Catégorie : Litterature en BD

Robinson Crusoé

Album publié en 2026 aux Editions Mosquito.


Adapté de l’œuvre de Daniel Defoe (publié la première fois en 1719). Œuvre majeure du XVIIIe siècle.

Remarquable adaptation du roman de Daniel Defoe.

Jeune Anglais assoiffe d’aventures, Robinson décide de s’embarquer à bord d’un navire.
Il apprend la dure vie de marin et affronte de nombreux dangers.
Après quelque temps passé au Brésil, il repart pour la Guinée, où il n’arrivera jamais…
Unique survivant d’un naufrage, il échoue sur une île déserte.
Il s’invente alors une vie solitaire, jusqu’au jour où débarque un jeune indigène, Vendredi…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Robinson Crusoé »

En ce début d’année 2026, les éditions poursuivent leur travail de réédition de l’œuvre de Sergio Toppi en exhumant l’adaptation qu’il consacra au roman de Daniel Defoe. Maître milanais disparu en 2012, styliste parmi les plus originaux de la bande dessinée italienne, Sergio Toppi relève ici une gageure, condenser en une cinquantaine de planches un texte de près de six cents pages, sans jamais donner l’impression de survoler le mythe du plus célèbre des naufragés.

L’intelligence de Sergio Toppi tient d’abord à ses choix de synthèse. Par des ellipses habiles, il rappelle que Robinson Crusoé eut un passé avant l’île, celui d’un fils de bonne famille anglaise happé par l’aventure, réduit en esclavage par les Maures, puis enrichi au Brésil. Fait notable, l’auteur ne dissimule pas la part trouble du personnage, marchand d’esclaves lancé dans un voyage funeste, et lui restitue une humanité souffrante plutôt qu’héroïque. Les longues années de solitude deviennent alors une méditation sur le temps, sur l’homme confronté à une nature muette, jusqu’à cette aspiration finale à la paix.

extrait Robinson Crusoé toppi

Le dessin, entièrement en noir et blanc, constitue l’attrait majeur de l’album. À la plume, Sergio Toppi couvre la page de hachures et de croisillons d’une densité décorative saisissante, détachant ses figures burinées sur des fonds vides qui accentuent l’isolement. La séquence de la tempête, d’une beauté presque funèbre, illustre cette manière de ralentir la lecture pour mieux immerger le lecteur.

Servi par la traduction de Michel Jans, l’album s’adresse aux amateurs de grande bande dessinée d’auteur. Sergio Toppi signe une relecture d’un souffle épique, autant à lire qu’à contempler.

La Passe-Miroir – Tome 1 – Les Fiancés de l’hiver

Album publié en 2026 aux Editions Gallimard.


Adapté du roman de Christelle Dabos publié le 6 juin 2013.

Le premier volume de la saga fantastique devenue culte, maintenant en bande dessinée.

Lorsque sa famille la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons, Ophélie doit tout quitter pour le suivre jusqu’à la Citacielle.
À la cour du seigneur Farouk, les apparences sont trompeuses et les intrigues parfois mortelles…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La Passe-Miroir – 1 – Les Fiancés de l’hiver »

Phénomène de la fantasy francophone, la tétralogie de Christelle Dabos connaît enfin sa transposition en bande dessinée avec Les Fiancés de l’hiver. Autrice complète, Vanyda en assure le scénario, le dessin et la couleur, relevant le défi de condenser un roman foisonnant en un seul album d’envergure.

Le récit suit Ophélie, jeune liseuse myope et maladroite qui vit sur l’Arche d’Anima, l’une des vingt et une îles flottantes nées d’une antique catastrophe. Dotée du pouvoir de lire le passé des objets et de traverser les miroirs, elle voit son existence basculer lorsque les Doyennes la fiancent de force à Thorn, héritier taciturne du clan des Dragons, sur la lointaine Arche du Pôle. Vanyda préserve la richesse psychologique du personnage : la timidité d’Ophélie, sa ténacité discrète et son apprentissage de la défiance dans une cour où l’illusion et le complot règnent en maîtres. Les thèmes chers à Christelle Dabos, l’identité dissimulée, la mémoire des objets, l’émancipation d’une héroïne que rien ne prédisposait à l’héroïsme, affleurent sans lourdeur explicative.

Le travail graphique de Vanyda constitue la grande réussite de l’album. Ses pleines pages déploient une esthétique Belle Époque soignée, opposant la chaleur domestique d’Anima à la froideur trompeuse de la Citacielle. Le souci du détail, de l’écharpe élimée aux jeux de miroirs, ancre l’univers dans le concret, tandis qu’une palette onirique porte l’émotion et le mystère. Le tempo ne faiblit jamais.

L’ensemble compose une adaptation fidèle et immersive. On la recommandera aux amateurs de fantasy, aux lecteurs de Christelle Dabos.

God Bless America

Album publié en 2026 aux Editions Sarbacane.


Adapté du roman Le Cherokee de Richard Morgiève publié le 17 janvier 2019.

couverture bd God Bless America

Parti en patrouille de nuit sur les hauts plateaux désertiques et glacés de l’Utah pour une affaire de soucoupe volante qu’auraient aperçue plusieurs témoins, le shérif Nick Corey découvre une voiture abandonnée.
En une nuit, le policier va croiser une Hudson Honet verte de 1952 qui n’a rien à faire là, un avion de chasse Sabre sans pilote et… un puma blanc.
C’est le branle-bas de combat dans le comté de Garfield. L’armée et le FBI débarquent et mettent illico la pression sur Nick, qui n’aime vraiment pas ça, et puis il lui veut quoi cet inspecteur du FBI à tourner autour de lui dans des effluves ennivrantes d’after shave ?
Corey à d’autres chats à fouetter, car se retrouve confronté au même moment à son propre passé : le tueur en série qui a assassiné ses parents et hanté son enfance, réapparaît. Corey, enquêteur hors pair, se lance à sa poursuite. Mais les cauchemars ont la dent dure et le pire est toujours à venir…



L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « God Bless America »

Sous un titre trompeusement patriotique, God Bless America adapte le roman noir Le Cherokee de Richard Morgiève. Auteur complet, Pierre-François Radice en signe le scénario et le dessin, après un précédent album consacré à Al Capone. Le résultat plonge le lecteur dans une Amérique de la guerre froide, âpre et paranoïaque.

L’action se déroule dans l’Utah, à l’automne 1954. Le shérif Nick Corey, qui rêve de tout quitter pour vivre au contact de la nature, voit son comté envahi par l’armée et le FBI après l’atterrissage d’un avion de chasse sans pilote et la disparition de sa bombe atomique. Pierre-François Radice fait s’entrelacer trois fils : une enquête militaire teintée de psychose anticommuniste, la traque du tueur en série qui a massacré les parents de Corey durant son enfance, et une histoire d’amour interdite entre le shérif et un agent fédéral. C’est là que le récit gagne en profondeur : Nick Corey doit dissimuler son homosexualité dans une Amérique puritaine, ce qui ajoute à sa solitude une charge tragique. Deuil, religion et vengeance nourrissent une noirceur que seules quelques fulgurances de tendresse viennent tempérer.

extrait bd God Bless America

Le dessin de Pierre-François Radice épouse cette atmosphère crépusculaire. Son crayonné en noir et blanc, aux dégradés de gris soigneusement dosés, restitue la poussière des hauts plateaux et le froid des nuits de patrouille. Le grand format laisse respirer les décors désolés, et l’économie de couleurs accentue le climat anxiogène.

L’ensemble compose un polar noir dense et immersif. On le recommandera aux amateurs de romans noirs américains et aux lecteurs de Richard Morgiève.

Allah n’est pas obligé

Album publié en 2026 aux Editions Dupuis.


Adapté du roman de Ahmadou Kourouma publié le 12 aout 2000.

Birahima est un garçon insolent et attachant de 8 ans vivant à Togobala, en Guinée.
À la mort de sa mère malade, il doit rejoindre sa tutrice, tante Mahan, qui prendra soin de lui.
Mais Mahan vit au Liberia, où une violente guerre civile fait rage.
Yacouba, un grand marabout et businessman charismatique doit le guider jusqu’à Mahan, mais les voyageurs sont attaqués dès qu’ils franchissent la frontière.
Pour sauver sa vie, Birahima n’a pas d’autre choix que de devenir un petit soldat. Avec sa voix forte et pleine d’ironie, Birahima raconte comment il va combattre pour les différentes milices et les mécanismes qui entretiennent ce type de conflits. 
Allah n’est pas obligé ou la voix unique et inoubliable de Birahima, enfant ballotté dans la folie de la guerre.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Allah n’est pas obligé »

Lorsque le romancier ivoirien Ahmadou Kourouma publie son roman en août 2000, c’est un choc. Couronné du prix Renaudot et du Goncourt des lycéens, ce texte habité par la voix d’un enfant-soldat semblait, à bien des égards, inadaptable. C’est à l’occasion de la sortie du film d’animation en France que paraît cette version en roman graphique aux éditions Dupuis, avec des illustrations de Zaven Najjar.
Birahima, garçon insolent et attachant d’une dizaine d’années vivant en Guinée, doit rejoindre sa tutrice au Liberia après la mort de sa mère. Mais le pays est déchiré par une violente guerre civile, et pour survivre, il n’a d’autre choix que de devenir enfant-soldat. Le roman graphique ne cherche pas à adoucir ce destin : il l’assume pleinement, avec une lucidité qui force le respect.

extrait bd Allah n'est pas obligé

Le décalage est complet et voulu : la rondeur des traits et les couleurs vives s’écartent délibérément de la grammaire visuelle attendue pour un tel sujet. Ce choix esthétique, loin d’être un contresens, amplifie le malaise. Le visage poupon de Birahima confronté aux horreurs qu’il décrit crée une tension permanente, fidèle à l’esprit d’Ahmadou Kourouma. La BD intègre davantage d’éléments du livre que le film, avec un rythme différent, permettant à la voix ironique et forte du protagoniste de pleinement résonner sur la page.

Zaven Najjar et Winczura relèvent un défi audacieux en proposant une adaptation courageuse d’une œuvre souvent considérée comme inadaptable en raison de sa complexité narrative et de sa voix littéraire unique. Ces deux œuvres (film et BD) rappellent que ces guerres, parfois présentées comme ethniques, sont avant tout économiques, alimentées par l’exploitation de ressources naturelles.
Un roman graphique exigeant, à mettre entre les mains de tout lecteur adulte ou adolescent averti prêt à regarder le monde en face, sans détourner les yeux.

Frankenstein

Album publié en 2026 aux Editions Casterman.


Adapté du roman de Mary Shelley (publié pour la première fois le 1 janvier 1818).

En adaptant magistralement l’œuvre de Mary Shelley, David Sala ne se contente pas de lui donner une sublime interprétation graphique.
S’il a choisi ce roman parmi tout ce que compte de chefs-d’œuvre la littérature, c’est qu’il y trouve une résonance particulière avec des thématiques qui lui sont chères : l’acceptation de la différence, la peur de l’inconnu, les violences faites aux minorités, la vindicte populaire… autant de sujets déjà abordés dans ses précédents albums, qu’il met ici en exergue pour faire de ce Frankenstein son album sans doute le plus personnel.
Oubliez l’idée d’un récit romantique à la langue ampoulée du XIXᵉ, Frankenstein est une œuvre terriblement moderne, qui fait directement écho aux grands défis actuels de nos sociétés.
À lire et faire lire impérativement !


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Frankenstein »

Quatre ans après Le Poids des héros, l’auteur David Sala revient avec une adaptation du roman fondateur de Mary Shelley, publié en 1818. Un défi colossal, tant l’œuvre a été galvaudée par des décennies d’adaptations cinématographiques réductrices. David Sala le relève avec une audace et une maîtrise qui forcent l’admiration.
L’auteur aborde l’histoire sous l’angle du rejet de l’autre et de la différence, donnant à la créature une dimension profondément humaine. En miroir, Victor Frankenstein apparaît distant, presque arrogant, et cette opposition structure l’ensemble, nourrissant une réflexion toujours actuelle sur l’exclusion et la peur de l’inconnu. Un personnage inédit, une jeune femme choisissant d’aider la créature rejetée, vient modifier la dynamique du récit en introduisant une possibilité d’empathie là où dominait la mise au ban.
C’est la mélancolie qui qualifie avant tout cette transposition : bien que Victor soit l’antagoniste réel du récit, on ne peut s’empêcher de ressentir une empathie pour ce personnage grotesque et déchu.

extrait bd Frankenstein par David Sala

Sur le plan graphique, David Sala stupéfie. Réalisées à la gouache, les planches témoignent d’un travail de matière et de couleur qui participe pleinement à la narration. Là où l’on attendait un univers sombre et gothique, David Sala déploie son art « pop » et poétique sans dénaturer l’œuvre originelle, pour un résultat passionnant et envoûtant. BD Gest’Les Amis de la BD
Longtemps après le livre refermé, les cases muettes et le regard de la créature hantent le lecteur. C’est précisément la marque des œuvres qui comptent.

Fille du destin

Album publié en 2026 aux éditions Le Lombard.


Résumé éditeur

D’après l’œuvre d’Isabel Allende publiée en 1998 sous le titre original Hija de la fortuna.

couverture bd Fille du destin

1832, Valparaiso, au Chili.
Eliza est abandonnée puis recueillie par les Sommers, une famille de la bonne société anglaise.
À 16 ans, elle tombe éperdument amoureuse de Joaquin, un jeune homme pauvre et entreprenant qui la quitte bientôt pour tenter sa chance à San Francisco.
Enceinte, Eliza embarque en secret sur un navire afin de le retrouver.
En Californie, c’est le temps de la ruée vers l’or. La jeune femme va découvrir un monde sans foi ni loi, peuplé de brigands, de prostituées et de voyageurs en quête de richesse…
Eliza va tenter d’y trouver son chemin et de tracer sa route vers la liberté et l’émancipation.

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Fille du destin »

Fille du destin est un roman publié par Isabel Allende, journaliste et romancière chilienne. Paula Lomas, autrice madrilène dont c’est le premier album, en signe l’adaptation en roman graphique avec une maîtrise remarquable pour une première œuvre BD..

L’histoire débute en 1832 à Valparaiso, au Chili, où un bébé abandonné est recueilli par la famille anglaise Sommers et élevée selon les codes stricts de la bonne société coloniale, aux côtés de sa nourrice mapuche Mama Fresia. Lorsqu’Eliza tombe amoureuse de Joaquin, un jeune homme pauvre qui part tenter sa chance en Californie pendant la ruée vers l’or, elle embarque clandestinement et enceinte pour le retrouver.
Ce point de départ romanesque lance un récit d’émancipation dont la force tient à ce qu’Eliza découvre peu à peu : ce qu’elle cherche n’est peut-être pas celui qu’elle croit. Travestie en homme pour survivre dans un univers sexiste et raciste, elle enchaîne les métiers, pianiste, écrivaine publique, infirmière, et sillonne des territoires américains où les Latinos ne sont guère les bienvenus. Les rencontres, notamment avec Tao, un médecin chinois, donnent à sa quête une dimension inattendue.

extrait bd Fille du destin

Paula Lomas, travaillant à l’origine dans l’illustration et l’animation, apporte à l’album une énergie et un dynamisme graphiques qui donnent beaucoup de relief aux grandes étendues américaines, aux paysages de cactus et aux scènes de foule des camps de chercheurs d’or. Son dessin immersif, aux couleurs chaudes et lumineuses, restitue avec efficacité l’ambiance de la Conquête de l’Ouest sans en édulcorer la violence et la rudesse.

Roman graphique d’aventure, Fille du destin s’adresse aux lecteurs dès 15 ans sensibles aux récits d’émancipation féministe portés par une héroïne qui choisit de tracer sa propre voie plutôt que de subir celle que l’époque lui réserve.

Barrio negro

Album publié en 2026 aux éditions Dargaud.


Résumé éditeur

D’après le roman Quartier nègre de George Simenon publiée le 10 novembre 1935.

couverture bd Barrio negro

Un jeune couple, Germaine et Joseph, se marie à Amiens. Ils sont nés dans la même rue, se sont toujours aimés. Elle a un bon poste à l’administration des Téléphones, dans le service dirigé par son père. Lui sort d’une école d’ingénieur, grâce aux quelques économies de sa mère.
Sauf qu’il n’y a pas de travail pour lui en France. Alors ils partent. Joseph a accepté la place de directeur de la Société Anonyme des Mines de l’Équateur, la SAME.
Quinze jours de traversée et ils accostent à Panama, en attente d’une lettre de crédit pour rejoindre Guayaquil.
Cette lettre n’arrivera pas. L’entreprise est en faillite. Le voyage s’arrête là.
À Panama, avec ses codes, ses castes, les Européens et les Américains blonds d’un côté, et les communautés africaine et antillaise venues construire le canal, de l’autre, dans le barrio negro.
Germaine retrouve les réflexes de sa classe : grande efficacité pour s’intégrer là où il faut, et mépris affiché pour celui qui ne respecte pas les convenances.
C’est-à-dire Joseph. Joseph qui ne trouve pas de solutions, s’oublie dans l’alcool, accepte des métiers déshonorants, « fréquente les indigènes » et, peut-être le pire de tout, ne s’en cache pas.

José-Louis Bocquet poursuit les adaptations des « romans durs » de Simenon et réalise ici un travail d’orfèvre en détaillant la déliquescence d’un couple dans ce milieu colon des années 1930. À la finesse du texte, répond celle du dessin de Javi Rey qui, en quelques traits, fait passer l’amertume sur les visages et l’atmosphère de l’Amérique centrale.

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Barrio negro »

Cinquième tome de la collection « Simenon, les romans durs » chez Dargaud, cet album adapte Quartier nègre, publié par George Simenon en 1935, après un séjour à Panama. José-Louis Bocquet et Javi Rey ont choisi de conserver le titre en espagnol, Barrio Negro, dont la sonorité apparaît plus douce. José-Louis Bocquet poursuit ainsi les adaptations des « romans durs » de Simenon, après Le Passager du Polarlys et La Maison du canal.
Germaine et Joseph, jeunes mariés français, partent pour l’Équateur où un poste prometteur attend Joseph. Elle vient d’un milieu aisé, lui d’un milieu modeste. Le voyage s’arrête à Panama : l’entreprise est en faillite. Germaine retrouve les réflexes de sa classe et s’intègre là où il faut, tandis que Joseph s’oublie dans l’alcool, accepte des métiers déshonorants et fréquente les habitants du barrio negro sans s’en cacher.
Ce que réussit José-Louis Bocquet, c’est de mettre en lumière, à travers ce couple en déroute, toute la mécanique sociale du Panama colonial des années 1930 : les Européens et les Américains blonds d’un côté, les communautés africaines et antillaises venues construire le canal de l’autre, entre elles peu d’échanges, ou des échanges biaisés. À travers le destin de deux protagonistes qu’en fin de compte tout oppose, l’album montre comment les préjugés de classe et de race peuvent pousser deux individus du même milieu dans des situations totalement différentes.

extrait bd Barrio negro

Javi Rey entretient un lien ancien avec ce roman, découvert dans sa vingtaine dans une traduction espagnole et qui l’a marqué durablement. Son dessin élégant et expressif restitue à la fois la moiteur tropicale, la tension psychologique et la fragilité des personnages, avec des couleurs chaudes mais comme atténuées par un voile.
Une adaptation destinée aux lecteurs de George Simenon autant qu’à ceux qui découvrent ses romans par la bande dessinée, et n’en ressortiront pas indemnes…

Juste après la vague

Album publié aux éditions Rue de Sèvres en 2026.


Adapté du roman de Sandrine Collette paru le 18 janvier 2018.

couverture bd bd Juste après la vague

Une vague géante déferle sur le monde et engloutit tout sur son passage. Le monde que connaissait Louie et sa famille a disparu, mais eux ont survécu.
Du haut de leur colline devenue îlot, leur quotidien est étrangement tranquille et bien réglé : maman prépare le café, les enfants se lèvent grâce à la délicieuse odeur des tartines grillées, papa récolte les oeufs frais du matin tandis que la mer, elle, monte chaque jour un peu plus.
Les parents n’ont d’autres choix que de faire face à la montée des eaux. Seulement, il n’y a pas assez de place dans la barque.
Quels enfants laisser derrière ? Sera-t-il possible de revenir les chercher ? Seront-ils capables de survivre jusque-là ?


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Juste après la vague »

Auteur complet, Dominique Monféry porte à la bande dessinée Juste après la vague, roman post-apocalyptique de Sandrine Collette, romancière surtout connue pour ses polars. Il en assure le scénario, le dessin et la couleur, après avoir déjà adapté chez le même éditeur des œuvres de Henri Troyat et de Pierre Lemaître.

Le point de départ tient en un dilemme glaçant. Un volcan s’est effondré, une vague a englouti le monde, et une famille de onze personnes survit sur une colline devenue îlot. Lorsque la montée des eaux impose de fuir vers les Terres Hautes, la barque ne peut embarquer que huit passagers : trois enfants devront rester, avec la promesse d’un retour.
Dominique Monféry fait le choix décisif d’adopter le regard des enfants abandonnés. La catastrophe reste en arrière-plan, au profit de l’attente, de la peur diffuse et de l’incompréhension devant les décisions des adultes. Le récit alterne l’île et la barque, deux arcs qui s’éclairent l’un l’autre et interrogent la responsabilité, le sacrifice et l’irréversible, à hauteur d’enfance. Le petit Louie, dont les cauchemars ponctuent le livre, incarne cette angoisse muette.

Le travail graphique de Dominique Monféry porte l’émotion. Sa couleur à l’aquarelle, ses vastes espaces vides et sa mer omniprésente installent un silence pesant que rompent les tempêtes, magistrales même lorsque le chaos brouille volontairement quelques cases. Les décors soignés et les visages expressifs ancrent le drame dans une sensibilité constante.

L’ensemble compose une adaptation intense et sensible, portée par un artiste au sommet de son art visuel. On la recommandera aux amateurs de récits post-apocalyptiques intimes et aux lecteurs de Sandrine Collette curieux de cette relecture graphique.

Sucre Noir

Album publié aux éditions Le Lombard en 2026.


Adapté du roman de Miguel Bonnefoy paru le 16 aout 2017.

Dans un petit village des Caraïbes, où la légende d’un trésor disparu vient bouleverser l’existence de la famille Otero, les explorateurs se succèdent. Tous sont à la recherche du butin du capitaine Henry Morgan. Et tous vont croiser le chemin de Serena Otero, l’héritière de la plantation de cannes à sucre qui rêve à d’autres horizons, ainsi que celui de sa fille, Eva Fuego.

Au fil des ans, tandis que la propriété familiale prospère, qu’elle distille alors le meilleur rhum de la région, chacun cherche le trésor qui donnera un sens à sa vie.

Et si le véritable trésor n’était pas celui qu’ils croyaient ?

Avec cette adaptation du roman de Miguel Bonnefoy, Ricard Efa et Virginie Ollagnier nous transportent dans un récit transgénérationnel empreint de réalisme magique qui fait la part belle aux femmes de la famille Otero, véritables héroïnes de ce récit.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Sucre Noir »

Publié en janvier 2026 au Lombard, Sucre Noir est l’adaptation du roman de Miguel Bonnefoy, écrivain franco-vénézuélien dont le dernier livre Le rêve du jaguar a reçu le Prix Fémina 2024. La scénariste Virginie Ollagnier, elle-même romancière, retrouve le dessinateur Ricard Efa après leur collaboration sur la série Kia Ora chez Vents d’Ouest.
Au tournant du XXe siècle, dans un petit village reculé des Caraïbes, la légende veut que le trésor du pirate Henry Morgan soit caché quelque part sur les terres de la famille Otero. Serena, l’héritière de la plantation de canne à sucre, rêve d’autre chose que de chercheurs d’or. Virginie Ollagnier et Ricard Efa nous transportent dans un récit transgénérationnel empreint de réalisme magique qui fait la part belle aux femmes de la famille Otero, véritables héroïnes de ce récit.
Virginie Ollagnier structure le récit en s’attardant sur certains événements clés, puis en faisant des ellipses de plusieurs années. Le lecteur suit sans peine l’évolution de l’histoire et reconstitue ce qui s’est joué dans les intervalles, suggéré avec finesse dans les séquences suivantes. Les thèmes du capitalisme naissant, de la place des femmes et de l’émancipation sociale traversent l’album avec une discrétion qui leur donne du poids.

extrait bd Sucre Noir

Sur le plan graphique, Ricard Efa, de son vrai nom Ricard Fernandez, place la couleur au centre de son travail : « Tout le poids des émotions et des sentiments est dans les propos des personnages, donc à travers les couleurs, à travers l’intensité des lumières« . Le résultat est une palette chaude et contrastée, qui restitue à la fois la luxuriance des Caraïbes et la noirceur des destins qui s’y jouent.
Une BD singulière, riche et élégante, qui mêle avec finesse chronique familiale et parabole sociale. Un album pour les lecteurs sensibles aux grandes fresques humaines portées par des femmes qui refusent que leur vie soit déjà écrite.

Rosa – Tome 02 – Les hommes

Album publié en 2015 aux Editions Glénat.


Adapté du roman Histoire de Rosa qui tint le monde dans sa main de Bernard Ollivier publié le 3 janvier 2013.

couverture bd Rosa - Tome 02 - Les hommes

Femme libérée. 
Rosa est dans la tourmente. Suite au pari qu’elle a conclu avec les « hommes », le curé lui a interdit l’accès à la messe. Pour sauver son âme, va-t-elle être obligé d’annuler le concours ?
Mais comment va faire son pauvre Mathieu, sans l’argent pour payer le sanatorium ?
Après enquête, Rosa découvre que cela fait en réalité suite aux manigances de Séna, piqué dans son orgueil.
Bien décidée à ne pas se laisser faire, Rosa peut compter sur les bonnes âmes du village pour lui venir en aide. Elle est surtout prête à se montrer aussi impitoyable que Séna.

À la fois chronique rurale truculente et portrait d’une femme émancipée au début du XXe siècle, Rosa est un chef-d’œuvre intimiste nous présentant une galerie de personnages criants de vérité et forts en gueule.
Jusqu’ici habitué aux récits historiques, François Dermaut y signe, avec la conclusion de ce diptyque, un véritable aboutissement artistique.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Rosa – Tome 02 – Les hommes »

Rosa – Tome 02 – Les hommes, adaptation graphique du roman de Bernard Ollivier par François Dermaut, constitue l’aboutissement magistral d’un diptyque consacré à l’émancipation féminine en Normandie au début du XXe siècle. Le tome explore les conséquences du pari originel avec une finesse narrative remarquable.

Confrontée à l’excommunication provoquée par les machinations du riche Sena, Rosa découvre les rouages du pouvoir et l’hypocrisie institutionnelle. François Dermaut peint une chronique villageoise truculente où chaque personnage possède une épaisseur psychologique distincte. Le récit montre comment Rosa s’affranchit progressivement des conventions sociales, conquérant son indépendance et son pouvoir d’agir face aux hommes qui tentent de la contrôler.

extrait bd Rosa - Tome 02 - Les hommes

Graphiquement, le diptyque représente peut être l’apothéose artistique de François Dermaut. Son aquarelle rehaussée de crayons confère une chaleur lumineuse aux paysages normands. Son trait réaliste capture avec élégance l’intériorité des personnages.

Cette œuvre adresse un hommage poignant à la résilience féminine, offrant aux lectrices un portrait d’émancipation progressive, authentique et dépourvu de sensationnalisme. Une œuvre majeure de la BD.