Catégorie : Litterature en BD

Jacquou le Croquant

Bande dessinée publiée en 2015 aux éditions Glénat.


D’après le roman d’Eugène Le Roy publié le 15 mars 1899 (titre original : La Forêt Barade).

Un symbole intemporel de la lutte contre les injustices

couverture bd Jacquou le Croquant

En 1815, Jacquou naît à Comberges, pauvre métairie dépendante du château de l’Herm. Son père, qui travaille pour le comte de Nansac, meurt au bagne, condamné pour un meurtre qu’il n’a pas commis.

En exil, sa mère succombe à son tour des suites d’une existence trop rude. À l’âge de neuf ans, Jacquou devient orphelin.

Seul au monde, il erre de village en village jusqu’à être recueilli par le curé de Fanlac. Grâce à lui, Jacquou s’en sortira, mais il n’oubliera jamais le sort de ses parents.

En grandissant, il apprendra à transformer son désir de vengeance en un combat contre les injustices et à faire payer le cynique comte de Nansac.

Dans la lignée de La Guerre des boutons et de Poil de carotte, Christophe Lemoine et Cécile entreprennent d’adapter un nouveau classique de la littérature française afin de le faire découvrir aux plus jeunes.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Jacquou le Croquant »

Dans les méandres du Périgord du XIXe siècle, « Jacquou le Croquant » émerge comme une œuvre graphique remarquable qui porte la patte délicate et pourtant expressive de Cécile. L’adaptation par Christophe Lemoine et Cécile du roman d’Eugène Le Roy, bien que destinée à un public jeune, ne manque pas de susciter l’intérêt des adultes par son écho vibrant aux luttes sociales intemporelles.

L’album s’ouvre sur des paysages dessinés avec une tendresse presque tangible, où le trait rond et généreux de Cécile invite à l’empathie. La colorisation de Mariacristina Federico apporte une profondeur sensorielle aux pages, établissant des atmosphères qui oscillent entre la douceur des souvenirs et la rugosité des injustices sociales.

extrait bd Jacquou le Croquant

Cependant, cette douceur visuelle contraste par moments avec la rudesse des événements narrés, créant un décalage presque poétique qui pourrait déconcerter le lecteur en quête de cohérence stylistique.

Le scénario de Lemoine fait preuve d’une fidélité louable à l’œuvre originale tout en l’adaptant avec sensibilité pour un lectorat moderne. La quête de justice de Jacquou est présentée non pas comme une vendetta personnelle, mais comme un élan vers l’équité, un thème universel qui résonne encore aujourd’hui. Cette transposition d’une lutte historique en une forme accessible aux jeunes générations est l’une des forces majeures de cette adaptation.

« Jacquou le Croquant » est une œuvre qui mérite l’attention pour son traitement graphique et narratif des thèmes de la justice et de la résilience. L’ensemble forme une bande dessinée chaleureuse et engageante, reflet d’une époque révolue mais dont les échos résonnent encore dans notre conscience collective.

Le Horla

Bande dessinée publiée en 2014 aux éditions Rue de Sèvres.


D’après le roman de Guy de Maupassant publié le 26 octobre 1886.

couverture bd le horla

Le narrateur mène une vie tranquille dans sa maison au bord de la Seine, lorsque d’étranges phénomènes commencent à se produire.

Quelqu’un boit la carafe d’eau sur sa table de nuit, des objets disparaissent ou se brisent, une fleur est cueillie par une main invisible…

Peu à peu, le narrateur acquiert la certitude qu’un être surnaturel et immatériel vit chez lui, se nourrissant de ses provisions.

Pis encore, cet être, qu’il baptise le Horla, a tout pouvoir sur lui, un pouvoir grandissant… Du Horla ou de l’homme, l’un des deux doit périr.

Le Horla, comme les contes fantastiques écrits par Maupassant à la fin de sa vie, alors qu’il sombrait dans la folie, joue délicieusement avec nos nerfs en traitant de thèmes très actuels comme l’angoisse, la hantise du suicide et la peur de l’invisible.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le Horla »

« Le Horla » par Guillaume Sorel se présente comme un jalon notable, marquant de son empreinte le territoire souvent périlleux de la transmutation d’une œuvre littéraire en dessins et en couleurs.

C’est avec une main à la fois respectueuse et audacieuse que Sorel s’empare du texte de Maupassant, nous invitant à redécouvrir cette nouvelle fantastique à travers un prisme visuel qui déborde de sensibilité et d’innovation.

Lorsque l’on tourne les pages de cette bande dessinée, on est immédiatement frappé par l’éloquence du silence, par cette capacité qu’a Sorel de narrer sans mots, ou avec si peu, l’intériorité tourmentée du protagoniste.

L’artiste, en véritable ventriloque des émotions, fait naître une symphonie de couleurs et de formes qui traduit avec brio la montée en crescendo de l’angoisse et de la folie. Les choix chromatiques, tantôt apaisés en teintes pastel, tantôt alarmants en rouges et jaunes orangés, orchestrent une danse visuelle qui reflète la lutte intime du personnage contre un ennemi invisible.

extrait bd le horla

Certains puristes pourraient arguer que le medium de la bande dessinée, malgré toute sa splendeur graphique, peine à encapsuler la subtilité et la profondeur psychologique de la prose de Maupassant. L’introduction d’un chat, qui n’existe pas dans le texte originel, est symptomatique des libertés prises par Sorel. Pour certains, cela pourrait apparaître comme un écart injustifié, tandis que pour d’autres, c’est une incarnation métaphorique réussie, un guide silencieux dans ce labyrinthe de terreur psychologique.

« Le Horla » de Sorel s’impose non seulement comme une œuvre d’art graphique, mais aussi comme une réflexion sur la nature même de l’adaptation. C’est une invitation à redécouvrir Maupassant, à le sentir et le vivre différemment.

Bonjour tristesse

Bande dessinée publiée en 2018 aux éditions Rue de Sèvres.


D’après le roman de Françoise Sagan publié en 1954.

couverture bd Bonjour tristesse

1954, Cécile, lycéenne parisienne passe l’été de ses dix-sept ans dans une villa avec son père Raymond, veuf, et Elsa, la maîtresse de ce dernier.

Cécile et son père ont une relation fusionnelle, faite de plaisirs et d’insouciance. Cécile connaitra ses premières étreintes avec Cyril. L’ambiance change quand Raymond annonce l’arrivée d’Anne, une amie.

Différente d’Elsa et Cécile, Anne est une femme stricte et moralisatrice, elle apprécie la culture, les bonnes manières et l’intelligence.

Dès son arrivée, un combat subtil commence entre les trois femmes. Elsa tente de maintenir la relation avec Raymond, qui est aussi attiré par Anne.

Quant à Cécile, elle craint de perdre la complicité qui la lie à son père, ainsi que leurs libertés. Comment écarter la menace ? Dans la pinède embrasée, un jeu cruel se prépare…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Bonjour tristesse »

Dans l’océan parfois statique de la bande dessinée d’adaptation, « Bonjour Tristesse » de Frédéric Rébéna surgit comme une vague rafraîchissante qui, fidèlement à l’esprit de Françoise Sagan, offre une nouvelle lecture tout en respectant l’essence de l’œuvre originale.

Rébéna saisit avec habileté le parfum de l’époque, cette Côte d’Azur des années cinquante, où l’insouciance se mêle à la mélancolie des sentiments éphémères. Son coup de crayon, épuré et vif, confère aux personnages une élégance graphique qui transcende leurs actions, parfois cruelles. L’utilisation des couleurs primaires, rappelant le style Pop Art, injecte une vitalité et un dynamisme qui contrastent avec la tristesse sous-jacente de l’histoire.

extrait bd Bonjour tristesse

L’adaptation est audacieuse : elle conserve le texte de Sagan tout en y apportant les nuances nécessaires à la compréhension des non-initiés. Cependant, certaines libertés prises avec le langage, bien que minimes, introduisent une distance avec le style de l’auteure, que les puristes pourraient juger de superficielle. Néanmoins, ces écarts sont le prix à payer pour une œuvre qui se veut accessible et actuelle.

Les scènes clefs sont retranscrites avec une précision qui révèle une compréhension profonde du texte source. Les dilemmes et les jeux cruels entre les personnages sont illustrés avec une intensité qui capte l’attention du lecteur, le conduisant à s’interroger sur la nature des relations humaines et le poids des apparences.

Cécile, personnage central, est à la fois le reflet et le contrepoint de la jeunesse de son époque. Rébéna la dessine avec un mélange de fragilité et de détermination, capturant la complexité d’une âme partagée entre l’insouciance de la jeunesse et la gravité de l’entrée dans le monde adulte.

Cette bande dessinée est une réussite qui offre à la fois un hommage et une renaissance à l’œuvre de Sagan. Elle se lit comme un roman graphique indépendant, tout en invitant ceux qui le découvrent à plonger dans le texte originel. C’est une preuve éloquente que le neuvième art peut enrichir et revitaliser la littérature, en y apportant une dimension visuelle qui interpelle et séduit.

L’amant

Bande dessinée publiée en 2020 aux éditions Rue de Sèvres.


D’après le roman de Marguerite Duras publié le 4 septembre 1984.

couverture bd l'amant

La narratrice, c’est l’auteure elle-même. Elle a 15 ans et vit en Indochine avec sa mère, veuve, et ses deux frères.

Pensionnaire dans un lycée pour étudier les mathématiques, elle ne rêve que de devenir écrivain.

Sur le bac qui traverse le fleuve séparant son lycée de sa pension, elle fait la connaissance d’un riche Chinois.

Ils tombent éperdument amoureux et s’engagent dans une relation régie par l’amour et l’argent qui durera un an et demi. Ils se voient régulièrement et ce premier amour fort mais ambigu impose à la jeune fille de faire face à la honte, la peur, la jalousie, et de parvenir à trouver sa place au sein d’une famille où il est difficile de s’affirmer.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « L’amant »

la bande dessinée « L’Amant » de Kan Takahama mérite une attention particulière, non seulement pour son sujet mais aussi pour la grâce avec laquelle l’illustratrice parvient à capturer la quintessence du roman emblématique de Marguerite Duras.

Ce que Takahama offre dans cette œuvre n’est pas une simple réplique graphique du texte de Duras, mais une interprétation visuelle qui dialogue avec lui. Le trait de Takahama est à la fois délicat et expressif, capable de saisir la chaleur, la sensualité et le drame d’une Indochine française rendue avec une palette de couleurs qui évoque la nostalgie et la douceur des souvenirs.

extrait bd l'amant

Les illustrations se suffisent souvent à elles-mêmes, laissant les images porter le poids narratif même en l’absence de texte, et comment les expressions des personnages transmettent avec une intensité remarquable les émotions complexes du récit.

Le pari de transposer un roman si riche en nuances en une série d’images fixes pourrait sembler audacieux, mais il apparaît que Takahama a su relever ce défi avec brio. L’adaptation reste fidèle à l’esprit de l’original tout en apportant une perspective fraîche et contemporaine.

Il est à noter que cette bande dessinée n’est pas seulement une porte d’entrée vers l’univers de Duras pour les néophytes, mais offre également aux connaisseurs une nouvelle manière de se rapporter au texte. Il est recommandé, après la lecture de cette adaptation graphique, de se plonger ou de se replonger dans le roman original pour en apprécier pleinement la profondeur et la subtilité.

« L’Amant » en bande dessinée est une invitation à redécouvrir Marguerite Duras à travers le prisme de l’art séquentiel, une fusion réussie entre deux formes d’art qui enrichit l’expérience de l’histoire d’une romance aussi complexe qu’intemporelle.

Couleurs de l’incendie

Bande dessinée « Couleurs de l’incendie » publiée en 2019 aux éditions Rue de Sèvres.


D’après le roman de Pierre Lemaitre publié en 2018.

couverture bd Couleurs de l'incendie

Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt.

Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement.

Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.

Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie.

Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui vont ravager l’Europe.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Couleurs de l’incendie »

Dans le sombre théâtre de l’entre-deux-guerres, « Couleurs de l’incendie » de Christian De Metter déploie ses planches telles des actes d’une tragédie moderne, où la vengeance se dessine en traits épais et couleurs crépusculaires. Comme arrachés aux pages d’un roman de Pierre Lemaitre, ces dessins sont des fenêtres sur l’âme tourmentée de Madeleine Péricourt, héroïne prise dans les flammes de la trahison et de la perte.

Le style graphique de De Metter est une ode à la précision, un équilibre délicat entre l’expressivité brute et le détail minutieux, comme pour rappeler que dans le grand chaos de l’Histoire, l’individu résiste par la force de son visage, par le poids de son silence. Si par moments, le dynamisme semble céder sous le poids de l’atmosphère oppressante, c’est pour mieux capturer la stagnation d’une époque où l’horizon est bouché par les fumées de l’incendie économique et social.

extrait bd Couleurs de l'incendie

Il y a une maîtrise remarquable dans l’adaptation des teintes qui, loin de n’être qu’une palette de gris, jouent sur les contrastes pour révéler la lumière dans l’obscurité, l’espoir dans le désespoir. Chaque planche est un coup de pinceau sur la toile de la vengeance, orchestrant la montée en puissance d’une femme qui, dans le silence de sa lutte, devient le cri de son époque.

De Metter, en portraitiste du 9e art, offre près de 170 pages d’une histoire qui, tout en rendant hommage à son prédécesseur « Au revoir là-haut », s’en émancipe pour trouver sa propre voix, sa propre couleur, dans les cendres de l’incendie. C’est ainsi que « Couleurs de l’incendie » s’affirme comme une œuvre majeure, un miroir des abysses de l’âme humaine, et une réflexion sur la capacité de l’art à capturer la complexité d’un monde en feu.

A la recherche du temps perdu – Un amour de Swann – Seconde partie

Bande dessinée « A la recherche du temps perdu – Un amour de Swann – Seconde partie » publiée en 2008 aux éditions Delcourt.


D’après le roman de Marcel Proust publié en 1913.

couverture bd A la recherche du temps perdu - Un amour de Swann - Seconde partie

Depuis qu’Odette l’a renvoyé un soir de bonne heure, Swann est pris de violents sentiments mêlés de jalousie et de souffrance.

Il poursuit néanmoins sa vie mondaine, s’attirant ainsi les foudres des Verdurin qui l’évincent du petit clan ».

Dès lors, Odette prétexte de nouvelles obligations au grand désarroi de Swann, animé par la peur de voir lui échapper cette femme qui n’est pourtant « pas son genre ». »


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « A la recherche du temps perdu – Un amour de Swann – Seconde partie »

Stéphane Heuet s’empare de nouveau de l’univers proustien. « Un amour de Swann – Seconde partie » se dérobe sous les atours de la bande dessinée, dévoilant une Proust accessible, mais controversée.

Si l’initiative d’Heuet démocratise l’œuvre, la transposition du texte, dense et alambiqué, dans les bulles et les vignettes, éveille une dissonance entre le rythme de la lecture et celui de l’œil. Historiquement fiables, les illustrations étriquent cependant l’imaginaire, clôturant les possibles qu’une prose aussi riche que celle de Proust tend à infiniment ouvrir.

Cette adaptation graphique est un pont entre deux arts, mais peut-être au prix d’une essence littéraire qui ne vit que par la liberté des mots à peindre des mondes dans la conscience du lecteur.

A la recherche du temps perdu – Un amour de Swann – Première partie

Bande dessinée « A la recherche du temps perdu – Un amour de Swann – Première partie » publiée en 2008 aux éditions Delcourt.


D’après le roman de Marcel Proust publié en 1913.

couverture bd A la recherche du temps perdu - Un amour de Swann - Première partie

En homme de la haute société, Swann fréquente les salons mondains de la fin du XIXe siècle.

Lorsqu’il rencontre Odette de Crécy, il n’éprouve aucune attirance pour cette jeune femme, frivole et superficielle, à la conversation dépourvue d’intérêt.

Pourtant, Swann se surprend à nourrir d’étranges sentiments pour elle lorsqu’un soir il la recherche, en vain, dans les bars et restaurants de la capitale.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « A la recherche du temps perdu – Un amour de Swann – Première partie »


Dans la transposition graphique de Stéphane Heuet, « À la recherche du temps perdu – Un amour de Swann – Première partie« , l’essence proustienne se matérialise dans un éclat visuel. Heuet, tel un alchimiste de l’illustration, capte avec adresse le faste et l’ornementation de la fin de siècle, en résonance avec la prose délicate de Proust.

Cependant, en franchissant la barrière de l’écrit à l’image, les personnages gagnent en couleur mais perdent une nuance de complexité, flirtant parfois avec la caricature. Cette adaptation, bien que fidèle dans l’esprit, invite à un dialogue entre l’imaginaire du lecteur et l’interprétation de l’artiste, offrant une nouvelle porte d’entrée vers le grand œuvre proustien.

A la recherche du temps perdu – A l’ombre des jeunes filles en fleurs

Bande dessinée « A la recherche du temps perdu – A l’ombre des jeunes filles en fleurs » publiée en 2021 aux éditions Delcourt.


D’après le roman de Marcel Proust publié en 1919.

couverture bd A la recherche du temps perdu - A l'ombre des jeunes filles en fleurs

À l’ombre des jeunes filles en fleurs, prix Goncourt 1919, évoque, sur fond d’Histoire (menace de Guerre, affaire Dreyfus…), la découverte du théâtre par le narrateur et sa rencontre avec l’écrivain Bergotte puis le peintre Elstir.

C’est enfin son initiation à l’amour, à Paris avec Gilberte, puis à Balbec avec la petite bande des jeunes filles, et surtout Albertine dont il tombe amoureux…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « A la recherche du temps perdu – A l’ombre des jeunes filles en fleurs »

L’adaptation en bande dessinée de « À l’ombre des jeunes filles en fleurs » par Stéphane Heuet est un objet culturel fascinant qui soulève la question délicate de la transposition d’un texte littéraire canonique dans un médium visuel.

L’ambition de Heuet est à la fois louable et audacieuse, tenant dans sa tentative de condenser la richesse et la complexité proustienne dans des cases et des bulles. Ce geste artistique est un pari sur la capacité de la bande dessinée à véhiculer la profondeur narrative et émotionnelle de l’œuvre originale.

Là où Proust peint avec des mots, Heuet tente de le faire avec des pinceaux et des crayons. La démarche est risquée : là où les mots de Proust s’étalent sur des pages entières pour décrire un simple moment, une image doit capturer cette même essence en un seul regard. Le résultat est une œuvre qui peut paraître simplifiée à ceux qui ont arpenté les méandres textuels de « La Recherche », mais qui offre une porte d’entrée visuelle à ceux intimidés par l’ampleur du texte original.

La bande dessinée de Heuet ne prétend pas remplacer « À l’ombre des jeunes filles en fleurs« , mais se pose plutôt comme un hommage, une interprétation visuelle qui cherche à éveiller la curiosité pour l’œuvre de Proust.

A la recherche du temps perdu – Combray

Bande dessinée « A la recherche du temps perdu – Combray » publiée en 2022 aux éditions Delcourt.


D’après le roman de Marcel Proust publié en 1913.

couverture bd A la recherche du temps perdu - Combray

Réédition anniversaire du premier tome de la célèbre adaptation du chef d’œuvre de Proust en bande dessinée.

Une édition à la fabrication luxueuse, revue et augmentée, qui célèbre les 100 ans de la mort de l’écrivain.

Transporté dans le temps grâce à la « rencontre » d’un objet – la célèbre madeleine -, le narrateur se remémore son enfance dans la maison familiale de Combray.

Il revit ses angoisses, à l’heure du coucher… Il revoit cette société bourgeoise, avec ses codes étranges et ses personnages hauts en couleur… Il retrouve la saveur des menus qui reflétaient le rythme des épisodes de la vie.


« Combray » est le nom donné à la première partie de « Du côté de chez Swann« , le premier volume de la célèbre série de romans « À la recherche du temps perdu » de Marcel Proust. « Du côté de chez Swann » a été publié pour la première fois en novembre 1913.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « A la recherche du temps perdu – Combray »

Dans la transposition délicate de la prose de Marcel Proust en bande dessinée, Stéphane Heuet entreprend une démarche aussi admirée que critiquée. Avec « À la recherche du temps perdu – Combray« , il nous invite non seulement à revisiter les méandres de la mémoire proustienne, mais aussi à questionner les limites entre le texte et l’image.

La ligne claire de Heuet, épurée et précise, se déploie à travers les pages tel un fil d’Ariane guidant le lecteur dans l’écheveau complexe des souvenirs d’enfance de Proust. Si le dessin capte l’essence du cadre bucolique de Combray, certains pourraient arguer qu’il ne saisit pas entièrement la richesse sémantique et la profondeur émotionnelle de l’œuvre originale. Le défi est de taille : comment représenter graphiquement la fameuse madeleine, dont la simple évocation textuelle déclenche un flot de réminiscences ? Heuet y répond par des vignettes qui tentent de capturer l’instantanéité des souvenirs, par des visages évocateurs et des décors minutieusement reconstitués.

« À la recherche du temps perdu – Combray » de Heuet est un hommage sincère à l’œuvre de Proust, mais il suscite une interrogation légitime sur la possibilité de transmettre, à travers le dessin, toute la complexité d’un texte qui repose tant sur l’immensité intérieure que sur la minutie des observations extérieures.

Don Quichotte (Davis) – Suite et fin

Album « Don Quichotte » publiée en 2015 aux éditions Warum.


Adapté de l’œuvre de Miguel de Cervantes parue en 1605.

couverture bd Don Quichotte (Davis) - Suite et fin

Neuf ans après les premières aventures de Don Quichotte, un malotru ose écrire une suite pirate dans le dos de Cervantes.

Cervantes relance alors son héros sur les routes pour défendre l’honneur du Chevalier à la triste figure, qui devient désormais le Chevalier des Lions.

Hélas… Entre-temps, tout le monde a lu ses aventures.

Le chevalier et son fidèle Sancho vont faire les frais de leur célébrité.

couverture bd Ivanhoé Tome 3

L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Don Quichotte (Davis) – Suite et fin »

« Don Quichotte – Suite et fin » de Rob Davis se distingue comme une œuvre d’une ingéniosité rare, un hommage vibrant et espiègle au monumental roman de Miguel de Cervantes. Avec une plume qui danse entre respect et audace, Davis redessine le portrait du chevalier à la triste figure, offrant ainsi un nouveau visage à ses mésaventures intemporelles.

Cette bande dessinée n’est pas simplement une réinterprétation visuelle du texte classique, mais une conversation entre deux époques. Davis nous convie à un bal masqué où les personnages, armés de leurs anachronismes, se moquent ouvertement de la frontière entre le passé et le présent.

Le Don, figure quasi-donquichottesque du rêveur obstiné, est cette fois-ci confronté à la réalité d’un monde qui a non seulement lu, mais aussi jugé ses péripéties. Cette méta-narration s’inscrit habilement dans le paysage graphique, conférant à l’œuvre une profondeur inattendue.

extrait Don Quichotte (Davis) - Suite et fin

Le dessin de Davis, oscillant entre l’expressivité brute des comic books et la finesse du roman graphique, offre un spectacle où chaque case est chargée d’émotion. L’épopée de Don Quichotte, empreinte d’un humour parfois burlesque, parfois mordant, est mise en scène avec une maîtrise qui honore la truculence des dialogues et la complexité des personnages de Cervantès.

« Don Quichotte – Suite et fin » est une œuvre qui, tout en se jouant des attentes, rend un hommage sincère et réfléchi à l’un des plus grands récits jamais écrits. C’est une célébration de l’art séquentiel qui confirme que, même après quatre siècles, il reste toujours de la place pour revisiter les classiques.