Étiquette : 2019

Le Mahâbhârata

Bande dessinée publiée en 2019 aux éditions Hozhoni.


L’auteur originel serait le sage Vyāsa. Le texte aurait été écrit en ~400 av. J.-C. et 400 apr. J.-C.
Une BD événement inspirée de l’immense épopée indienne du Mahâbhârata.

couvertire bd Le Mahâbhârata

Longtemps méconnu en Occident, le Mahâbhârata est le plus long poème composé au monde.
Écrit en sanskrit et initié au IVe siècle avant notre ère, enrichi pendant 700 ans, il est quinze fois plus long que la Bible et défie l’imagination par sa complexité.
Cette épopée foisonnante et démesurée est à l’origine de mille croyances et légendes qui irriguent l’âme indienne et inscrivent le Dharma, la loi qui régit le monde, au cœur des hommes.
Ce  » grand poème du monde  » raconte la longue et furieuse querelle dynastique qui opposa deux clans de cousins. Il compte seize personnages dont Krishna, avatar divin descendu sur terre, qui apparaît là pour la première fois dans la mythologie indienne.
C’est lui qui apporte la Bhagavad-Gîta où il exprime l’amour divin pour l’homme.

Le récit qu’en a tiré Jean-Claude Carrière pour Peter Brook a conduit à la création d’une monumentale pièce qui fut reprise partout dans le monde pendant trois ans. Aujourd’hui, le talentueux dessinateur Jean-Marie Michaud se saisit de ce récit extravagant et romanesque pour en faire une extraordinaire adaptation graphique, fruit de trois ans d’un travail acharné et ininterrompu.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le Mahâbhârata »

Adapter le Mahâbhârata, épopée fondatrice de la mythologie indienne, relève du défi colossal. Jean-Claude Carrière transpose son adaptation théâtrale en un scénario de bande dessinée remarquable, mis en image par Jean-Marie Michaud.

La BD relate l’inexorable conflit fratricide opposant les clans Pândava et Kaurava. Au-delà du fracas des armes, le récit brille par sa profonde réflexion sur le dharma (le devoir cosmique et moral) et l’inéluctabilité du destin. Le scénario préserve la fine complexité psychologique originelle : aucun héros n’est purificateur, aucun antagoniste n’est dénué de noblesse. Le dieu Krishna lui-même orchestre ce chaos tragique avec une ambiguïté fascinante, sondant avec justesse les failles et les contradictions de l’âme humaine.

extrait bd Le Mahâbhârata

Graphiquement, Jean-Marie Michaud livre une partition magistrale sur plus de 400 pages. Ses planches, réalisées à l’aquarelle, déploient un foisonnement organique où l’exubérance architecturale contraste avec la brutalité crue des champs de bataille. Le trait, nerveux, charnu et tourbillonnant, insuffle un mouvement perpétuel aux divinités comme aux mortels. Les palettes chromatiques, saturées de teintes ocre, safran et émeraude, enveloppent la fresque d’une atmosphère mystique.

Ce Mahâbhârata graphique est une prouesse artistique qui réussit l’exploit de rendre accessible un texte millénaire sans en trahir la densité. Une œuvre magistrale, à recommander vivement aux passionnés de mythologies et d’Histoire, qui trouveront ici une transposition aussi exigeante qu’éblouissante.

Corrida aux Champs-Élysées

Album publié en 2019 aux éditions Casterman.


Résumé éditeur

Adapté du roman de Léo Malet publié le 23 février 1956.

couverture bd Corrida aux Champs-Élysées

Années 50, Burma sort à peine d’une mission bien agréable, puisqu’il servait de garde du corps à une starlette de cinéma dont, bien sûr, il est tombé amoureux.
Désœuvré, il prolonge son séjour dans l’hôtel des Champs-Élysées où résidait sa cliente et traîne à quelques avant-premières, invité par son pote Covet, journaliste au Crépuscule.
Aussi, lorsqu’une actrice sur le retour est trouvée morte d’une overdose, est-il aux premières loges pour mettre son nez dans les affaires louches du show-business.

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Corrida aux Champs-Élysées »

Publié chez Casterman, l’album Corrida aux Champs-Élysées marque une étape savoureuse dans les reprises des enquêtes de Nestor Burma. Fidèle à l’héritage graphique de Jacques Tardi, c’est cette fois le dessinateur Nicolas Barral qui adapte avec brio le douzième volet des Nouveaux Mystères de Paris écrit par Léo Malet en 1956.
Nestor Burma délaisse ici ses quartiers populaires pour le chic caniculaire du 8e arrondissement, plongeant dans les coulisses du septième art après l’overdose suspecte d’une actrice. L’intrigue brille par sa déconstruction féroce du star-system des années 1950. La narration, faussement nonchalante au début, décortique habilement les thèmes des faux-semblants, des addictions et de l’ambition destructrice des producteurs et starlettes.
Nestor Burma s’y déploie avec une belle profondeur psychologique : amoureux transi d’une jeune comédienne dont il assurait la protection, il cache sous son ironie mordante une vulnérabilité touchante et un dégoût viscéral pour la corruption des puissants.

extrait bd Corrida aux Champs-Élysées

Graphiquement, Nicolas Barral livre une prestation remarquable en s’appropriant parfaitement les codes de la série. Les décors des Champs-Élysées, des cinémas d’époque aux grands hôtels, bénéficient d’une précision historique remarquable. Surtout, les visages se font plus expressifs. La mise en couleurs joue un rôle fort, opposant la lumière écrasante et étouffante d’un été parisien aux teintes feutrées des bureaux de production et des boîtes de nuit.

Cette adaptation de Nicolas Barral redynamise le mythe Nestor Burma avec un sens du rythme impeccable. Recommandé aux amoureux d’un Paris rétro et fan de Nestor Burma.


Boulevard… ossements

Album publié en 2019 aux éditions Casterman.


Résumé éditeur

Adapté du roman de Léo Malet publié le 15 juin 1957.

couverture bd Boulevard... ossements

Mars 1959.
Nestor Burma a rendez-vous dans les beaux quartiers de l’ouest parisien.
Mais quand il se présente au domicile de sa future cliente, c’est pour la découvrir tout refroidie, ainsi que son mari.
Un double suicide, du moins en apparence. Une enquête du détective de choc dans le dix-septième arrondissement de Paris.

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Boulevard… ossements »

Huitième volet de la série que Jacques Tardi consacra en bande dessinée aux enquêtes de Nestor Burma, Boulevard… ossements adapte le roman éponyme de Léo Malet. Après Jacques Tardi puis Emmanuel Moynot, c’est Nicolas Barral qui reprend le flambeau, dans une version désormais entièrement mise en couleurs et augmentée de planches restées inédites.

L’intrigue déploie tout le sel du polar de Léo Malet. Alors qu’il vient de gagner à la loterie avec sa secrétaire Hélène Chatelain, le détective Nestor Burma accepte la requête d’un diamantaire du neuvième arrondissement, qui l’entraîne vers un énigmatique restaurateur chinois et une filière de Russes blancs exilés.
De cadavres en fausses pistes, l’affaire mêle diamants de la couronne impériale, complot anti-bolchevique et lingerie de luxe. Nicolas Barral restitue avec fidélité la mécanique retorse et l’humour grinçant de Léo Malet, ainsi que la gouaille d’un privé qui distribue et encaisse les coups. Hélène Chatelain y gagne un rôle actif, loin du simple faire-valoir, ce qui donne au duo son épaisseur.

extrait bd Boulevard... ossements

Le dessin de Nicolas Barral se coule dans l’univers graphique de Jacques Tardi sans le décalquer. Son trait, un rien plus fin, excelle dans les décors : le neuvième arrondissement des années cinquante, ses immeubles haussmanniens, ses automobiles et ses ruelles, revit avec un sens aigu du détail et de la perspective. La mise en couleurs, feutrée, accentue l’atmosphère de Paname nocturne sans jamais trahir la sobriété d’origine, et les scènes d’action conservent leur dynamisme.

L’ensemble compose une adaptation soignée et savoureuse. On la recommandera aux amateurs de polars rétro, aux nostalgiques du Paris d’après-guerre et aux lecteurs de Léo Malet séduits par l’univers de Jacques Tardi.

Le Gouverneur des Dés

Album publié en 2019 aux Editions Caraïbéditions.


Adapté du roman de Raphaël Confiant publié en 1986 en version créole (Kòd Yanm) et 1995 en version française (Le Gouverneur des dés).

couverture bd Le Gouverneur des Dés

Évocation d’une Martinique des années 1950-60 encore vibrante de ses traditions ancestrales et originalement écrit en créole, ce roman, magistralement traduit en français par Gerry L’Etang, met en scène un personnage hors du commun : Rosalien Saint-Victor, entrepreneur en bâtiment, joueur de dés professionnel, amateur de combats de coqs et polygame assumé.
Saint-Victor est un -major-, c’est-à-dire un fier-à-bras de quartier dans la commune de Grand-Anse et donc quelqu’un qui y fait régner la loi et l’ordre, mais il ne se contente pas de son petit domaine réservé, il arpente toute l’île, à dos de mulet, en quête de défis lors des fêtes patronales ou dans les gallodromes, affrontant d’autres personnages de son acabit tout en veillant à entretenir ses multiples relations féminines.
Mi-Don Quichote mi-Sancho Pança, il témoigne des derniers feux de de société d’habitation, telle qu’on désignait la plantation de canne à sucre, celle qui était marquée par la rigidité des rapports sociaux, l’exploitation des plus humbles, le préjugé de couleur et la domination masculine.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le Gouverneur des Dés »

Pas encore lu.

C’est aujourd’hui dimanche

Album publié aux éditions Les Enfants Rouges en 2019.


couverture bd C'est aujourd'hui dimanche

C’est la première fois que je voyage en camion. Cela devrait être une fête. Mais mon cœur ne peut pas être joyeux. Il restera silencieux tant que Maman ne répondra pas à mes questions. À cause de tout ça, le trajet me paraît interminable.
Le camp de Brens. Est-ce là que la police nous emmène ? Est-ce qu’il y aura d’autres enfants ? Un instituteur pour nous faire la classe ? Est-ce qu’on nous donnera des couvertures et des ustensiles pour cuisiner ? Si peu de choses sont rentrées dans notre petite valise…


Printemps 1942. Hélène a 12 ans quand elle est internée avec sa mère au camp de Brens près de Gaillac dans le Tarn. Été 2018. Mary Aulne découvre par hasard l’existence de ce lieu de honte que toute la région semble vouloir cacher. Un camp uniquement pour les femmes. En pleine zone libre.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « C’est aujourd’hui dimanche »

Au printemps 1942, Hélène a douze ans lorsqu’elle est internée avec sa mère au camp de Brens, près de Gaillac dans le Tarn. Un camp de concentration réservé aux femmes, en pleine zone libre, où des centaines de militantes politiques, de résistantes et de réfugiées étrangères sont emprisonnées.
Ce roman graphique naît d’une démarche singulière : à l’été 2018, Mary Aulne découvre par hasard l’existence de ce lieu de honte que toute la région semble vouloir effacer. Elle mène alors une enquête mémorielle jusqu’à retrouver Hélène elle-même, toujours en vie, prête à témoigner après tant d’années de silence. Cette double temporalité, 1942 et 2018, structure l’album avec intelligence, transformant le devoir de mémoire en rencontre humaine vivante.

Clémentine Pochon, passée par des études de littérature et le cours Florent avant de se consacrer au dessin, apporte un trait doux mais jamais naïf. Son traitement graphique, lignes épurées, palette sobre contraste avec la violence sourde du contexte, créant une tension visuelle. La mise en page alterne plans serrés sur les visages et cases aérées évoquant l’enfermement paradoxal d’un espace à ciel ouvert.
On referme l’album la gorge serrée, hanté par ces femmes anonymes arrachées à l’histoire officielle. Un album indispensable, recommandé dès quinze ans, pour quiconque souhaite comprendre les zones d’ombre de la France de Vichy.


Lieu visité par la bd pendant la Seconde Guerre Mondiale

Orwell

Album publié en 2019 aux éditions Dargaud.


Résumé éditeur

La vie dÉric Blair (alias George Orwell) en BD (25 juin 1903 / 21 janvier 1950).

couverturen bd Orwell 

Orwell est passé à la postérité grâce à 1984, qu’il a écrit en 1948, et à son invention prophétique de Big Brother, préfigurant, il y a soixante-dix ans, le contrôle des médias, Internet et la manipulation des données personnelles.
Mais sa vie fut tout aussi passionnante que ses livres : elle montre un homme toujours en avance sur son temps, étudiant à Eton et flic en Birmanie, combattant de la guerre d’Espagne, antistalinien et journaliste ? ses enquêtes firent d’ailleurs grand bruit.
Pierre Christin se plonge avec délectation dans cette vie hors norme.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Orwell »

Que reste-t-il d’Éric Blair derrière le mythe Orwell ? Grand admirateur de l’écrivain britannique, Pierre Christin signe une biographie dessinée sur celui qui l’a lui-même inspiré lorsqu’il écrivait, aux côtés d’Enki Bilal ou Jean-Claude Mézières, des bandes dessinées mettant en scène des sociétés totalitaires. L’hommage est donc doublement personnel.

En s’appuyant sur les travaux de l’essayiste Christopher Hitchens, Pierre Christin découpe la vie d’Éric Blair en quatre chapitres : « Orwell avant Orwell », « Blair invente Orwell », « Orwell orwellien » et « Après Orwell », une structure qui permet de montrer comment chaque époque de l’homme éclaire l’écrivain.
L’une des grandes forces de l’album est précisément la façon dont il montre comment le parcours personnel a nourri l’œuvre : policier en Birmanie, plongeur à Paris, combattant en Espagne, journaliste antistalinien, les expériences s’accumulent et forgent une pensée politique d’une cohérence rare.

extrait bd Orwell 

Sur le plan formel, l’album déploie une construction à plusieurs voix. Sébastien Verdier travaille en noir et blanc réaliste, avec des touches de couleur ponctuelles pour marquer les moments forts, tandis qu’une typographie imitant une machine à écrire distingue les citations directes d’Orwell. Six dessinateurs invités, André Juillard, Olivier Balez, Manu Larcenet, Blutch, Juanjo Guarnido et Enki Bilal, illustrent chacun un épisode ou une œuvre clé, créant un contraste graphique qui s’intègre remarquablement au récit. Le portrait de Napoléon le cochon par Juanjo Guarnido reste particulièrement mémorable.


Le trait fin, précis et détaillé de Sébastien Verdier soutient parfaitement ce récit biographique sans jamais l’alourdir. Un album qui s’adresse autant aux lecteurs déjà familiers de 1984 qu’à ceux qui découvriront, avec une certaine surprise, que la vie d’Éric Blair était au moins aussi romanesque que ses fictions.



Les 10 œuvres de George Orwell en BD

La Ferme des Animaux
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Antigone

Album publié en 2019 aux éditions Goater.


Résumé éditeur

Adapté de pièce de Jean Anouilh représentée pour la première fois le 6 février 1944.

couverture bd Antigone

Je ne veux pas comprendre, c’est bon pour vous. Moi je suis là pour autre chose que comprendre. Je suis là pour dire non et pour mourir.
Inspirée de la pièce de Jean Anouilh, cette bande dessinée raconte l’histoire d’une rebelle intemporelle.
De la Grèce Antique à aujourd’hui, en passant par la France sous l’Occupation, Antigone interroge notre relation au pouvoir, elle nous parle de lutte et de rébellion mais elle nous rappelle aussi la fragilité de l’adolescence et des rapports humains.
Une transposition contemporaine du mythe avec une ZAD et des migrants suivi d’un cahier documentaire.

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Antigone »

Cet Antigone signé Jop est une première œuvre singulière : une transposition résolument contemporaine du mythe antique, inspirée de la pièce de Jean Anouilh, dont l’auteur conserve la langue tout en déplaçant radicalement le décor.
Jop choisit de transposer ce célèbre mythe à notre époque, avec une Antigone en adolescente rebelle et militante, dont l’oncle Créon est préfet de police chargé de l’expulsion de migrants et de la démolition d’un bâtiment occupé. La ZAD remplace Thèbes, mais le conflit fondamental demeure intact : la loi humaine contre la loi morale, le pouvoir contre la conscience individuelle.
Sur le plan thématique, l’œuvre interroge notre relation au pouvoir, évoque la lutte et la rébellion, tout en rappelant la fragilité de l’adolescence et des rapports humains. Antigone ne brandit plus d’urne funéraire, mais son geste reste le même : dire non, coûte que coûte. Tout comme son aïeule antique, son parcours pose la question de notre rapport à l’ordre, à l’autorité et à l’obéissance face à nos croyances et idéaux.

extrait bd Antigone

Graphiquement, la dominante bleue est le véritable coup de force de l’album. L’histoire se déroulant en une seule nuit, les tonalités bleu foncé traduisent efficacement l’ambiance étouffante de la situation. La qualité du dessin, les extraits de la pèce Jean Anouilh mêlés à un langage plus moderne, font de cet album un bel objet et une approche réussie du mythe, complétée par un dossier documentaire en fin de volume.

Seul petit bémol, c’est un peu court, une trentaine de pages seulement. Jop ajoute une pierre au monument construit sur ce mythe depuis l’Antiquité. Idéal pour un public lycéen ou tout lecteur souhaitant aborder Jean Anouilh sous un nouvel angle.

L’Homme qui voulut être roi

Album publié en 2019 aux éditions Caurette.


Résumé éditeur

Adapté de l’œuvre de Rudyard Kipling publiée en décembre 1888.

couverture bd L'Homme qui voulut être roi

Aux Indes, Daniel Dravot et Peachy Carnehan, deux amis britanniques, anciens militaires et aventuriers aussi déterminés que peu scrupuleux, caressent un rêve fou : entrer au Kafiristan, pays légendaire où aucun Européen n’a mis le pied depuis Alexandre le Grand, et en devenir les rois…

Tout le monde connait la nouvelle de Kipling , ne serait-ce que de nom, mais peu sont ceux qui savent que Dravot et Carnehan étaient accompagnés d’un dessinateur qui a documenté leur périple.
Malheureusement, les carnets de ce troisième homme restés dans l’ombre des deux autres avaient été égarés et on les pensait perdus à tout jamais. C’est par un quasi-miracle qu’ils ont refait surface plus d’un siècle après leur disparition et que les Editions Caurette ont réussi (à prix d’or !) à en acquérir les droits de publication.

Sous les crayons d’Armel Gaulme, c’est un monde fantastique qui se déploie et éclaire d’un jour nouveau cette incroyable aventure..


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « L’Homme qui voulut être roi »

Publier une nouvelle vieille de plus d’un siècle en beau livre illustré est chose courante ; en faire un objet de fiction à part entière l’est beaucoup moins. C’est pourtant le pari de « L’Homme qui voulut être roi », où l’illustrateur Armel Gaulme accompagne le récit de Rudyard Kipling d’une trouvaille malicieuse : présenter ses images comme les carnets retrouvés d’un troisième voyageur, témoin oublié de l’expédition.

Le texte de Rudyard Kipling conserve toute sa force. Daniel Dravot et Peachy Carnehan, deux anciens soldats britanniques aussi audacieux que peu scrupuleux, rêvent de gagner le Kafiristan, contrée où nul Européen ne serait entré depuis Alexandre le Grand, pour s’y tailler un royaume. Cette ambition démesurée, nourrie de codes maçonniques, devient une méditation sur l’orgueil et l’illusion du pouvoir, que l’issue du récit vient sanctionner. En feignant de documenter l’aventure de l’intérieur, Armel Gaulme renouvelle notre lecture : on ne suit plus seulement une nouvelle coloniale, on exhume une archive.

extrait bd L'Homme qui voulut être roi

C’est là que le travail graphique prend tout son sens. Formé dans la lignée des grands illustrateurs de l’imaginaire, dont Alan Lee et John Howe, Armel Gaulme déploie une aquarelle ample et atmosphérique, où les paysages montagneux du Kafiristan et les visages burinés semblent véritablement croqués. L’esthétique du carnet, avec ses notes et ses esquisses, donne à ce monde disparu une présence, entre document ethnographique et vision fantastique.

Là où Rudyard Kipling racontait la folie de vouloir régner, Armel Gaulme rappelle qu’un illustrateur, lui, peut vraiment ressusciter un empire disparu, le temps d’un carnet.


Signé Alain-Fournier

Album publié en 2019 aux éditions BulleBerry.


Résumé éditeur

Alain-Fournier (Henri-Alban Fournier) en BD (13 octobre 1886 / 22 septembre 1914).

couverture bd Signé Alain-Fournier

Henri-Alban Fournier, né le 30 octobre 1886 à la Chapelle-d’Angillon dans le Cher, devint mondialement célèbre sous le semi-pseudonyme d’Alain-Fournier, grâce à son unique roman « Le Grand Meaulnes », paru le 15 septembre 1913.
Il n’eut guère le temps de profiter de sa gloire. Il fut tué au combat près de Verdun, au tout début de la Grande Guerre, le 22 septembre 1914, quelques jours après son grand ami Charles Péguy. Il allait avoir 28 ans.

Mais si des millions de lecteurs connaissent son œuvre, qui connaît l’homme, ses joies, ses peines, ses amis, ses amours ?

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L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Signé Alain-Fournier »

Publié en 2019 par l’association berrichonne BulleBerry, Signé Alain-Fournier offre une plongée intime dans la vie d’Henri Alban Fournier, le père de l’immortel Grand Meaulnes. Ce récit graphique retrace l’effervescence de la Belle Époque et le destin tragique de l’écrivain, fauché dès les premiers mois de la Grande Guerre.

Le scénario s’articule habilement autour des correspondances et des fulgurances intimes de l’auteur. Les thèmes de la nostalgie de l’enfance, de la quête de l’amour idéalisé (incarné par sa rencontre fondatrice avec Yvonne de Quiévrecourt) et de l’angoisse du temps qui passe s’y entremêlent. La narration tisse une toile psychologique nuancée : on y découvre un jeune homme profondément écartelé entre ses aspirations romantiques absolues, ancrées dans ses paysages de Sologne, et la réalité d’un monde qui bascule brutalement dans le chaos de 1914.

extrait bd Signé Alain-Fournier

Visuellement, l’ouvrage privilégie une approche poétique, capable de capturer l’essence mélancolique de la province française. Les planches restituent avec finesse les brumes matinales et la quiétude des domaines ruraux du Berry.

Signé Alain-Fournier est une réussite recommandée aux personnes sont fascinées par la lisière ténue entre la vie brisée d’un écrivain et la genèse de son chef-d’œuvre.



L'œuvre d'Alain-Fournier en BD

Le Grand Meaulnes
25 Oct 2011

Le Grand Meaulnes

Le temps des sauvages

Album publié en 2019 aux Editions Futuropolis.


Adapté du roman Manuel de survie à l’usage des incapables de Thomas Gunzig publié le 22 aout 2013.

couverture bd Le temps des sauvages

Martine Laverdure, caissière, était trop lente. L’entreprise l’a liquidée. Elle est morte.
Ses fils lui rendront justice, même si la vie les avait distanciés d’elle.
Blanc, Brun, Gris et Noir, quatre jeunes loups d’une extrême sauvagerie, surentraînés et prêts à tout pour se faire une place au soleil, se mettent en quête de punir le ou les responsables de sa mort.
L’affrontement entre la grande distribution et les loups solitaires est inévitable. Le monde est violent. L’espérance de vie en banlieue est fragile.
C’est le temps des sauvages.


L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le temps des sauvages »

Sébastien Goethals ne s’est pas contenté d’illustrer le roman de Thomas Gunzig, il l’a transfiguré. Dans cet album publié chez Futuropolis, la satire sociale de Manuel de survie à l’usage des incapables mue en une traque haletante et glaciale. L’intrigue, qui démarre par le décès brutal d’une caissière « non-rentable », déploie une dystopie féroce où le vivant est devenu une marchandise comme une autre.

Le récit brille par sa capacité à mêler le cynisme absolu à une tension dramatique constante. Sébastien Goethals s’empare de la figure des « incapables » de Thomas Gunzig pour les jeter dans une jungle urbaine où la survie dépend de notre part d’animalité. La profondeur psychologique des personnages, écrasés par un système qui les dépasse, insuffle une mélancolie poignante à ce thriller d’anticipation.

extrait bd Le temps des sauvages

Visuellement, l’œuvre est une démonstration de force. Le noir et blanc devient un acteur à part entière du récit. Par un jeu de contrastes violents et un trait d’une précision chirurgicale, Sébastien Goethals capture l’oppression des espaces et la sauvagerie des corps. Son découpage alterne avec brio entre l’immensité des architectures déshumanisées et l’intimité brute des visages.

Le Temps des sauvages est une lecture coup de poing. C’est une BD d’une lucidité terrifiante sur notre capacité à accepter l’inacceptable, servie par une maîtrise graphique de haut vol.