Étiquette : 2019

Iran – Révolution

Album publié en 2019 aux éditions Les Arènes.


Résumé éditeur

couverture bd Iran - Révolution

Février 1978
Le shah Reza Pahlavi semble indétrônable.

Février 1979
L’ayatollah Khomeyni rentre en Iran pour instaurer la première république islamique.
Michel Setboun, alors âgé de 26 ans, est l’un des rares photojournalistes à avoir couvert, de 1978 à 1981, la totalité de cet événement majeur de notre histoire contemporaine.
Des premières manifestations à Téhéran jusqu’à la prise d’otages à l’ambassade des États-Unis, Iran, révolution est un témoignage inédit sur ces quelques mois qui ont changé la face du monde.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Iran – Révolution »

Cet ouvrage n’est pas une bande dessinée dessinée au sens strict, mais un objet hybride entre le roman-photo et le récit graphique, construit à partir de photographies retravaillées numériquement.
Photographe de presse, Michel Setboun avait vingt-six ans lorsqu’il se rendit en Iran en 1978, pressentant que le pays allait basculer. Il y resta plus d’un an et fut l’un des rares reporters occidentaux présents tout au long des événements, jusqu’à photographier l’ayatollah Khomeyni en France avant son retour triomphal. Quarante ans plus tard, il tire de cette expérience un récit qui couvre les années 1978 à 1981, de la contestation du chah Mohammad Reza Pahlavi à l’installation de la République islamique.

Le parti pris le plus remarquable de Michel Setboun tient au traitement de ses images. Il puise dans un fonds de plus de six cents photographies, dont une large part demeurait inédite, et les retravaille par un procédé numérique qui les rapproche du dessin, entre trace crayonnée et matière presque impressionniste. L’auteur revendique dans sa note d’intention le désir de renouer le lien entre photographie et graphie, et le résultat produit des planches d’une force singulière, où le document conserve son autorité tout en gagnant une dimension picturale.

extrait bd Iran - Révolution

Sur le fond, l’ouvrage tient la position du reporter. Michel Setboun ne prend pas parti pour l’un ou l’autre camp et laisse au lecteur le soin d’interpréter une séquence historique complexe, nourrie d’aspirations démocratiques, de rejet du modèle occidental et de ferveur religieuse. Les textes qui accompagnent les images replacent le contexte, prolongés par une préface d’historien et une carte du pays.

L’ouvrage s’adresse aux lecteurs de récits documentaires et à ceux qui souhaitent comprendre les origines du régime iranien actuel.

La Perle

Album publié en 2019 aux Editions Futuropolis.


Adapté du roman de John Steinbeck publié en décembre 1945.

couverture bd La Perle

Le jour où Kino l’Indien, pauvre et analphabète, pêche une énorme perle, sa vie tourne au cauchemar.
John Steinbeck (prix Nobel 1962) signe avec La Perle une fable sociale noire mais lucide sur les injustices les plus révoltantes de son époque.
Jean-Luc Cornette s’empare de cette histoire universelle, dans une adaptation graphique captivante au pouvoir d’évocation d’une grande intensité.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La Perle »

Paru en janvier 2019 chez Futuropolis, cet album adapte le roman de John Steinbeck en bande dessinée. Jean-Luc Cornette en signe le scénario et les dessins, transposant avec sobriété l’histoire de Kino, pêcheur mexicain qui découvre une perle monumentale et bascule dans un cauchemar.

L’intérêt de cette adaptation réside dans son parti pris graphique : un trait volontairement sec et cassant, des hachures qui rongent le blanc de la page, des couleurs étouffantes qui enserrent les personnages. Jean-Luc Cornette refuse tout pittoresque ou exotisme facile. Son trait anguleux crée une tension constante, rendant l’atmosphère de la Basse-Californie non pas séduisante, mais suffocante, menaçante. C’est exactement ce qu’il faut pour servir le propos de John Steinbeck.

extrait bd La Perle

Au niveau du scénario, l’adaptation capture la descente inexorable de Kino vers le malheur. Chaque acquisition, chaque rêve de richesse devient un poids, une chaîne de plus. Jean-Luc Cornette découpe les planches avec intelligence : des triptyques qui ralentissent la lecture, des pages pleines qui écrasent le lecteur sous le poids de l’inévitable. ​

Pour les lecteurs exigeants qui aiment les adaptations sans concession, les histoires qui laissent un arrière-goût amer.

Dans les forêts de Sibérie

Album publié en 2019 aux éditions Casterman.


Résumé éditeur

Adapté du livre de Sylvain Tesson publié le 1 septembre 2011.

couverture bd Dans les forêts de Sibérie

Peut-on se détacher complètement du monde des hommes ?
Quitter la ville et son quotidien pour aller vivre au bout du monde, tel est le défi que s’est donné Sylvain Tesson.
De février à juillet 2010, l’écrivain voyageur a choisi de vivre la fin de l’hiver puis le printemps sibérien.
Habitant seul une cabane au bord du Lac Baïkal, il s’est plié au silence en choisissant de vivre lentement, environné de livres, de vodka et de souvenirs. Sans déranger la nature mais en s’interrogeant avec elle dans une introspection au long cours, Tesson a marché, exploré, pêché, il a fait du patin à glace sur le lac et accepté l’hospitalité de ses rares voisins.
Cette ascèse de six mois loin de la France, l’auteur en a fait le récit dans son célèbre livre paru chez Gallimard en 2011.
Par un dessin subtil et généreux tout en couleur, Virgile Dureuil en propose pour la première fois une adaptation en bande dessinée…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Dans les forêts de Sibérie »

Adapter le récit de Sylvain Tesson en bande dessinée était un pari osé. Comment traduire en images la richesse introspective d’un journal d’ermitage ? Virgile Dureuil y parvient avec une sobriété désarmante, refusant le spectaculaire pour mieux saisir l’essence de cette retraite sibérienne.

Six mois isolé au bord du lac Baïkal, de février à juillet 2010, loin de tout. Des jours qui s’égrainent selon un rythme immuable : bois à couper, glace à sonder, pages à tourner. Rien de héroïque, juste la quête patiente d’une solitude maîtrisée. Virgile Dureuil respecte ce parti pris minimaliste en épurant son langage graphique.

extrait bd Dans les forêts de Sibérie

Visuellement, l’encrage est généreux créant des formes pleines et rassurantes. Les récitatifs fins et discrets murmurent plutôt qu’ils ne proclament. Les couleurs blanc immaculé, bleus glacés baignent chaque planche dans une atmosphère hivernale dépouillée. On respire le froid. On sent l’isolement. Cette palette minimaliste devient justement ce qui fait vibrer l’œuvre.

Virgile Dureuil demeure fidèle au texte de Sylvain Tesson. Il capture les variations émotionnelles qui traversent ces six mois : l’émerveillement devant la nature, les doutes nocturnes, les rares visites qui dérangent plus qu’elles ne réconfortent. C’est joliment observé, intimiste même.

Pour qui ? Les lecteurs en quête de poésie visuelle, de contemplation tranquille et de nature apaisante. Une belle respiration graphique.

Fils de sorcières

Album publié en 2019 aux Editions Jungle.


Adapté du roman de Pierre Bottero publié le 7 juin 2006.

couverture bd Fils de sorcières

La famille de Jean est un peu particulière : sa mère, sa petite soeur, sa grand-mère et ses six tantes sont des sorcières !
Mais Jean n’a aucun pouvoir, car la magie se transmet de mère en fille.
Un jour, un affreux buveur de magie s’en prend à sa famille et les transforme les unes après les autres en poupées de chiffons. Désormais, Jean est le seul à pouvoir les sauver !
Aidé de sa petite sœur Lisa, qui a pu échapper au monstre, il va retrouver son père qu’il n’a jamais connu et tout tenter pour sauver les siens.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Fils de sorcières »

Avec Fils de sorcières, le scénariste Maxe L’Hermenier relève le défi d’adapter l’univers du regretté Pierre Bottero. L’album nous plonge dans le quotidien de Jean, garçon ordinaire né au sein d’une illustre lignée de sorcières, qui doit prouver sa valeur lorsqu’un terrifiant « buveur de magie » change sa famille en poupées de chiffon.

Au niveau du scénario, l’adaptation brille par son équilibre. Maxe L’Hermenier parvient à condenser la mélancolie et l’humour du roman originel sans en trahir l’esprit. Plus qu’une simple quête fantastique, le récit explore avec finesse la psychologie de la différence et la légitimité. Jean, héros « sans don », incarne une résilience touchante, transformant son handicap magique en force stratégique pour protéger sa sœur Lisa.

extrait bd Fils de sorcières

Graphiquement, le travail de Stedho est une excellente surprise. Son trait vif et anguleux, presque caricatural par moments, insuffle une énergie moderne. Il privilégie l’expressivité : la terreur du buveur de magie contraste habilement avec la chaleur des tons ocre et orangés des scènes familiales.

Fils de sorcières est une réussite qui ravira autant les nostalgiques de Pierre Bottero que les jeunes lecteurs (dès 8-10 ans) en quête d’aventures intelligentes. Une fable visuelle énergique sur la quête de soi.

Nouvelles extraordinaires d’Edgar Allan Poe

Album publié en 2019 aux Editions Nobi Nobi.


Adapté des nouvelles dEdgar Allan Poe publiées en France le 8 mars 1857.

couverture bd Nouvelles extraordinaires d'Edgar Allan Po

Une culpabilité obsédante…
Une sombre histoire de vengeance…
Un amoureux qui tombe dans la folie…
Les horreurs de la peste…
Une étrange maison aux lourds secrets… Autant de récits mystérieux, palpitants et inquiétants, parmi les meilleurs d’Edgar Allan Poe, l’un des plus grands précurseurs de la littérature fantastique.
Un recueil de nouvelles à lire le soir, dans une pièce faiblement éclairée, les rideaux tirés, pour frissonner de plaisir !

Inclus dans ce manga :
Le Cœur révélateur (issu de Nouvelles histoires extraordinaires)
La Barrique d’amontillado (issu de Nouvelles histoires extraordinaires)
Le Corbeau (poème)
Le Masque de la mort rouge (issu de Nouvelles histoires extraordinaires)
La Chute de la maison Usher (issu de Nouvelles histoires extraordinaires)


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Nouvelles extraordinaires d’Edgar Allan Poe »

Avec Nouvelles extraordinaires d’Edgar Allan Poe, la collection « Les Classiques en Manga » (nobi nobi!) signe une adaptation audacieuse qui dépoussière le gothique pour une nouvelle génération. Parue en 2019, cette anthologie compile cinq récits majeurs dont Le Cœur révélateur et La Chute de la maison Usher  en transposant avec brio l’angoisse victorienne vers une esthétique contemporaine.

Sur le plan narratif, l’ouvrage relève le défi de matérialiser l’intériorité tourmentée de Edgar Allan Poe. Loin de simplifier le propos, le scénario préserve la densité psychologique des textes originaux (traduits par Baudelaire). Dans Le Masque de la mort rouge, la fatalité devient palpable grâce à un découpage oppressant, tandis que La Barrique d’amontillado glace par sa mise en scène clinique de la vengeance. L’adaptation réussit l’équilibre délicat entre fidélité littéraire et dynamique visuelle.

extrait bd Nouvelles extraordinaires d'Edgar Allan Po

Graphiquement, le collectif d’artistes (dont Virginia-Nitouhei et Pikomaro) déploie un trait réaliste. L’usage magistral des trames et du clair-obscur épouse parfaitement la noirceur romantique de l’auteur. Les visages, souvent déformés par la démence, communiquent une terreur muette qui dépasse les mots, offrant une immersion totale dans la folie des protagonistes.

Ce manga de 324 pages constitue une porte d’entrée idéale pour les néophytes et une redécouverte savoureuse pour les puristes. Une lecture qui prouve que l’horreur classique n’a rien perdu de son mordant. À mettre entre toutes les mains curieuses de frissonner avec intelligence.

Snow, Glass, Apples

Album publié en 2019 aux Editions Headline.


Adapté de la nouvelle de Neil Gaiman publiée en 1994.

couverture bd Snow, Glass, Apples

Une relecture fantastique et glaçante du conte de Blanche-Neige par les créateurs à succès Neil Gaiman et Colleen Doran.

Une reine pas si maléfique que ça est terrorisée par sa monstrueuse belle-fille et déterminée à repousser cette créature afin de sauver son royaume d’un monde où les fins heureuses ne le sont plus vraiment.

Prix Eisner 2020 Best Adaptation from Another Medium

BD uniquement en Anglais.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Snow, Glass, Apples »

Neil Gaiman a écrit Snow, Glass, Apples en 1994 comme une subversion sombre du conte des frères Grimm. En 2019, Dark Horse Comics a publié l’adaptation graphique illustrée par Colleen Doran, remportant le Bram Stoker Award 2019 et l’Eisner Award 2020 pour la meilleure adaptation.

L’astuce de Neil Gaiman ? Laisser la reine nous raconter son histoire. Blanche-Neige n’est pas la jeune fille innocente du conte. C’est une créature vampire, belle et dangereuse, qui terrorise son royaume. La pomme devient un acte de survie, pas de malveillance. Tous les éléments du conte original restent là : le miroir, le baiser du prince, la forêt mais leur sens s’inverse complètement. C’est subtil, glaçant, intelligent.

extrait bd Snow, Glass, Apples

Colleen Doran abandonne le format traditionnel de bande dessinée pour adopter une approche rappelant un conte illustré. Son art s’inspire profondément de Harry Clarke, artiste irlandais des Arts & Crafts du début du XXe siècle.
Résultat : des pages écrasées de détails, de motifs floraux étouffants, de dorures qui contrastent violemment avec l’horreur du récit. Cette dichotomie, beauté étouffante d’un côté, noirceur de l’autre c’est le cœur du travail de Colleen Doran.

Ni la reine ni Blanche-Neige ne sont sympathiques ou méprisables. Cette ambiguïté, c’est ce qui rend l’histoire mémorable. 

Snow, Glass, Apples fascine par sa dualité : beauté formelle vs noirceur thématique. Cette œuvre captive les lecteurs adultes en quête de contes revisités. Colleen Doran transforme chaque page en tableau vivant où forme et contenu dialoguent magistralement.

Le Théorème Funeste

Album publié en 2019 aux Editions Tanibis.


couverture bd Le théorème funeste

Un beau jour du XVIIe siècle, le facétieux mathématicien Pierre de Fermat écrivit dans les marges d’un livre : « xn + yn = zn impossible si n > 2. J’ai trouvé une solution merveilleuse, mais la place me manque ici pour la développer. »

Un énoncé fort simple pour un théorème qui sera démontré… plus de trois siècles plus tard par le mathématicien anglais Andrew Wiles. Alexandre Kha délaisse le temps d’un court album le genre fantastique pour une approche plus documentaire, s’apparentant à son travail pour la revue Topo.

En retraçant l’histoire de ce théorème mythique, c’est une histoire des mathématiques en accéléré que nous délivre Alexandre Kha, mais c’est aussi pour lui l’occasion de relater une série de destins romanesques, une galerie de portraits de personnages en quête d’absolu, allant de l’anarchiste matheux Évariste Galois à Sophie Germain en passant par Paul Wolfskehl, que le théorème sauva du suicide.

Adoptant un trait plus épuré qu’à l’accoutumée, Alexandre Kha s’essaie à des mises en page élaborées et propose des métaphores graphiques percutantes aux concepts présentés, tout en restant parfaitement lisible.

À noter que ce récit figurera dans l’exposition permanente de la maison natale de Pierre de Fermat à Beaumont-de-Lomagne.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le théorème funeste »

Le Théorème funeste d’Alexandre Kha est une belle surprise : une bande dessinée consacrée au dernier théorème de Fermat, cette énigme mathématique qui a hanté trois siècles d’esprits brillants. Plutôt que de raconter la démonstration en elle-même, Alexandre Kha s’intéresse aux scientifiques qui l’ont poursuivie : Sophie Germain, Évariste Galois, Paul Wolfskehl. Des figures disparates unies par la même obsession.

Ce qui frappe d’abord, c’est le choix graphique radical. Alexandre Kha abandonne les styles plus classiques pour proposer un noir et blanc très épuré, presque dépouillé. Les compositions jouent sur des perspectives géométriques qui renforcent le sentiment de vertige intellectuel. Ce n’est pas de la décoration : le trait économe crée une distance affective qui correspond à la nature même du sujet.

extrait bd Le théorème funeste

Sur le plan narratif, Alexandre Kha évite le piège du résumé. Il ne nous explique pas les mathématiques. C’est sombre, parfois austère, mais d’une cohérence remarquable.

L’album ne plaira pas à tout le monde. Il demande du lecteur une certaine patience, une acceptation de ne pas avoir de résolution spectaculaire.

Long Kesh : Bobby Sands et l’enfer irlandais

Album publié en 2019 aux Editions du Long Bec.


couverture bd Long Kesh : Bobby Sands et l'enfer irlandais

Avril 1981.
Depuis deux mois, Booby Sands fait la grève de la faim. Et onze autres prisonniers ont progressivement suivi son exemple.
Pourtant, il vient d’être élu député à la Chambre des communes. Accompagné de l’émissaire du pape, le cardinal O’Fiaich rend visite au jeune homme afin de le dissuader de poursuivre une action que l’Eglise juge suicidaire.
Mais Bobby campe sur ses positions et choisit de raconter à son visiteur ses cinq années dans l’enfer des H-Blocks.

En septembre 1977, en Irlande du Nord, Bobby Sands, un militant de l’IRA, est condamné à 14 ans de prison pour port d’arme illégal. Il va être incarcéré dans la prison du Maze, plus connue sous le nom de Long Kesh.
Commence alors une lutte pour les droits et la dignité qui va le mener à la mort en le 5 mai 1981, suite à une grève de la faim de 66 jours…


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Long Kesh : Bobby Sands et l’enfer irlandais »

Sous le trait acéré de Stéphane HeurteauLong Kesh : Bobby Sands et l’enfer irlandais s’impose comme une œuvre de mémoire indispensable. La bande dessinée est un véritable outil documentaire sur les « Troubles ».

L’ouvrage dissèque avec une précision l’impasse politique de 1981, opposant la détermination des prisonniers de l’IRA à l’inflexibilité de Margaret Thatcher. Au-delà du destin tragique de Bobby Sands, le récit explore les enjeux de la reconnaissance du statut de prisonnier politique à travers le « Blanket protest » et la grève de la faim. Cette dimension géopolitique, étayée par une documentation solide, permet de saisir la complexité d’un conflit où le corps devient l’ultime rempart contre la déshumanisation carcérale.

Graphiquement, Stéphane Heurteau opte pour un noir et blanc nerveux d’une efficacité redoutable. Son travail sur le clair-obscur accentue la sensation de claustrophobie des H-Blocks. Les planches capturent l’épuisement des corps avec une pudeur poignante.

En mêlant séquences de fiction et dossiers documentaires, cette BD constitue une ressource précieuse pour les étudiants et passionnés d’histoire contemporaine. Une BD pour comprendre les racines et les cicatrices de la question irlandaise.

Rosa – Tome 02 – Les hommes

Album publié en 2015 aux Editions Glénat.


Adapté du roman Histoire de Rosa qui tint le monde dans sa main de Bernard Ollivier publié le 3 janvier 2013.

couverture bd Rosa - Tome 02 - Les hommes

Femme libérée. 
Rosa est dans la tourmente. Suite au pari qu’elle a conclu avec les « hommes », le curé lui a interdit l’accès à la messe. Pour sauver son âme, va-t-elle être obligé d’annuler le concours ?
Mais comment va faire son pauvre Mathieu, sans l’argent pour payer le sanatorium ?
Après enquête, Rosa découvre que cela fait en réalité suite aux manigances de Séna, piqué dans son orgueil.
Bien décidée à ne pas se laisser faire, Rosa peut compter sur les bonnes âmes du village pour lui venir en aide. Elle est surtout prête à se montrer aussi impitoyable que Séna.

À la fois chronique rurale truculente et portrait d’une femme émancipée au début du XXe siècle, Rosa est un chef-d’œuvre intimiste nous présentant une galerie de personnages criants de vérité et forts en gueule.
Jusqu’ici habitué aux récits historiques, François Dermaut y signe, avec la conclusion de ce diptyque, un véritable aboutissement artistique.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Rosa – Tome 02 – Les hommes »

Rosa – Tome 02 – Les hommes, adaptation graphique du roman de Bernard Ollivier par François Dermaut, constitue l’aboutissement magistral d’un diptyque consacré à l’émancipation féminine en Normandie au début du XXe siècle. Le tome explore les conséquences du pari originel avec une finesse narrative remarquable.

Confrontée à l’excommunication provoquée par les machinations du riche Sena, Rosa découvre les rouages du pouvoir et l’hypocrisie institutionnelle. François Dermaut peint une chronique villageoise truculente où chaque personnage possède une épaisseur psychologique distincte. Le récit montre comment Rosa s’affranchit progressivement des conventions sociales, conquérant son indépendance et son pouvoir d’agir face aux hommes qui tentent de la contrôler.

extrait bd Rosa - Tome 02 - Les hommes

Graphiquement, le diptyque représente peut être l’apothéose artistique de François Dermaut. Son aquarelle rehaussée de crayons confère une chaleur lumineuse aux paysages normands. Son trait réaliste capture avec élégance l’intériorité des personnages.

Cette œuvre adresse un hommage poignant à la résilience féminine, offrant aux lectrices un portrait d’émancipation progressive, authentique et dépourvu de sensationnalisme. Une œuvre majeure de la BD.

Dans la forêt

Album publié en 2019 aux Editions Sarbacane.


Adapté du roman « Into the Forest » de Jean Hegland publié le 6 aout 1996.

couverture bd Dans la forêt

Rien n’est plus comme avant. Le monde tel qu’on le connaît semble avoir basculé : plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus.
Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au coeur de la forêt.
Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, les deux soeurs demeurent seules, bien décidées à survivre.
Il leur reste, toujours vivantes, leur passion de la danse et de la lecture.
Mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Dans la forêt »

Adaptation du best-seller de Jean Hegland paru en 2019, Dans la forêt transpose avec sensibilité l’univers post-apocalyptique du roman américain aux écosystèmes luxuriants de Californie du Nord. Lomig transforme ce huis-clos psychologique en exploration graphique subtile où la forêt devient véritable protagoniste, bien davantage que simple décor.

Le récit suit Nell et Eva, deux sœurs orphelines confrontées à l’effondrement civilisationnel, apprenant à survivre en autarcie tout en préservant leurs passions : la danse et l’écriture. Loin du catastrophisme usuel, Lomig privilégie l’introspection aux grandes démonstrations visuelles. Les personnages incarnent une fragilité authentique face à l’isolement.

Graphiquement, le dessin en noir et blanc au trait précis captive par son approche épurée. Chaque planche renforce l’impression de résilience, la végétation dense insuffle une atmosphère méditative.

Cette adaptation de ce roman finalement assez peu connu est une belle découverte. A recommander.