumé éditeur

L’adaptation libre du roman « La Barre-y-va » de Maurice Leblanc publié pour la première fois en 1931.

La dernière confrontation de deux légendes. 

En Normandie, un vieil alchimiste aurait percé le secret de la transformation du plomb en or. Il n’en faut pas plus pour attirer la convoitise d’Arsène Lupin, déguisé pour l’occasion en vicomte Raoul d’Avenac.
Le mystère que renferme le manoir de la Barre-y-va a-t-il à voir avec le mascaret qui se forme deux fois par an lors des équinoxes ?
Lupin/d’Avenac mène l’enquête. Mais ce que le gentleman cambrioleur ignore, c’est que Sherlock Holmes est sur ses traces. Le célèbre détective de Baker Street tente en effet d’éliminer Lupin, après avoir tué sa fiancée, seul moyen pour lui de garder secret ce crime et sa légende intacte.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Arsène Lupin contre Sherlock Holmes – 2ème Partie »

Arsène Lupin contre Sherlock Holmes : L’ultime duel normand.

Ce second tome du diptyque de Jérôme Félix et Alain Janolle conclut brillamment la confrontation entre deux légendes littéraires dans une adaptation libre du roman « La Barre-y-va » de Maurice Leblanc. Quatre ans après la mort tragique de Raymonde, fiancée de Lupin, par la main de Holmes, leur affrontement final se cristallise autour d’un secret alchimique dans un manoir normand.

Le scénario enchevêtre habilement mystères et rebondissements, mêlant alchimie, crimes et phénomènes naturels comme le mascaret des équinoxes. Si l’intrigue peut sembler complexe, c’est justement ce qui fait sa force : comme dans un jeu d’échecs, chaque protagoniste anticipe les mouvements de l’autre. La tension dramatique monte inexorablement jusqu’à une confrontation sous la pluie magistralement mise en scène.

Graphiquement, Alain Janolle excelle dans la représentation des personnages et leurs multiples déguisements, tandis que Walter apporte une palette chromatique saisissante. Les bleus nocturnes et les verts profonds du bocage normand offrent une ambiance entre expressionnisme et mystère qui sert parfaitement le récit.

La conclusion, surprenante et audacieuse, réinvente avec intelligence la rivalité mythique entre ces deux figures. Un petit dossier documentaire sur les lieux réels ayant inspiré l’histoire complète parfaitement l’ensemble.

Une œuvre qui ravira tant les amateurs de BD policière que les aficionados des personnages de Maurice Leblanc et Conan Doyle, proposant une relecture moderne et stimulante de leur légendaire antagonisme.

24 heures de la vie d’une femme

Album publié en 2018 aux Editions Glénat.


Adapté du roman de Stefan Zweig (publié pour la première fois en 1927).

couverture bd 24 heures de la vie d'une femme

Le chef-d’œuvre de Stefan Zweig, version eighties

L’épouse d’un membre de la haute société s’enfuit avec un jeune homme qu’elle n’a rencontré qu’un jour auparavant. L’occasion pour une femme âgée de revenir sur un épisode similaire de sa vie : une journée qui avait changé le cours de son existence…
Tout le monde ou presque connaît l’intrigue de 24 heures de la vie d’une femme : ce récit d’une passion foudroyante, brève et aiguë, l’un des plus grands chefs-d’œuvre de Stefan Zweig.

Aujourd’hui, Nicolas Otero adapte en roman graphique ce grand classique de la littérature en le transposant dans le Las Vegas des années 1980.
L’auteur de Confessions d’un enragé parvient avec talent à restituer la puissance littéraire de l’œuvre originale tout en y apportant une vraie dimension cinématographique par un jeu de lumières et de cadrages très inspiré des grands cinéaste hollywoodiens de l’époque – Brian De Palma et Francis Ford Coppola en tête.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « 24 heures de la vie d’une femme »

Adapter un monument littéraire tel que « 24 heures de la vie d’une femme » de Stefan Zweig en bande dessinée relevait d’un pari audacieux. Nicolas Otéro le relève avec panache en transposant l’intrigue dans le Las Vegas des années 1980, loin de la Riviera du début du XXe siècle, tout en restant fidèle à l’œuvre originale. Ce choix de modernisation, loin d’affaiblir le propos, insuffle une énergie contemporaine à la confession d’une femme confrontée à la passion et à la transgression, dans un univers où le jeu et la tentation sont omniprésents.

Le scénario, centrée sur la remémoration d’un épisode clé par une femme âgée, conserve toute la profondeur psychologique du texte de Stefan Zweig. Nicolas Otéro excelle à traduire la complexité des personnages : la bourgeoise en quête de sens, le jeune joueur tourmenté, tous porteurs de désirs inavoués et de failles béantes. Les dialogues, incisifs, révèlent subtilement les tourments intérieurs, rendant palpable la tension entre raison et pulsion.

Graphiquement, Nicolas Otéro opte pour un style inspiré du comics américain, enrichi de jeux de lumières et de cadrages cinématographiques évoquant l’âge d’or d’Hollywood. Cette esthétique soutient l’atmosphère dramatique et sensuelle du récit, tout en rendant hommage à la pop culture des années 1980. Chaque planche capte l’effervescence de Las Vegas et la solitude des personnages, accentuant le contraste entre le décor clinquant et l’intimité du drame humain.

« 24 heures de la vie d’une femme » version Nicolas Otéro est une adaptation audacieuse et respectueuse, qui séduira tant les amateurs de littérature classique que les passionnés de romans graphiques exigeants.

Arsène Lupin contre Sherlock Holmes – 1ère Partie

Albums publiés en 2022 aux éditions Bamboo.


Résumé éditeur

L’adaptation libre du roman « La Barre-y-va » de Maurice Leblanc publié pour la première fois en 1931.

couverture bd Arsène Lupin contre Sherlock Holmes - 1ère Partie

La dernière confrontation de deux légendes. 

En Normandie, un vieil alchimiste aurait percé le secret de la transformation du plomb en or.
Il n’en faut pas plus pour attirer la convoitise d’Arsène Lupin.
Mais ce que le gentleman-cambrioleur ignore, c’est que Sherlock Holmes est sur ses traces. Les bords de Seine vont bientôt devenir le témoin de l’ultime confrontation entre Holmes et Lupin.
Et cette fois, ce sera une lutte à mort.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Arsène Lupin contre Sherlock Holmes – 1ère Partie »

Arsène Lupin contre Sherlock Holmes : Duel électrisant entre deux icônes

Dans ce premier tome du diptyque signé Jérôme Félix et Alain Janolle, la confrontation entre le gentleman cambrioleur français et le détective britannique prend une tournure dramatique et inattendue. Librement adapté du roman de Maurice Leblanc, l’album s’ouvre sur une scène puissante : Lupin, prêt à raccrocher ses gants de voleur, se retrouve face à Holmes dans un affrontement qui tourne au drame.

Le scénariste Jérôme Félix, déjà familier de l’univers de Lupin qu’il avait exploré dans « L’aiguille creuse« , transforme avec audace la rivalité historique entre ces personnages. Dans cette version, Holmes apparaît comme une némésis implacable, loin de son flegme légendaire, tandis que Lupin déploie son génie du déguisement dans une intrigue centrée sur l’alchimie et la transmutation du plomb en or.

Le trait semi-réaliste d’Alain Janolle magnifie les décors normands et les costumes d’époque avec une précision remarquable. Les couleurs de Delf subliment cette atmosphère Belle Époque, créant un écrin parfait pour ce récit de vengeance et de mystère.

Les amateurs du genre apprécieront cette relecture sombre et complexe qui, tout en respectant les codes du roman d’aventures, offre un regard neuf sur l’opposition mythique entre ces deux géants littéraires. Une première partie captivante qui laisse impatient de découvrir la conclusion de ce duel au sommet.

Espionne de la Grande Guerre – Louise de Bettignies (1880-1918) 

Album publié en 2025 aux Editions Locus Solus.


Louise de Bettignies, héroïne peu connue de la résistance, est à l’origine de la création du réseau Alice qui sauva plus de 1000 soldats britanniques pendant la première guerre mondiale.

Surnommée la Jeanne d’Arc du nord du fait de son courage exemplaire, son destin est aussi exceptionnel que tragique. Chaque tranche de vie permet de retracer les contradictions et les tourments d’une société et d’une époque (la vision des femmes, l’horreur de la guerre, la place de la religion, les inégalités sociales, la xénophobie).
Peu d’ouvrages lui ont été consacrés et la vie de Louise de Bettignies reste malheureusement largement méconnue du grand public.

Écrit comme une biographie non didactique, les auteurs adoptent un point de vue subjectif. L’ensemble des lettres est écrit à la première personne. Conjointement, les auteurs se sont glissés dans la psyché de cette figure du siècle dernier pour décrire la Grande Guerre dans une approche féminine inédite.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Espionne de la Grande Guerre – Louise de Bettignies (1880-1918) « 

La BD sortira en septembre 2025.

extrait bd Espionne de la Grande Guerre - Louise de Bettignies