Catégorie : Toutes les BD

Le Sympathisant

Album publié en 2025 aux éditions Philéas.


Résumé éditeur

Adapté du roman de Viet Thanh Nguyen publié le 7 avril 2015.

Avril 1975, Saïgon est en plein chaos.
À l’abri d’une villa, entre deux whiskies, un général de l’armée du Sud Vietnam et son capitaine dressent la liste de ceux à qui ils vont délivrer le plus précieux des sésames : une place dans les derniers avions qui décollent pour fuir la ville vers les USA. Mais le général ignore que son capitaine est un agent double au service des communistes.
Arrivé en Californie, tandis que le général et ses compatriotes exilés tentent de recréer un petit bout de Vietnam sous le soleil de L.A., notre homme observe et rend des comptes dans des lettres codées à son meilleur ami resté au pays.
Dans ce microcosme où chacun soupçonne l’autre, notre homme lutte pour ne pas dévoiler sa véritable identité, au prix de décisions aux conséquences dramatiques. Mais sa loyauté vacille…

Le roman événement de Viet Thanh Nguyen, consacré par le prix Pulitzer en 2016, magnifiquement adapté pour la première fois en BD !


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le Sympathisant »

Prix Pulitzer 2016, Le Sympathisant, roman de Viet Thanh Nguyen, est adapté en BD pour la première fois. Récit dense sur la fin de la guerre du Vietnam, ce thriller politique est même interdit dans le pays d’origine de son auteur. Antoine Ozanam relève le défi de la mise en BD avec une maîtrise narrative déjà éprouvée sur des sujets aussi exigeants que Lénine ou Temudjin.
Le point de départ : un général de l’armée du Sud Vietnam et son capitaine dressent la liste de ceux qui fuiront Saïgon en avril 1975 vers les États-Unis. Ce que le général ignore, c’est que son capitaine est un agent double au service des communistes. Cette double identité n’est pas un simple ressort de thriller : elle incarne la condition de l’entre-deux, celle d’un homme tiraillé entre deux cultures, deux idéologies, deux fidélités, qui finit par ne plus savoir laquelle est la vraie. La trajectoire de cet agent double, reflet de la dualité originelle du roman, est riche en complexité, oscillant entre plusieurs cultures et allégeances. C’est précisément dans ce vertige identitaire que réside toute la force de l’œuvre.

extrait bd Le Sympathisant

Graphiquement, le style réaliste de Jai Baek, au crayon, détaille avec précision et une grande sensibilité personnages et décors, tandis que Greg Lofé y applique une colorisation tout en finesse, façon pastel, apportant un cachet supérieur indéniable à cette iconographie. La force de cette BD, c’est son adaptation visuelle : un récit d’ambiance viscéral, un voyage sensoriel dans un thriller sous haute tension, au cœur d’une guerre dont les échos résonnent encore aujourd’hui.

Destiné aux lecteurs adultes amateurs de thriller politique et d’histoire contemporaine, cet album constitue une porte d’entrée idéale dans une œuvre que la série télévisée de HBO avait déjà contribué à faire connaître en France.

Le Club du Suicide

Album publié en 2011 aux Editions Soleil.


Adapté du recueil de nouvelles de Robert Louis Stevenson publié en juin 1878.

couverture bd Le Club du Suicide

Une belle interprétation étoffée du club du suicide, un recueil de trois nouvelles imprégnées d’humour noir, de hasard et de justice !

« Il y a dans l’oeuvre de Stevenson, une profusion d’idées toutes plus visuelles les unes que les autres… »Clément Baloup
« Un traité à l’aquarelle convenait parfaitement au Club du Suicide, avec ses ambiances londoniennes pluvieuses et sombres, ses clairs-obscurs évanescents… »Eddy Vaccaro
L’histoire en quelques mots…Toujours en quête d’aventures extravagantes, le prince Florizel et son acolyte, le colonel Géraldine, font un soir la rencontre d’un étrange jeune homme, qui les convie à participer à une soirée au Club du Suicide.
Ils découvrent alors avec horreur et fascination une partie de cartes diabolique où le seul gain est… la mort.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le Club du Suicide »

Adapté librement de trois nouvelles de Robert Louis StevensonLe Club du Suicide plonge le lecteur dans le Londres victorien où le prince Florizel et son compagnon, le colonel Géraldine, s’initient à un cercle fatal dont le seul enjeu est la mort. L’œuvre s’appuie sur un roman-feuilleton riche en digressions, que Clément Baloup restitue avec fidélité.

L’intrigue explore le thème de l’absurde et de la cruauté festive : la partie de cartes désigne chaque soir le « suicidé » et son exécuteur, tissant une tension psychologique intense autour de ces personnages hauts en couleur. Le duo Baloup–Vaccaro fait naître une atmosphère à la fois ironique et angoissante, soulignant la fragilité de la condition humaine.

extrait bd Le Club du Suicide

Sur le plan graphique, Eddy Vaccaro signe un trait élégant et léger, qui allie finesse du trait et couleurs pastel maîtrisées : l’aquarelle confère une tonalité désuète et mystérieuse, en parfaite résonance avec le cadre gothique de Robert Louis Stevenson. Les décors minutieux et la mise en scène des dialogues renforcent l’ambiance feutrée et macabre.

Le Club du Suicide offre une immersion raffinée dans un univers sombre où l’humour noir sert de prisme à une réflexion sur la vie et la mort. Cette bande dessinée permet de redécouvrir sous un nouvel angle ce recueil de nouvelles.

Le livre des bêtes

Album publié en 2023 aux Editions Bang.


Adapté du livre Félix ou Le livre des merveilles de Ramon Llull publié vers 1289.

couverture bd Le livre des bêtes

Que font réunis ici tant d’animaux ? Ils choisissent leur roi, évidemment !
Et tout semble indiquer que le Lion s’emparera de la couronne, même si la Renarde recourra à toutes sortes de stratagèmes pour le contrôler dans l’ombre.
Cette ancestrale pulsion qui est de se vautrer dans le plaisir de tout dominer la poussera à concevoir d’incessantes intrigues à travers la tromperie, les mensonges, la ruse et l’appui de sa grande éloquence.

Mais bien qu’ils en soient les acteurs, le livre ne parle pas vraiment des animaux. Il aborde en réalité des aspects les plus sombres de la condition humaine.
Derrière cette fable chorale, le Livre des bêtes, de Ramon Llull, est avant tout une satire du comportement des hommes dans la lutte pour le pouvoir, où l’envie, l’ambition et la cruauté sont les germes du mal.

Llull a écrit Félix ou Le livre des merveilles à Paris, entre les années 1287 et 1289, dont le Livre des bêtes est la septième d’un total de dix parties et peut se lire indépendamment compte tenu de la singularité de son récit. En réalité, il a été conçu comme un avertissement au roi de France, Philippe IV le Bel, avec qui l’auteur avait eu des contacts politiques dans les années de rédaction de l’ouvrage.

735 ans plus tard, cette histoire fabuleuse et pleinement actuelle voit le jour sous la forme d’une bande dessinée.



L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le livre des bêtes »

Publié le 12 mai 2023 par Bang Ediciones, Le livre des bêtes adapte en bande dessinée la septième partie du Livre des merveilles de Ramon Llull (1287–1289), transposant une fable médiévale en un récit graphique contemporain.

Au cœur de cet album one-shot, la convocation des animaux pour élire leur roi sert de prétexte à une satire politique où s’entremêlent ruse, manipulation et lutte de pouvoir. Pep Brocal respecte la profondeur psychologique du texte source en dessinant des personnages animaliers qui incarnent des archétypes humains : le Lion symbolise l’autorité brute, la Renarde, l’ambition perfide, tandis que le Corbeau et le Castor offrent un contrepoint moral. Cette chorale animalière, jouant sur des dialogues ciselés, dévoile la noirceur de la condition humaine.

extrait bd Le livre des bêtes

Issu des Beaux-Arts, Pep Brocal associe un tracé précis et des aplats saturés à une palette de couleurs terreuses qui rappellent les enluminures médiévales tout en conservant une lisibilité moderne. Les planches alternent plans larges — soulignant le rassemblement des bêtes — et gros plans expressifs, renforçant l’intensité émotionnelle.

Visuellement soignée, cette adaptation se distingue par sa fidélité à l’œuvre de Ramon Llull et son équilibre subtil entre satire politique et esthétisme graphique. Une bonne entrée en matière pour découvrir la littérature médiévale sous un nouvel angle.

9 secondes – La civilisation du poisson rouge

Album publié en 2026 aux éditions Dupuis.


Résumé éditeur

Adapté de La civilisation du poisson rouge et Tempête dans le bocal de Bruno Patino publié le 3 avril 2019.

couverture bd 9 secondes - La civilisation du poisson rouge

Le poisson rouge tourne dans son bocal. Il semble redécouvrir le monde à chaque tour. Les ingénieurs de Google ont réussi à calculer la durée maximale de son attention : 8 secondes.
Ces mêmes ingénieurs ont évalué la durée d’attention de la génération des millenials, celle qui a grandi avec les écrans connectés : 9 secondes. Nous sommes devenus des poissons rouges, enfermés dans le bocal de nos écrans, soumis au manège de nos alertes et de nos messages instantanés.

Une étude du Journal of Social and Clinical Psychology évalue à 30 minutes le temps maximum d’exposition aux réseaux sociaux et aux écrans d’Internet au-delà duquel apparaît une menace pour la santé mentale.

Bruno Patino : « D’après cette étude, mon cas est désespéré, tant ma pratique quotidienne est celle d’une dépendance aux signaux qui encombrent l’écran de mon téléphone. Nous sommes tous sur le chemin de l’addiction : enfants, jeunes, adultes.
Pour ceux qui ont cru à l’utopie numérique, dont je fais partie, le temps des regrets est arrivé. Ainsi de Tim Berners Lee, « l’inventeur » du Web, qui essaie désormais de créer un contre-Internet pour annihiler sa création première. L’utopie, pourtant, était belle, qui rassemblait, en une communion identique, adeptes de Teilhard de Chardin ou libertaires californiens sous acide.
La servitude numérique est le modèle qu’ont construit les nouveaux empires, sans l’avoir prévu, mais avec une détermination implacable. Au coeur du réacteur, nul déterminisme technologique, mais un projet qui traduit la mutation d’un nouveau capitalisme : l’économie de l’attention. »


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « 9 secondes – La civilisation du poisson rouge »

L’image est simple et dévasta­trice : un poisson rouge tournant dans son bocal, redécouvrant son environnement à chaque tour. Les ingénieurs de Google ont calculé la durée maximale d’attention d’un poisson rouge : 8 secondes.
Ces mêmes ingénieurs ont évalué la durée d’attention de la génération des millennials, celle qui a grandi avec les écrans connectés : 9 secondes. À partir de cette donnée, Bruno Patino, président d’Arte, adapte en bande dessinée son essai paru chez Grasset en 2019, La Civilisation du poisson rouge, et en confie le dessin à Morgan Navarro.
Le livre met en scène un journaliste totalement accro à son smartphone, chargé d’écrire un article sur l’emprise du numérique. Peu à peu, au fur et à mesure qu’il découvre les mécanismes de l’économie de l’attention et les manipulations par certains groupes industriels via les algorithmes, il tente de réduire son addiction et celle de sa famille.
Ce personnage-narrateur ancré dans le quotidien est le choix le plus pertinent de l’adaptation : il transforme une démonstration qui aurait pu rester abstraite en récit incarné et reconnaissable.

extrait bd 9 secondes - La civilisation du poisson rouge

Morgan Navarro remonte aux origines du cyberespace, avec les idéaux de partage et d’échange, pour montrer comment les géants de la tech ont ensuite fait fructifier notre temps d’attention, développant cette économie basée sur la publicité, appelée économie de l’attention.
Son dessin dynamique et humoristique, avec des compositions de planche variées et aérées, donne une grande lisibilité aux propos développés, dans une BD où l’on pourrait vite saturer face aux nombreuses informations et études scientifiques citées.

Il ne s’agit pas ici d’incriminer ou de culpabiliser, mais plutôt de faire un constat sur l’évolution du principe même de concentration et de réflexion. Un album à partager en famille, particulièrement avec les adolescents, à l’heure où la question du temps d’écran n’a jamais été aussi brûlante.

Les chefs d’œuvre de Lovecraft – La Couleur tombée du ciel

Album publié en 2020 aux éditions Ki-oon.


Résumé éditeur

Adapté de la nouvelle de Howard Phillips Lovecraft publiée en septembre 1927.

couverture bd La Couleur tombée du ciel

Affrontez l’horreur et la désolation de la Lande Foudroyée…

Un projet de barrage promet d’engloutir toute une vallée reculée de la campagne américaine. Bizarrement, son dernier habitant se réjouit de voir le lieu disparaître sous les flots, en particulier la parcelle de terrain voisine…
Les Gardner y ont vécu paisiblement pendant des années, jusqu’à ce que la chute d’une météorite juste devant leur maison fasse basculer leur quotidien.

Des scientifiques ont tenté d’étudier ce roc venu de l’espace, sans succès. La matière ne ressemblait à rien de connu et se distinguait par sa couleur inexistante sur Terre… Après cet événement, la faune et la flore ont commencé à s’altérer, les phénomènes étranges se sont multipliés, entraînant la famille Gardner dans une spirale de malheurs…

Avec un trait sombre et réaliste, Gou Tanabe met en images les pires cauchemars imaginés par H. P. Lovecraft, le maître du fantastique et de l’horreur. Que peut faire l’homme quand les forces issues des confins de l’univers s’abattent sur lui sans crier gare ?


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La Couleur tombée du ciel »

Publié en mars 2020 chez Ki-oon dans la collection Les Chefs-d’œuvre de LovecraftGou Tanabe transpose avec fidélité la nouvelle de 1927 de H. P. Lovecraft. Le récit suit un géomètre envoyé à Arkham pour relever les contours d’un futur réservoir, qui découvre la « lande foudroyée » : un territoire où la chute d’une météorite a corrompu la faune et la flore, instillant peu à peu folie et décrépitude.

Gou Tanabe rend palpable le cosmicisme original en jouant sur la lente montée de la tension psychologique. Les personnages – notamment la famille Gardner, pris au piège d’un mal incompréhensible – voient leur quotidien basculer dans une spirale de malheurs dont les effets sur la santé mentale sont décrits avec sobriété et retenue. L’alternance entre narration descriptive et dialogues concis renforce l’impression d’impuissance face à l’inexplicable.

extrait bd La Couleur tombée du ciel

Le trait réaliste et la richesse des textures de Gou Tanabe offrent un spectaculaire contraste entre ombres profondes et lumières éthérées. Les gros plans sur la végétation déformée et les insectes mutants soulignent la dimension oppressante de l’intrigue. La monochromie, loin d’appauvrir l’image, magnifie l’« indescriptible » couleur extra-terrestre que le mangaka parvient à évoquer par des jeux de trame et de hachures.

Alliant rigueur et intensité, ce one-shot s’impose comme une porte d’entrée idéale pour les néophytes d’ H. P. Lovecraft tout en satisfaisant les aficionados. À recommander sans hésiter aux amateurs de fantastique et d’horreur qui recherchent une expérience visuelle et narrative immersive.

L’Escadron bleu, 1945

Album publié en 2026 aux éditions Dupuis.


Résumé éditeur

Adapté du roman de Philippe Maynial Madeleine Pauliac, l’insoumise publié le 6 mars 2019.

couverture bd L'Escadron bleu, 1945

Madeleine Pauliac a seulement 31 ans quand, médecin pédiatre à l’Hôpital des enfants malades à Paris, elle s’engage dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale et participe à la libération de Paris.
Quelques mois plus tard, en avril 1945, alors que la fin du conflit sonne enfin, débute pour elle un autre combat.
Engagée dans l’armée en tant que médecin-lieutenant des Forces françaises de l’intérieur (FFI), elle est envoyée à Moscou puis à Varsovie par le général de Gaulle avec un groupe d’infirmières-ambulancières pour assurer le rapatriement sanitaire des Français retenus prisonniers par Staline.
Par un arrêté du ministère des Prisonniers, Déportés, Réfugiés (PDR), la Croix-Rouge française mobilise en effet des équipes d’urgence (conductrices, infirmières, secouristes et simples bénévoles) pour participer au retour des Français libérés. Dans le même temps, elle déploie des délégations à l’étranger, en Allemagne, en Autriche et en Pologne, principalement, pour appuyer les missions de rapatriement créées par ce même ministère.
Ainsi, infirmières, Infirmières pilotes secouristes de l’air (IPSA), assistantes sociales et conductrices-ambulancières de la Croix-Rouge française sont mises à disposition des armées. Madeleine Pauliac, quant à elle, est nommée médecin-chef de l’hôpital français de Varsovie et déléguée de la Croix-Rouge française en Pologne. 

Après les aventures de Madeleine Riffaud, grande résistante et engagée politique, femme de lettres et aventurière, véritable joyaux de la collection « Aire Libre », la prestigieuse collection des éditions Dupuis accueille l’odyssée d’une autre Madeleine, celle de l’officier médecin Pauliac et de son groupe d’infirmières-ambulancières de l’Escadron bleu.
Une œuvre de la scénariste-romancière Virginie Ollagnier (Ils ont tué OppenheimerNellie Bly) et du dessinateur Yan Le Pon qui adaptent le roman Madeleine Pauliac, l’insoumise du propre neveu de la scénariste, Philippe Maynial.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « L’Escadron bleu, 1945 »

Oubliez les grands récits de libération triomphante. Avec L’Escadron bleu, Virginie Ollagnier et Yan Le Pon nous emmènent là où l’Histoire détourne souvent le regard : dans les ruines d’une Pologne de 1945, coincée entre les débris du Reich et l’étau soviétique.

Adapté du récit de Philippe Maynial sur sa tante Madeleine Pauliac, ce roman graphique rend justice à une « insoumise » monumentale. On y suit cette médecin-lieutenant et ses onze ambulancières de la Croix-Rouge, traversant des milliers de kilomètres de boue et de diplomatie de survie pour rapatrier nos prisonniers. Ici, l’héroïsme ne porte pas de fusil, mais des stéthoscopes et des boîtes de vitesses récalcitrantes.

Le scénario de Virginie Ollagnier privilégie l’âpreté du réel. La tension avec l’Armée rouge, qui voit dans chaque rapatrié une monnaie d’échange, est palpable. On y découvre aussi l’horreur indicible des viols de guerre, traitée avec une pudeur dévastatrice à travers le destin de ces religieuses enceintes pour lesquelles Madeleine créera un orphelinat. Mais le génie du récit réside dans ses moments de grâce : les rires, les accents russes à couper au couteau et cette solidarité féminine qui agit comme un dernier rempart contre la folie.

extrait bd L'Escadron bleu, 1945

Yan Le Pon livre une partition graphique d’une grande finesse. Son trait réaliste ne cherche pas le spectaculaire, mais l’immersion. Les visages sont habités, identifiables, et les décors d’une Europe exsangue nous collent à la rétine.

Cet album est un rappel cinglant que la paix est parfois une bataille plus rude que la guerre. Un hommage vibrant à ces femmes que la France a renvoyées à leurs foyers sans un merci.


Lieu visité par la bd pendant la Seconde Guerre Mondiale

Ubu Roi

Album publié en 2002 aux éditions Emmanuel Proust.


Résumé éditeur

Adapté de la pièce de théâtre d’Alfred Jarry publié le 25 avril 1895.

Attention à la machine à décerveler… Revoilà le père Ubu ! L’ascension grotesque et hilarante d’un tyran d’opérette qui sème le chaos sur son passage. Soit une vision iconoclaste de la pièce d’Alfred Jarry qui, en 1896, a révolutionné le théâtre mondial.
Emmanuel Reuzé, jeune dessinateur de Rennes, signe l’adaptation, les dessins et les couleurs de cette aventure pataphysique. Une révélation.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Ubu Roi »

Emmanuel Reuzé livre avec son adaptation d’Ubu Roi une œuvre d’une originalité saisissante qui revisite le chef-d’œuvre d’Alfred Jarry. Publié en 2002 aux éditions Emmanuel Proust, ce premier tome transpose l’univers pataphysique d’Alfred Jarry dans un langage graphique contemporain inventif.

L’adaptation se distingue par son approche iconoclaste de la pièce originale de 1896. Emmanuel Reuzé développe un style graphique caricatural et dynamique qui amplifie la dimension grotesque du Père Ubu. Son trait volontairement exagéré et ses couleurs éclatantes, rehaussées par Laurence Croix, créent un univers visuel où l’anachronisme devient un outil narratif majeur.

La force de cette adaptation réside dans sa capacité à transcender la simple transposition. Influencé par René Goscinny et les Monty Python, Emmanuel Reuzé multiplie les décalages temporels et références contemporaines qui enrichissent le propos de d’Alfred Jarry. Le dessinateur démontre une maîtrise remarquable de la mise en page. Ses décors superbes créent un univers hybride où la Pologne uchronique se pare d’éléments contemporains.

Ubu Roi est une révélation graphique, réussissant le pari de rendre accessible un classique théâtral tout en préservant sa charge subversive originelle.

Voyages de Gulliver

Album illustré publié en 2025 aux éditions Futuropolis.


Résumé éditeur

Adapté du roman satirique de Jonathan Swift publié le 28 octobre 1726.

Angleterre, fin du XVIIᵉ siècle.
Le médecin Lemuel Gulliver embarque sur l’Antilope. Habitué aux voyages, il se retrouve à aller au-delà des contrées connues et à vivre des situations.
Le livre se divise en quatre parties, qui l’amenèrent à rencontrer des civilisations toutes plus étonnantes les unes que les autres : Lilliput, Brobdingnag, Laputa, Balnibarbi, Glubbdubdrib, Luggnagg, Japon et chez les Houyhnhnms.
Les Voyages de Gulliver sont tout d’abord un pastiche des récits de voyages leur pays, et pour les rendre utiles au public qui font alors fureur. On y trouve des passages inspirés de Rabelais, du Voyage dans la Lune de Cyrano de Bergerac, de Robinson Crusoé
Le livre est également un pamphlet politique, une satire féroce de la recherche et du progrès scientifique, et un conte philosophique sur la condition humaine.

300 ans après sa première traduction, Gulliver reste un récit d’aventure de référence et une satire brûlante d’actualité qui cache un art de la subversion et mérite une relecture. Le texte est aujourd’hui encore au coeur des programmes scolaires et d’adaptations sur grand et petit écran, dans la littérature et la BD, porté ici par une approche artistique unique.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Voyages de Gulliver »

Publier aujourd’hui Les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift relève d’un pari : redonner du tranchant à une satire vieille de trois siècles. Le livre illustré confié à Lorenzo Mattotti reprend le texte de Jonathan Swift et le prolonge par une vision d’une rare ambition.

Loin d’un simple récit d’aventures, l’œuvre déploie quatre voyages qui mènent le médecin Lemuel Gulliver de Lilliput à Brobdingnag, de l’île volante de Laputa au pays des Houyhnhnms. Chaque escale fonctionne comme un miroir déformant de la société européenne. Jonathan Swift y fustige la vanité du pouvoir, l’orgueil des savants et la cruauté ordinaire des hommes, sous couvert de merveilleux. La force du personnage tient à son statut de témoin ballotté : d’abord géant, puis nain, tour à tour émerveillé et écœuré, Lemuel Gulliver perd peu à peu ses illusions sur sa propre espèce, jusqu’à un pessimisme que l’illustration ne cherche pas à adoucir.

C’est là que le travail de Lorenzo Mattotti s’impose. Alternant planches en couleurs et séquences à l’encre noire, il fait dialoguer la luxuriance chromatique de ses paysages avec un trait plus âpre, presque expressionniste, quand la satire se durcit. Cette bascule visuelle épouse le glissement du conte, de l’enchantement vers l’amertume. Le grand format met en valeur l’ampleur de ses compositions et transforme chaque contrée en tableau autonome, où la démesure des échelles devient matière picturale.

Cette édition s’adresse aux amateurs de littérature classique désireux d’une relecture exigeante, aux lecteurs sensibles à la peinture et à quiconque veut retrouver la charge subversive de Jonathan Swift, portée par l’un des grands illustrateurs contemporains, Lorenzo Mattotti.

Les Derniers jours de Pompéi

Album publié en 2008 aux Editions du Triomphe.


Résumé éditeur

Adapté du roman d’ Edward Bulwer-Lytton publié en 1834.

couverture bd Les Derniers jours de Pompéi

Une belle histoire d’amour au Ier siècle après J.-C.

À Pompéi, villégiature romaine au sud de Naples, la jeunesse dorée coule des jours tranquilles. Pourtant, il y a ces premiers chrétiens qui perturbent les autorités et ce Vésuve qui gronde…
Le célèbre roman d’Edward Bulwer-Lytton adapté en BD par Monique Amiel et finement dessiné par Alain D’Orange.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Les Derniers jours de Pompéi »

Publié par une maison spécialisée dans la bande dessinée historique et éducative, cet album adapte l’un des romans historiques les plus célèbres du dix-neuvième siècle, celui qu’Edward Bulwer-Lytton fit paraître en 1834. Le scénario de Monique Amiel et le dessin d’Alain d’Orange transportent le lecteur dans la Pompéi de l’an 79, cité romaine de villégiature au sud de Naples, où une jeunesse dorée coule des jours insouciants à l’ombre d’un Vésuve dont nul ne redoute encore le réveil.

L’intérêt de l’adaptation tient à sa manière de conjuguer chronique de mœurs et tragédie annoncée. Monique Amiel restitue la tension qui traverse le roman original, entre le raffinement décadent de la société pompéienne et les forces souterraines qui la menacent, celles du volcan comme celles de l’Histoire. Le récit accorde une place aux premiers chrétiens, dont la présence inquiète les autorités. Cette double lecture, l’imminence de la catastrophe naturelle et les soubresauts d’une époque, donne à l’album une épaisseur qui dépasse le péplum. Le lecteur, sachant le sort réservé à la cité, éprouve d’autant plus fortement l’ironie tragique qui pèse sur les personnages.

extrait bd Les Derniers jours de Pompéi

Le trait d’Alain d’Orange, réaliste et dynamique, servi par des couleurs vives, se prête à la reconstitution des rues, des villas et des costumes antiques, et confère à la scène finale de l’éruption une force dramatique certaine.

L’album s’adresse aux jeunes lecteurs, aux enseignants et aux amateurs d’Antiquité romaine.

1984 (Adapté par Jean-Christophe Derrien)

Bande dessinée publiée en 2021 aux éditions du Soleil.


D’après le roman de George Orwell publié le 8 juin 1949.

couverture bd 1984 (Adapté par Jean-Christophe Derrien)

D’après le roman culte et visionnaire de George Orwell, l’adaptation en bande dessinée d’une œuvre précurseur, miroir à peine déformant de notre époque.

Londres, 1984.
Smith est un employé du Parti chargé de réviser l’Histoire. Dans un monde où toute sentimentalité est interdite, il est attiré par Julia, une femme peut-être dangereuse pour lui. Ensemble, ils vont tenter d’échapper à l’emprise du gouvernement et de Big Brother, le chef omnipotent du gouvernement.
Mais est-ce possible dans un monde où tout fait et geste est surveillé et enregistré ?


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « 1984 »

Parue aux éditions Soleil en janvier 2021, cette adaptation de 1984 arrive dans un contexte particulier : l’entrée du roman de George Orwell dans le domaine public a généré simultanément quatre versions en bande dessinée du classique dystopique. Le scénariste Jean-Christophe Derrien, reconnu pour ses adaptations littéraires (L’Homme qui voulut être roi) et son travail sur des séries comme Résistances, s’associe au dessinateur Rémi Torregrossa pour porter à l’écran cette œuvre visionnaire de 1949.

L’adaptation de Jean-Christophe Derrien condense en 120 pages l’essentiel du roman sans en trahir l’esprit. Le scénariste fait le choix de centrer son récit sur la relation entre Winston Smith et Julia, transformant leur histoire d’amour en acte de résistance face à l’oppression du Parti. 

Le travail d’adaptation témoigne d’une compréhension fine de l’œuvre originale, Jean-Christophe Derrien ayant puisé directement dans le texte anglais pour certaines formulations. 

extrait bd 1984 (Adapté par Jean-Christophe Derrien)

Rémi Torregrossa déploie un style réaliste et détaillé qui matérialise avec justesse l’univers carcéral imaginé par Orwell. Son choix esthétique réside dans l’utilisation dominante du noir et blanc, créant une atmosphère terne et déshumanisée parfaitement accordée au propos. Les rares incursions de couleur – un verre d’alcool, un baiser, une caresse – soulignent avec subtilité les moments d’humanité et de résistance dans un monde qui les proscrit.

L’architecture oppressante des ministères, les perspectives écrasantes et les mouvements de foules domestiquées révèlent la maîtrise technique de Rémi Torregrossa. Son trait, inspiré de la tradition franco-belge avec des influences de la bande dessinée américaine, parvient à donner corps aux concepts abstraits du totalitarisme sans jamais verser dans l’illustration littérale.

Cette adaptation constitue une réussite dans sa capacité à rendre accessible le chef-d’œuvre de George Orwell à un public élargi, notamment lycéen et étudiant.  Elle offre une porte d’entrée idéale vers l’univers de George Orwell tout en conservant la force prophétique d’une œuvre plus que jamais d’actualité.