Adapté du roman d’Alain Damasio publié le 3 mars 2004.
Les hordiers sont enfin arrivés à camp Bòban, où ils retrouvent leurs parents. Mais le plus dur reste à faire. Cet avant-dernière tome époustouflant est un véritable vertige de lecture.
Enfin arrivés à camp Bobàn, les hordiers retrouvent leur parents, vieillis et désabusés, après leur échec face à l’infranchissable Norska. C’est maintenant à eux de tenter leur chance, même si la tentation du repos au sein de ce havre de paix est puissante. Et c’est au cœur des plus hauts sommets enneigés que Sov apprendra qu’il y a parfois plus difficile encore à affronter que les éléments déchaînés.
La bd « La Horde du Contrevent – Tome 5 – Norska » disponible ici
L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « La Horde du Contrevent – Tome 5 – Norska »
Adapté du livre de Pierre Bourdieu publié pour la première fois le 1er octobre 1979.
Tiphaine Rivière s’empare avec humour du classique de Pierre Bourdieu, La Distinction, pour en proposer une relecture libre et contemporaine. À travers une galerie de personnages évoluant autour d’une classe de lycée, elle met en scène l’analyse incisive des relations entre goûts et classes sociales développée par le sociologue et nous donne à réfléchir sur nos propres déterminismes sociaux.
La bd « La Distinction » disponible ici
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Publié en 1979, La Distinction de Pierre Bourdieu est l’un des grands classiques de la sociologie, démontrant comment les goûts des individus sont largement déterminés par leur appartenance à une classe sociale. Quarante ans plus tard, Tiphaine Rivière relève le défi d’en proposer une adaptation en bande dessinée. Le résultat est saisissant.
Pour explorer les concepts clés de l’essai, l’autrice s’immisce dans une classe de Terminale d’un lycée de banlieue parisienne brassant plusieurs classes sociales. Un jeune professeur de sciences économiques décide d’étudier La Distinction avec ses élèves, les encourageant à s’interroger sur leur propre famille. Le cadre est habile : la salle de classe devient un microcosme où s’affrontent, sans jamais se caricaturer, des trajectoires sociales contrastées.
La force du récit réside dans sa double temporalité : les séquences pédagogiques, où les notions d’habitus, de capital culturel et de capital économique sont exposées avec clarté, alternent avec des scènes du quotidien des élèves, illustrant les caractéristiques des différentes classes sociales à la lumière des analyses de de Pierre Bourdieu. La démonstration ne vire jamais au cours magistral.
Les illustrations en noir et blanc mettent l’accent sur les sentiments des personnages, leurs attitudes et leurs décors de vie, laissant une grande place à des dialogues très colorés.
Avec près de 300 planches qui se dévorent d’une traite, Tiphaine Rivière réussit là où beaucoup échouent : rendre la théorie désirable. Un ouvrage idéal pour les lycéens, les curieux de sociologie, et tous ceux que le pavé original de 600 pages avait jusqu’ici découragés.
Adapté de pièce de Jean Anouilh représentée pour la première fois le 6 février 1944.
Je ne veux pas comprendre, c’est bon pour vous. Moi je suis là pour autre chose que comprendre. Je suis là pour dire non et pour mourir. Inspirée de la pièce de Jean Anouilh, cette bande dessinée raconte l’histoire d’une rebelle intemporelle. De la Grèce Antique à aujourd’hui, en passant par la France sous l’Occupation, Antigone interroge notre relation au pouvoir, elle nous parle de lutte et de rébellion mais elle nous rappelle aussi la fragilité de l’adolescence et des rapports humains. Une transposition contemporaine du mythe avec une ZAD et des migrants suivi d’un cahier documentaire.
La bd « Antigone » disponible ici
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Cet Antigone signé Jop est une première œuvre singulière : une transposition résolument contemporaine du mythe antique, inspirée de la pièce de Jean Anouilh, dont l’auteur conserve la langue tout en déplaçant radicalement le décor. Jop choisit de transposer ce célèbre mythe à notre époque, avec une Antigone en adolescente rebelle et militante, dont l’oncle Créon est préfet de police chargé de l’expulsion de migrants et de la démolition d’un bâtiment occupé. La ZAD remplace Thèbes, mais le conflit fondamental demeure intact : la loi humaine contre la loi morale, le pouvoir contre la conscience individuelle. Sur le plan thématique, l’œuvre interroge notre relation au pouvoir, évoque la lutte et la rébellion, tout en rappelant la fragilité de l’adolescence et des rapports humains. Antigone ne brandit plus d’urne funéraire, mais son geste reste le même : dire non, coûte que coûte. Tout comme son aïeule antique, son parcours pose la question de notre rapport à l’ordre, à l’autorité et à l’obéissance face à nos croyances et idéaux.
Graphiquement, la dominante bleue est le véritable coup de force de l’album. L’histoire se déroulant en une seule nuit, les tonalités bleu foncé traduisent efficacement l’ambiance étouffante de la situation. La qualité du dessin, les extraits de la pèce Jean Anouilh mêlés à un langage plus moderne, font de cet album un bel objet et une approche réussie du mythe, complétée par un dossier documentaire en fin de volume.
Seul petit bémol, c’est un peu court, une trentaine de pages seulement. Jop ajoute une pierre au monument construit sur ce mythe depuis l’Antiquité. Idéal pour un public lycéen ou tout lecteur souhaitant aborder Jean Anouilh sous un nouvel angle.
Jack London en BD (12 janvier 1876 / 22 novembre 1916).
Cette BD relate la jeunesse de Jack London et son chien Rollo sous forme humoristique dans des histoires courtes d’une, voire deux/trois pages. Ces histoires mêlent anecdotes historiques et histoires inventées. Entre ses lectures et l’école, Jack a fait de nombreux petits boulots qui aujourd’hui n’existent plus (vendeur de journaux, ramasseur de quilles, homme sandwich, etc.). Son but, économiser de l’argent pour s’acheter un bateau qui lui permettrait de quitter sa condition et combler ses rêves de voyage. En attendant ce grand moment, il peut compter sur la compagnie de son ami Franck et son chien Rollo. Avant de devenir un écrivain pas comme les autres, il était un enfant pas comme les autres.
La bd « Le petit Jack London » disponible ici
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Adapté du conte de Rudyard Kipling publiée pour la première fois en octobre 1902.
Jadis, au temps où les bêtes apprivoisées étaient encore sauvages, le chien était sauvage, le cheval était sauvage, la vache était sauvage. Mais le plus sauvage de tous était le chat. Il se promenait seul et tous lieux se valaient pour lui. Jusqu’au jour où l’homme et la femme apprivoisèrent chien, cheval et vache… Chat aussi ? Que nenni, il est celui qui s’en va tout seul et il fait ce qu’il veut !
La bd « Le Chat qui s’en va tout seul » disponible ici
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Paru en août 2011, cet album de Yann Dégruel adapte l’une des Histoires comme ça de Rudyard Kipling, recueil publié en 1902. Kipling, prix Nobel de littérature en 1907, avait originellement adressé ces contes à sa fille Joséphine comme s’il lui racontait des histoires pour l’endormir. Le conte pose une question déceptivement simple : pourquoi le chat est-il le seul animal domestique à demeurer souverainement libre ? L’histoire est une allégorie préhistorique qui explique de manière fantaisiste la domestication des animaux, l’indépendance du chat et sa rivalité avec le chien. Sous cette surface légère affleure un vrai débat philosophique : qu’est-ce que la liberté lorsqu’elle se négocie plutôt qu’elle ne se conquiert ? Le chat, en rusé diplomate, conclut un pacte avec la Femme sans jamais renoncer à sa nature,il obtient lait et chaleur tout en restant, celui qui s’en va tout seul. Cette tension entre appartenance et indépendance traverse tout l’album avec une subtilité remarquable pour un album destiné dès six ans.
Graphiquement, Yann Dégruel mêle crayons gras, encre et craies dans un ensemble spontané et stylisé, dominé par une double teinte ocre et bleue. Les couleurs sont vives, le trait vif, les personnages croqués avec humour et caricaturés avec bienveillance. Il suffit d’un clin d’œil du roublard de chat pour être séduit. Les textes de la narration, légèrement désuets dans leurs tournures, témoignent d’un respect du style littéraire de Rudyard Kipling. Ce qui en fait une porte d’entrée idéale vers l’œuvre originale pour les jeunes lecteurs, mais aussi un album que les adultes liront avec plaisir. À recommander sans réserve.
La vie de Charles Bukowski en BD (16 aout 1920 / 9 mars 1994).
Charles Bukowski, poète et écrivain américain, à la fois adulé et contesté par la critique, est usé par la vie, l’alcool, les errances sans fin. Son unique réconfort lui vient de sa fille, Marina, puis de Linda, la femme qui l’accompagnera jusqu’à la fin de sa vie. Par le récit des rencontres avec les femmes qui ont croisé son existence, ses voyages à travers l’Amérique, ses années de souffrance et ses divers petits boulots, Flavio Montelli imagine avec affection le bilan d’un homme affaibli mais apaisé sur sa vie, une façon de (re)découvrir l’auteur des Contes de la folie ordinaire ou des Souvenirs d’un pas grand-chose.
La bd « Goodbye Bukowski » disponible ici
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Premier roman graphique de Flavio Montelli, jeune auteur italien né à Ravenne en 1984, Goodbye Bukowski s’attaque à un sujet vertigineux : mettre en images la vie de Charles Bukowski, poète maudit et romancier culte de la littérature américaine. Publié d’abord en Italie en 2012, l’album paraît en France chez Casterman en janvier 2014.
Le roman graphique saisit Bukowski à un tournant décisif : la cinquantaine, au moment où il tente de percer en littérature, père d’une fillette de six ans, s’abîmant chaque jour un peu plus dans l’alcool et la solitude. Par anecdotes juxtaposées, le récit revient sur les moments et les personnages marquants de son existence : l’écriture, l’alcool et l’addiction, les femmes, les petits boulots dégradants, et ce lien viscéral entre la page blanche et la bouteille. Cette structure délibérément fragmentée, non chronologique, construite par éclats de mémoire épouse parfaitement la prose hachée et percutante que Bukowski lui-même pratiquait.
À la première personne et en noir et blanc, d’un trait à la fois léger et très personnel, Flavio Montelli tient la chronique de ce destin littéraire hors norme. Le choix du noir et blanc n’est pas anodin : il ancre l’œuvre dans une austérité visuelle qui fait écho à l’univers dépouillé de l’écrivain, aux bars miteux et aux chambres de Los Angeles. Les vues de Los Angeles constituent d’ailleurs ce qu’il y a de plus réussi visuellement, conférant au récit une atmosphère urbaine et mélancolique saisissante.
Provocateur, jaloux, excessif, désaxé, alcoolique, mais aussi désemparé et touchant Flavio Montelli ne cherche pas à réhabiliter ni à condamner son sujet, mais à le tenir dans toute son ambivalence. Recommandé aux lecteurs curieux de littérature américaine alternative, qui trouveront ici une porte d’entrée singulière vers l’univers de Bukowski.
Dans le clair-obscur d’un Paris vibrant, entre jazz, amour et fulgurances créatives, se dessine le destin d’un homme hors du commun.
Boris Vian.
Écrivain, musicien, inventeur de mondes… mais aussi homme fragile, hanté par le temps qui lui échappe. De l’enfance insouciante aux nuits fiévreuses de Saint-Germain-des-Prés, ce roman graphique de Nataël et Béja nous plonge au cœur d’une vie intense, traversée par le doute, l’ironie et une soif insatiable de vivre.
À travers un récit sensible et visuellement envoûtant, « L’Avis de Vian » explore les contrastes d’un génie inclassable : la légèreté face à la gravité, le rire contre l’ombre, la création comme ultime réponse à l’urgence de vivre.
Une œuvre à la fois hommage et immersion qui nous rappelle que certaines vies brûlent plus fort… parce qu’elles brûlent plus vite.
La bd « L’Avis de Vian » disponible ici
L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « L’Avis de Vian »
Sous un titre qui joue sur les mots, comme Boris Vian aimait à le faire, L’Avis de Vian propose une immersion graphique dans la vie de l’écrivain. Le scénario et les commentaires sont signés Nataël, le dessin et les couleurs revenant à Béja. Ensemble, ils dressent le portrait d’un créateur inclassable.
Le récit s’ouvre sur la fin : le 23 juin 1959, lors de la projection privée du film tiré de J’irai cracher sur vos tombes, Boris Vian s’effondre, emporté à trente-neuf ans par le cœur fragile qui le menaçait depuis l’enfance. De ce point de rupture, Nataël remonte le fil d’une existence brûlée par les deux bouts : l’enfant malade, l’ingénieur passé par une grande école, le trompettiste des caves de Saint-Germain-des-Prés, le romancier que la critique méconnut de son vivant. Le récit tient sa force de ce contraste entre la légèreté affichée et la conscience aiguë du temps compté, entre l’ironie et l’angoisse. Ni simple hommage ni catalogue, l’ouvrage restitue la soif de vivre et de créer d’un homme qui multiplia les vies faute d’en avoir une longue.
Le dessin de Béja épouse cette élégance. Sa ligne claire, nette et lisible, ressuscite le Paris artistique de l’après-guerre, ses clubs de jazz et son clair-obscur, tandis que la couleur installe l’atmosphère feutrée des nuits germanopratines. La mise en page mêle avec fluidité séquences narratives et commentaires documentaires, sans jamais alourdir le propos.
La BD est une biographie graphique sensible et soignée. On la recommandera aux lecteurs de L’Écume des jours et à qui veut découvrir Boris Vian par l’image.
Adapté de l’œuvre de George Sand publiée le 7 aout 1837.
Indiana a épousé pour son malheur un officier en retraite, antipathique et autoritaire. Elle vit avec lui dans la tristesse d’un château de province. T out la dispose à se laisser séduire par l’amour : Raymon qui possède la fougue et la jeunesse que n’a plus son mari. Hélas, cette aventure (et son amant) s’avère bien décevante. Alors que tout prédestinerait l’héroïne à une fin tragique, elle trouvera le réconfort et la sérénité sur l’île Bourbon, dans la compagnie de son cousin Ralph. Une intrigue amoureuse fougueuse et délicate, une étude des mœurs incisive, une charge contre l’oppression dont les femmes sont victimes font d’Indiana un classique de la littérature féministe.
La bd « Indiana » disponible ici
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Près de deux siècles après la parution du roman fondateur de George Sand, Claire Bouilhac et Catel relèvent le défi de transposer en bande dessinée ce premier cri féministe de la littérature française. Le résultat, publié chez Dargaud en septembre 2023, est une adaptation aussi rigoureuse qu’intelligente. Le dispositif narratif adopté par le duo est original : un prologue et un épilogue dessinés par Catel mettent en scène George Sand elle-même en 1832, puis en 1854 à Nohant encadrant l’adaptation proprement dite illustrée par Claire Bouilhac. Cette mise en abyme établit un dialogue entre la romancière et son héroïne, soulignant combien Indiana est une projection à peine voilée des combats personnels d’Aurore Dupin : contre le mariage-prison, contre la prédation masculine, pour le droit de vivre selon ses propres désirs. Thématiquement, l’adaptation ne trahit rien de la densité de l’œuvre originale. Elle restitue la polysémie du roman drame romantique, critique sociale, manifeste féministe tout en resserrant habilement le récit autour des protagonistes essentiels : Indiana, épouse captive du colonel Delmare, Raymon de Ramière le séducteur manipulateur, et l’énigmatique Ralph, dont l’amour silencieux finit par s’imposer. Graphiquement, Claire Bouilhac adopte un semi-réalisme intemporel, ancré dans la tradition franco-belge, où le trait fin et expressif sert les émotions des personnages. La palette chromatique, aux teintes volontairement contenues, restitue l’atmosphère étouffante de la Brie et contraste avec la lumière de l’île Bourbon, espace de liberté retrouvée.
Une porte d’entrée idéale vers George Sand, destinée aux lecteurs en quête d’un premier contact avec la littérature romantique engagée.
Adapté des cahiers de Louis Barthas publié le 11 novembre 1978 aux éditions Maspero.
Cent ans après la fin de la Première Guerre mondiale, et quarante ans après la première publication des Carnets de Guerre de Louis Barthas, Fredman propose une remarquable adaptation graphique de cet ouvrage mythique.
Tonnelier originaire de l’Aude, Louis Barthas est envoyé au front dès 1914. Démobilisé en 1919, il met au propre ses notes prises tout au long du conflit. Militant socialiste et écrivain à son insu, le caporal Barthas a observé jour après jour la vie dans les tranchées : les rats, la boue, les bombes… Avec une plume extraordinaire et un étonnant sens de l’humour, il décrit les poilus livrés en masse à une mort anonyme, les chefs assoiffés de gloire, mais aussi les Allemands, qu’on appelle » ennemis » mais avec lesquels on fraternise à l’abri des regards.
Publiés aux éditions Maspero en 1978, les Carnets de guerre de Louis Barthas sont devenus un classique, traduit dans de nombreux pays. Fredman met son trait au service de cette œuvre unique. Composée d’extraits soigneusement sélectionnés, respectant l’esprit et la lettre des Carnets originaux, son adaptation graphique donne une nouvelle vie à ce témoignage exceptionnel.
La bd « Les Carnets de guerre de Louis Barthas » disponible ici
L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Les Carnets de guerre de Louis Barthas »
Un siècle après l’Armistice, le dessinateur Fredman relève un défi : adapter en roman graphique les 1 732 pages que le caporal tonnelier Louis Barthas consigna sur dix-neuf cahiers d’écolier entre 1914 et 1919. Le pari est tenu avec intelligence et sobriété. L’adaptation ne trahit pas l’original. Fredman sélectionne des extraits avec rigueur, conservant la voix directe de Barthas : précise, lucide, parfois mordante. Le résultat est un roman graphique atypique, presque sans dialogues, où c’est le texte du poilu lui-même qui porte la narration sur 278 pages. Ce dispositif confère à l’œuvre une authenticité documentaire : on n’assiste pas à une reconstitution fictive, mais à un témoignage mis en images. Thématiquement, l’album restitue ce qui fait la singularité de Louis Barthas parmi les récits de la Grande Guerre : un regard résolument antimilitariste et humaniste. La dénonciation des officiers incompétents, la fraternisation avec les soldats allemands, la solidarité entre hommes du rang transcendent la chronologie des batailles (Lorette, Verdun, la Somme, le Chemin des Dames)
Graphiquement, le choix du dessin crayonné à dominante sépia est magnifique. Le trait expressif de Fredman, documenté sans être pesant, épouse la tonalité mémorielle du texte. À ranger aux côtés des œuvres de Tardi sur la Grande Guerre, cet album s’adresse aussi bien aux amateurs de BD historique qu’aux enseignants cherchant un support pédagogique rigoureux et bouleversant.
D’après le roman de Colette publié pour la première fois le 13 juillet 1923.
Phil a seize ans et Vinca quinze. Chaque année, ils passent leurs vacances ensemble en Bretagne, presque comme frère et soeur. Mais cet été-là, c’est l’amour qui commence à naître entre eux. Pourtant, lorsque la mystérieuse Mme Dalleray fait irruption dans la vie de Phil, elle éveille en lui un désir aussi troublant qu’inattendu, et ce glissement vers l’interdit menace ce qui liait jusque-là les deux adolescents…
La bd « Le blé en herbe » disponible ici
L’avis d’histoiregeobd.com sur la bande dessinée « Le blé en herbe »
Pour son premier album, Laura Carpentier s’empare d’un texte réputé délicat, le roman que Colette consacra à l’éveil amoureux, et en propose une transposition dessinée d’une grande retenue. L’histoire se déroule sur une plage bretonne des environs de Saint-Malo, où Phil, seize ans, et Vinca, quinze ans, passent chaque été comme frère et sœur, jusqu’à ce que le désir vienne troubler cette complicité enfantine.
La réussite de Laura Carpentier tient à sa fidélité au climat de l’œuvre plutôt qu’à sa lettre. Elle saisit l’ambivalence des sentiments adolescents, ce mélange de tendresse et de cruauté, et donne toute sa place à l’irruption de Mme Dalleray, femme plus âgée qui éveille chez Phil un désir aussi grisant que coupable. L’autrice la représente avec pudeur, vêtue de blanc, loin de la figure sulfureuse qu’en avait tirée le cinéma. Le trouble passe moins par les mots que par les silences, les regards détournés, les gestes suspendus.
Cette économie de dialogue trouve son prolongement dans un graphisme travaillé à la gouache, aux tons pastel d’une douceur presque cotonneuse. Laura Carpentier assume des planches quasi muettes où l’ambiance prime, une manière de raconter par l’atmosphère qui n’est pas sans rappeler le Hugo Pratt de Corto Maltese. La lumière marine, la rondeur des galets et le sable blond deviennent les vrais témoins de cette initiation, prêtant au récit une mélancolie estivale palpable.
Laura Carpentier signe une adaptation pudique et personnelle, qui restitue la subtilité de Colette sans jamais la trahir.
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