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Frankenstein (version Bernie Wrightson)

Album publié en 2017 aux Editions Soleil.


Adapté du roman de Mary Shelley (publié pour la première fois le 1 janvier 1818).

couverture bd Frankenstein

Le roman de Mary W. Shelley, classique de la littérature fantastique, illustré par le grand Bernie Wrightson, récemment disparu.
Le chef-d’œuvre de l’un des maîtres incontestés de l’art fantastique !
Cet ouvrage culte publié pour la première fois en 1983 a marqué une génération entière de lecteurs et d’artistes.
Ce beau livre d’exception, alliance de la plume romantique de Mary Shelley et du dessin gothique de Bernie Wrightson, regroupe le texte intégral du roman et des dizaines d’illustrations à la beauté unique et stupéfiante.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Frankenstein »

Publiée en 1983 chez Marvel avant sa première édition française chez Albin Michel en 1984, l’adaptation en bande dessinée de Frankenstein par Bernie Wrightson illustre le roman gothique de Mary Shelley, né durant l’été 1816 sur les rives du lac Léman. Bernie Wrightson, passionné par la créature depuis l’enfance, consacra sept années à ce projet, offrant 40 planches mêlant l’influence des gravures de Gustave Doré et Franklin Booth.

Bernie Wrightson respecte la profondeur psychologique du « monstre » : abandonné puis avide de reconnaissance, il incarne la tension entre la raison des Lumières et l’horreur du surgissement de la vie artificielle. L’artiste utilise les silences visuels pour souligner la solitude et la quête d’humanité de la créature, accentuant le paradoxe entre la monstruosité apparente et l’intelligence sensible héritée de Mary Shelley.

extrait bd Frankenstein

Le dessin en noir et blanc, d’une minutie extrême, se distingue par un encrage riche en nuances et une mise en page cinétique. Les jeux d’ombre projettent une atmosphère oppressante où chaque texture — peau craquelée, rouages de laboratoire, cavernes glacées — sert l’émotion et guide le regard avec une expressivité saisissante.


Chef-d’œuvre visuel et intellectuel, ce « Frankenstein » s’adresse autant aux amateurs de littérature gothique qu’aux passionnés de bande dessinée. La rigueur documentaire de Bernie Wrightson, jumelée à sa virtuosité technique, en fait une référence qui est devenue un incontournable de la BD.

Le Conflit israélo-palestinien

Album publié en 2017 aux éditions Le Lombard.


Résumé éditeur

couverture bd Le Conflit israélo-palestinien

Le peuple judéo-israélien a réussi la restauration de son indépendance nationale qui met fin à deux mille ans d’exil, d’impuissance et à l’inimaginable Shoah (catastrophe en hébreu).
Le peuple palestinien, autochtone, est entré dès le début en résistance devant la menace du sionisme politique.
La Nakba (catastrophe en arabe) scella son destin et l’impossible retour en ses foyers. L’Histoire, toujours imprévisible et pour l’heure inachevée, prendra-t-elle enfin la voie de compromis raisonnables ?
Cette bande dessinée met en lumière toute la complexité de la question.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le Conflit israélo-palestinien »

Dans ce 18ème tome de la Petite Bédéthèque des Savoirs, le philosophe Vladimir Grigorieff et le dessinateur Abdel de Bruxelles s’attaquent à l’un des conflits les plus complexes de notre époque. Publié en mai 2017, cet ouvrage de 104 pages retrace avec pédagogie l’histoire du conflit israélo-palestinien, depuis l’Empire ottoman jusqu’aux dernières intifadas.

Vladimir Grigorieff, vulgarisateur reconnu pour ses ouvrages « Philo de base » et « Le Judéocide », adopte une posture rigoureusement neutre qui évite tout manichéisme. Son approche historique débute intelligemment avant la partition de 1948, explorant les racines ottomanes du conflit et l’émergence du sionisme politique. Le scénariste examine méthodiquement les moments charnières : la déclaration Balfour, la Shoah, la création d’Israël, la Nakba palestinienne. Cette chronologie maîtrisée permet de saisir « toute la complexité de la question » sans tomber dans la partialité.

extrait bd Le Conflit israélo-palestinien

Abdel de Bruxelles développe une approche visuelle ingénieuse. Il alterne entre un style réaliste pour les séquences historiques et un trait plus rond et naïf pour les pages de questionnements philosophiques. Cette sobriété graphique, caractéristique de ses dessins épurés, soutient le propos sans jamais distraire du message essentiel. Les couleurs discrètes d’Aelys Hasbun complètent harmonieusement cette esthétique minimaliste.

Cet album est probablement l’un des meilleurs de la collection. La justesse du traitement, empreinte d’humanité, de sagesse et d’intelligence, en fait un outil pédagogique recommandé pour lycéens comme adultes. L’œuvre réussi le défi de vulgariser un sujet brûlant tout en préservant sa dimension profondément humaine.

Hubert Reeves nous explique – La biodiversité

Album publié en 2017 aux éditions du Lombard.


Résumé éditeur

Sans les étoiles, nous ne serions pas là. En mourant, elles libèrent les atomes qui sont nécessaires à la construction de tout être vivant.
Le résultat, ce sont des plantes, des animaux… toute une biodiversité très précieuse à notre survie à tous.
Nous sommes tous différents, comme les animaux et les insectes qui peuplent la terre et les océans, et nous avons tous besoin les uns des autres pour vivre dans un milieu naturel commun.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Hubert Reeves nous explique – La biodiversité »

Hubert Reeves nous explique – La biodiversité, publié aux éditions Le Lombard en octobre 2017, marque l’entrée réussie de l’astrophysicien québécois dans l’univers de la bande dessinée jeunesse. Fruit de la collaboration entre Hubert Reeves, la scénariste Nelly Boutinot et le dessinateur Daniel Casanave, cet album de 64 pages propose une approche originale de la vulgarisation environnementale.

La BD suit Hubert Reeves et une classe d’élèves découvrant les interconnexions du vivant à travers diverses excursions. Cette approche permet d’aborder naturellement des concepts complexes comme les cycles biogéochimiques, les boucles de rétroaction ou l’étude systémique des milieux. L’approche thématique privilégie des exemples concrets : des matériaux du viaduc de Millau aux vers de terre, chaque élément révèle sa place dans l’écosystème planétaire.

Graphiquement, Daniel Casanave opte pour un style caricatural accessible qui privilégie la clarté pédagogique au réalisme. Son trait, déjà éprouvé dans « L’Univers » de la Petite Bédéthèque des Savoirs, capture avec tendresse les interactions entre le scientifique barbu et ses jeunes interlocuteurs. Les illustrations techniques restent limpides tandis que la colorisation lumineuse de Claire Champion dynamise efficacement cette plongée naturaliste.

L’album remplit brillamment sa mission de sensibilisation environnementale. Cette première pierre d’une série prometteuse réussit le pari de rendre la science accessible, s’adressant autant aux enfants qu’à leurs parents curieux de redécouvrir les merveilles de la biodiversité.

Retour sur Belzagor – Tome 2

Album publié en 2017 aux éditions Les Humanoïdes Associés.


Résumé éditeur

D’après le roman « Les Profondeurs de la Terre » de Robert Silverberg publiée en février 1973.

Ancienne colonie, la planète Belzagor a été rendue à ses deux espèces intelligentes. Des scientifiques décident d’assister à leur rituel secret, la cérémonie de la renaissance…

L’ex-lieutenant Eddie Gundersen revient sur Belzagor où il a laissé naguère ses illusions de jeunesse, la femme de sa vie et un passé honteux de colonisateur.
Aujourd’hui la planète a été rendue à ses deux espèces intelligentes : les Nildoror et les Sulidoror.
Endossant le rôle de guide d’une expédition scientifique aux confins des terres indigènes, Gundersen va se confronter à ses démons et régler ses comptes avec une planète qui ne lui avait pas livré tous ses secrets.
Eddie Gundersen a obtenu du Nildoror Vol’Himyor un laissez-passer pour le Pays des Brumes où se déroule la mystérieuse cérémonie de la renaissance.
Alors que la petite équipée scientifique se met en route pour assister à ce rituel sacré auquel aucun humain n’a pu assister jusque ici, Eddie se remémore ses douloureuses années passées dans l’administration coloniale. Dans sa quête de sens d’une culture qu’il a jadis contribué à soumettre, Gundersen va comprendre ses erreurs et tenter de renouer avec ce paradis végétal qu’est la planète Belzagor.

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Retour sur Belzagor – Tome 2 »

Cette adaptation soigneusement orchestrée du chef-d’œuvre de Robert Silverberg Les Profondeurs de la terre  trouve sa conclusion dans ce second volet Philippe Thirault, scénariste reconnu pour ses séries marquantes comme Miss et Mille Visages , livre ici une œuvre mature qui dépasse le simple exercice d’adaptation pour proposer une réflexion profonde sur la colonisation, la rédemption et l’altérité .

L’intrigue suit l’ex-lieutenant Eddie Gundersen dans la phase ultime de son voyage initiatique, guidant un couple d’ethnologues vers la mystérieuse cérémonie de la Renaissance au pays des Brumes Philippe Thirault mêle habilement flashbacks et présent pour révéler progressivement les motivations complexes de son anti-héros en quête de rédemption . Le scénariste aborde avec finesse les thématiques post-coloniales héritées de l’œuvre originale de Robert Silverberg : la décolonisation, les préjugés raciaux, l’écologie et la coexistence entre espèces intelligentes .

extrait bd Retour sur Belzagor - Tome 2

Laura Zuccheri, dessinatrice italienne réputée pour sa série Les Épées de verre , déploie un talent graphique éblouissant qui constitue l’un des atouts majeurs de l’album. Son trait fin et précis nourrit un monde inquiétant peuplé de créatures étranges et finalement très crédibles . La précision du dessin, rehaussée par les couleurs de Silvia Fabris, crée une ambiance immersive qui plonge immédiatement le lecteur au cœur de l’étrange planète Belzagor .

Malgré les contraintes du format BD de 56 pages par tome, Philippe Thirault parvient à préserver l’essence du roman de Robert Silverberg, cette critique sans concession du racisme et de l’impérialisme qui résonnait particulièrement dans les années 70 dans le contexte de la guerre du Vietnam . L’adaptation respecte l’inspiration originale du récit, véritable hommage au Cœur des ténèbres de Joseph Conrad, tout en développant une intrigue divertissante aux enjeux clairs .

Robert Silverberg lui-même a validé cette transposition en déclarant apprécier « le résultat de cette adaptation » et sa « représentation très riche de la planète Belzagor » 

Ce tome 2 est une conclusion réussie d’une série de science-fiction intelligente qui mérite sa place dans toute bibliothèque . L’alliance entre la maturité narrative de Philippe Thirault et la virtuosité graphique de Laura Zuccheri produit une BD qui honore dignement l’héritage littéraire de Robert Silverberg.


Retour sur Belzagor – Tome 1

Album publié en 2017 aux éditions Les Humanoïdes Associés.


Résumé éditeur

D’après le roman « Les Profondeurs de la Terre » de Robert Silverberg publiée en février 1973.

couverture bd Retour sur Belzagor - Tome 1

Ancienne colonie, la planète Belzagor a été rendue à ses deux espèces intelligentes. Des scientifiques décident d’assister à leur rituel secret, la cérémonie de la renaissance…

L’ex-lieutenant Eddie Gundersen revient sur Belzagor où il a laissé naguère ses illusions de jeunesse, la femme de sa vie et un passé honteux de colonisateur.
Aujourd’hui la planète a été rendue à ses deux espèces intelligentes : les Nildoror et les Sulidoror.
Endossant le rôle de guide d’une expédition scientifique aux confins des terres indigènes, Gundersen va se confronter à ses démons et régler ses comptes avec une planète qui ne lui avait pas livré tous ses secrets.

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Retour sur Belzagor – Tome 1 »

L’adaptation de « Les Profondeurs de la Terre » par Philippe Thirault et Laura Zuccheri constitue une réussite de transposition littéraire en BD. Cette œuvre de Robert Silverberg, publié dans les années 70, trouve dans cette bande dessinée une nouvelle dimension visuelle qui sublime son propos anti-colonial originel.

Le récit suit Edmund Gundersen, ancien lieutenant revenu sur Belzagor dix-huit ans après la décolonisation. Sa mission : guider une expédition scientifique vers la mystérieuse « cérémonie de la renaissance » des espèces autochtones, les Nildoror et les SulidororPhilippe Thirault orchestre une narration alternée entre passé et présent, révélant progressivement les failles morales de ce protagoniste complexe en quête de rédemption

Les thématiques abordées – colonialisme, racisme, tolérance écologique – résonnent avec une actualité troublanteRobert Silverberg avait conçu cette critique de l’impérialisme dans le contexte du Vietnam ; Philippe Thirault en préserve la portée universelle sans jamais tomber dans le didactisme.

extrait bd Retour sur Belzagor - Tome 1

Laura Zuccheri déploie ici tout son talent de dessinatrice réaliste. Ses paysages luxuriants et son bestiaire fascinant évoquent l’univers des « Mondes d’Aldébaran » de Léo. La précision de son trait, héritée de ses collaborations italiennes et perfectionnée dans « Les Épées de verre », sert magnifiquement cette nature exotique. Les Nildoror, créatures pachydermiques aux multiples défenses, et les Sulidoror, bipèdes imposants aux allures de primates, gagnent en crédibilité et en majesté sous son pinceau.

Sylvia Fabris complète cette réussite visuelle par une colorisation chatoyante qui évite l’écueil du numériquement froid. Cette collaboration artistique transforme chaque planche en invitation au voyage spatial.

Cette adaptation dépasse le simple divertissement pour devenir une réflexion sur l’altérité et la rédemption personnelleGundersen incarne parfaitement l’ancien colonisateur confronté à ses démons, tandis que les espèces indigènes rayonnent d’une sagesse qui contraste avec l’arrogance humaine.

« Retour sur Belzagor » s’impose comme une adaptation qui honore l’œuvre de Robert Silverberg tout en lui offrant une expressivité visuelle inédite. Cette bande dessinée s’adresse autant aux amateurs de science-fiction qu’aux lecteurs sensibles aux enjeux géopolitiques contemporains, confirmant le talent de ses créateurs dans l’art délicat de l’adaptation littéraire.


Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson

Album publié en 2017 aux Editions Nobi Nobi.


Adapté du conte de Selma Lagerlöf (publié pour la première fois le 29 novembre 1906).

couverture bd Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson

Nils est un vilain garnement qui préfère jouer des tours et embêter les animaux plutôt que d’étudier sagement.
Un jour qu’il s’en prend à un minuscule lutin vivant chez lui, le voilà réduit à la même taille que celui-ci !
Il ne peut alors pas empêcher Martin,  le jars de la ferme, de s’envoler avec les oies sauvages…
Le jeune garçon va donc l’accompagner malgré lui pour un fabuleux voyage à travers la Suède, à la découverte de la nature et de nouveaux amis.
Mais Nils pourra-t-il rentrer chez lui pour que tout redevienne comme avant ?


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson »

Cette adaptation manga du célèbre roman de Selma Lagerlöf réussit le pari délicat de transposer un classique de la littérature suédoise dans un format contemporain. 

Nori Ichikawa, l’auteur de ce manga, préserve l’essence narrative du voyage initiatique de Nils, ce garnement transformé en lutin qui découvre l’empathie à travers son périple aérien avec les oies sauvages. L’adaptation condense intelligemment les thèmes fondamentaux : la rédemption par l’épreuve, le respect de la nature et la découverte de soi. La transformation psychologique du protagoniste, d’enfant égoïste à être altruiste, conserve toute sa portée émotionnelle.

extrait bd Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson

Le style graphique de Ichikawa, un peu « rondouillard », s’avère parfaitement adapté au récit. Les personnages, qu’ils soient humains ou animaux, rayonnent d’expressivité et de charisme, créant une proximité immédiate avec le lecteur. Cette approche visuelle douce accompagne la dimension contemplative du voyage à travers les paysages suédois.

Publié chez Nobi Nobi dans la collection « Les classiques en manga », cet ouvrage réussit à rendre accessible un patrimoine littéraire nordique tout en préservant sa dimension éducative et poétique. Une lecture recommandée pour découvrir ou redécouvrir ce bijou de la littérature suèdoise.

La Farce de maître Pathelin

Album publié en 2017 aux Editions L’an 2.


Adapté de l’œuvre d’un Anonyme imprimée pour la première fois en 1485.

couverture bd La Farce de maître Pathelin

Où il est conté comment Maître Pathelin, avocat désargenté, use de ruse et d’hypocrisie pour tromper un marchand drapier pourtant méfiant.
David Prudhomme signe une adaptation truculente de la célèbre farce anonyme écrite vers 1470, l’un des premiers chefs-d’œuvre du répertoire théâtral français.
Le récit est porté par une langue riche et d’une grande saveur (qui nous a notamment donné l’adjectif patelin et l’expression revenons à nos moutons) : elle circule ici entre des « acteurs » à la fois improbables – ils ont des particularités zoomorphes – et d’une remarquable présence.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La Farce de maître Pathelin »

Dans son adaptation de La Farce de maître Pathelin, initialement parue en 2006 aux éditions de l’An 2, David Prudhomme transpose en BD la farce anonyme du XVe siècle, souvent attribuée au bouffon Triboulet et imprimée vers 1485. 
Maître Pathelin, avocat désargenté, use d’un art consommé de la ruse et de l’hypocrisie face au drapier Joceaulme, dans une joute verbale où le retournement final souligne la condition universelle du fourbe démasqué.

La profondeur d’âme des personnages se révèle dans leurs manipulations mutuelles : l’audace de Pathelin se heurte à l’astuce du berger l’Aignelet, mettant en lumière le thème du « décepteur déçu ».

extrait bd La Farce de maître Pathelin

Le découpage en gaufrier de quatre cases par planche, souligné par de larges marges, renforce l’effet théâtral de chaque scène, comme celle du mourant simulé par Pathelin lors de son procès. Le trait de David Prudhomme, à la fois épuré et expressif, campe des personnages zoomorphes dont les visages d’animaux évoquent la satire médiévale. La couleur discrète signée Alexandre Clérisse, jouant sur les ocres et bruns, soutient l’ironie et ponctue le rythme effréné de la farce.

Véritable réussite, cet album offre une plongée ludique dans le Moyen Âge, que l’on recommandera aux amateurs de récit satirique. Un classique de la littérature magnifiquement adapté.

Le joueur d’échecs

Album publié en 2017 aux Editions Casterman.


Adapté du roman de Stefan Zweig (publié pour la première fois le 7 décembre 1942).

Les premiers pas furent un fiasco, je n’arrêtais pas de m’embrouiller, cinq, dix, vingt fois, je dus reprendre le début de la partie. Mais j’avais tout mon temps…
Moi, l’esclave du néant…


1941. Dans les salons feutrés d’un paquebot en route pour l’Argentine, le champion du monde d’échecs affronte lors d’une ultime partie un aristocrate viennois, dont l’incroyable maîtrise du jeu est née dans l’antre de la tyrannie.
Cette dénonciation poignante et désespérée de la barbarie nazie est le dernier texte écrit par Stefan Zweig avant son suicide.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le joueur d’échecs »

Publié chez Casterman en octobre 2017, Le Joueur d’échecs de David Sala constitue une adaptation de la dernière nouvelle de Stefan Zweig, écrite en 1942 juste avant le suicide de l’auteur autrichien. Cette œuvre transpose avec l’ultime cri d’alarme de Stefan Zweig contre la barbarie nazie dans l’univers de la bande dessinée contemporaine.

L’adaptation de David Sala respecte fidèlement la structure narrative complexe de Stefan Zweig, articulant la confrontation entre Czentovic, champion du monde d’échecs brutal et ignorant, et Monsieur B., aristocrate viennois dont la maîtrise exceptionnelle du jeu naît de son emprisonnement par la Gestapo. 
David Sala parvient à retranscrire la dimension psychanalytique du récit original, explorant avec finesse les mécanismes de résistance intellectuelle face à l’isolement et à la torture psychologique. La folie progressive de Monsieur B. trouve une traduction visuelle particulièrement saisissante dans les séquences où les pièces d’échecs envahissent littéralement l’espace graphique.

David Sala, formé à l’École Émile Cohl, déploie dans cette adaptation une technique d’aquarelle inspirée des maîtres viennois Gustav Klimt et Egon Schiele. Ses grands aplats de couleurs évoquent l’univers des post-impressionnistes Nabis, tandis que ses détails géométriques et floraux rappellent l’esthétique de la Sécession viennoise
Cette approche stylistique n’est pas fortuite : elle constitue un hommage délibéré à ce que les nazis qualifiaient d’« art dégénéré », transformant chaque planche en acte de résistance culturelle. La mise en page joue magistralement avec la temporalité, alternant entre de petites cases répétitives pour figurer l’obsession et de grandes compositions contemplatives.

Cette adaptation dépasse le simple exercice d’illustration pour proposer une véritable réappropriation artistique du chef-d’œuvre de de Stefan ZweigDavid Sala réussit le tour de force de traduire visuellement l’angoisse existentielle et la résistance psychologique sans trahir la subtilité du texte original. Une belle bande dessinée pour les amateurs d’adaptations littéraires et fan de Stefan Zweig.


Le Journal d’Anne Frank

Album publié en 2017 aux Editions Calmann-Lévy.


Publié pour la première fois le 25 juin 1947 sous le titre « Het Achterhuis » (« L’Annexe »)

couverture bd Le Journal d'Anne Frank

Ari Folman et David Polonsky, scénariste et illustrateur de Valse avec Bachir, ont réalisé cette adaptation en roman graphique du Journal d’Anne Frank.

Anne Frank est née le 12 juin 1929 à Francfort. Sa famille a émigré aux Pays-Bas en 1933.
À Amsterdam, elle connaît une enfance heureuse jusqu’en 1942, malgré la guerre. Le 6 juillet 1942, les Frank s’installent clandestinement dans « l’Annexe »de l’immeuble du 263, Prinsengracht, où Anne écrit son journal.
Le 4 août 1944, la famille est arrêtée vraisemblablement sur dénonciation. Déportée à Auschwitz, puis à Bergen-Belsen, Anne meurt du typhus en février ou mars 1945,peu après sa sœur Margot.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le Journal d’Anne Frank »

L’adaptation en bande dessinée du Journal d’Anne Frank par Ari Folman et David Polonsky représente un défi éditorial audacieux. Les créateurs de Valse avec Bachir livrent ici la première adaptation graphique officielle de ce témoignage fondamental, transformant 360 pages de journal intime en 162 pages illustrées en conservant l’essence du texte original.

L’ouvrage alterne entre extraits intégraux du journal et représentations visuelles, préservant ainsi la voix authentique d’Anne Frank. Les auteurs restituent avec justesse les thèmes universels du passage à l’âge adulte, des questionnements identitaires et de la condition adolescente dans un contexte tragique. Cette approche permet de retrouver la maturité surprenante d’Anne, ses touches d’humour et sa capacité d’introspection.

extrait bd Le Journal d'Anne Frank

Le choix d’illustrations colorées et poétiques, loin du noir et blanc attendu, insuffle une vivacité particulière au récit. La mise en page, alternant vignettes classiques et doubles pages, rend le texte accessible sans infantiliser le propos. Certaines séquences oniriques illustrent les aspirations et les angoisses de l’adolescente.

Cette adaptation réussit le pari de transmettre aux nouvelles générations un témoignage essentiel, tout en respectant scrupuleusement la mémoire de son auteure. Une BD indispensable pour découvrir ou redécouvrir ce monument littéraire.


L’Odyssée – Tome 01 – La Colère de Poséidon

Albums publiés en 2017 aux Editions Glénat.


Adapté de l’œuvre de Homère (écrite vers -800 AV JC).

couverture bd L'Odyssée - Tome 01 - La Colère de Poséidon

Le voyage d’Ulysse commence…

Troie est désormais aux mains des grecs. La guerre aura duré 10 ans… Pour Ulysse, roi d’Ithaque, il est à présent temps de retourner dans son foyer, retrouver sa Pénélope. C’est le début d’un long et périlleux voyage. Un voyage où, à chacune de ses escales, sa force, son ingéniosité et son courage seront sans cesse mis à l’épreuve. Car ainsi en ont décidé les dieux.

L’Odyssée d’Homère est le récit initiatique par excellence. Un conte à la fois effrayant et fabuleux qui confronte un héros à lui-même et au monde qui l’entoure.
Ce « voyage d’Ulysse » qui va durer dix ans est une nouvelle fois l’occasion de retrouver quelques-uns des thèmes fondateurs de la mythologie et de la philosophie grecque, à commencer par la recherche du bonheur et de l’harmonie.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « L’Odyssée – Tome 01 – La Colère de Poséidon »

Première étape d’un ambitieux projet dirigé par Luc FerryL’Odyssée – La Colère de Poséidon propose une adaptation fidèle et pédagogique du chef-d’œuvre d’Homère, orchestrée par Clotilde Bruneau au scénario et magnifiée par les dessins de Giovanni Lorusso. Ce volume inaugure la série La Sagesse des mythes, qui vise à rendre accessibles les grands récits fondateurs de l’Antiquité grecque.

La bande dessinée s’attache à restituer la dimension initiatique du voyage d’Ulysse : la lutte contre la fatalité, la ruse face à la force brute, et la quête du retour sont autant de thèmes universels qui traversent l’œuvre. L’adaptation se distingue par sa fidélité à la trame d’Homère, idéale pour les néophytes comme pour les amateurs de mythologie. Ulysse y apparaît dans toute sa complexité : héros rusé mais faillible, tourmenté par le doute, la nostalgie et la tentation, il incarne une humanité profonde, loin du simple archétype du guerrier invincible.

extrait bd L'Odyssée - Tome 01 - La Colère de Poséidon

Le style visuel de Giovanni Lorusso se caractérise par un encrage appuyé et des contrastes marqués, qui confèrent à l’ensemble une atmosphère sombre et épique. Les décors servent efficacement la tension dramatique, tandis que le choix des couleurs accentue la rudesse de la mer Égée et la violence divine qui s’abat sur Ulysse et ses compagnons. Cette approche graphique, classique mais soignée, accompagne avec justesse le souffle du récit.

La Colère de Poséidon s’impose comme une excellente porte d’entrée vers la mythologie grecque. Elle s’adresse particulièrement aux adolescents et aux adultes curieux de découvrir ou redécouvrir l’Odyssée à travers le prisme de la bande dessinée, tout en bénéficiant d’un éclairage philosophique en fin d’ouvrage. 
Un album à recommander.